Un temps que vous rencontrerez dans le premier roman italien que vous ouvrirez, et dont les irréguliers ne se devinent jamais. La bonne nouvelle : dans chaque verbe irrégulier, trois personnes sur six restent parfaitement régulières.
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Le passato remoto est le temps du récit écrit : le roman, le conte, le livre d’histoire, la biographie. Il reste par ailleurs d’un usage courant dans la conversation d’une partie de l’Italie, et absent de celle d’une autre partie.
Cette page ne traite que la forme. Savoir dans quelle situation on emploie le passato remoto plutôt que le passé composé est une autre question, qui dépend autant de la région que du registre, et qui est traitée à la page prossimo ou remoto.
Le francophone aborde ce temps avec un avantage réel et un handicap précis. L’avantage : notre passé simple existe, et pour les verbes du premier groupe les deux séries se recouvrent presque mot pour mot — parlai, parlasti, parlò pour « je parlai », « tu parlas », « il parla ». Le handicap : notre passé simple est un temps mort, qu’on lit sans le conjuguer et qu’on ne produit qu’à la troisième personne. En italien, les six personnes vivent, la première y compris, et l’italien en a tiré une masse d’irréguliers que rien ne laisse prévoir.
Deux mots enfin sur la parenté qui vous fera gagner du temps : le radical du passato remoto ressemble très souvent au participe passé du même verbe — scritto et scrissi, letto et lessi, preso et presi. Ce n’est pas une règle, mais un appui de mémoire pour qui connaît déjà ses participes, lesquels sont donnés à la page le passé composé.
Contrairement à l’imparfait, chaque conjugaison a ici ses propres terminaisons, et il faut les distinguer. Le deuxième groupe possède même deux séries concurrentes, dont on reparle plus bas.
| Personne | parlare | credere | dormire |
|---|---|---|---|
| io | parlai | credei | dormii |
| tu | parlasti | credesti | dormisti |
| lui, lei | parlò | credé | dormì |
| noi | parlammo | credemmo | dormimmo |
| voi | parlaste | credeste | dormiste |
| loro | parlarono | crederono | dormirono |
Trois détails de ce tableau valent chacun une faute évitée.
La troisième personne du singulier porte un accent écrit au premier et au troisième groupe : parlò, dormì, andò, finì, partì. L’accent n’est pas une coquetterie d’imprimeur : il porte une information grammaticale, et ce qu’il distingue exactement est traité à la page l’accent tonique. Au deuxième groupe, la forme régulière s’écrit avec un accent aigu, credé, mais on la rencontre beaucoup moins souvent que sa concurrente.
La première personne du pluriel double la consonne. On écrit parlammo, credemmo, dormimmo, avec deux m. Un seul m donnerait autre chose, et en italien une consonne simple et une consonne double ne se prononcent pas de la même façon : ce n’est pas une nuance d’orthographe, c’est un mot différent.
Le deuxième groupe a deux séries. À côté de credei, credé, crederono, l’usage courant préfère très largement credetti, credette, credettero, et il en va de même pour temere, vendere ou perdere. Les deux formes sont correctes ; c’est la série en -etti que vous lirez le plus souvent. Les personnes tu, noi et voi, elles, ne changent pas d’une série à l’autre.
C’est l’information la plus rentable de cette page, et celle qui manque dans la plupart des listes. Les verbes irréguliers au passato remoto ne le sont pas à toutes les personnes : l’irrégularité touche io, lui et loro, et les trois autres personnes se forment sagement sur le radical de l’infinitif.
| Personne | fare | prendere | venire |
|---|---|---|---|
| io | feci | presi | venni |
| tu | facesti | prendesti | venisti |
| lui, lei | fece | prese | venne |
| noi | facemmo | prendemmo | venimmo |
| voi | faceste | prendeste | veniste |
| loro | fecero | presero | vennero |
Autrement dit, le radical irrégulier ne se répand pas. On dit io feci mais tu facesti, jamais une forme qui étendrait fec- à la deuxième personne. De même io presi et noi prendemmo, io venni et voi veniste. Les trois personnes régulières prennent toujours les terminaisons -esti, -emmo, -este — celles du deuxième groupe —, et les trois personnes irrégulières prennent -i, -e, -ero collées au radical particulier.
Une seule exception à ce mécanisme, et c’est le verbe qu’on emploie le plus : essere, irrégulier aux six personnes.
Les irréguliers ne s’apprennent pas un par un : ils se rangent en trois familles selon la manière dont le radical se transforme. Reconnaître la famille permet de deviner la forme d’un verbe voisin, et surtout de reconnaître une forme rencontrée dans un texte. Chaque case donne la première personne, d’où se déduisent la troisième du singulier en -e et la troisième du pluriel en -ero.
| Famille | Ce qui arrive au radical | Exemples |
|---|---|---|
| en -si | une consonne du radical cède la place à un s | prendere → presi, mettere → misi, chiedere → chiesi, rispondere → risposi, chiudere → chiusi, rimanere → rimasi, scegliere → scelsi, vincere → vinsi, correre → corsi, decidere → decisi |
| en -ssi | le s est double | scrivere → scrissi, leggere → lessi, dire → dissi, vivere → vissi, muovere → mossi |
| à consonne redoublée | la consonne finale du radical se double devant la terminaison | venire → venni, tenere → tenni, volere → volli, sapere → seppi, avere → ebbi, cadere → caddi, conoscere → conobbi, rompere → ruppi, bere → bevvi, nascere → nacqui, piacere → piacqui, stare → stetti, dare → diedi |
| isolés | aucun modèle | essere → fui, fare → feci, vedere → vidi |
Trois avertissements sur ce tableau. D’abord, dare admet aussi detti, dette, dettero à côté de diedi, diede, diedero : les deux séries s’emploient. Ensuite, les composés suivent leur verbe de base, ce qui multiplie beaucoup les formes connues : rimanere donne rimasi, donc comprendere se comporte comme prendere et mantenere comme tenere. Enfin, méfiez-vous du raisonnement inverse : un verbe irrégulier au présent n’est pas forcément irrégulier ici. Andare et uscire, par exemple, sont parfaitement réguliers au passato remoto — andai, andò, andarono et uscii, uscì, uscirono.
