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Cours de langues›L’impératif

Donner un ordre : parla à un ami, parli à un inconnu

Les deux formes existent, elles se ressemblent, et elles ne s’adressent pas à la même personne. Se tromper d’une seule voyelle fait passer du tutoiement au vouvoiement, ou l’inverse.

La première leçon est gratuite sur la plateforme web ou sur l’application mobile — deux abonnements distincts. Les leçons s’écoutent en ligne, et non sur ce site.

Le croisement qui piège tous les francophones

L’impératif italien n’est pas difficile à former. Il est difficile à employer, parce que deux terminaisons échangent leurs rôles d’une conjugaison à l’autre.

Prenez parlare, « parler ». Pour dire « parle ! » à un ami, on dit parla! Pour dire « parlez ! » à une personne que l’on vouvoie, on dit parli! Prenez maintenant prendere, « prendre ». Pour dire « prends ! » à un ami, on dit prendi! Pour dire « prenez ! » poliment, on dit prenda!

La terminaison -i tutoie un verbe en -ere et vouvoie un verbe en -are. La terminaison -a fait exactement le contraire. Il n’y a rien à comprendre : c’est un héritage, les formes viennent de deux origines différentes. Mais il y a tout à retenir, car l’erreur ne produit pas une faute de grammaire, elle produit une faute de registre. Dire parli! à un camarade sonne glacial ; dire prendi! à un commerçant que l’on ne connaît pas sonne familier.

Deuxième source de confusion, du même ordre : ces formes existent déjà ailleurs. parla est aussi « il parle » à l’indicatif, et parli est aussi « tu parles ». L’ordre ne se reconnaît donc ni à sa forme ni à un pronom — il n’y a pas de pronom — mais seulement au ton et à la situation. Les formes de l’indicatif, pour mémoire, sont à la page le présent de l’indicatif.

Les formes de l’ordre familier

L’impératif italien ne possède en propre que trois personnes : tu, noi et voi. On ne donne pas d’ordre à soi-même ni à une troisième personne absente.

L’impératif des quatre modèles de conjugaison
Personneparlareprenderedormirefinire
tuparla!prendi!dormi!finisci!
noiparliamo!prendiamo!dormiamo!finiamo!
voiparlate!prendete!dormite!finite!

La bonne nouvelle occupe deux lignes sur trois : les formes de noi et de voi sont identiques à celles de l’indicatif présent. Rien de nouveau à apprendre. Seule la forme de tu est propre à l’impératif, et seulement pour les verbes en -are.

La forme de noi correspond à notre « allons ! », « partons ! » : c’est l’invitation collective, très employée en italien. Celle de voi sert à un groupe que l’on tutoie, et aussi, aujourd’hui, à plusieurs personnes que l’on vouvoierait une par une : la vieille forme de politesse au pluriel est sortie de l’usage courant.

Les verbes irréguliers suivent la règle générale et ne réservent que peu de surprises : vieni!, esci!, tieni!, bevi!, scegli! sont bien les formes du tutoiement. Quatre verbes seulement ont un impératif qu’on ne devine pas : essere donne sii!, avere donne abbi!, sapere donne sappi!, et au pluriel siate!, abbiate!, sappiate!

L’ordre négatif : l’italien change de forme

C’est le point où un francophone se trompe sans même s’en apercevoir, parce que sa langue ne lui signale aucun obstacle. En français, « parle ! » devient « ne parle pas ! » : le verbe ne bouge pas. En italien, la forme de tu disparaît complètement et cède la place à l’infinitif.

Affirmation et négation, forme par forme
PersonneOrdreDéfense
tuparla!non parlare!
tuprendi!non prendere!
tufinisci!non finire!
noiparliamo!non parliamo!
voiparlate!non parlate!

Une seule case change, et c’est la plus employée. À la deuxième personne du singulier, la défense se dit avec non suivi de l’infinitif du verbe. Non parlare! veut dire « ne parle pas ! » et non « ne pas parler ». Les formes de noi et de voi, elles, ne changent pas du tout.

  • Non dimenticare le chiavi! — « N’oublie pas les clés ! »
  • Non aprire la finestra, fa freddo. — « N’ouvre pas la fenêtre, il fait froid. »
  • Non andare così veloce! — « Ne va pas si vite ! »
  • Non fare rumore, dormono. — « Ne fais pas de bruit, ils dorment. »
  • Non essere nervoso, andrà bene. — « Ne sois pas nerveux, ça se passera bien. »

Cette tournure a un avantage immédiat : la défense ne demande aucune forme nouvelle. Si vous connaissez l’infinitif, vous savez interdire. Le comportement de non dans la phrase ordinaire, ainsi que la double négation italienne, relèvent de la page la négation et ne sont pas repris ici.

