Dès que l’hypothèse cesse d’être réelle, la subordonnée italienne en se ne supporte ni futur ni conditionnel : elle passe au subjonctif. Là où le français dit « si j’avais le temps », l’italien dit se avessi tempo, et le reste de la phrase en découle.
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La phrase hypothétique est le seul endroit de la grammaire italienne où le francophone se trompe sans jamais s’en apercevoir. La faute ne porte pas sur un mot mais sur l’architecture : nous transposons notre couple de temps, et l’italien en attend un autre.
Une phrase en se comporte toujours deux membres : l’hypothèse, celle qui commence par se, et la conséquence. Les deux ne se choisissent pas séparément. En italien, fixer le temps de l’un impose le temps de l’autre, et les combinaisons possibles se comptent sur les doigts d’une main. C’est une bonne nouvelle : il y a trois schémas à apprendre, pas une règle à sentir.
Le français en a trois aussi, et c’est précisément la source de l’erreur. Les deux langues découpent les hypothèses de la même manière — réelle, possible, irréelle — mais elles ne remplissent pas les cases avec les mêmes modes. Notre si j’avais le temps est un imparfait de l’indicatif ; l’italien, à cette place, exige un subjonctif imparfait.
| Type | Après se | Dans l’autre membre | Exemple |
|---|---|---|---|
| Hypothèse réelle | indicatif présent ou futur | présent, futur ou impératif | Se ho tempo, vengo. |
| Hypothèse possible | subjonctif imparfait | conditionnel présent | Se avessi tempo, verrei. |
| Hypothèse irréelle du passé | subjonctif plus-que-parfait | conditionnel passé | Se avessi avuto tempo, sarei venuto. |
Les formes du subjonctif ne sont pas fabriquées ici : avessi, fossi, potessi, sapessi sont supposés connus, et la page fabriquer le subjonctif en donne les paradigmes complets. Le conditionnel, de même, est décrit sur sa propre page. Ce qui se joue ici, c’est l’assemblage.
C’est celle qui ne pose aucun problème, parce qu’elle se construit comme en français : un indicatif d’un côté, un indicatif ou un impératif de l’autre. On l’emploie quand la condition peut parfaitement se réaliser, et souvent quand on attend qu’elle se réalise.
Une seule différence avec le français, et elle porte sur le futur : l’italien l’accepte après se, quand notre grammaire l’interdit après si. On peut donc dire se avrò tempo, verrò aussi bien que se ho tempo, verrò. Ce point appartient aux emplois du futur et n’est pas développé ici ; retenez qu’il ne concerne que ce premier schéma. Dans les deux suivants, le futur est exclu.
Voici le schéma décisif, celui qu’il faut installer avant tous les autres, parce qu’il sert à tout : imaginer, envisager, proposer avec prudence, rêver à voix haute. La conséquence se met au conditionnel présent, comme en français. Mais l’hypothèse, elle, se met au subjonctif imparfait, là où le français aligne un imparfait de l’indicatif.
| Français | Italien |
|---|---|
| si j’avais le temps, je viendrais | se avessi tempo, verrei |
| si j’étais riche, j’achèterais une maison | se fossi ricco, comprerei una casa |
| si tu pouvais venir, ce serait parfait | se potessi venire, sarebbe perfetto |
| s’il lisait davantage, il comprendrait mieux | se leggesse di più, capirebbe meglio |
| si nous savions où il est, nous irions le chercher | se sapessimo dov’è, andremmo a cercarlo |
Comparez les deux colonnes ligne par ligne : la partie droite de la phrase est la même dans les deux langues, la partie gauche ne l’est pas. Le francophone qui traduit mot à mot produit se avevo tempo, avec un imparfait de l’indicatif. La phrase n’est pas incompréhensible, mais elle est reconnaissable entre mille comme une phrase d’étranger, et elle se corrige d’un seul geste : après se, quand le français a un imparfait, l’italien a un subjonctif.
L’ordre des deux membres est libre, comme en français : verrei, se avessi tempo se dit tout autant. Le mode, lui, ne change pas avec la place ; c’est la conjonction se qui commande, où qu’elle se trouve.
Quand l’hypothèse porte sur le passé et qu’on sait déjà qu’elle ne s’est pas réalisée, les deux membres reculent d’un cran : subjonctif plus-que-parfait après se, conditionnel passé dans l’autre membre. C’est le schéma des regrets, des reproches et des explications après coup.
Les deux membres peuvent aussi appartenir à des époques différentes, et l’italien le dit sans détour : un passé qui n’a pas eu lieu, une conséquence qui serait vraie maintenant. La subordonnée reste alors au subjonctif plus-que-parfait, tandis que la conséquence passe au conditionnel présent. Le français fait exactement la même chose, ce qui rend ces phrases faciles à produire une fois les deux formes en place.
Deux formes sont exclues de la subordonnée dans les deuxième et troisième schémas, et l’une des deux est l’erreur signature du francophone.
Jamais de conditionnel après se. On n’écrit ni se avrei tempo, ni se sarei ricco, ni se potrei venire. La règle est la même que celle du français, qui condamne si j’aurais ; ce qui change, c’est la forme de remplacement. Le français met un imparfait de l’indicatif, l’italien un subjonctif. Le conditionnel appartient à l’autre membre, et à lui seul.