Puisque vous rencontrerez ce temps surtout dans des textes, autant savoir d’avance où le regard glisse. Quatre confusions reviennent, et aucune ne se règle par une règle : elles se règlent par l’attention.
Une seule lettre sépare la première de la troisième personne chez les irréguliers : vidi est « je vis » et vide est « il vit » ; presi est « je pris » et prese est « il prit » ; ebbi est « j’eus » et ebbe est « il eut ». Dans un récit à la troisième personne, la forme en -e est de loin la plus fréquente, et la lire comme une première personne fait changer le narrateur.
La troisième personne du pluriel ressemble à un pluriel de nom. Fecero, dissero, vennero, furono sont des verbes, mais leur terminaison en -ro n’a rien à voir avec celle des noms.
Certaines formes sont homographes d’un mot courant. Chiese est « il demanda », et c’est aussi le pluriel de chiesa, « l’église ». Seule la place du mot dans la phrase tranche : Mi chiese l’ora, « il me demanda l’heure », contre Visitammo tre chiese, « nous visitâmes trois églises ».
La forme du verbe peut être plus courte que son infinitif. Fu, ebbe, vide ne ressemblent pas à essere, avere, vedere, et un lecteur débutant les cherche dans le dictionnaire sans les trouver. C’est la raison pour laquelle il vaut la peine d’apprendre les familles ci-dessus dans le sens de la lecture : de la forme vers l’infinitif, et non l’inverse.
L’italien possède un temps composé bâti sur le passato remoto de l’auxiliaire : ebbi fatto, fu andato. On l’appelle trapassato remoto, et il mérite deux paragraphes plutôt qu’un chapitre, car sa condition d’emploi est unique et très étroite.
Il n’apparaît que dans une subordonnée introduite par appena, quando, dopo che ou finché, et à la condition que la proposition principale soit elle-même au passato remoto. Il marque alors qu’un fait vient de s’achever quand l’autre commence. Hors de cette configuration, il n’existe pas : on ne le trouve ni dans une phrase indépendante, ni dans un récit au passé composé.
Autant le dire franchement : ce temps est rare, même à l’écrit, et il est réservé à la prose littéraire. Un apprenant n’a aucun besoin de le produire ; il a besoin de ne pas s’arrêter dessus en lisant. Le plus-que-parfait ordinaire, celui qu’on emploie tous les jours et qui se construit sur l’imparfait de l’auxiliaire, est traité à la page l’imparfait.
Ce qu’il est raisonnable de viser. Pour parler, vous n’aurez pas besoin de ce temps : le cours d’italien, entièrement audio et en leçons de quatorze minutes, fait raconter au passé avec les temps de la conversation. Pour lire, retenez au moins les troisièmes personnes des verbes les plus courants : elles suffisent à suivre un roman. La carte complète du dossier est à la page la grammaire complète.
La traduction entre parenthèses désigne la personne et le temps attendus. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante pages qui se répondent, avec des exercices corrigés sur chacune. Elles donnent le plus de place à ce qui trompe précisément un francophone : essere ou avere au passé composé, l’accord du participe, les pronoms groupés, les particules ne et ci, le subjonctif après penso che, l’article devant le possessif. Comprendre l’italien coûte peu ; c’est le parler juste qui se travaille, et ces pages traitent exactement les endroits où le français induit en erreur.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Il faut savoir le reconnaître, ce qui est beaucoup plus simple que de savoir le produire. Vous le rencontrerez dans le premier roman ou le premier livre d’histoire que vous ouvrirez, et principalement à la troisième personne. Savoir dans quels cas on l’emploie plutôt que le passé composé est une autre question, traitée sur la page voisine, celle du choix entre les deux passés.
Parce que l’irrégularité ne touche que trois personnes : celle qui dit « je », celle qui dit « il » et celle qui dit « ils ». Les trois autres se forment sur le radical de l’infinitif avec les terminaisons régulières -esti, -emmo et -este. C’est pourquoi l’on a feci mais facesti, presi mais prendemmo. Le seul verbe irrégulier aux six personnes est essere.
Les deux séries existent et sont correctes au deuxième groupe. La série en -etti, credetti, credette, credettero, est de loin la plus fréquente à la lecture ; la série en -ei est plus soutenue. Les personnes tu, noi et voi sont identiques dans les deux cas.
Parce que l’accent tombe sur la dernière syllabe de ces formes, et que l’italien le note à l’écrit quand un mot est accentué sur sa finale. C’est une information utile : sans cet accent, la forme se lirait autrement et désignerait autre chose. Ce que l’accent écrit distingue exactement est traité à la page de l’accent tonique.
À marquer qu’un fait vient de s’achever quand un autre commence, dans une subordonnée introduite par appena, quando, dopo che ou finché, la principale étant elle-même au passato remoto : Appena ebbe finito, uscì. Hors de cette configuration il ne s’emploie pas. Il est rare, littéraire, et il suffit de le reconnaître.
Souvent, et cela aide : scritto va avec scrissi, letto avec lessi, preso avec presi. Ce n’est pas une règle et il existe des contre-exemples, mais si vos participes sont en place, une bonne partie des radicaux de ce temps vous semblera déjà familière. La liste des participes irréguliers est donnée sur la page du passé composé.
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