La forme de politesse, empruntée à un autre mode

L’italien ne vouvoie pas avec une deuxième personne du pluriel comme le français : il parle à la troisième personne du singulier, comme s’il s’adressait à quelqu’un d’absent. Pour l’ordre, il va chercher sa forme dans le subjonctif, ce qui explique cet aspect inattendu.

Les formes de politesse les plus utiles du voyage
TutoiementVouvoiementSens
scusascusipardon, excuse-moi
sentisentaécoute, dites-moi
aspettaaspettiattends
entraentrientre
prendiprendaprends
vienivengaviens
va’vadava
fa’facciafais
di’dicadis
siisiasois

La règle de forme se résume ainsi : les verbes en -are prennent -i, tous les autres prennent -a, et les irréguliers de politesse se reconnaissent à leur air de famille — vada, venga, faccia, dica, stia, dia, abbia, sappia. Ces formes appartiennent au subjonctif présent, dont la fabrication complète est exposée à la page fabriquer le subjonctif : ici, elles sont à prendre telles quelles.

Détail capital pour la négation : au vouvoiement, la défense ne passe pas par l’infinitif. On garde la même forme et on ajoute non devant : non si preoccupi, non faccia così. L’infinitif est réservé au tutoiement.

Les impératifs courts et les pronoms qui s’y collent

Cinq verbes très fréquents ont un impératif de tutoiement réduit à une syllabe, marqué d’une apostrophe qui signale la chute : va’ pour andare, da’ pour dare, fa’ pour fare, sta’ pour stare, di’ pour dire. Les quatre premiers ont aussi une forme longue courante — vai, dai, fai, stai — mais di’ n’en a pas : on ne dit jamais dici pour donner un ordre.

C’est là que l’italien fait quelque chose que le français ignore : les pronoms ne se placent pas devant le verbe, ils se soudent derrière lui et forment un seul mot. Il n’y a pas de trait d’union, contrairement à « donne-moi » : dammi s’écrit d’un trait.

La soudure après les impératifs courts
OrdreAvec pronomSens
di’dimmidis-moi
di’dillodis-le
da’dammidonne-moi
fa’fallofais-le
fa’fammi vederefais-moi voir
sta’stammi beneporte-toi bien
di’diglidis-lui
da’daglidonne-lui

Regardez la consonne : après ces cinq impératifs courts, elle double — dammi, dimmi, fallo, dillo. Une seule exception, et elle est constante : le pronom gli ne double jamais. On écrit donc dagli et digli, avec un seul g.

Avec tous les autres verbes, la soudure a lieu sans redoublement : aspettami, chiamami, scrivimi, seguimi, prendilo, alzati, siediti, sbrigati, accomodatevi.

La forme de politesse fait tout le contraire. Avec scusi, dica ou accomodi, le pronom reste devant, séparé : mi scusi, mi dica, si accomodi, si sieda. Le couple dimmi face à mi dica résume à lui seul les deux registres.

La défense se comporte de façon flottante, et les deux solutions sont correctes : le pronom peut rester devant l’infinitif ou s’y souder. Non me lo dire et non dirmelo disent la même chose, « ne me le dis pas », de même que non ti preoccupare et non preoccuparti. Notez au passage que l’infinitif perd son e final devant le pronom soudé. La mécanique qui transforme mi lo en me lo quand deux pronoms se suivent appartient à la page les pronoms groupés.

Un ordre, en italien, n’est pas forcément un ordre

Dernier écart, et il est culturel autant que grammatical. L’impératif italien couvre un terrain plus large que le nôtre : il sert à inviter, à rassurer, à offrir, à relancer la conversation, et un francophone qui l’évite par crainte de paraître brusque passe à côté des formules les plus naturelles de la langue.

Inviter et offrir

Prendi un caffè!, Assaggia questo!, Mangia, mangia! Le refus se marque dans la réponse, pas dans la forme de l’offre.

Ouvrir la parole

Senti…, Guarda…, Dimmi… Ces impératifs sont devenus des mots de liaison, comme notre « écoute » ou « tiens ».

Rassurer

Stai tranquillo., Non ti preoccupare., Lascia stare. On y entend un encouragement, pas une injonction.

Relancer

Dai! À l’origine l’impératif de dare, il est devenu une interjection à tout faire : allez, vas-y, arrête, allons donc.

