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Cours de langues›Le réfléchi et bopp

Le réfléchi wolof : bopp, la tête à la place de « se »

Le wolof n’a pas de pronom réfléchi, et il n’en fabrique pas un. Il dit « je lave ma tête » — un nom tout à fait ordinaire, avec le bon possessif, fait tout le travail.

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Une case vide, comblée par un nom

Il faut dire d’emblée ce que la langue n’a pas : le wolof ne possède aucun pronom réfléchi. Rien qui corresponde à notre « se », rien à ranger dans une série nouvelle. Voir les pronoms.

Pour dire que celui qui agit et celui qui subit sont la même personne, la langue emploie donc un mot du lexique : bopp, « la tête ». On le fait suivre d’un possessif, et le groupe ainsi formé occupe la place du complément d’objet. Sama bopp vaut « ma tête », sa bopp « ta tête », boppam « sa tête » ; les autres personnes suivent les formes possessives ordinaires. Voir la possession et le lien -u.

Traduit mot à mot, « il se connaît » se lit donc il connaît sa tête. Le procédé n’a rien d’exotique : beaucoup de langues sont allées chercher un nom de partie du corps pour cet usage, et le français lui-même dit « il ne pense qu’à sa peau ». Ce qui compte pour vous, c’est la conséquence pratique — vous n’avez pas un pronom à placer, vous avez un groupe nominal à construire.

Le piège, et il est mécanique

La construction s’explique en trois lignes. L’erreur qu’elle provoque, elle, se répète pendant des années — pour une raison très précise.

Le possessif doit s’accorder avec le sujet

C’est la seule règle à surveiller, et c’est là que tout se joue. Si le sujet est « je », il faut sama bopp. Si le sujet est « il », il faut boppam. Un francophone mémorise volontiers la forme qu’il a entendue la première fois — généralement boppam, parce que les exemples des manuels sont à la troisième personne — puis la ressort avec tous les sujets.

Pourquoi personne ne vous corrigera

Voici le point vraiment retors. Une erreur d’accord ne produit pas une phrase fautive : elle produit une autre phrase, parfaitement correcte. Dire, avec un sujet de première personne, l’équivalent de « je vois sa tête », c’est énoncer quelque chose de grammatical et de sensé — cela parle simplement de la tête de quelqu’un d’autre.

Votre interlocuteur comprendra donc de travers sans jamais sentir qu’il y a faute. Rien ne vous alertera, et l’habitude s’installera. C’est le type d’erreur qu’il faut traquer soi-même, parce qu’aucun retour extérieur ne la signale.

Le sens littéral reste disponible

Sa bopp peut désigner votre tête, l’objet rond posé sur vos épaules. La construction réfléchie n’a pas annulé le nom, elle l’a réemployé. Dans les faits, l’ambiguïté se dissipe presque toujours d’elle-même : le verbe employé et la situation désignent la lecture voulue, et un mot de plus lève le doute quand il subsiste.

Tous les « se » français ne sont pas réfléchis

Attention à l’excès de zèle. « Se souvenir », « s’en aller », « se dépêcher » n’ont qu’un seul participant : il n’y a personne à qui l’action revienne, donc rien à mettre dans la case du complément, donc pas de bopp. Quant aux deux autres valeurs de notre « se » — plusieurs personnes agissant les unes sur les autres, ou l’agent escamoté — elles relèvent d’autres chapitres du dossier. Voir le réciproque -ante.

Le même mot sert à insister

Le français distingue deux choses avec deux outils différents : « il se lave » et « il l’a fait lui-même ». Le wolof les traite avec le même nom et le même possessif. L’insistance se construit sur bopp : quelque chose comme « de ma propre tête » pour dire « moi-même », « de sa propre tête » pour dire « lui-même ».

Et pourtant les deux emplois ne se confondent jamais, parce qu’ils n’occupent pas la même place. Le test est simple et vous pouvez l’appliquer à chaque phrase que vous entendez.

