Deux lettres qui tiennent la place d’un lieu, d’une idée, et qui servent à dire qu’une chose existe. Le francophone se fait surtout piéger par c’è et ci sono, qui changent selon le nombre, alors que notre « il y a » ne bouge jamais.
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Avant toute chose, une mise au point qui évite des semaines de flottement. Le groupe de lettres ci recouvre en italien deux mots différents, et un débutant les mélange forcément.
Le premier est le pronom de première personne du pluriel, « nous » complément : dans Marco ci ha invitati a cena, « Marco nous a invités à dîner », ci désigne des personnes, et il appartient au système décrit sur la page les pronoms compléments.
Le second, celui de cette page, est une particule. Elle ne désigne personne : elle tient la place d’un lieu ou d’une chose, et c’est notre « y » qu’elle traduit. Ci vado veut dire « j’y vais ». Ci penso veut dire « j’y pense ». Rien à voir avec « nous ».
Comment les distinguer dans une phrase entendue ? Par le sens, et il n’y a pas d’ambiguïté réelle : ci pronom apparaît avec un verbe qui demande un complément humain, ci particule avec un verbe de lieu ou une construction en a, in ou su. Voici la carte de ce que la particule sait faire.
| Valeur | Ce que ci reprend | Exemple |
|---|---|---|
| Le lieu | un endroit déjà nommé | ci vado domani — « j’y vais demain » |
| À cela | un groupe en a, in, su | non ci credo — « je n’y crois pas » |
| L’existence | rien : elle forme esserci | c’è un problema — « il y a un problème » |
| Soudée au verbe | rien : elle fait partie du mot | ci vuole tempo — « il faut du temps » |
Dès qu’un endroit a été nommé, l’italien le reprend par ci plutôt que de le répéter. La particule vaut aussi bien pour un mouvement que pour un séjour : l’italien ne distingue pas « y aller » et « y être » par deux mots différents, c’est le verbe qui s’en charge.
La différence avec le français est une différence de fréquence, pas de mécanisme. Notre « y » a beaucoup reculé : nous disons volontiers « je vais demain » sans rien reprendre, ou nous répétons le nom du lieu. L’italien, lui, garde ci presque systématiquement dès que le lieu est connu, et une phrase comme vado domani en réponse à une question sur Florence sonne incomplète. Le réflexe à acquérir est donc un réflexe de production : chaque fois que vous répondez à propos d’un endroit, commencez par ci.
Second point, plus utile encore dans la vie courante : esserci sert à dire qu’une personne est là ou n’y est pas. Au téléphone et sur le pas d’une porte, c’est la formule qui revient sans arrêt.
Quant au choix de la préposition avant le nom du lieu — a Roma mais in Italia, al mare mais in montagna —, il relève d’une autre question et d’une autre page, dire le lieu. Ici, le lieu est déjà choisi : nous ne faisons que le remplacer.
Deuxième valeur, sans rapport avec le lieu. Beaucoup de verbes italiens se construisent avec a, in ou su ; quand le complément est une chose ou une idée déjà connue, il est repris par ci. C’est notre « y » de « j’y pense », « je n’y crois pas », « j’y arrive ».
Ci penso io mérite un arrêt, parce que c’est une des phrases les plus utiles de la langue et qu’elle ne se traduit pas mot à mot. Littéralement « j’y pense, moi », elle veut dire « laisse, je m’en charge ». Un Italien la dit au restaurant quand il veut payer, à la maison quand il prend une tâche en main, au bureau quand il reprend un dossier. Le pronom io placé après le verbe ajoute exactement ce que notre voix ajoute par l’insistance.
Une réserve importante : ci reprend une chose ou une idée, pas volontiers une personne. On dit penso a lei, « je pense à elle », et non ci penso pour parler de quelqu’un. La particule est donc réservée aux choses, et pour les personnes l’italien garde la préposition suivie du pronom.