Pas de futur non plus dans ces deux schémas. Se avrò tempo, verrei ne se dit pas : un futur après se n’est possible que dans l’hypothèse réelle, celle du premier schéma, avec un présent ou un futur dans l’autre membre. Dès que la conséquence est au conditionnel, l’hypothèse est au subjonctif.
| Ce qu’on produit spontanément | Ce qu’il faut dire |
|---|---|
| se avrei tempo, verrei | se avessi tempo, verrei |
| se avevo tempo, verrei | se avessi tempo, verrei |
| se avevo avuto tempo, sarei venuto | se avessi avuto tempo, sarei venuto |
Un moyen simple de contrôler sa propre phrase : repérer le conditionnel, vérifier qu’il est bien du côté de la conséquence, puis vérifier que l’autre membre commence par se et continue par une forme en -ssi, -sse ou -ssimo. Ces terminaisons sont la signature du subjonctif imparfait, et leur présence après se est le meilleur indice qu’on a construit la phrase du bon côté.
Il faut le savoir avant d’aller en Italie, sous peine de croire que la règle est fausse : dans la conversation familière, les Italiens remplacent très souvent le troisième schéma par un double imparfait de l’indicatif. Se lo sapevo, non venivo tient lieu de se lo avessi saputo, non sarei venuto.
Cette tournure appartient à l’oral familier, et les deux membres y vont ensemble : on ne mélange pas un imparfait et un conditionnel passé. Un apprenant a tout intérêt à savoir la reconnaître et à produire, lui, la forme pleine — d’abord parce qu’elle passe partout, ensuite parce qu’un étranger qui coupe les coins paraît fautif là où un natif paraît détendu. Les autres emplois de ce temps sont décrits sur la page l’imparfait.
La locution come se, « comme si », n’admet jamais l’indicatif. Elle demande le subjonctif imparfait pour un fait simultané, le subjonctif plus-que-parfait pour un fait antérieur, et cela même quand la phrase principale est au présent. C’est une règle sans exception, donc facile à appliquer.
Anche se, « même si ». Quand le fait est réel et simplement concédé, anche se se construit avec l’indicatif : anche se piove, esco. Le subjonctif n’apparaît que si le fait concédé est lui-même hypothétique : anche se fosse vero, non cambierebbe niente. Les conjonctions de concession qui imposent toujours le subjonctif, benché et ses voisines, relèvent de la page benché, prima che, purché.
L’autre se, celui de la question rapportée. Dans non so se viene, « je ne sais pas s’il vient », se ne pose aucune hypothèse : il rapporte une question. Aucun des trois schémas ne s’y applique, et le futur y est parfaitement à sa place : non so se verrà. C’est le même mot pour deux emplois, comme en français, et la confusion se dissipe dès qu’on se demande s’il y a deux membres ou un seul.
Une dernière tournure, très employée et très commode : sennò, contraction de se no, qui reprend l’hypothèse inverse sans la répéter. Sbrigati, sennò perdiamo il treno, « dépêche-toi, sinon nous allons manquer le train ». Elle appartient au premier schéma, celui de l’hypothèse réelle, et se contente de l’indicatif.
Ces assemblages se fixent par la répétition, pas par le tableau. Le double se avessi… verrei doit sortir d’un bloc, sans passer par la règle, parce qu’il arrive en pleine conversation. C’est ce que travaille le cours d’italien, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes où l’on répète des phrases entières à voix haute. La première leçon est offerte ; la suite relève de l’abonnement.
Choisissez la forme qui complète correctement la phrase hypothétique, puis touchez Correction.
Quarante pages qui se répondent, avec des exercices corrigés sur chacune. Elles donnent le plus de place à ce qui trompe précisément un francophone : essere ou avere au passé composé, l’accord du participe, les pronoms groupés, les particules ne et ci, le subjonctif après penso che, l’article devant le possessif. Comprendre l’italien coûte peu ; c’est le parler juste qui se travaille, et ces pages traitent exactement les endroits où le français induit en erreur.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Parce que l’italien ne met jamais de conditionnel après se, exactement comme le français refuse si j’aurais. La forme attendue est le subjonctif imparfait : se avessi tempo, verrei. Le conditionnel reste dans l’autre membre de la phrase, celui de la conséquence.
Parce que les deux langues n’ont pas gardé les mêmes modes dans cette construction. Le français a généralisé l’imparfait de l’indicatif, l’italien a conservé le subjonctif imparfait : se avessi tempo, se fossi ricco, se potessi. C’est la correction la plus rentable qu’un francophone puisse faire à son italien, parce que la construction revient sans arrêt.
Trois. Hypothèse réelle, indicatif des deux côtés : se ho tempo, vengo. Hypothèse possible, subjonctif imparfait et conditionnel présent : se avessi tempo, verrei. Hypothèse irréelle du passé, subjonctif plus-que-parfait et conditionnel passé : se avessi avuto tempo, sarei venuto. Le deuxième est celui qui sert le plus en conversation.
C’est de l’oral familier, très répandu : l’imparfait de l’indicatif remplace les deux formes du troisième schéma. Un apprenant gagne à la reconnaître sans l’adopter, parce que la forme pleine — se lo avessi saputo, non sarei venuto — passe dans toutes les situations, à l’écrit comme à l’oral.
Oui, mais seulement dans l’hypothèse réelle : se avrò tempo, verrò. C’est un écart avec le français, qui interdit le futur après si ; il est traité avec les emplois du futur. Dans les deux autres schémas, ni futur ni conditionnel : la subordonnée est au subjonctif.
Anche se concède un fait, et prend l’indicatif quand ce fait est réel : anche se piove, esco. Come se compare à une situation fausse, et prend toujours le subjonctif : come se fossi un fantasma. La première admet les deux modes selon le cas, la seconde n’en admet qu’un.
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