Le français a un seul mot d’intensité et le met partout. Le wolof en a un par qualité — et employer le mauvais produit une phrase comprise, mais visiblement fabriquée.
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Il y a deux manières de graduer une qualité. On peut la mesurer contre autre chose — « plus grand que son frère » — ou l’intensifier pour elle-même — « très grand », sans dire plus grand que quoi.
Cette page traite le second cas, le degré absolu. Le test est immédiat : s’il y a un « que » en français, ce n’est pas ici ; s’il n’y a pas de second terme, c’est ici. Pour la mise en présence de deux termes, voir comparer avec gën.
On part d’un fait déjà établi dans ce dossier : ce que le français appelle un adjectif est, en wolof, un verbe. Ce que nous intensifions n’est donc pas un adjectif mais un verbe de qualité. Voir les adjectifs sont des verbes.
C’est l’équivalent le plus proche de notre « très », et il s’emploie avec à peu près n’importe quel verbe de qualité. Point capital pour un francophone : il se place après le verbe, jamais devant. Nous disons « très bon », le wolof dit « être bon beaucoup ».
Il vient du français « trop », qu’il a suivi dans la langue courante, et il occupe la même position que le précédent, après le verbe. Son origine ne se discute pas ici : voir les emprunts au français.
Voici ce qui fait l’intérêt du chapitre, et ce que les manuels expédient. À côté de ces deux mots généraux, le wolof possède une série de mots d’intensité attachés chacun à un verbe de qualité et à un seul.
Ils ne sont pas interchangeables, et ils ne se combinent pas librement :
Le second mot de chaque paire n’a pas d’existence indépendante utilisable : il ne veut pas dire « très », il veut dire « très, appliqué à cette qualité-là ». On ne peut donc pas le transporter sur un autre verbe, et un locuteur ne l’y transportera jamais.
Nous nous en tenons ici aux paires dont nous sommes sûrs. La série est plus longue, et le reste s’attrape par l’écoute : mieux vaut trois paires exactes qu’une liste approximative apprise par cœur.
Parce qu’il cherche un mot, et qu’il en trouve un. Il apprend que « très » se dit lool, il l’applique à tout, et il n’a plus de problème apparent. Ses phrases sont correctes. Elles sont même comprises sans effort. Mais il vient de passer à côté de la moitié du système.
Le mécanisme à saisir est le suivant : l’intensif n’est pas un adverbe libre, c’est un mot de la même famille lexicale que son verbe. Il ne s’ajoute pas à une phrase, il fait paire avec un verbe précis. Un apprenant qui combine librement ne produit pas une faute de grammaire — il produit une phrase que personne ne dirait, et ce genre de phrase se remarque davantage qu’une erreur franche.
La conséquence pratique est nette, et elle est inconfortable : ces mots s’apprennent par paires, pas par listes. On n’apprend pas « quinze intensifs wolof », on apprend « noir + son intensif », « blanc + son intensif ». Sortie de sa paire, l’information ne sert à rien.
Un dictionnaire ne vous aidera d’ailleurs pas beaucoup : chercher « très » vous donnera le mot passe-partout, et rien d’autre. Les paires ne se trouvent pas à l’entrée « très », elles se trouvent à l’entrée du verbe de qualité — quand elles y figurent.
C’est un cas d’école pour l’audio. Une paire lexicale s’installe par répétition entendue, comme un nom avec son déterminant, et résiste à toute explication. Notre cours de wolof les fait entendre en contexte, en leçons de quatorze minutes.
Employer le mot passe-partout après le verbe, et non devant : c’est le premier réflexe, et il vous met immédiatement dans la bonne construction. « C’est très bon », « il fait très chaud », « c’est très loin » se disent tous sur ce modèle, verbe d’abord, intensité ensuite.
Puis apprendre une paire spécifique, une seule, et l’employer. Les couleurs sont le terrain idéal, parce qu’on en parle tous les jours et parce que les trois paires ci-dessus sont parmi les plus courantes de la langue. Dire d’un tissu qu’il est nuul kukk vous situe à un autre niveau que de le dire noir avec le mot passe-partout.
Et ne pas confondre avec le renforcement du procès. Souligner qu’une chose est vraiment ainsi, au sens de « c’est bien qu’il fait chaud », relève d’une construction verbale et non d’un mot d’intensité. Voir le focus verbe dafa. Pour les petits mots qui appuient une phrase entière, voir les interjections et petits mots.
Chaque question porte sur les intensifs présentés ci-dessus, leur place et leur attachement à un verbe précis. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante-sept pages qui se répondent — des classes nominales au système de focus, le cœur de la langue. À parcourir dans l’ordre, ou au gré de vos questions.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Avec lool, qui s’emploie avec à peu près tout verbe de qualité, ou avec torop, venu du français. Dans les deux cas le mot se place après le verbe, jamais devant.
Un mot d’intensité attaché à un seul verbe de qualité : nuul kukk pour le noir, weex tall pour le blanc, xonq coyy pour le rouge. Le second mot ne se transporte pas sur un autre verbe.
Rien de dramatique sur le plan grammatical : la phrase sera comprise. Mais elle sera visiblement fabriquée, et ce genre de phrase se remarque davantage qu’une erreur franche.
Non : des paires. On apprend « noir + son intensif », pas « quinze intensifs wolof ». Hors de sa paire, le mot ne sert à rien, exactement comme un nom appris sans son déterminant.
La comparaison met deux termes en présence ; l’intensif n’en a qu’un. Le test est le « que » français : s’il apparaît, il s’agit de comparaison et non d’intensité.
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