Un mot suffit souvent à adoucir : per favore, per piacere, un scusi en ouverture. Et quand on veut être franchement prudent, l’italien fait comme le français : il pose une question au présent plutôt que de commander — Mi dai una mano?, « Tu me donnes un coup de main ? » Les tournures plus feutrées passent par le conditionnel, qui a sa page dans ce dossier.

Ces formes se jouent au ton, et le ton ne s’apprend pas dans un tableau. La différence entre un dimmi chaleureux et un dimmi sec ne tient pas à la grammaire ; elle s’entend. C’est ce que travaille le cours d’italien, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes : on y entend des phrases dites par un locuteur natif, au rythme de la conversation. La première leçon est offerte, la suite se fait par abonnement. Les formes irrégulières du présent, utiles pour reconnaître ces impératifs, sont réunies à la page les irréguliers du présent.

Exercices : donner un ordre en italien

Choisissez la forme qui convient à la personne et au registre indiqués, puis touchez Correction.

  1. À un ami, pour dire parle plus lentement : ___ più piano!
  2. À une personne que vous vouvoyez : ___ un momento, per favore.
  3. À un ami : ___ la porta, per favore.
  4. À un ami : ___ di mangiare e andiamo.
  5. À un ami, pour dire ne parle pas si fort : Non ___ così forte!
  6. À un ami : Non ___ la finestra, fa freddo.
  7. À un groupe d’enfants : Non ___ rumore, per favore.
  8. Pour dire allons-y à vos amis : ___!
  9. À un ami, forme courte : ___ a casa, è tardi.
  10. Pour dire donne-moi ça à un ami : ___ questo.
  11. Pour dire dis-moi tout à un ami : ___ tutto.
  12. Pour dire dis-lui de venir : ___ di venire.
  13. À une personne que vous vouvoyez, pour dire dites-moi : ___
  14. À un client qui entre : Prego, ___.
  15. À un enfant : ___ gentile con la nonna.
  16. À un ami : ___ pazienza, il treno è in ritardo.
  17. À un ami, pour dire ne me le dis pas : ___
  18. À une personne que vous vouvoyez : Non ___, abbiamo tempo.

Toute la grammaire italienne, point par point

Quarante pages qui se répondent, avec des exercices corrigés sur chacune. Elles donnent le plus de place à ce qui trompe précisément un francophone : essere ou avere au passé composé, l’accord du participe, les pronoms groupés, les particules ne et ci, le subjonctif après penso che, l’article devant le possessif. Comprendre l’italien coûte peu ; c’est le parler juste qui se travaille, et ces pages traitent exactement les endroits où le français induit en erreur.

Passez à la pratique

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Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.

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Questions fréquentes

Pourquoi dit-on parla à un ami et parli à un inconnu ?

Parce que les deux formes viennent de deux origines différentes : la forme de tutoiement des verbes en -are se termine par -a, et la forme de politesse est empruntée au subjonctif, qui donne -i. Pour les verbes en -ere et en -ire, le partage est inversé : prendi tutoie, prenda vouvoie.

Comment dit-on « ne fais pas ça » à quelqu’un qu’on tutoie ?

Non farlo! ou Non lo fare! À la deuxième personne du singulier, la défense se construit avec non suivi de l’infinitif, et non avec la forme d’ordre : on ne dit pas non fa’. Le pronom peut rester devant l’infinitif ou s’y souder, les deux sont corrects.

Faut-il un trait d’union comme dans « donne-moi » ?

Non, jamais. Le pronom se soude à l’impératif et le groupe s’écrit en un seul mot : dammi, dimmi, aspettami, alzati. Après les impératifs courts va’, da’, fa’, sta’ et di’, la consonne du pronom double, sauf avec gli.

Quelles formules d’ordre faut-il connaître pour un voyage ?

Au vouvoiement, celles qui ouvrent une demande : scusi, senta, mi dica, aspetti, prenda, venga, non si preoccupi. Avec per favore, elles suffisent à presque toutes les situations d’un séjour.

L’impératif italien est-il aussi sec qu’en français ?

Non, il est nettement plus large. Il sert à inviter, à offrir, à rassurer, à relancer : prendi un caffè, stai tranquillo, senti…, dai! L’éviter par politesse est une erreur de débutant francophone, qui prive la conversation de ses tournures les plus courantes.

Existe-t-il une forme de politesse au pluriel ?

Il en existait une, mais elle est sortie de l’usage courant. Aujourd’hui, pour s’adresser à plusieurs personnes, on emploie la forme de voi même quand on vouvoierait chacune séparément : Signori, prego, entrate.

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