Le français place ces mots devant le nom ; le wolof les place derrière et les fabrique sur la consonne de classe. Un quantifieur wolof s’accorde comme un déterminant — et c’est lui, pas le nom, qui dit le nombre.
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« Tout le monde est venu », « personne n’a rien dit », « beaucoup de gens attendent » : ces phrases se disent tous les jours, et un francophone qui apprend le wolof découvre qu’aucune ne se construit comme la sienne.
Deux raisons. D’abord, les principaux quantifieurs wolof ne sont pas des petits mots à part : ils se fabriquent sur la consonne de classe, exactement comme le déterminant qui suit le nom. Voir les classes nominales et les déterminants, où cette consonne est expliquée.
Ensuite, ils se placent derrière le nom. On ne dit pas l’équivalent de « tous les gens » mais nit ñépp, littéralement « gens tous ». C’est le premier réflexe à désapprendre.
La consonne de classe suivie de -épp donne « tout, tous, entier » :
Nit ñépp « tout le monde », Lépp baax na « tout va bien ». Ces formes s’emploient aussi seules, sans nom devant, comme nos pronoms.
Point capital, et c’est la vraie nouveauté par rapport au français : la différence entre « tout » et « tous » ne se lit pas sur le nom, qui ne bouge jamais, mais sur la consonne du quantifieur. Voir le pluriel pour le nom lui-même, et l’accord de classe pour le mécanisme général.
Même logique, autre terminaison. ñenn dit « certains » en parlant de personnes, yenn « certains » en parlant de choses. Et kenn, formé sur la consonne des personnes, couvre à lui seul « quelqu’un », « une seule personne » et « personne » — le sens dépend de la phrase, comme on va le voir.
La forme correspondante de la classe b est le nombre « un » : elle appartient aux nombres, et nous ne comptons pas ici.
beneen « un autre », yeneen « d’autres », keneen « quelqu’un d’autre ». Toujours la consonne de classe, toujours la même terminaison ajoutée. Am na yeneen « il y en a d’autres ».
C’est ici que le francophone trébuche le plus souvent, parce que le wolof fait exactement ce que notre langue faisait autrefois : le mot de quantité ne nie rien à lui seul. C’est le verbe qui porte la négation, glissée dans sa forme.
Kenn ñëwul « personne n’est venu » : le verbe est à la forme négative, et kenn ne fait que désigner l’absent. Amul dara « il n’y a rien ». Dans une question, ce même dara s’entend au sens de « quelque chose ». La manière de nier un verbe est traitée sur sa propre page : voir la négation.
L’erreur à ne pas commettre : chercher à nier deux fois. Notre « ne… personne » a deux morceaux, le wolof n’en a qu’un côté verbe et un côté quantité. Et il n’existe pas de mot unique pour « aucun » : on emploie kenn pour les personnes ou dara pour les choses, avec le verbe au négatif.
Pour « chacun », enfin, le wolof passe par une relative : nit ku nekk, mot à mot « la personne qui est ». Là où ñépp embrasse le groupe d’un bloc, ku nekk prend les individus un par un. Voir les relatives. Le même moule sert à dire « chaque jour », « chaque semaine », mais ces expressions-là relèvent de la durée et la fréquence.
Voici la seconde grande surprise. Pour dire « beaucoup », le wolof n’a pas de mot à glisser devant le nom : il emploie bare, un verbe qui signifie « être nombreux, être abondant ». Nit ñi bare nañu dit « les gens sont nombreux ».
Et pour dire « beaucoup de gens », on qualifie le nom par ce verbe : nit ñu bare, mot à mot « des gens qui sont nombreux ». La construction n’a rien d’exotique dans cette langue, puisque les adjectifs y sont des verbes ; mais elle ne ressemble en rien à la nôtre.
Deux autres mots à retenir tout de suite : doy « suffire », qui donne Doy na « c’est assez », et tuuti « un peu, une petite quantité », comme dans Xaaral tuuti « attends un peu ».
Récapitulons les trois pièges — ils reviennent tous les trois dans la même journée : placer le quantifieur devant le nom au lieu de le mettre derrière ; chercher un adjectif « nombreux » là où la langue emploie un verbe ; nier deux fois quand kenn ou dara apparaît.
Ces mots-là s’installent par l’oreille. Nit ñépp, Amul dara, Doy na sont des blocs entendus cent fois dans une conversation ordinaire, et c’est ainsi qu’ils viennent tout seuls. Notre cours de wolof est entièrement audio, en leçons de quatorze minutes.
Chaque question porte sur les séries et les mots présentés ci-dessus. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante-sept pages qui se répondent — des classes nominales au système de focus, le cœur de la langue. À parcourir dans l’ordre, ou au gré de vos questions.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Ñépp, ou nit ñépp avec le nom devant. La forme se bâtit sur la consonne de classe des personnes suivie de -épp, et le quantifieur suit toujours le nom.
Derrière le nom, à l’inverse du français. Nit ñépp se lit mot à mot « gens tous ». C’est le réflexe le plus coûteux à désapprendre, parce qu’il revient dans presque chaque phrase.
Parce que kenn et dara ne nient rien à eux seuls : ils désignent seulement l’absence de personne ou de chose. La négation est portée par le verbe, et une seule fois.
Par un verbe. bare signifie « être nombreux » : nit ñu bare dit mot à mot « des gens qui sont nombreux ». Il n’existe pas de mot à glisser devant le nom comme notre « beaucoup de ».
Ñépp prend le groupe d’un bloc, « tous ensemble ». Nit ku nekk, mot à mot « la personne qui est », prend les individus un par un, comme notre « chacun ».
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