L’italien place la plupart de ses adjectifs après le nom, mais il autorise presque tous à passer devant, et le sens change alors. Un uomo povero n’a pas d’argent ; un povero uomo fait pitié.
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Avant la place, l’accord, qui ne retiendra pas longtemps un francophone : l’adjectif italien s’accorde en genre et en nombre avec le nom, comme le nôtre. La seule chose à savoir est qu’il existe deux classes, l’une à quatre formes et l’autre à deux.
| Classe | Masculin singulier | Féminin singulier | Masculin pluriel | Féminin pluriel |
|---|---|---|---|---|
| en -o | nero | nera | neri | nere |
| en -o | italiano | italiana | italiani | italiane |
| en -e | grande | grande | grandi | grandi |
| en -e | interessante | interessante | interessanti | interessanti |
La classe en -e est reposante : une forme au singulier, une au pluriel, le genre ne joue pas. C’est aussi celle qui contient beaucoup d’adjectifs longs et utiles : grande, difficile, interessante, importante, giovane, veloce, forte.
Pour un groupe mixte, le masculin pluriel l’emporte, exactement comme en français : Marco e Maria sono stanchi, « Marco et Maria sont fatigués ». Et quelques adjectifs refusent de bouger, parce qu’ils sont en réalité des noms employés comme adjectifs : rosa, blu, viola, beige.
Sur marrone et arancione, l’usage hésite : on rencontre couramment scarpe marroni et maglioni arancioni à côté des formes invariables, et les deux passent. Les formes du nom lui-même, singulier et pluriel, sont traitées avec le genre des noms et le pluriel des noms.
Un adjectif italien qui sert à distinguer un objet parmi d’autres se met après le nom. C’est le cas de tout ce qui classe : la couleur, l’origine, la forme, la matière, la température, l’état. Là, le français fait pareil, et il n’y a rien à corriger.
Deux cas ne laissent pas le choix. Un participe passé employé comme adjectif reste derrière : una lettera scritta a mano, « une lettre écrite à la main ». Et un adjectif accompagné d’un adverbe ou d’un complément reste derrière lui aussi : una ragazza molto simpatica, una città famosa per i suoi musei. Dès que l’adjectif traîne quelque chose derrière lui, il ne peut plus se glisser devant le nom.
Quand deux adjectifs qualifient le même nom, l’italien les répartit volontiers de part et d’autre plutôt que de les empiler : un bel vestito rosso, « une belle robe rouge ». Empilés derrière, ils se relient par e : una casa grande e luminosa.
Le francophone a ici un avantage et un piège. L’avantage : la position arrière est la même que la nôtre dans la grande majorité des cas. Le piège : le français impose la place avant à une petite série d’adjectifs — grand, petit, bon, beau, joli, vieux, jeune, gros — et l’italien ne l’impose pas. Una casa grande est une phrase normale, là où « une maison grande » ne se dit pas en français.
L’italien autorise presque tout adjectif à passer devant le nom, et ce déplacement n’est pas gratuit. Derrière, l’adjectif informe et distingue ; devant, il commente. Il ne sert plus à désigner de quel objet on parle, il dit ce qu’on en pense.
Le test est simple et il fonctionne dans les deux langues. Retirez l’adjectif de la phrase : si l’on ne sait plus de quel objet vous parlez, il doit rester derrière ; il vino rosso sans rosso ne désigne plus la même bouteille. Si l’on sait toujours de quoi il s’agit et que vous perdez seulement votre appréciation, il peut passer devant : una bella giornata reste una giornata.
Une série d’adjectifs se place toujours devant, parce qu’ils ne qualifient pas vraiment : ils situent. stesso, altro, primo, ultimo, prossimo fonctionnent comme des déterminants.
Et un adjectif placé derrière alors qu’on l’attendait devant reçoit un accent particulier : una giornata bella insiste, presque comme si l’on ajoutait « et je pèse mes mots ». C’est une nuance à reconnaître à l’écoute plus qu’à produire les premières semaines.
Voici la partie qui se paie cher, parce qu’une place mal choisie ne produit pas une maladresse mais une autre phrase. Bonne nouvelle : le mécanisme existe en français, avec un pauvre homme et un homme pauvre. Mauvaise nouvelle : la liste des mots concernés n’est pas la même, et certains couples italiens n’ont pas d’équivalent chez nous.
| Devant le nom | Sens | Derrière le nom | Sens |
|---|---|---|---|
| un povero uomo | un homme à plaindre | un uomo povero | un homme sans argent |
| un vecchio amico | un ami de longue date | un amico vecchio | un ami âgé |
| un grande uomo | un homme illustre | un uomo grande | un homme de grande taille |
| una certa notizia | une certaine nouvelle | una notizia certa | une nouvelle sûre |
| diverse persone | plusieurs personnes | persone diverse | des personnes différentes |
| un solo uomo | un seul homme | un uomo solo | un homme seul |
| un unico figlio | un seul enfant | un figlio unico | un enfant unique |
| una nuova casa | une autre maison | una casa nuova | une maison neuve |
| un semplice impiegato | un simple employé | un problema semplice | un problème facile |
| un alto funzionario | un haut fonctionnaire | un uomo alto | un homme grand |
Trois lignes méritent un mot de plus. Vecchio couvre à lui seul nos deux mots vieux et ancien : il mio vecchio amico est un ami de longue date, qui peut avoir vingt ans, et l’article devant ce possessif obéit à la règle décrite à la page de l’article devant le possessif. Caro se comporte de même : devant une personne il dit l’affection, un caro amico ; derrière une chose il dit le prix, un vestito caro, « un vêtement coûteux ». Quant à stesso, il change de valeur en passant derrière : lo stesso giorno est « le même jour », mais il giorno stesso est « le jour même ».