Le corollaire, pour un francophone, est qu’il faut connaître la préposition du verbe italien avant de choisir la particule. Les verbes en a, in et su appellent ci ; les verbes en di appellent l’autre particule, qui a sa page, la particule ne. La même erreur de préposition produit donc deux fautes d’un coup.
Enfin, deux tours très fréquents à l’oral, que l’on apprend comme des blocs : ci sto, « je suis partant, je marche », et ci siamo, « ça y est, nous y sommes ».
Voici l’écart le plus coûteux de toute la page, celui qui trahit un francophone dès sa troisième phrase. Notre « il y a » ne change jamais : « il y a un problème », « il y a trois problèmes ». L’italien, lui, emploie le verbe esserci, c’est-à-dire essere précédé de la particule, et ce verbe s’accorde avec ce qui suit.
| Temps | Un seul | Plusieurs |
|---|---|---|
| Présent | c’è un problema | ci sono tre problemi |
| Imparfait | c’era molta gente | c’erano molti turisti |
| Futur | ci sarà una festa | ci saranno dei ritardi |
| Passé composé | c’è stato un incidente | ci sono stati dei cambiamenti |
Le mécanisme est simple à comprendre et difficile à automatiser : ce qui suit n’est pas un complément, c’est le sujet du verbe. Ci sono tre problemi se construit comme « trois problèmes existent ». D’où la règle de conduite : avant de dire c’è, regardez le nom qui vient, et s’il est au pluriel, passez à ci sono. Un c’è molti turisti s’entend chez tous les débutants francophones et s’entend, précisément, comme une faute.
Notre « il y a » a un second emploi, celui du temps écoulé : « il y a deux ans », « il y a un instant ». Celui-là ne se traduit jamais par ci sono. L’italien emploie fa, placé après l’expression de durée, et il n’y a aucune particule.
Si la chose dont on parle a déjà été nommée et qu’on ne veut donner que la quantité, la particule de l’existence rencontre celle de la quantité. Elle change alors de forme et s’écrit ce.
Ce passage de ci à ce n’est pas propre à l’existence : c’est la règle générale de rencontre entre deux petits mots, exposée avec son tableau sur la page les pronoms groupés. Retenez la forme telle quelle, elle est très fréquente.
La particule se comporte comme les pronoms compléments. Devant un verbe conjugué, elle le précède immédiatement, et la négation passe devant elle.
Devant un infinitif, elle se soude à la fin du verbe, qui perd son -e final : andarci, « y aller », restarci, « y rester », pensarci, « y penser ». Avec un verbe comme volere, dovere ou potere, les deux places sont correctes et l’usage alterne librement.
Reste l’orthographe, qui déroute une fois et une seule. Devant un e, la particule perd son i et s’écrit c’ avec une apostrophe : de là viennent c’è, c’era, c’erano, c’entra. Devant les autres voyelles, elle reste entière : ci andiamo, ci ho pensato. C’est pourquoi c’è et ci sono n’ont pas l’air du même mot alors qu’ils le sont.
Comme sa voisine, la particule a été absorbée par une petite série de verbes où elle ne remplace plus rien d’identifiable. Ces verbes sont d’un usage quotidien et il est plus efficace de les apprendre entiers que de chercher leur logique.
| Verbe | Sens | Exemple |
|---|---|---|
| volerci | falloir, prendre tel temps | ci vuole un’ora — « il faut une heure » |
| metterci | mettre tel temps, y passer | ci metto venti minuti — « j’y mets vingt minutes » |
| farcela | y arriver, s’en sortir | ce la faccio — « j’y arrive » |
| entrarci | avoir un rapport avec | non c’entra niente — « cela n’a aucun rapport » |
| avercela con | en vouloir à quelqu’un | ce l’ha con me — « il m’en veut » |
Les deux verbes parlent du temps nécessaire, et ils ne disent pas la même chose. Volerci énonce une durée objective, valable pour tout le monde : le verbe n’a pas de sujet personnel et il s’accorde avec le temps ou la chose qui suit, exactement comme esserci. Metterci, lui, a un sujet : il dit le temps que telle personne prend, et il se conjugue normalement.
