Dès qu’une phrase contient deux pronoms, l’italien change leur forme et leur ordre. « Je le lui donne » se dit en deux mots seulement, glielo do, et c’est l’indirect qui passe devant.
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Un francophone traverse sans dommage tout le chapitre des pronoms pris un par un : le système lui ressemble. Il déraille à la phrase suivante, celle qui en contient deux. « Je le lui ai dit » comporte deux pronoms ; l’italien les transforme, les réordonne, et en soude parfois deux en un seul mot.
Le résultat est une forme que le débutant ne reconnaît pas à l’oreille et qu’il ne produit jamais spontanément : glielo. Elle est pourtant d’un usage constant, autant que notre « le lui ». Toute la difficulté tient en trois faits, et ils sont mécaniques, donc apprenables en une séance.
Cette page traite la combinaison, et elle seule. La place du pronom dans la phrase, le choix entre forme atone et forme tonique et l’opposition gli / le sont décrits à la page les pronoms compléments. Ce que ne signifie relève de la page la particule ne, et les valeurs de ci de la page la particule ci : on les suppose acquises et on ne s’occupe ici que de ce qui leur arrive quand elles se rencontrent.
Un pronom qui se retrouve devant un autre pronom ne garde pas sa forme. Deux règles couvrent tous les cas, sans exception.
mi, ti, ci, vi et le réfléchi si passent à me, te, ce, ve, se. Le changement est purement mécanique : il ne dépend ni du verbe, ni du sens, ni du second pronom. On dit mi dai il libro, mais me lo dai.
Attention à la forme sonore : me ici n’est pas la forme tonique de l’insistance, celle de con me. C’est le même mot à l’écrit, mais il reste atone, prononcé d’un souffle avec ce qui suit. Un francophone qui l’accentue donne à la phrase une emphase qu’elle n’a pas.
À la troisième personne, la combinaison ne se contente pas de changer une voyelle : les deux pronoms se soudent en un seul mot. gli et le donnent tous deux glie-, auquel se collent lo, la, li, le, ne.
Conséquence que personne n’annonce jamais au débutant : la distinction entre gli et le disparaît. Vous avez appris à dire gli scrivo pour un homme et le scrivo pour une femme ; dès qu’un second pronom arrive, les deux se disent glielo. Une seule forme pour quatre valeurs : à lui, à elle, à eux ou à elles dans l’usage courant, et à vous au vouvoiement.
Quand l’ambiguïté gêne vraiment, l’italien ne modifie pas le groupe : il ajoute une forme tonique après le verbe. Lo do a lei, non a lui — « c’est à elle que je le donne, pas à lui ».
Voici la règle qui demande le plus de vigilance, parce que le français la respecte à moitié. Chez nous, l’ordre change selon la personne : on dit « tu me le donnes » — indirect puis direct — mais « je le lui donne » — direct puis indirect. L’italien, lui, ne change jamais : le complément indirect passe devant, toujours.
| Français | Ordre français | Italien | Ordre italien |
|---|---|---|---|
| tu me le donnes | indirect + direct | me lo dai | indirect + direct |
| je te les apporte | indirect + direct | te li porto | indirect + direct |
| je le lui dis | direct + indirect | glielo dico | indirect + direct |
| je les leur envoie | direct + indirect | glieli mando | indirect + direct |
Autrement dit, le francophone se trompe exactement là où sa langue inverse : à la troisième personne. C’est pourquoi glielo résiste si longtemps, alors que me lo s’installe tout seul.
Le tableau complet des combinaisons se lit d’une seule façon : le pronom de la première colonne est celui qui désigne la personne à qui l’on fait quelque chose.
| Indirect | + lo | + la | + li | + le | + ne |
|---|---|---|---|---|---|
| mi | me lo | me la | me li | me le | me ne |
| ti | te lo | te la | te li | te le | te ne |
| gli, le | glielo | gliela | glieli | gliele | gliene |
| ci | ce lo | ce la | ce li | ce le | ce ne |
| vi | ve lo | ve la | ve li | ve le | ve ne |
| si | se lo | se la | se li | se le | se ne |
Une seule ligne s’écrit en un mot, celle de la troisième personne. Toutes les autres s’écrivent en deux mots séparés, et rien ne peut s’insérer entre eux : le groupe est un bloc. La négation se place avant lui — non me lo dice — jamais au milieu.
Devant une voyelle, le second pronom s’élide, y compris dans la forme soudée. C’est ce qui donne des graphies déroutantes à la lecture, très fréquentes aux temps composés.
Le groupe ne se casse pas davantage quand il quitte sa place devant le verbe conjugué. Il voyage entier et se colle en bloc à la fin de la forme verbale, ce qui produit des mots longs, parfaitement normaux en italien.
