Le futur italien se construit presque sans surprise, et c’est justement ce qui endort. Il sert aussi à supposer, il s’emploie après « se » là où le français l’interdit, et le présent le remplace très souvent : trois réflexes à prendre.
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Un francophone apprend le futur italien en une demi-heure et l’emploie mal pendant des années. Ce n’est pas la forme qui résiste : ce sont les endroits où l’italien met un futur alors que nous n’en mettons pas, et ceux où il n’en met pas alors que nous en mettons un.
La mécanique est rassurante : une seule série de terminaisons pour les trois conjugaisons, aucun auxiliaire, aucune forme composée à apprendre pour le futur simple. Là où le français possède deux futurs concurrents — je partirai et je vais partir —, l’italien n’en a qu’un, et la tournure avec andare ne joue chez lui aucun rôle de futur.
En échange, l’italien confie au futur un travail que le français confie ailleurs. Quand un Italien dit saranno le nove, il ne prédit rien : il suppose qu’il est neuf heures. Quand il dit se avrò tempo, il emploie après se une forme que la grammaire française refuse après si. Et quand il annonce un fait proche et déjà arrangé, il passe au présent sans y penser.
Cette page décrit donc le futur simple, ses radicaux contractés, le futur antérieur et les emplois qui appartiennent en propre à ce temps. Le conditionnel se fabrique sur le même radical, mais avec d’autres terminaisons et pour d’autres usages : il est traité à part, sur la page le conditionnel.
Les six terminaisons du futur simple sont les mêmes pour tous les verbes réguliers : -ò, -ai, -à, -emo, -ete, -anno. Elles se posent sur l’infinitif privé de son -e final. Deux formes portent un accent écrit obligatoire, la première et la troisième personne du singulier, et cet accent n’est pas un ornement : il distingue parlerà de parlera, qui n’existe pas, et il se prononce, la voix tombant sur la dernière syllabe.
| Personne | parlare (parler) | credere (croire) | dormire (dormir) |
|---|---|---|---|
| io | parlerò | crederò | dormirò |
| tu | parlerai | crederai | dormirai |
| lui, lei | parlerà | crederà | dormirà |
| noi | parleremo | crederemo | dormiremo |
| voi | parlerete | crederete | dormirete |
| loro | parleranno | crederanno | dormiranno |
Le vrai piège est dans la première colonne. Les verbes en -are ne gardent pas leur a : il devient e. On dit parlerò et non parlarò, mangeremo et non mangiaremo. C’est la faute la plus fréquente chez un francophone, parce que notre futur, lui, conserve la voyelle de l’infinitif : parler donne je parlerai, ce qui nous rassure à tort. La deuxième et la troisième conjugaison, elles, sont transparentes : le e de credere et le i de dormire restent en place.
Comme le a de la première conjugaison cède la place à un e, les verbes dont le radical finit en c ou en g doivent protéger leur consonne dure : on intercale un h. Les verbes en -ciare et -giare, à l’inverse, perdent leur i, devenu inutile devant un e. Rien de tout cela ne s’entend : la prononciation du radical ne change pas d’un bout à l’autre du paradigme.
Une bonne nouvelle pour finir : les verbes du type finire, qui intercalent -isc- au présent, sont parfaitement réguliers au futur. On dit finirò, capirò, preferirò, sans trace du -isc- qui complique le présent de l’indicatif.
Une quinzaine de verbes très courants raccourcissent leur radical au futur. Ce ne sont pas des irrégularités capricieuses : elles se rangent en trois familles, et qui connaît la famille retrouve les six personnes sans effort, puisque les terminaisons, elles, ne changent jamais.
| Famille | Verbes | Première personne |
|---|---|---|
| La voyelle du radical tombe | avere, andare, potere, dovere, sapere, vedere, vivere | avrò, andrò, potrò, dovrò, saprò, vedrò, vivrò |
| Deux consonnes se fondent en -rr- | venire, volere, tenere, rimanere, bere | verrò, vorrò, terrò, rimarrò, berrò |
| Le radical garde son a | fare, dare, stare | farò, darò, starò |
Essere ne rentre dans aucune case : son futur est sarò, sarai, sarà, saremo, sarete, saranno, et il faut l’apprendre tel quel. C’est aussi le plus utile de tous, parce qu’il porte à lui seul l’emploi le plus déroutant de ce temps, celui que la section suivante décrit.
La troisième famille mérite une seconde de plus. On vient d’apprendre que le a de la première conjugaison devient e ; or fare, dare et stare gardent le leur. Un francophone appliquant trop bien la règle produit ferò ou sterò, qui n’existent pas. Ces trois verbes sont si fréquents que l’erreur s’entend immédiatement.
Voici l’emploi qui distingue le plus nettement les deux langues, et il n’a rien d’un raffinement littéraire : on l’entend tous les jours, dans la rue et au téléphone. Pour dire qu’on ignore et qu’on suppose, l’italien met le verbe au futur. Le français, lui, ajoute un mot — il doit être, ça fait sans doute, il a probablement.
Le contexte lève seul l’ambiguïté, et il la lève toujours : saranno le nove ne peut pas signifier « il sera neuf heures », puisque personne n’annonce l’heure qu’il sera. C’est d’ailleurs ainsi que l’oreille apprend à trier — une question sur le présent, une réponse au futur, et le futur devient une supposition.
La même forme sert à concéder. Sarà ricco, ma è antipatico ne se traduit pas par un futur en français mais par « il est peut-être riche, mais il est antipathique ». Et le Sarà! lancé seul, avec une moue, est une manière tiède de dire qu’on n’en croit pas un mot.
