Deux lettres qui reprennent tout un groupe de mots, et que le francophone oublie exactement là où l’italien ne peut pas s’en passer. Répondre « j’en ai deux » ne se dit pas ho due mais ne ho due, et ce petit mot commande aussi l’accord du participe.
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Première confusion à écarter, parce qu’elle bloque tout le reste : le ne italien n’a aucun rapport avec le ne français de la négation. L’italien ne nie pas avec ne, il nie avec non, placé devant le verbe. Dans non ne voglio, « je n’en veux pas », les deux mots sont présents et ils font deux travaux différents : non nie, ne remplace quelque chose. Il ne faut pas le confondre davantage avec né, avec accent, qui signifie « ni ».
Ce que remplace ne est toujours un groupe de mots qui serait introduit par di, et parfois par da quand il s’agit d’un lieu de départ. Autrement dit : dès qu’une phrase italienne comporterait un di qualcosa, un di questo, un di lui, un di libri, et que l’on veut éviter de répéter ce groupe, c’est ne qui prend sa place. Le français fait la même chose avec en, ce qui rend l’italien lisible tout de suite — et masque les trois ou quatre endroits où l’italien est plus exigeant que nous.
| Valeur | Ce que ne reprend | Exemple |
|---|---|---|
| Quantité | un nom compté ou mesuré | ne voglio due — « j’en veux deux » |
| De cela, de lui | un groupe en di | che ne pensi? — « qu’en penses-tu ? » |
| De là | un lieu de provenance | ne è uscito subito — « il en est sorti aussitôt » |
Un mot sur ce que cette page ne traite pas, pour vous éviter de chercher ici ce qui est ailleurs. L’italien possède une seconde particule de ce type, ci, qui reprend au contraire un groupe en a, in ou su, et qui sert aussi à dire l’existence ; elle a sa page, la particule ci. Nous restons ici sur la valeur de ne.
C’est l’emploi que vous rencontrerez dix fois par jour dans un magasin, au marché, au restaurant. Quand on parle d’une certaine quantité d’une chose déjà nommée, l’italien reprend cette chose par ne et laisse le chiffre ou l’expression de quantité après le verbe.
Voici le point exact où un francophone trébuche. Comme il a appris que ho due fratelli se dit sans rien devant le verbe, il répond ho due quand le nom disparaît. La phrase est fausse, et elle est même difficile à comprendre : sans ne, le verbe avere reste en suspens, comme si l’on disait en français « j’ai deux » tout court. La règle est mécanique : le nom part, ne arrive. Tant que le nom est là, pas de ne ; dès qu’il s’efface, ne le remplace.
La même chose vaut avec toutes les expressions de quantité, et pas seulement avec les chiffres : un po’, « un peu », molti, « beaucoup », pochi, « peu », alcuni, « quelques-uns », abbastanza, « assez », ou une mesure comme un chilo et una bottiglia.
L’italien aime enfin annoncer le nom en tête de phrase et le reprendre malgré tout par ne. Le groupe et le pronom cohabitent alors dans la même phrase, ce qui déroute au début mais s’entend constamment.
Deuxième valeur, sans rapport avec la quantité : ne reprend le sujet dont on est en train de parler, une idée, une affaire, un fait. Il suffit de vérifier que le verbe italien se construit avec di : parlare di, « parler de », avere bisogno di, « avoir besoin de », avere paura di, « avoir peur de », essere sicuro di, « être sûr de », sapere di, « savoir de ».
Point utile et souvent ignoré : ne peut reprendre une personne, à condition que ce soit un di qui l’introduise. Parli di Marco? — Sì, ne parlo spesso. — « Tu parles de Marco ? — Oui, j’en parle souvent. » Le français hésite ici et préfère volontiers « je parle souvent de lui » ; l’italien accepte les deux, avec ne dans le tour neutre et di lui quand on insiste.
C’est ici que la vraie difficulté se cache, et elle ne vient pas de l’italien mais du français. Nous disposons presque toujours d’un tour équivalent sans en : « je l’ai oublié » à côté de « je m’en suis souvenu », « je ne l’ai pas remarqué » à côté de « je ne m’en suis pas aperçu ». Le francophone traduit le tour sans en, et ne disparaît d’une phrase italienne qui l’exigeait. Le réflexe à prendre est donc le suivant : avant de construire, demandez-vous quelle préposition réclame le verbe italien. S’il réclame di, il réclame ne.
Le verbe pensare illustre à lui seul pourquoi ces particules méritent une page. Pensare di veut dire « avoir une opinion sur », et il appelle ne : che ne pensi del film?, « qu’est-ce que tu penses du film ? ». Pensare a veut dire « songer à », et il appelle l’autre particule, celle de la page voisine. Choisir la mauvaise préposition, c’est donc changer de pronom et changer de sens.
Troisième valeur, la plus rare et la plus littéraire : ne reprend un lieu de provenance, c’est-à-dire un groupe en da. Le français fait exactement la même chose avec « en » dans « j’en sors ».
Dans la conversation courante, les Italiens remplacent souvent ce ne par da lì, « de là » : è uscito da lì subito. Vous devez donc surtout savoir le reconnaître à l’écrit, sans vous forcer à le produire.
La règle de base est celle du français à l’envers de ce que craignent les débutants : rien de compliqué, mais rien de flottant non plus. Devant un verbe conjugué, ne se place immédiatement avant lui, et s’il y a une négation, il se glisse entre non et le verbe.