À l’infinitif, l’infinitif perd son -e final et le groupe s’accroche derrière. On obtient un seul mot, accentué comme si le groupe n’existait pas.
Avec un verbe modal, les deux places restent ouvertes, et le groupe reste entier dans les deux cas : devant posso, devo, voglio, ou soudé à l’infinitif qui suit. Il est en revanche impossible de le couper en deux, un pronom devant et un derrière.
À l’impératif affirmatif, la soudure est obligatoire et le groupe se colle à la fin de la forme, sans trait d’union, contrairement au français. C’est la construction la plus utile du chapitre, parce qu’on la dit vingt fois par jour.
Les particularités de forme de l’impératif lui-même, et son comportement à la forme négative, sont traités à la page donner un ordre.
Enfin, le réfléchi se combine comme les autres. mi lavo le mani devient me le lavo ; si mette il cappotto devient se lo mette. C’est le même mécanisme, appliqué au pronom réfléchi.
La dernière colonne du tableau est celle qui rend le plus service, parce que ne est obligatoire en italien là où le français se contente souvent de ne rien dire. Les formes sont exactement les mêmes : le premier pronom change de voyelle ou fusionne, et ne se met en second.
Là encore, la troisième personne est la seule à s’écrire en un mot : gliene. Et là encore, elle vaut pour un homme, pour une femme, pour un groupe et pour le vouvoiement.
Un mot sur ce, qui a deux origines. Dans ce lo spiega, il s’agit de ci « à nous ». Dans ce lo metto io, « c’est moi qui l’y mets », il s’agit du ci de lieu. La transformation est la même, mais le sens change du tout au tout, et seule la phrase permet de trancher : les valeurs de cette particule sont décrites à la page la particule ci.
Elles reviennent toutes chez les francophones, et elles se corrigent séparément.
Garder le i. mi lo dai au lieu de me lo dai. C’est la faute la plus facile à éliminer, parce que la règle est sans exception : devant un autre pronom, jamais de i.
Inverser l’ordre à la troisième personne. lo gli dico au lieu de glielo dico : le francophone traduit son « je le lui dis » mot à mot. Le remède est de ne pas apprendre glielo comme une somme de deux pronoms, mais comme un mot unique, au même titre que eccolo.
Séparer le groupe. me puoi dirlo n’existe pas : ou bien me lo puoi dire, ou bien puoi dirmelo. Le bloc reste entier, où qu’il aille.
Accentuer le premier pronom. me lo se dit d’un seul mouvement, en appuyant sur le verbe, pas sur le pronom. Accentué, il devient une insistance involontaire.
Ces formes s’acquièrent par blocs entiers, jamais par calcul. Une dizaine de phrases dites à voix haute jusqu’à ce qu’elles viennent sans hésitation — me lo dai, te lo prometto, glielo dico, portamelo — remplacent avantageusement la récitation du tableau.
Un groupe de pronoms s’entend avant de se comprendre. C’est ce que travaille le cours d’italien, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes : les phrases sont dites au rythme normal par un locuteur natif, et glielo finit par arriver tout seul, comme un mot de plus. La première leçon est offerte, la suite se fait par abonnement.
Choisissez la forme groupée correcte, puis touchez Correction.
Quarante pages qui se répondent, avec des exercices corrigés sur chacune. Elles donnent le plus de place à ce qui trompe précisément un francophone : essere ou avere au passé composé, l’accord du participe, les pronoms groupés, les particules ne et ci, le subjonctif après penso che, l’article devant le possessif. Comprendre l’italien coûte peu ; c’est le parler juste qui se travaille, et ces pages traitent exactement les endroits où le français induit en erreur.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
C’est une règle de forme, sans exception et sans rapport avec le sens : devant un second pronom, mi, ti, ci, vi et si passent à me, te, ce, ve, se. On dit mi dai il libro, mais me lo dai.
Oui, et c’est la seule ligne du tableau dans ce cas : glielo, gliela, glieli, gliele, gliene. Toutes les autres combinaisons s’écrivent en deux mots séparés, comme me lo ou ve li.
Par le contexte seul : la forme ne le dit pas. glielo vaut pour un homme, pour une femme, pour un groupe dans l’usage courant, et pour le vouvoiement. Quand la précision est nécessaire, l’italien ajoute une forme tonique après le verbe : Lo do a lei, non a lui.
Il se soude en bloc à la fin de l’infinitif, qui perd son -e : dirglielo, mandarmelo. Avec un verbe modal, on peut aussi placer le groupe entier devant : me lo puoi dire ou puoi dirmelo. Ce qui est impossible, c’est de séparer les deux pronoms.
Jamais. Le groupe est un bloc indissociable et non se place devant lui : non me lo dice, non gliela mando.
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