Le futur antérieur se forme comme tous les temps composés de l’italien : l’auxiliaire au futur simple, suivi du participe passé. Avrò finito, sarò arrivato, saremo partiti. Le choix entre les deux auxiliaires obéit à la règle générale, exposée sur la page essere ou avere, et cette règle ne change pas d’un temps composé à l’autre.
| Personne | finire, avec avere | partire, avec essere |
|---|---|---|
| io | avrò finito | sarò partito, partita |
| tu | avrai finito | sarai partito, partita |
| lui, lei | avrà finito | sarà partito, partita |
| noi | avremo finito | saremo partiti, partite |
| voi | avrete finito | sarete partiti, partite |
| loro | avranno finito | saranno partiti, partite |
Son premier emploi est celui que le français connaît : marquer qu’une action sera achevée avant une autre. Il apparaît presque toujours dans une subordonnée introduite par quando, appena, dopo che ou finché non.
Son second emploi prolonge le futur de probabilité, mais dans le passé : il suppose sur ce qui a déjà eu lieu. Là où le français dit il a dû oublier, l’italien dit avrà dimenticato. C’est une tournure d’une fréquence redoutable dans la conversation, et un francophone qui ne la reconnaît pas comprend l’inverse de ce qui est dit.
Un élève francophone a appris à l’école que si ne supporte pas le futur : on écrit si j’ai le temps, je viendrai, jamais si j’aurai le temps. Cette interdiction est française. L’italien, lui, accepte parfaitement le futur dans la subordonnée, et l’emploie même volontiers quand les deux faits sont à venir.
Le présent reste possible dans la même phrase — se ho tempo, passerò da te se dit tout aussi bien. Retenez seulement que le futur n’y est pas une faute, et n’allez pas corriger un Italien qui l’emploie. En revanche, tout change dès que l’hypothèse cesse d’être réelle : si j’avais le temps, je viendrais ne se construit ni avec un futur ni avec un conditionnel en italien. Les trois schémas de la phrase avec se forment un système à part, décrit sur la page les phrases avec se.
Le même réflexe vaut après quando, appena et finché non. Le français parlé glisse facilement au présent — dès que j’arrive, je t’appelle — alors que l’italien maintient le futur ou le futur antérieur dans la subordonnée : appena arriverò, ti chiamo.
Reste le mouvement inverse, et il est au moins aussi important : l’italien parlé emploie le futur moins souvent qu’on ne l’attend. Pour un fait proche, décidé, programmé, le présent s’impose. La phrase n’a rien de familier ni d’approximatif : c’est la forme normale.
Et surtout, l’italien n’a pas de futur proche. Notre je vais manger ne se traduit pas par vado a mangiare : cette phrase italienne décrit un déplacement, on va quelque part pour manger. Le francophone qui la produit pour annoncer son repas dit autre chose que ce qu’il croit. Pour annoncer un fait imminent, l’italien dispose d’une tournure propre, stare per, traitée avec les autres formes de l’action en cours sur la page l’action en cours.
Le futur s’installe par l’oreille, pas par le tableau. Personne ne décide « ici, futur de probabilité » avant d’ouvrir la bouche : on a entendu cent fois sarà en réponse à une question, et la forme vient seule. C’est le travail que fait le cours d’italien, en leçons audio de quatorze minutes où l’on répète des phrases entières à voix haute, sans tableau de conjugaison. La première leçon est offerte ; la suite relève de l’abonnement.
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Quarante pages qui se répondent, avec des exercices corrigés sur chacune. Elles donnent le plus de place à ce qui trompe précisément un francophone : essere ou avere au passé composé, l’accord du participe, les pronoms groupés, les particules ne et ci, le subjonctif après penso che, l’article devant le possessif. Comprendre l’italien coûte peu ; c’est le parler juste qui se travaille, et ces pages traitent exactement les endroits où le français induit en erreur.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Parce que les verbes en -are changent leur voyelle en e au futur : parlare donne parlerò, mangiare donne mangerò. Seuls fare, dare et stare gardent leur a : farò, darò, starò. C’est l’erreur la plus fréquente chez un francophone, parce que notre futur conserve la voyelle de l’infinitif.
« Il doit être neuf heures », et non « il sera neuf heures ». L’italien confie au futur le travail de supposer : sarà in ufficio, « il doit être au bureau », avrà trent’anni, « il a dans les trente ans ». Le contexte suffit toujours à trancher, puisqu’on ne prédit pas l’heure qu’il sera.
Oui, et c’est même courant : se avrò tempo, passerò da te. L’interdiction que nous connaissons — pas de futur après si — est une règle française, que l’italien ne partage pas. Le présent reste possible dans la même phrase. L’hypothèse non réelle, en revanche, obéit à d’autres règles, exposées sur la page les phrases avec se.
Pas par vado a mangiare, qui décrit un déplacement : on va quelque part pour manger. L’italien n’a pas de futur proche construit avec andare. Selon le cas, on emploie le présent — mangio adesso —, le futur simple, ou la tournure de l’imminence stare per, traitée sur la page l’action en cours.
Oui, pour deux raisons. Il est obligatoire après quando et appena quand une action précède l’autre : quando avrò finito, ti chiamerò. Et il sert à supposer sur le passé, emploi très fréquent en conversation : avrà dimenticato signifie « il a dû oublier ». Un débutant qui ne le reconnaît pas comprend de travers.
Non. Pour un fait proche et déjà arrangé, l’italien préfère souvent le présent : stasera ti chiamo, il treno arriva alle sette. Ce n’est ni familier ni négligé, c’est la forme normale. Le futur s’impose en revanche pour ce qui est prévu de loin, incertain, ou simplement supposé.
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