L’italien ne colle pas de -s au bout du mot : il remplace la voyelle finale, et cette voyelle s’entend. Un pluriel italien raté ne passe donc pas inaperçu, alors qu’en français le nom reste muet.
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C’est la première chose à comprendre, et elle change la manière de travailler. En français, le pluriel d’un nom est presque toujours silencieux : entre « le livre » et « les livres », seul l’article change à l’oreille. En italien, c’est le nom lui-même qui porte le nombre, et il le porte dans une voyelle finale bien audible.
Un francophone traîne donc un réflexe coûteux : celui de laisser le nom tranquille et de confier tout le travail au déterminant. En italien, un nom au pluriel qui garde sa voyelle de singulier est entendu comme un singulier, même si l’article était correct. Il n’existe aucune marge d’approximation, et aucun -s nulle part.
Le mécanisme complet tient en trois lignes, et il est plus régulier que le pluriel français. On part de la voyelle finale du singulier, on la remplace, et c’est tout.
| Singulier | Pluriel | Exemple |
|---|---|---|
| -o | -i | il ragazzo → i ragazzi |
| -a féminin | -e | la ragazza → le ragazze |
| -a masculin | -i | il problema → i problemi |
| -e masculin | -i | il fiore → i fiori |
| -e féminin | -i | la chiave → le chiavi |
Deux lignes de ce tableau demandent un mot. Les noms en -e font -i quel que soit leur genre : le pluriel ne permet donc pas de reconnaître le genre d’un nom en -e, et il faut le savoir d’avance. Et les noms masculins en -a, ceux du type il problema, suivent le masculin : i problemi, i programmi, i sistemi, i temi, i climi. Quel nom appartient à quel genre est la question de la page le genre des noms ; cette page-ci ne s’occupe que des formes.
Une conséquence agréable : les noms qui servent aux deux genres au singulier se départagent au pluriel. Il turista et la turista se prononcent de la même façon, mais on dira i turisti pour un groupe d’hommes ou un groupe mixte et le turiste pour un groupe de femmes.
Voici le premier vrai obstacle, et il est orthographique autant que sonore. En italien, un c ou un g suivi de -i ou -e se prononce doux, comme dans « tchèque » et « Djibouti ». Or le pluriel ajoute précisément un -i ou un -e. Il faut donc parfois insérer un h pour conserver le son dur du singulier — la lecture de ces graphies est détaillée à la page l’alphabet et les sons.
Aucune exception à retenir ici, ce qui est une bonne nouvelle. Le son dur est conservé, donc le h apparaît systématiquement.
C’est ici que les francophones se trompent, parce que la règle ne porte pas sur les lettres mais sur la place de l’accent du mot au singulier. Si l’accent tombe sur l’avant-dernière syllabe, le son dur est conservé et l’on écrit -chi. S’il tombe plus tôt, sur l’antépénultième, le son devient doux et l’on écrit -ci.
| Cas | Singulier | Pluriel | Sens |
|---|---|---|---|
| accent sur l’avant-dernière | il fuoco | i fuochi | le feu |
| accent sur l’avant-dernière | il gioco | i giochi | le jeu |
| accent sur l’avant-dernière | il parco | i parchi | le parc |
| accent sur l’avant-dernière | il tedesco | i tedeschi | l’Allemand |
| accent plus haut | il medico | i medici | le médecin |
| accent plus haut | il meccanico | i meccanici | le mécanicien |
| accent plus haut | lo storico | gli storici | l’historien |
| exception | l’amico | gli amici | l’ami |
| exception | il nemico | i nemici | l’ennemi |
| exception | il greco | i greci | le Grec |
| presque tous les -go | il lago | i laghi | le lac |
| presque tous les -go | l’albergo | gli alberghi | l’hôtel |
| presque tous les -go | il dialogo | i dialoghi | le dialogue |
| noms de métier en -logo | lo psicologo | gli psicologi | le psychologue |
Les trois exceptions de la colonne du milieu valent la peine d’être apprises telles quelles, car elles concernent des mots que l’on emploie constamment : gli amici, i nemici, i greci. Malgré leur accent sur l’avant-dernière syllabe, ils adoptent le son doux.
Dernière observation utile : la différence est parfaitement audible. I medici se termine comme « Médicis », tandis que i giochi se termine par un k net. Un francophone qui écrit i giochi mais prononce djoci a fait la moitié du chemin seulement.
Deuxième famille de difficultés, purement graphique celle-là : elle décide si l’on écrit un i ou deux, et elle n’a pas d’équivalent en français.
La question est de savoir si le i du singulier porte l’accent du mot ou non. Dans la très grande majorité des cas, il ne le porte pas : le pluriel n’a alors qu’un seul -i, celui de la terminaison.
Quand le i est accentué, en revanche, il reste, et le pluriel en porte deux. Le cas le plus courant est lo zio, « l’oncle », qui donne gli zii.
La règle tient à ce qui précède le groupe. Si c’est une consonne, le i disparaît ; si c’est une voyelle, il reste.
Même logique pour les noms dont la finale -ia est accentuée : le i se maintient, comme dans la farmacia → le farmacie et la bugia → le bugie, « le mensonge ». À l’oral, la différence entre le arance et le camicie est faible : c’est surtout une règle d’écriture, et c’est pour cela qu’elle se travaille en écrivant.