Passer devant le nom coûte quelque chose à trois adjectifs très courants : ils se raccourcissent, et la forme qu’ils prennent dépend du son qui suit. C’est la difficulté la plus visible de cette page, et la plus facile à entendre chez un débutant qui dit un bello libro au lieu de un bel libro.
Bello devant le nom se calque sur l’article défini. Si le nom prend il, l’adjectif fait bel ; s’il prend lo, il fait bello ; s’il prend i, bei ; s’il prend gli, begli. Le choix de la forme de l’article, lui, est décrit à la page il, lo, un, uno.
| Forme | Devant quoi | Exemple |
|---|---|---|
| bel | masculin singulier, consonne simple | un bel libro |
| bello | masculin singulier, s + consonne, z, gn, ps | un bello spettacolo |
| bell’ | singulier, voyelle | un bell’albergo |
| bei | masculin pluriel, consonne simple | i bei ricordi |
| begli | masculin pluriel, voyelle ou s + consonne, z, gn | i begli occhi |
| bella, belle | féminin, toutes positions | una bella casa |
Dès que l’adjectif n’est plus devant le nom, la troncation disparaît : un libro bello, il tempo è bello, che bello!. Une forme raccourcie n’existe que collée à un nom.
Buono devant le nom se calque sur l’article indéfini. Là où l’on dirait un, il fait buon — y compris devant une voyelle ; là où l’on dirait uno, il fait buono. Le féminin reste buona, la forme élidée buon’ ne survivant que dans quelques expressions figées.
Grande se raccourcit facultativement en gran devant une consonne simple : un gran film, una gran festa, un gran numero di turisti. La forme pleine reste correcte partout, et elle est obligatoire devant une voyelle ou un groupe encombré : un grande amico, un grande sbaglio. Un débutant peut employer grande partout sans jamais se tromper.
Santo suit la même logique devant un prénom et cette forme se lit sur tous les panneaux d’Italie : san Marco et san Pietro devant une consonne, sant’Antonio et sant’Anna devant une voyelle, santo Stefano devant s + consonne, santa Chiara au féminin.
Le démonstratif fonctionne pareil. quello se raccourcit exactement comme bello : quel libro, quello studente, quell’amico, quei libri, quegli occhi. Un seul schéma sonore à installer sert donc trois mots parmi les plus fréquents de la langue.
Ne pas tronquer. Un bello libro, un buono vino : c’est la faute la plus repérable, et elle se corrige par l’oreille, parce que les groupes bel libro et buon vino se disent d’un seul bloc.
Transporter la place française. Un francophone antépose mécaniquement grand, petit, bon, beau, ce qui donne des phrases correctes mais monotones : l’italien dit très volontiers una casa grande, un ragazzo giovane, un vino buono quand il distingue plutôt qu’il n’apprécie.
Antéposer un adjectif qui classe. Une couleur, une nationalité, une forme devant le nom ne produit pas une nuance mais une phrase bancale. Una rossa macchina ne se dit pas.
Oublier que la place est porteuse de sens. Avant de placer povero, vecchio, grande, certo, nuovo ou solo, demandez-vous lequel des deux sens vous visez. C’est la seule liste de cette page qui vaut la peine d’être apprise par cœur.
Reste le degré : dire non pas que la maison est grande, mais qu’elle est plus grande qu’une autre, ou la plus grande du village. C’est l’objet de la page comparatif et superlatif, qui possède più, meno et les formes en -issimo.
La place ne s’apprend pas, elle s’entend. Aucun Italien ne calcule avant de parler ; il produit des blocs déjà formés, un bel posto, una brutta storia, un caffè caldo. C’est ce que travaille notre cours d’italien en leçons de quatorze minutes, où les groupes se répètent à voix haute jusqu’à venir tout seuls.
Choisissez la forme ou l’ordre qui rend le français donné entre parenthèses. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante pages qui se répondent, avec des exercices corrigés sur chacune. Elles donnent le plus de place à ce qui trompe précisément un francophone : essere ou avere au passé composé, l’accord du participe, les pronoms groupés, les particules ne et ci, le subjonctif après penso che, l’article devant le possessif. Comprendre l’italien coûte peu ; c’est le parler juste qui se travaille, et ces pages traitent exactement les endroits où le français induit en erreur.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Après, dans la grande majorité des cas : un vino rosso, un ristorante cinese, una porta chiusa. La position avant existe et reste très vivante, mais elle change la valeur de l’adjectif : il ne distingue plus l’objet, il le commente, comme dans una bella giornata.
Parce que bello placé devant un nom se comporte comme l’article défini. Le nom qui prend il prend bel, celui qui prend lo prend bello : un bel libro mais un bello spettacolo. Au pluriel, i bei libri et i begli occhi.
Le premier n’a pas d’argent, le second est à plaindre. C’est le couple le plus connu d’une série où la place décide du sens : un vecchio amico est un ami de longue date, un amico vecchio un ami âgé ; una casa nuova est neuve, una nuova casa est simplement une autre maison.
Les deux sont corrects. La réduction de grande en gran devant une consonne est facultative et fréquente, surtout dans les expressions toutes faites comme un gran numero di. Devant une voyelle, on garde la forme pleine : un grande amico.
Non. rosa, blu, viola et beige restent invariables, parce que ce sont des noms employés comme adjectifs : due magliette rosa. Sur marrone et arancione, l’usage admet les deux, et les formes marroni et arancioni sont courantes.
Oui, et c’est même la solution préférée de l’italien : un bel vestito rosso place l’appréciation devant et la couleur derrière. Si les deux restent derrière, on les relie par e : una casa grande e luminosa.
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