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Essere ou avere : la décision qui vient avant le participe

L’italien et le français ont tous deux deux auxiliaires, mais ils ne les distribuent pas de la même façon. Toute une série de verbes du quotidien prend essere là où le français emploie avoir, et aucune traduction mot à mot ne vous le signalera.

La première leçon est gratuite sur la plateforme web ou sur l’application mobile — deux abonnements distincts. Les leçons s’écoutent en ligne, et non sur ce site.

Une décision que le français ne prend pas au même endroit

Dès que vous voulez parler d’hier, il faut choisir entre ho et sono. Le choix ne dépend ni du sens de la phrase, ni de ce que vous voulez dire : il dépend du verbe, et il se décide verbe par verbe.

La bonne nouvelle est que le mécanisme vous est familier. Le français a la même architecture : « j’ai mangé » mais « je suis parti », et personne n’a besoin de réfléchir pour le produire. La mauvaise nouvelle est que la liste des verbes concernés n’est pas la même dans les deux langues, et que l’italien emploie essere beaucoup plus largement. Un francophone qui traduit son réflexe produit donc, en toute bonne foi, une série de phrases fausses : ho piaciuto, ho durato, ho riuscito, ho stato.

Autre différence, moins visible mais plus lourde de conséquences : en italien, l’auxiliaire commande la forme du participe. Avec essere, le participe varie comme un adjectif — Maria è partita — alors qu’avec avere il reste le plus souvent immobile. Se tromper d’auxiliaire entraîne donc une seconde erreur dans la foulée. La règle qui gouverne ces variations est exposée à la page de l’accord du participe ; ici, on ne décide que de l’auxiliaire.

Une précision pour éviter une confusion fréquente : essere suivi d’un participe ne signale pas toujours un passé. Avec un verbe transitif, cette même suite forme un passif — la porta è chiusa, « la porte est fermée ». La distinction est posée en tête de la page consacrée au passif, qui la possède comme point d’entrée.

Avere : la partie facile

Un verbe qui peut prendre un complément d’objet direct prend avere. Sans exception utile, et pour des milliers de verbes.

Le test se fait sur l’objet, et non sur sa présence effective dans la phrase. Dans ho già mangiato, « j’ai déjà mangé », aucun objet n’apparaît, mais mangiare est un verbe qui en admet un : c’est avere.

Et un grand nombre de verbes sans objet prennent aussi avere. C’est le point que les manuels résument mal en parlant de « verbes de mouvement », ce qui envoie un débutant droit dans le mur. Camminare, « marcher », est un déplacement ; il prend pourtant avere. Ce qui compte n’est pas le mouvement mais le fait d’aller d’un point à un autre : les verbes qui décrivent une activité, sans dire ni d’où l’on part ni où l’on arrive, restent avec avere.

Pour ces verbes-là, le français et l’italien tombent d’accord, et le réflexe francophone est le bon. C’est précisément pourquoi il ne faut pas s’en méfier partout : la moitié du travail est déjà faite.

Essere : quatre familles, et elles se laissent reconnaître

Les verbes à essere forment une liste fermée, qu’on apprend. Mais elle n’est pas arbitraire : elle se laisse découper en quatre familles, et ce découpage vaut mieux qu’un ordre alphabétique parce qu’il fait apparaître ce que ces verbes ont en commun — le sujet ne fait rien, il lui arrive quelque chose.

Les quatre familles de verbes à essere
FamilleVerbesExemple
Aller d’un point à un autreandare, venire, arrivare, partire, entrare, uscire, tornare, salire, scendere, cadere, scappareSono arrivato in ritardo. — « Je suis arrivé en retard. »
Être ou rester quelque partessere, stare, restare, rimanereSono stato a Roma tre giorni. — « J’ai passé trois jours à Rome. »
Changer d’étatnascere, morire, diventare, crescere, dimagrire, ingrassare, invecchiare, guarire, sparireÈ diventato molto simpatico. — « Il est devenu très sympathique. »
Arriver à quelqu’un, convenir, manquerpiacere, dispiacere, mancare, bastare, servire, sembrare, costare, durare, riuscire, succedere, capitareIl film è durato tre ore. — « Le film a duré trois heures. »

La quatrième famille est celle qui coûte le plus cher à un francophone, parce que le français y emploie « avoir » du début à la fin. Elle mérite ses propres exemples.

  • Il viaggio è costato troppo. — « Le voyage a coûté trop cher. »
  • Non è bastato. — « Ça n’a pas suffi. »
  • Che cosa è successo? — « Qu’est-ce qui s’est passé ? »
  • Sono riuscito a finire. — « J’ai réussi à finir. »
  • Mi è sembrato strano. — « Ça m’a semblé bizarre. »
  • Mi sono mancati i miei amici. — « Mes amis m’ont manqué. »

Piacere appartient à cette famille et se construit d’une manière qui n’a pas d’équivalent français : la chose aimée est le sujet du verbe. Sa page, mi piace, en détaille le montage ; retenez seulement ici que son auxiliaire est essere, d’où mi è piaciuto molto.