1

Le réfléchi remplit une case

Il est le complément d’objet du verbe. Retirez-le et la phrase est amputée : il ne reste plus rien sur quoi l’action porte.

2

L’emphatique double un terme

Il redit qui a agi, alors que le sujet est déjà là. Retirez-le et la phrase reste entière : elle perd seulement son insistance.

3

Et il se place autrement

Il ne prend pas la place du complément d’objet, qui peut rester occupée par autre chose. Voir l’ordre des mots.

Un dernier mot, qui vaut pour tout ce chapitre. Ce n’est pas une construction à fabriquer par calcul au moment de parler : le temps de traduire « se », d’aller chercher la bonne forme possessive et de la poser au bon endroit, la conversation est passée. Ce sont des paires — verbe courant plus bopp accordé — qu’il faut avoir en bouche : se laver, se voir, se connaître, se faire mal. Une dizaine suffisent à couvrir presque tous les besoins d’une journée.

Une erreur invisible, donc à prévenir. Puisque le mauvais accord produit une phrase correcte, personne ne vous reprendra : il faut avoir entendu la bonne forme assez souvent pour qu’elle vienne seule. Notre cours de wolof les fait entendre en situation, en leçons audio de quatorze minutes.

Exercices : le réfléchi et la construction avec bopp

Chaque question porte sur la construction réfléchie présentée ci-dessus et sur son accord avec le sujet. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. Le wolof possède-t-il un pronom réfléchi ? ___
  2. Pour dire que l’agent et le patient sont la même personne, le wolof emploie ___.
  3. Le nom bopp veut dire ___.
  4. À ce nom s’ajoute ___.
  5. « Il se connaît » se lit littéralement ___.
  6. Pour un sujet « je », la forme attendue est ___.
  7. Pour un sujet « il », la forme attendue est ___.
  8. Le possessif doit s’accorder avec ___.
  9. Employer boppam avec un sujet « je » produit ___.
  10. Cette erreur passe inaperçue parce que ___.
  11. Dans la phrase, ce groupe occupe la place ___.
  12. Le sens littéral de « ta tête » ___.
  13. Ce qui tranche entre les deux lectures, c’est ___.
  14. « Se souvenir » ou « s’en aller » demandent-ils bopp ? ___
  15. Traduire tous les « se » français par bopp ___.
  16. L’emploi emphatique se reconnaît à ce qu’il ___.
  17. Retirer le réfléchi d’une phrase ___.
  18. Les formes employées devant ou après bopp appartiennent ___.

Toute la grammaire wolof, chapitre par chapitre

Quarante-sept pages qui se répondent — des classes nominales au système de focus, le cœur de la langue. À parcourir dans l’ordre, ou au gré de vos questions.

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Questions fréquentes

Comment dit-on « se » en wolof ?

Il n’existe pas de pronom réfléchi. On emploie le nom bopp, « la tête », suivi d’un possessif : « il se connaît » se lit mot à mot « il connaît sa tête ».

Quelle forme faut-il employer ?

Celle qui correspond au sujet : sama bopp avec « je », sa bopp avec « tu », boppam avec « il ». Les autres personnes suivent les formes possessives ordinaires.

Que se passe-t-il si l’accord est faux ?

Vous obtenez une autre phrase, parfaitement correcte : elle parle de la tête de quelqu’un d’autre. Personne ne vous corrigera, et c’est ce qui rend cette erreur si durable.

Le mot garde-t-il son sens de « tête » ?

Oui, le sens propre reste disponible. L’ambiguïté se dissipe presque toujours d’elle-même, par le verbe employé et par la situation.

Tous les verbes pronominaux français passent-ils par bopp ?

Non. « Se souvenir » ou « s’en aller » n’ont qu’un participant : il n’y a rien à mettre dans la case du complément. Et les valeurs réciproque et impersonnelle de notre « se » relèvent d’autres chapitres.

Comment dit-on « moi-même » ?

Avec le même nom et le même possessif. On le distingue du réfléchi à sa place et à sa fonction : l’emphatique double un terme déjà présent et peut être retiré sans casser la phrase.

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