Retenez ce dernier exemple : avec un temps composé, ne se met devant l’auxiliaire, jamais entre l’auxiliaire et le participe. On ne dit pas ho ne parlato. Le bloc ne + auxiliaire ne se laisse pas ouvrir.
Devant un infinitif, ne fait l’inverse : il se soude à la fin du verbe, qui perd son -e final.
Avec volere, dovere, potere et sapere suivis d’un infinitif, les deux places sont bonnes et aucune n’est plus soutenue que l’autre. Dites ne voglio parlare ou voglio parlarne, non ne posso comprare ou non posso comprarne : les Italiens alternent sans y penser.
Reste le cas où ne rencontre un autre pronom. Les formes changent alors — mi devient me, gli devient glie- — et le résultat s’écrit en un ou deux mots selon les cas. Cette mécanique est décrite en entier sur la page les pronoms groupés, avec le tableau des combinaisons ; elle n’est pas reprise ici.
Voilà l’endroit où l’italien exige quelque chose que le français ne demande pas, et où l’on reconnaît immédiatement un francophone. En français, « des livres, j’en ai lu trois » laisse le participe invariable. En italien, le participe s’accorde en genre et en nombre avec le nom que ne a remplacé.
Le raisonnement est simple si l’on accepte de penser au nom absent : libri est masculin pluriel, donc letti ; mele est féminin pluriel, donc comprate. Le chiffre qui suit ne joue aucun rôle dans l’accord, ce qui surprend : ne ho comprate due ne s’accorde pas avec « deux » mais avec les pommes dont on parle.
Cet accord ne vaut que pour le ne de quantité. Quand ne vaut « de cela », il n’y a pas de complément direct, et le participe reste invariable, quel que soit le sujet.
Cet accord est l’un des trois cas d’une règle plus large, exposée sur la page l’accord du participe : reportez-vous y pour le système entier, et retenez d’ici qu’après ne partitif, un participe invariable est une faute.
Certains verbes italiens ont incorporé la particule à leur sens : elle ne remplace plus rien d’identifiable, elle fait partie du mot, comme le « en » de « s’en aller » ou de « n’en pouvoir plus ». Le plus courant de tous est andarsene, « s’en aller, filer », qui s’emploie beaucoup plus que notre tour et remplace souvent un simple « partir ».
| Personne | Forme | Sens |
|---|---|---|
| io | me ne vado | je m’en vais |
| tu | te ne vai | tu t’en vas |
| lui, lei | se ne va | il s’en va, elle s’en va |
| noi | ce ne andiamo | nous nous en allons |
| voi | ve ne andate | vous vous en allez |
| loro | se ne vanno | ils s’en vont |
Deux phrases de tous les jours : me ne vado, ciao, « je m’en vais, salut », et se ne è andato senza salutare, « il est parti sans dire au revoir ». La forme de l’infinitif se plie au sujet, ce qui donne devo andarmene, « je dois m’en aller », et dobbiamo andarcene, « nous devons nous en aller ».
Les autres tours à connaître sont peu nombreux et rendent un service immédiat dans une conversation. Apprenez-les comme des blocs, sans chercher ce que ne remplace.
Un dernier, très fréquent à l’oral et à manier avec prudence : non me ne frega niente, « je m’en fiche complètement ». C’est du registre familier, presque grossier selon l’interlocuteur ; on l’entend partout et on ne le dit pas à son propriétaire.
Ces particules s’installent par l’oreille, pas par le tableau. Aucun Italien ne choisit ne en raisonnant : la forme vient avec le verbe, comme un bloc. C’est pour cela que les leçons de notre cours d’italien audio font répéter des phrases entières de quatorze minutes par jour, plutôt que des pronoms isolés : la première leçon est offerte, la suite fait partie de l’abonnement.
Choisissez la forme qui complète chaque phrase, puis touchez Correction pour voir le détail.
Quarante pages qui se répondent, avec des exercices corrigés sur chacune. Elles donnent le plus de place à ce qui trompe précisément un francophone : essere ou avere au passé composé, l’accord du participe, les pronoms groupés, les particules ne et ci, le subjonctif après penso che, l’article devant le possessif. Comprendre l’italien coûte peu ; c’est le parler juste qui se travaille, et ces pages traitent exactement les endroits où le français induit en erreur.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Presque, et c’est ce « presque » qui coûte cher. Les deux reprennent un groupe introduit par di ou « de », mais l’italien est plus strict : il ne tolère pas une réponse chiffrée sans ne (ne ho due et jamais ho due), et il accorde le participe passé là où le français le laisse invariable.
Non, et c’est même l’inverse : l’italien aime annoncer le nom en tête et le reprendre quand même. On dit di libri ne ho tanti, « des livres, j’en ai beaucoup ». Le groupe annoncé et la particule cohabitent sans que ce soit une lourdeur.
Oui, à condition que la personne soit introduite par di. Parli di Marco? — Sì, ne parlo spesso. L’italien accepte aussi parlo spesso di lui, qui met davantage l’accent sur la personne.
Seulement quand ne exprime une quantité : ne ho letti tre, ne ho comprate due, avec accord sur le nom absent. Quand ne vaut « de cela », le participe reste invariable : non ne abbiamo parlato. Le système complet figure sur la page l’accord du participe.
Me ne vado. Le verbe est andarsene, et ses deux petits mots changent avec le sujet : te ne vai, se ne va, ce ne andiamo, ve ne andate, se ne vanno. À l’infinitif après un verbe comme dovere, cela donne devo andarmene.
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