Le français aussi distingue me et moi : le système italien ne vous est pas étranger. Ce qui coince, c’est que les cases des deux langues ne se correspondent pas, surtout à la troisième personne.
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L’italien possède, comme le français, un pronom faible qui se colle au verbe et un pronom fort qui peut porter l’accent : mi d’un côté, me de l’autre, exactement comme notre couple me et moi. Le mécanisme n’a donc rien d’exotique, et c’est précisément pour cela qu’on ne le vérifie pas.
Trois écarts produisent presque toutes les fautes. À la troisième personne, la forme du pronom change selon qu’il est complément direct ou indirect, et elle indique en plus le genre. Le français dit lui pour un homme comme pour une femme ; l’italien oppose gli et le, et le francophone choisit au hasard une fois sur deux.
Deuxième écart : une même petite forme fait plusieurs métiers. le est à la fois « les » féminin pluriel et « à elle ». ci est « nous » mais aussi une particule qui n’a rien à voir. La et Le, avec une majuscule, servent au vouvoiement. Rien ne signale ces doubles emplois dans la forme : seule la place dans la phrase et le verbe employé permettent de trancher.
Troisième écart : l’italien ne vouvoie pas à la deuxième personne du pluriel, mais à la troisième du singulier, d’où des formules comme La ringrazio, « je vous remercie ».
Cette page décrit le système à deux séries, le choix entre elles et la place du pronom dans la phrase. Elle ne traite qu’un pronom à la fois : dès que deux pronoms se suivent, leur forme et leur ordre changent, ce que traite la page les pronoms groupés. Le ci qui signifie « y » ou « à cela » n’est pas non plus ici, mais à la page la particule ci.
Trois colonnes suffisent à décrire tout le système. La première série sert de complément direct — celui qui répond à « qui ? » ou « quoi ? » —, la deuxième de complément indirect — celui que l’italien introduit par a —, la troisième s’emploie seule, après une préposition ou pour insister.
| Personne | Atone direct | Atone indirect | Forme tonique |
|---|---|---|---|
| 1re sing. | mi | mi | me |
| 2e sing. | ti | ti | te |
| 3e sing. masc. | lo | gli | lui |
| 3e sing. fém. | la | le | lei |
| Vouvoiement | La | Le | Lei |
| 1re plur. | ci | ci | noi |
| 2e plur. | vi | vi | voi |
| 3e plur. masc. | li | gli | loro |
| 3e plur. fém. | le | gli | loro |
Une lecture verticale du tableau donne l’essentiel : aux première et deuxième personnes, direct et indirect ne se distinguent pas. mi vaut « me » et « à moi », ti vaut « te » et « à toi », ci et vi fonctionnent de même. Il n’y a donc rien à choisir, et c’est une bonne nouvelle : la moitié du paradigme ne demande aucun effort.
Le choix entre la colonne directe et la colonne indirecte ne dépend pas du sens que vous voulez donner, mais de la construction du verbe employé. conoscere, vedere, chiamare, invitare prennent un complément direct, donc lo ou la. parlare, scrivere, dare, rispondere demandent a devant leur complément de personne, donc gli ou le. Chaque verbe s’apprend avec sa construction, comme on apprend un nom avec son article.
Devant le verbe conjugué, comme en français. C’est la règle de base, et elle ne coûte rien à un francophone. Les surprises sont toutes dans les cas où le verbe n’est pas conjugué.
Avec un infinitif, le pronom se soude à la fin du mot, et l’infinitif perd son -e final. On n’écrit pas deux mots séparés : le groupe forme un seul bloc, accentué comme s’il était encore l’infinitif seul.
Avec un verbe modal suivi d’un infinitif, les deux places sont correctes et elles s’entendent toutes les deux : le pronom devant devo, posso, voglio, ou soudé à l’infinitif. Aucune différence de sens, aucune différence de registre. Un francophone gagne à choisir la deuxième, plus proche de sa propre langue, et à reconnaître la première quand il l’entend.