Tous les verbes réfléchis prennent essere. Sans exception, y compris quand un objet suit et quand le verbe correspondant n’est pas réfléchi en français. Ci siamo alzati alle sei, « nous nous sommes levés à six heures » ; mi sono dimenticato il passaporto, « j’ai oublié mon passeport ». La forme et les valeurs du réfléchi sont décrites à la page des verbes réfléchis.

Les verbes qui prennent les deux

Une dizaine de verbes très courants acceptent les deux auxiliaires, et ce n’est ni une tolérance ni une hésitation de la langue : le choix change le sens de la phrase. Le critère est toujours le même — y a-t-il un complément d’objet direct ? S’il y en a un, avere ; s’il n’y en a pas, essere.

Verbes à double auxiliaire
VerbeAvec un objet : avereSans objet : essere
correreHo corso dieci chilometri.Sono corso a casa.
salireHo salito le scale.Sono salito in macchina.
scendereHo sceso le scale.Sono sceso dal treno.
passareHo passato le vacanze al mare.Sono passato da Marco.
finireHo finito il lavoro.Il film è finito.
cominciareHo cominciato un libro nuovo.La lezione è cominciata.
cambiareHo cambiato casa.Il tempo è cambiato.
aumentareHanno aumentato i prezzi.I prezzi sono aumentati.
guarireQuelle cure hanno guarito mio figlio.Mio figlio è guarito.

La paire la plus utile de ce tableau est finire, parce qu’elle revient tous les jours. Ho finito veut dire « j’ai terminé, j’en ai fini » : un sujet agit sur quelque chose. È finito veut dire « c’est terminé, c’est fini tout seul » : un processus s’achève. On dit donc ho finito di lavorare et la partita è finita, et l’on n’échange pas les deux. Même partage pour cominciare : ho cominciato, c’est moi qui m’y mets ; è cominciata, ça commence de soi-même.

Vivere tient une place à part : les deux auxiliaires s’emploient sans que le sens change vraiment. Ho vissuto a Napoli et sono vissuto a Napoli se disent l’un et l’autre. Devant ce verbe, prenez avere : la construction avec un complément de durée ou de lieu est celle que vous produirez le plus souvent.

Dovere, potere, volere : l’auxiliaire suit l’infinitif

Avec un verbe modal, la question se déplace. Ce n’est pas dovere qui décide de son auxiliaire, c’est le verbe à l’infinitif qui le suit. Autrement dit : cherchez l’auxiliaire du verbe qui porte le sens, et donnez-le au modal.

Un cas suit directement de là, et il déroute : avec un infinitif réfléchi, l’auxiliaire dépend de la place que vous donnez au pronom. Si le pronom monte devant le modal, l’ensemble est un réfléchi et prend essere ; s’il reste collé à l’infinitif, le modal prend avere. Les deux phrases sont correctes et veulent dire la même chose.

Dans l’italien parlé d’aujourd’hui, on entend fréquemment avere avec les modaux même devant un infinitif à essere, et cela ne choque plus grand monde. La règle ci-dessus reste la valeur sûre, à l’écrit comme à l’oral : elle ne sera jamais tenue pour une faute.

Trois gestes pour décider vite

En conversation, vous n’avez pas le temps de parcourir une liste. Voici la suite de questions que l’on peut se poser en une demi-seconde, dans cet ordre.

1

Y a-t-il un objet direct ?

Si le verbe agit sur quelque chose — on mange une pizza, on voit un film, on monte les escaliers —, c’est avere, y compris pour les verbes du tableau à double auxiliaire. Cette question à elle seule tranche la grande majorité des cas.

2

Y a-t-il un pronom réfléchi ?

Un mi, ti, si, ci ou vi qui renvoie au sujet impose essere, et rien ne le contredit — pas même un objet qui suivrait.

3

Le sujet subit-il quelque chose ?

S’il arrive, part, naît, grandit, plaît, manque, dure, coûte ou réussit, c’est essere. S’il agit sans objet — marcher, nager, travailler, téléphoner, dormir —, c’est avere.