Notez l’accord de volerci : ci vuole devant un singulier, ci vogliono devant un pluriel. Notre « il faut » étant invariable, c’est une seconde fois la même vigilance que pour c’è et ci sono — et c’est la même cause : ce qui suit est le sujet.
Farcela veut dire « y arriver », au sens d’avoir la force ou le temps. Ce la faccio, « j’y arrive » ; non ce la faccio più, « je n’en peux plus » ; ce l’ho fatta, « j’y suis arrivé ». Cette dernière est le cri de victoire italien ordinaire, dit après un examen ou une côte à vélo.
Entrarci sert à contester un rapprochement, et il s’emploie surtout à la forme négative ou interrogative : che c’entra?, « quel rapport ? », non c’entra niente, « cela n’a rien à voir », io non c’entro, « je n’ai rien à voir là-dedans ». Dans un sens tout concret, il dit aussi qu’une chose ne tient pas dans une autre : la macchina non ci entra, « la voiture ne rentre pas ».
Avercela con qualcuno, enfin, veut dire « en vouloir à quelqu’un » : ce l’hai con me?, « tu m’en veux ? ». La même construction, sans con, sert dans la langue parlée à renforcer le verbe avere devant un pronom : hai la chiave? — Sì, ce l’ho, « tu as la clé ? — Oui, je l’ai ». Cette particule-là ne se traduit pas ; on l’entend partout et on fait bien de l’imiter.
Ces petits mots ne s’apprennent pas dans un tableau. Un Italien ne choisit pas ci : la particule arrive collée au verbe, dans une phrase entière. C’est le pari de notre cours d’italien audio, en leçons de quatorze minutes enregistrées par un locuteur natif — première leçon offerte, puis abonnement.
Choisissez la forme qui complète chaque phrase, puis touchez Correction pour voir le détail.
Quarante pages qui se répondent, avec des exercices corrigés sur chacune. Elles donnent le plus de place à ce qui trompe précisément un francophone : essere ou avere au passé composé, l’accord du participe, les pronoms groupés, les particules ne et ci, le subjonctif après penso che, l’article devant le possessif. Comprendre l’italien coûte peu ; c’est le parler juste qui se travaille, et ces pages traitent exactement les endroits où le français induit en erreur.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Les deux, selon la phrase, et ce sont deux mots différents qui s’écrivent pareil. Dans Marco ci ha invitati, « Marco nous a invités », c’est le pronom de première personne du pluriel, décrit sur la page les pronoms compléments. Dans ci vado, « j’y vais », c’est la particule dont traite cette page. Le sens du verbe tranche sans ambiguïté.
Parce qu’en italien ce qui suit n’est pas un complément mais le sujet du verbe essere. C’è un problema revient à dire « un problème existe », ci sono tre problemi à dire « trois problèmes existent ». Regardez donc le nom qui vient avant de choisir la forme.
Ci vuole énonce une durée valable pour tout le monde, sans sujet personnel : da Milano a Torino ci vuole un’ora. Metterci a un sujet et dit le temps que prend telle personne : io ci metto tre ore. Au pluriel, volerci s’accorde : ci vogliono due ore.
Due anni fa. Le « il y a » du temps écoulé n’a rien à voir avec celui de l’existence : il se rend par fa placé après la durée, sans aucune particule. Ci sono due anni ne veut rien dire.
Ce n’est pas l’usage : la particule reprend une chose ou une idée. Pour une personne, l’italien garde la préposition suivie du pronom, penso a lei, « je pense à elle ». Ci penso se comprendra comme « j’y pense », à propos d’une affaire.
La particule perd son i devant un e : d’où c’è, c’era, c’erano, c’entra. Devant les autres voyelles elle reste entière, comme dans ci andiamo et ci ho pensato.
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