Avec un gérondif, le pronom se soude également. La forme est très courante à l’oral et surprend à la lecture, parce que le mot devient long.
Le pronom se soude enfin à ecco, ce qui donne des formes qu’on entend dix fois par jour : eccomi, « me voici », eccoci, « nous voici », eccolo, « le voici ». Et à l’impératif affirmatif, la soudure est de règle aussi — chiamami, « appelle-moi » — avec des particularités de forme que traite la page donner un ordre.
La négation ne sépare pas le pronom du verbe : non se place avant le pronom, et le bloc reste soudé. On dit non lo so, « je ne sais pas », et jamais l’inverse. C’est l’ordre du français, à ceci près qu’il n’y a pas de second élément de négation à intercaler.
Enfin, lo et la s’élident devant une voyelle et devant les formes de avere : l’aspetto, l’accompagno. Les pluriels li et le ne s’élident jamais : on écrit le ho, et non l’ho, qui ne peut être qu’un singulier.
La forme atone est le choix par défaut : neuf phrases sur dix. La forme tonique (me, te, lui, lei, noi, voi, loro) apparaît dans quatre situations précises, et le francophone les reconnaît sans peine, car sa langue fonctionne pareil avec moi et toi.
Après une préposition, l’atone est impossible. On ne peut pas dire con mi : c’est con me.
Quelques prépositions insèrent un di devant le pronom, alors qu’elles n’en mettent pas devant un nom. C’est un détail qui trahit immédiatement un débutant : on dit senza Marco mais senza di me.
Pour insister ou opposer. La forme tonique se place alors après le verbe, et elle porte l’accent de la phrase. C’est la manière italienne de faire ce que le français obtient avec « c’est… que ».
Après anche, solo, neanche, proprio, et seule dans une réponse, où l’atone, qui ne peut pas porter l’accent, serait inutilisable. À la question Chi chiami?, on répond Lui, jamais lo.
Voici la faute la plus fréquente de tout le chapitre, et elle est structurelle : le français ne donne aucun moyen de la sentir. Notre lui complément indirect ne porte pas de genre — « je lui parle » ne dit pas à qui. L’italien, lui, choisit : gli pour un homme, le pour une femme.
La confusion est aggravée par le fait que le est déjà connu du débutant comme complément direct féminin pluriel : le vedo, « je les vois », en parlant de plusieurs femmes ou de plusieurs choses féminines. La même forme signifie donc « à elle » au singulier et « les » au pluriel. Seul le verbe permet de trancher, et il tranche toujours : si le verbe demande a, c’est un datif singulier féminin.
Un moyen mnémotechnique tient debout : gli ressemble au masculin — il commence comme les déterminants masculins — et le ressemble au féminin. Reste à l’automatiser, et cela se fait sur des phrases, pas sur un tableau.
L’usage courant emploie gli au pluriel, pour un groupe d’hommes comme pour un groupe de femmes : gli ho scritto ieri se comprend sans difficulté d’un groupe entier. La langue soignée disposait d’une autre solution, loro placé après le verbe : scrivo loro, « je leur écris ». Cette forme est correcte, et elle est restée dans l’écrit administratif et littéraire ; elle sonne aujourd’hui très formelle à l’oral. Un francophone n’a donc qu’une chose à retenir : dire gli et reconnaître loro.
Cette série indirecte est aussi celle qui sert à toute une famille de verbes dont la construction s’inverse par rapport au français, à commencer par piacere : voir la page mi piace.
L’italien ne vouvoie pas avec un pluriel. Il s’adresse à la personne comme s’il parlait d’elle, à la troisième personne du singulier, et au féminin, quel que soit le sexe de l’interlocuteur. Un homme s’entend donc dire Lei è molto gentile, avec un pronom féminin, et c’est parfaitement normal.
La conséquence est mécanique : le verbe se met à la troisième personne du singulier, et les compléments prennent les formes de la troisième personne. Le direct est La, l’indirect est Le, la forme tonique est Lei. L’usage écrit met une majuscule par courtoisie, ce qui permet justement de distinguer La ringrazio, « je vous remercie », de la ringrazio, « je la remercie ».