Voilà le point qui n’a aucun équivalent en français et qui déroute tout le monde. Une petite série de noms est masculine au singulier et féminine au pluriel, avec une terminaison en -a qui ressemble à un singulier féminin. Ce ne sont pas des curiosités de dictionnaire : ils désignent le corps humain et les objets de la maison, donc on en a besoin tout de suite.
| Singulier masculin | Pluriel féminin | Sens |
|---|---|---|
| il braccio | le braccia | le bras |
| il dito | le dita | le doigt |
| il ginocchio | le ginocchia | le genou |
| il labbro | le labbra | la lèvre |
| l’osso | le ossa | l’os |
| l’uovo | le uova | l’œuf |
| il paio | le paia | la paire |
| il lenzuolo | le lenzuola | le drap |
| il centinaio | le centinaia | la centaine |
| il migliaio | le migliaia | le millier |
Le changement de genre n’est pas décoratif : tout ce qui entoure le nom suit. L’adjectif se met au féminin pluriel, et l’article aussi. C’est là que la faute se voit, car un francophone qui a retenu la forme le uova continue souvent d’accorder au masculin.
Plusieurs de ces noms possèdent en outre un second pluriel, régulier et masculin, qui ne veut pas dire la même chose. Le pluriel féminin désigne un ensemble naturel, solidaire ; le pluriel masculin désigne des éléments comptés séparément ou un sens dérivé.
| Pluriel féminin | Sens | Pluriel masculin | Sens |
|---|---|---|---|
| le braccia | les bras du corps | i bracci | les bras d’un fleuve, d’une grue |
| le ossa | les os d’un squelette | gli ossi | des os détachés, pour le chien |
| le dita | les doigts de la main | i diti | des doigts considérés un à un |
| le mura | les remparts d’une ville | i muri | les murs d’une maison |
| le ciglia | les cils | i cigli | les bords d’une route |
La paire le mura et i muri est la plus utile en voyage, parce qu’elle apparaît sur tous les panneaux des villes anciennes : le mura di Lucca désigne l’enceinte, pas la maçonnerie.
Reste une dernière catégorie, et elle est confortable : les noms qui ne changent pas du tout. Là, l’italien fonctionne comme le français — c’est le déterminant seul qui indique le nombre, et le nom reste tel quel.
Les noms terminés par une voyelle accentuée. Rien ne bouge, l’accent final interdit toute terminaison nouvelle.
Les mots terminés par une consonne, presque tous empruntés à d’autres langues. Attention : on n’ajoute jamais le -s de la langue d’origine. Écrire i films est une faute en italien.
Les mots abrégés et les noms en -i. Une forme raccourcie garde sa forme, et un nom qui finit déjà par -i n’a rien à changer.
Quant aux vrais irréguliers, ils sont peu nombreux, et le plus employé de tous est aussi le plus surprenant : l’uomo fait gli uomini.
Des mots que l’italien met au pluriel et le français au singulier. Ils se placent sur la liste des choses à ne pas traduire mot à mot : i soldi pour « l’argent », i pantaloni pour « le pantalon », i baffi pour « la moustache ». Le verbe et l’adjectif suivent le pluriel italien : I soldi non bastano., « L’argent ne suffit pas. »
Une dernière remarque de méthode. Les formes du pluriel étant décidées par la voyelle finale, il faut connaître le genre du nom au singulier avant de pouvoir le mettre au pluriel : la page le genre des noms traite cette question. Par ailleurs, les trois articles pluriels que vous avez vus ici — i, gli et le — ne se choisissent pas au hasard, mais selon le son qui suit, ce qu’explique la page il, lo, un, uno. L’accord de l’adjectif avec un nom pluriel est traité à la page la place de l’adjectif.
Ces formes s’installent par l’usage. Personne ne récite la règle de l’accent avant de dire i giochi : la forme vient parce qu’on l’a entendue cent fois. C’est ce que travaille le cours d’italien, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes, avec des phrases dites par un locuteur natif. La première leçon est offerte, la suite se fait par abonnement. Le dossier complet est accessible depuis la page de grammaire.
Choisissez la forme du pluriel qui convient, puis touchez Correction.
Quarante pages qui se répondent, avec des exercices corrigés sur chacune. Elles donnent le plus de place à ce qui trompe précisément un francophone : essere ou avere au passé composé, l’accord du participe, les pronoms groupés, les particules ne et ci, le subjonctif après penso che, l’article devant le possessif. Comprendre l’italien coûte peu ; c’est le parler juste qui se travaille, et ces pages traitent exactement les endroits où le français induit en erreur.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
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En changeant la voyelle finale, jamais en ajoutant un -s. Les noms en -o et les noms en -e font -i : il libro donne i libri, il mese donne i mesi. Les noms féminins en -a font -e : la casa donne le case.
Parce que le h sert à garder le son dur du c devant le -i du pluriel. La plupart des noms en -co accentués sur l’avant-dernière syllabe le conservent, d’où i giochi et i parchi. Amico, nemico et greco sont des exceptions et prennent le son doux.
Une dizaine de noms se comportent ainsi : masculins au singulier, féminins au pluriel avec une terminaison en -a. Ce sont pour l’essentiel des parties du corps et des objets qui vont par paires : il braccio et le braccia, il dito et le dita, il paio et le paia. L’adjectif et l’article suivent le féminin.
I film. Les mots terminés par une consonne, presque tous emprunts étrangers, sont invariables en italien, et le pluriel de la langue d’origine ne se transporte pas. Même chose pour i bar, gli sport, i computer.
Pas pour les noms en -e, qui font tous -i quel que soit leur genre : seul l’article distingue i fiori de le chiavi. Il vaut donc mieux avoir appris le genre au singulier, question traitée à la page le genre des noms.
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