L’écart avec le français, en une phrase

L’italien étend essere bien au-delà de la liste française. Les verbes de déplacement et de changement d’état se recouvrent assez bien d’une langue à l’autre — « je suis arrivé », sono arrivato — mais l’italien y ajoute toute une série de verbes pour lesquels le français dit « avoir » : è costato, « ça a coûté », è durato, « ça a duré », è bastato, « ça a suffi », è successo, « c’est arrivé », sono riuscito, « j’ai réussi », è cresciuto, « il a grandi », è guarito, « il a guéri », sono stato, « j’ai été ». Le mouvement inverse — un verbe à avere en italien et à « être » en français — est rare, et c’est une raison de plus pour se méfier d’un seul côté.

Se tromper d’auxiliaire, est-ce grave ? On vous comprendra : le participe suffit à identifier le verbe, et personne ne s’arrête à ho andato. Mais c’est une des rares fautes qu’un Italien remarque immédiatement, parce qu’elle ne se produit jamais chez un locuteur natif, même très jeune. Un auxiliaire juste vaut donc plus, dans l’impression laissée, qu’un vocabulaire étendu.

L’auxiliaire ne s’apprend pas en liste, il s’attrape par l’oreille. Un Italien ne décide pas, il entend la phrase juste. C’est ce que travaille le cours d’italien, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes où les mêmes verbes reviennent au passé jusqu’à ce que sono andato sonne naturel et ho andato impossible. La première leçon est offerte, la suite fonctionne par abonnement.

Exercices : essere ou avere ?

Le participe est déjà écrit ; choisissez l’auxiliaire qui convient au verbe et à la phrase. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. Ieri ___ andato al cinema con Luca.
  2. ___ mangiato una pizza intera.
  3. Maria ___ uscita alle otto.
  4. Noi ___ camminato per tre ore.
  5. Il film ___ finito alle dieci.
  6. Il professore ___ finito la lezione in anticipo.
  7. Ieri ___ salito le scale a piedi.
  8. ___ salito sul treno sbagliato.
  9. Ci ___ alzati alle sei di mattina.
  10. ___ dovuto partire prima della fine.
  11. ___ dovuto mangiare in fretta.
  12. Il viaggio ___ durato otto ore.
  13. Quel libro mi ___ piaciuto molto.
  14. Il bambino ___ cresciuto molto quest’anno.
  15. ___ nuotato per mezz’ora.
  16. La lezione ___ cominciata in ritardo.
  17. Per fortuna ___ passato l’esame di storia.
  18. Stamattina ___ passato da casa tua.

Toute la grammaire italienne, point par point

Quarante pages qui se répondent, avec des exercices corrigés sur chacune. Elles donnent le plus de place à ce qui trompe précisément un francophone : essere ou avere au passé composé, l’accord du participe, les pronoms groupés, les particules ne et ci, le subjonctif après penso che, l’article devant le possessif. Comprendre l’italien coûte peu ; c’est le parler juste qui se travaille, et ces pages traitent exactement les endroits où le français induit en erreur.

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Questions fréquentes

Comment savoir s’il faut essere ou avere ?

Posez-vous d’abord la question de l’objet : si le verbe agit sur quelque chose, c’est avere. Ensuite celle du pronom réfléchi : s’il y en a un, c’est essere. Reste une liste fermée de verbes intransitifs à essere, qui disent tous que le sujet arrive, part, change d’état ou reçoit quelque chose.

Pourquoi dit-on sono andato mais ho camminato ?

Parce que le critère n’est pas le mouvement, contrairement à ce que l’on lit souvent. Andare mène d’un point à un autre ; camminare décrit une activité, sans dire d’où l’on part ni où l’on arrive. Même partage pour viaggiare, nuotare et passeggiare, tous avec avere.

Pourquoi ho finito il lavoro et il film è finito ?

Parce que finire est un verbe à double auxiliaire, et que le choix change le sens. Avec un complément d’objet direct, quelqu’un termine quelque chose : avere. Sans complément, un processus s’achève de lui-même : essere. Le même partage vaut pour cominciare, cambiare et aumentare.

Quel auxiliaire avec dovere, potere et volere ?

Celui du verbe à l’infinitif qui suit : ho dovuto mangiare parce que mangiare prend avere, sono dovuto andare parce que andare prend essere. L’italien parlé emploie aussi avere dans les deux cas, mais la règle ci-dessus ne sera jamais tenue pour une faute.

Les verbes réfléchis prennent-ils toujours essere ?

Toujours, sans exception, y compris quand un complément d’objet suit le verbe. Ci siamo alzati presto, mi sono dimenticato il passaporto. La forme et les emplois du réfléchi sont décrits à la page des verbes réfléchis.

Le choix de l’auxiliaire change-t-il la forme du participe ?

Oui, et c’est la raison pour laquelle il faut le régler d’abord. Avec essere, le participe varie comme un adjectif : Maria è partita, siamo partiti. Avec avere, il reste le plus souvent immobile. La règle complète figure à la page de l’accord du participe.

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