Un verbe italien traîne derrière lui une préposition qui lui est propre, et le français n’est pas toujours d’accord sur laquelle. Ici, il n’y a pas de règle à comprendre : il y a des couples à retenir, et une poignée d’entre eux suffit à couvrir la conversation courante.
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Pourquoi dit-on « téléphoner à quelqu’un » et « appeler quelqu’un » ? Aucune raison : l’usage a tranché, et le français le transmet sans le justifier. L’italien a tranché de son côté, et pas toujours dans le même sens. C’est ce qu’on appelle la construction du verbe, ou sa régence.
La bonne nouvelle, c’est que les deux langues coïncident dans la grande majorité des cas. Une phrase italienne construite au réflexe français sera correcte huit ou neuf fois sur dix. La mauvaise, c’est que les exceptions touchent des verbes très fréquents, de ceux qu’on emploie dix fois par jour — et qu’elles ne se rattrapent pas au contexte : une préposition fautive ne rend pas la phrase incompréhensible, elle la rend simplement étrangère, phrase après phrase.
Trois cas de figure, et ils demandent trois efforts différents. L’italien se passe d’une préposition là où le français en met une. L’italien en exige une là où le français n’en met pas, ou pas la même. Et devant un infinitif, chaque verbe impose son a ou son di, sans que rien dans le sens ne permette de deviner lequel. Cette page ne traite que cela. Les valeurs spatiales des prépositions — où l’on va, où l’on est — sont traitées à la page dire le lieu, et les formes soudées du type al ou della à la page les prépositions articulées.
Commençons par ce qui ne pose pas de problème, car cela vaut la peine d’être dit une fois. Toute une série de verbes très courants se construisent directement en italien, exactement comme en français : aspettare, ascoltare, guardare, cercare, ringraziare, pagare, chiamare.
Si l’on insiste là-dessus, c’est que beaucoup d’apprenants arrivent à l’italien par l’anglais ou l’espagnol, qui glissent une préposition dans plusieurs de ces cas. En italien comme en français, on n’attend pas pour le bus et on n’écoute pas à la radio.
Restent quelques verbes où l’italien se passe d’une préposition que le français réclame. Ils sont peu nombreux, et il suffit de les avoir vus une fois.
| Français | Italien | Exemple |
|---|---|---|
| changer de | cambiare | Devo cambiare treno a Bologna. |
| jouer de | suonare | Mia figlia suona il pianoforte. |
| dire bonjour à | salutare | Salutami tua madre. |
| rêver de | sognare | Ho sognato mio nonno. |
| se moquer de | prendere in giro | Mi stai prendendo in giro. |
La première ligne est la plus rentable de toutes, parce qu’on s’en sert en voyage : cambiare treno, cambiare casa, cambiare lavoro, cambiare idea. Aucune préposition, jamais. Ho cambiato idea, « j’ai changé d’avis ».
Dans l’autre sens, l’italien impose une préposition inattendue. Voici les cas où un francophone se trompe avec la plus belle assurance, parce qu’il traduit une préposition par celle qui lui ressemble.
| Français | Italien | Exemple |
|---|---|---|
| faire confiance à | fidarsi di | Non mi fido di lui. |
| dépendre de | dipendere da | Tutto dipende da te. |
| commencer par | cominciare da | Cominciamo dalla prima pagina. |
| féliciter quelqu’un | congratularsi con | Mi congratulo con te. |
| se fâcher contre | arrabbiarsi con | Si è arrabbiata con me. |
| s’excuser auprès de | scusarsi con | Mi sono scusato con il direttore. |
Trois de ces six emploient con là où le français hésite entre « à », « contre » et « auprès de ». Il y a là une petite logique exploitable : quand l’action se fait envers une personne, l’italien passe très volontiers par con. C’est aussi le cas de litigare con, « se disputer avec », et de parlare con, qui est la façon normale de dire « parler à quelqu’un » quand il s’agit d’une conversation : Devo parlare con il mio capo.
Un mot sur telefonare, qui ne change pas de préposition mais dont la construction a une conséquence. Le complément est indirect, comme en français, donc le pronom qui le remplace est gli ou le, et non lo ou la : Gli ho telefonato ieri, « je lui ai téléphoné hier ». Ce système de pronoms est décrit à la page les pronoms compléments.
Pour le reste, la ressemblance est réconfortante : rispondere a, partecipare a, rinunciare a, assomigliare a, giocare a, contare su, approfittare di, occuparsi di, lamentarsi di, innamorarsi di, avere bisogno di se construisent comme leurs équivalents français.
C’est le point le plus coûteux de la page, et le plus utile : dans une phrase à deux verbes, le second est presque toujours à l’infinitif, et le premier décide de ce qui les relie. Trois groupes, à connaître comme trois listes.
Les verbes de volonté, de possibilité et de goût attaquent directement l’infinitif, comme en français. Aucun piège ici.
Le groupe le plus dangereux, parce qu’il contient des verbes que le français construit autrement. provare a traduit « essayer de » — préposition différente. Et andare a, venire a, passare a exigent un a là où le français ne met rien du tout.
Ce groupe suit le français de près, puisque nos verbes correspondants prennent « de ». Le réflexe est donc bon — à condition de ne pas l’étendre aux verbes de la liste précédente.
Deux verbes à surveiller ensemble. cercare di et provare a traduisent tous les deux « essayer de », avec deux prépositions différentes. C’est le couple qui piège le plus sûrement un francophone, parce que la traduction ne donne aucun indice. Cerco di capire et Provo a capire sont l’un et l’autre corrects ; ce qui ne l’est pas, c’est d’échanger les prépositions.