Le choix entre La et Le obéit à la même logique qu’entre la et le : il dépend du verbe. ringraziare et chiamare ont un complément direct, d’où La ; scrivere et mandare ont un complément indirect de personne, d’où Le. Un francophone qui dit Le ringrazio se trompe de colonne, et cela s’entend.
Deux avertissements pour finir. Pour s’adresser à plusieurs personnes, l’italien courant emploie simplement voi et son complément vi : il n’existe pas de vouvoiement pluriel d’usage quotidien. Et vi adressé à une seule personne n’est pas une politesse : c’est une erreur, ou un usage régional que l’on entend surtout dans le Sud. L’impératif de politesse, si accomodi, relève d’une autre mécanique, décrite à la page donner un ordre.
Aucun locuteur ne fait passer une phrase par ce tableau avant de parler. Ce qui se produit, chez celui qui a beaucoup écouté, est plus simple : une forme fausse sonne faux avant qu’il ait pu dire pourquoi. Trois habitudes accélèrent nettement l’installation.
Apprenez le verbe avec sa construction. Notez scrivere a plutôt que scrivere : le choix entre lo et gli se résout alors tout seul, sans réflexion grammaticale.
Travaillez gli et le par paires. Prenez une phrase et dites-la deux fois, une fois pour un homme, une fois pour une femme. C’est le seul exercice qui attaque directement l’endroit où le français ne vous aide pas.
Dites vos phrases à voix haute avec le pronom collé au verbe. Non lo so, ti chiamo, eccomi se disent d’un seul souffle. Un pronom détaché du verbe est la marque la plus audible de l’étranger qui traduit en avançant.
Ces formes s’automatisent par l’oreille. C’est exactement le travail du cours d’italien, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes : on y entend des phrases entières dites par un locuteur natif, pronom compris, et la bonne forme finit par venir avant la réflexion. La première leçon est offerte, la suite se fait par abonnement.
Choisissez la forme qui convient, atone ou tonique, directe ou indirecte, puis touchez Correction.
Quarante pages qui se répondent, avec des exercices corrigés sur chacune. Elles donnent le plus de place à ce qui trompe précisément un francophone : essere ou avere au passé composé, l’accord du participe, les pronoms groupés, les particules ne et ci, le subjonctif après penso che, l’article devant le possessif. Comprendre l’italien coûte peu ; c’est le parler juste qui se travaille, et ces pages traitent exactement les endroits où le français induit en erreur.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
mi est la forme faible : elle se colle au verbe et ne porte pas l’accent (mi vedi, « tu me vois »). me est la forme forte : elle s’emploie après une préposition (con me), pour insister (cercano me) et seule dans une réponse. C’est exactement la différence entre me et moi en français.
Par le genre de la personne : gli pour un homme, le pour une femme. Le français ne fait pas cette distinction avec lui, ce qui explique que la faute soit si fréquente. Au pluriel, l’usage courant emploie gli pour les deux genres.
Il se soude à la fin de l’infinitif, qui perd son -e : vederla, conoscerlo. Quand l’infinitif dépend d’un verbe modal, les deux places sont correctes : lo devo finire ou devo finirlo, sans différence de sens.
Parce qu’il s’agit d’une forme de courtoisie ancienne qui s’adresse à la personne indirectement, à la troisième personne du singulier. Le pronom Lei est féminin quel que soit le sexe de l’interlocuteur, et le verbe se met à la troisième personne : Lei è molto gentile, dit aussi bien à un homme.
C’est l’usage dans un écrit un peu soigné, et il rend service : La ringrazio se distingue ainsi de la ringrazio, « je la remercie ». À l’oral, rien ne différencie les deux, et le contexte suffit.
Oui, et leur forme change alors. mi devient me, gli et lo fusionnent en un seul mot, et l’ordre est imposé. Tout cela est traité à la page les pronoms groupés.
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