Certains verbes changent de sens selon la préposition qui les suit. Ce ne sont pas des nuances de style : ce sont deux emplois distincts, qu’il faut traiter comme deux mots.
| Construction | Sens | Exemple |
|---|---|---|
| pensare a | penser à, avoir en tête | Penso a te. |
| pensare di + infinitif | avoir l’intention de | Penso di partire lunedì. |
| chiedere a | demander à quelqu’un | Chiedo a Marco. |
| chiedere di | demander après quelqu’un | Ha chiesto di te. |
| finire di + infinitif | finir de | Ho finito di mangiare. |
| finire per + infinitif | finir par | Ha finito per accettare. |
| provare a + infinitif | essayer de | Prova a spingere. |
| provare + complément direct | essayer un objet, goûter | Vuoi provare questo vino? |
| decidere di | décider de | Ho deciso di restare. |
| decidersi a | se décider à, finir par s’y mettre | Si è deciso a partire. |
| credere a | croire une chose, croire quelqu’un | Non credo alle sue parole. |
| credere in | croire en, avoir foi en | Crede in sé stesso. |
La première paire mérite une précision, car elle touche à une autre question. Quand le sujet des deux verbes est le même, l’italien enchaîne volontiers sur di plus infinitif, comme dans Penso di partire lunedì. Quand il change, la phrase passe par une subordonnée, et le mode qu’elle demande est traité à la page penso che sia. Ici, on ne retient que la construction du verbe seul.
Enfin, un écart qui n’est pas verbal mais qui obéit à la même logique et se trompe de la même façon : l’adjectif diverso se construit avec da. L’italiano è diverso dallo spagnolo, « l’italien est différent de l’espagnol ». Même chose pour le verbe distinguere A da B, là où le français dit « distinguer A de B ».
Classée par préposition, parce que c’est ainsi qu’elle se révise : on relit une colonne, on se fabrique une phrase avec chaque entrée, et on passe à la suivante.
telefonare a, rispondere a, chiedere a, insegnare a, permettere a, partecipare a, rinunciare a, assomigliare a, ubbidire a, giocare a, pensare a, credere a, riuscire a, provare a, cominciare a, continuare a, imparare a, aiutare a, invitare a, costringere a, abituarsi a, mettersi a, andare a, venire a.
cercare di, finire di, smettere di, evitare di, decidere di, promettere di, offrire di, accettare di, rifiutare di, dubitare di, approfittare di, occuparsi di, lamentarsi di, innamorarsi di, vergognarsi di, fidarsi di, parlare di, avere bisogno di, avere voglia di.
dipendere da, cominciare da, distinguere da ; parlare con, litigare con, arrabbiarsi con, congratularsi con, scusarsi con ; contare su, riflettere su, insistere su ; ringraziare per, finire per.
Une liste de cette taille ne s’apprend pas d’un bloc, et il ne faut pas essayer. La méthode qui fonctionne consiste à ne jamais mémoriser un verbe seul : on retient riuscire a fare qualcosa et non riuscire, on retient fidarsi di qualcuno et non fidarsi. La préposition fait partie du mot, exactement comme la voyelle finale d’un nom fait partie du nom.
La régence s’attrape par l’usage, pas par la liste. Un Italien ne se demande jamais si riuscire prend a ou di : il a entendu le couple des milliers de fois. C’est le raccourci que prend notre cours d’italien, en leçons de quatorze minutes entièrement audio, où les verbes arrivent toujours dans une phrase entière, avec leur préposition collée. La première leçon est offerte, la suite se fait par abonnement.
Complétez chaque phrase avec la construction que le verbe exige, puis touchez Correction.
Quarante pages qui se répondent, avec des exercices corrigés sur chacune. Elles donnent le plus de place à ce qui trompe précisément un francophone : essere ou avere au passé composé, l’accord du participe, les pronoms groupés, les particules ne et ci, le subjonctif après penso che, l’article devant le possessif. Comprendre l’italien coûte peu ; c’est le parler juste qui se travaille, et ces pages traitent exactement les endroits où le français induit en erreur.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
On ne le devine pas : la préposition fait partie du verbe et s’apprend avec lui. Le réflexe français aide souvent, puisque cominciare a et finire di correspondent à « commencer à » et « finir de ». Il trahit sur quelques verbes très fréquents, dont provare a, qui traduit « essayer de ».
Le sens est très proche, les deux traduisent « essayer de ». Ce qui change, c’est la préposition, et elle n’est pas interchangeable : cerco di capire et provo a capire sont corrects, l’inverse ne l’est pas. C’est le couple à réviser en premier.
Les deux existent. parlare con est la tournure normale pour une conversation entre deux personnes : Devo parlare con il mio capo. parlare a s’emploie plutôt quand on adresse la parole à quelqu’un sans attendre d’échange.
Parce que suonare se construit avec un complément direct en italien. Le « de » du français dans « jouer du piano » n’a pas d’équivalent : suono la chitarra, suona il violino. Même mécanique avec cambiare : cambiare treno, sans préposition.
Parfois, et nettement. pensare a signifie « penser à », pensare di plus infinitif signifie « avoir l’intention de ». finire di veut dire « finir de », finire per veut dire « finir par ». Ce sont deux emplois à mémoriser séparément.
On reste compris, presque toujours. Mais c’est l’erreur qui marque le plus un francophone, parce qu’elle revient à chaque phrase et qu’elle ne s’efface pas avec le vocabulaire. C’est aussi la raison pour laquelle elle s’attrape mieux par l’écoute de phrases entières que par une liste apprise par cœur.
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