Une seule série de terminaisons pour les trois conjugaisons, et un seul verbe vraiment irrégulier. La difficulté n’est pas de fabriquer la forme : elle est de choisir entre l’imparfait et le passé composé, et l’italien ne coupe pas toujours là où coupe le français.
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Là où le présent oblige à retenir trois jeux de terminaisons et une foule d’irrégularités, l’imparfait italien se contente d’un principe unique : on garde la voyelle de l’infinitif et on ajoute -vo, -vi, -va, -vamo, -vate, -vano.
Le mécanisme est d’une régularité rare. De parlare on tire parla-, de credere on tire crede-, de dormire on tire dormi-, et la même série de six terminaisons se pose derrière : ni sous-type en -isc-, ni aménagement orthographique, ni radical qui se déforme sous l’accent.
Cette facilité crée pourtant deux problèmes que la plupart des francophones traînent longtemps. Le premier est purement matériel : parlavo est « je parlais » et parlava est « il parlait ». En français, je parlais et il parlait se prononcent de la même façon, et l’on s’appuie sur le pronom pour savoir de qui l’on parle. En italien, le pronom sujet n’est le plus souvent pas exprimé — un point qui relève de la page du présent de l’indicatif — et c’est donc la dernière voyelle qui porte seule l’information. Avaler cette voyelle, ou la choisir au hasard, change le sujet de la phrase.
Le second problème occupe la fin de cette page : savoir quand l’italien veut l’imparfait et quand il veut le passé composé. Le partage ressemble à celui du français, ce qui rassure à tort.
| Personne | parlare | credere | dormire |
|---|---|---|---|
| io | parlavo | credevo | dormivo |
| tu | parlavi | credevi | dormivi |
| lui, lei | parlava | credeva | dormiva |
| noi | parlavamo | credevamo | dormivamo |
| voi | parlavate | credevate | dormivate |
| loro | parlavano | credevano | dormivano |
Une remarque de prononciation, en une ligne, parce qu’elle évite un contresens : la troisième personne du pluriel s’accentue comme le singulier, sur la voyelle qui précède immédiatement le -v-, et non sur la syllabe suivante. On dit donc parlàvano mais parlavàmo. La place de l’accent italien et ce qu’elle décide sont traitées à la page de l’accent tonique.
Essere ne suit pas le modèle : il n’a ni -v-, ni voyelle de conjugaison. C’est le seul paradigme de l’imparfait qu’il faut apprendre par cœur, et c’est aussi celui qu’on emploie vingt fois par jour.
Six verbes très fréquents ont un radical plus long que leur infinitif ne le laisse prévoir. Ce ne sont pas des irrégularités à proprement parler : ces verbes ont perdu une syllabe à l’infinitif et la retrouvent à l’imparfait. Une fois le radical connu, les terminaisons sont les terminaisons ordinaires.
| Infinitif | Radical de l’imparfait | Première personne |
|---|---|---|
| fare | facev- | facevo — « je faisais » |
| dire | dicev- | dicevo — « je disais » |
| bere | bevev- | bevevo — « je buvais » |
| tradurre | traducev- | traducevo — « je traduisais » |
| porre | ponev- | ponevo — « je posais » |
| trarre | traev- | traevo — « je tirais » |
L’erreur régulière consiste à traiter ces verbes comme s’ils étaient réguliers et à fabriquer une forme inexistante sur l’infinitif nu. En revanche avere, qu’on s’attend à trouver dans cette liste, est parfaitement régulier : avevo, avevi, aveva, avevamo, avevate, avevano. De même andare, stare, venire, sapere, volere, potere et dovere, tous irréguliers au présent, redeviennent sages à l’imparfait.
C’est son emploi central. L’imparfait pose la situation, le lieu, le temps qu’il faisait, l’humeur des gens, l’état des choses : tout ce qui était déjà en place quand quelque chose est arrivé. Le récit, lui, avance avec un autre temps.
Un fait répété, sans limite marquée, se met à l’imparfait, exactement comme en français. Les expressions de fréquence l’accompagnent naturellement : ogni giorno, sempre, di solito, il sabato, da bambino.
C’est la configuration la plus fréquente à l’oral, et elle se reconnaît à un mot : mentre, « pendant que ». Après mentre, l’italien met l’imparfait, quel que soit le temps de l’autre membre de la phrase.
L’italien possède aussi une forme explicitement progressive, bâtie sur stare, qui insiste sur le déroulement. Elle n’est pas une variante de l’imparfait et ne s’emploie pas partout où le français dirait j’étais en train de : elle relève de la page l’action en cours, qui dit aussi quand il vaut mieux s’en passer.
Une durée qui courait déjà au moment dont on parle se dit à l’imparfait avec da. Le français emploie souvent une autre tournure — cela faisait une demi-heure que —, et le francophone qui traduit mot à mot va chercher un tour compliqué là où l’italien reste très simple.
C’est probablement l’emploi le plus utile de toute cette page pour qui part en Italie la semaine prochaine. Pour adoucir une demande, l’italien la met à l’imparfait, et le sens est bel et bien présent : volevo un caffè ne raconte pas ce que vous vouliez hier, cela veut dire « je voudrais un café ». Le procédé existe en français, mais l’italien y recourt beaucoup plus volontiers, et une demande au présent brut sonne plus sèche qu’on ne le croit.
Quand des enfants distribuent les rôles, l’italien passe à l’imparfait, et des adultes le font aussi dès qu’on organise une fiction. Le francophone reconnaîtra le procédé, qui existe chez nous dans les mêmes situations.
Dans un texte écrit, l’imparfait peut aussi porter un événement, et non un décor : il présente alors le fait comme une scène qui se déroule sous les yeux du lecteur. C’est un effet de style, fréquent dans la presse et dans le roman, qu’un apprenant a besoin de reconnaître mais jamais de produire.
Le principe général est le même que chez nous : l’imparfait donne un état, une durée, un cadre ; le passé composé donne un événement, un fait borné, quelque chose qui est arrivé. La ressemblance est telle qu’on cesse de se méfier — et c’est précisément là que la faute s’installe.
La question ne se pose pas pour la majorité des verbes. Elle se pose pour une petite famille de verbes très courants, qui en italien changent franchement de sens selon le temps. L’imparfait y donne un état mental ou une disposition ; le passé composé y donne le moment où cet état s’est installé, ou le fait que l’action a effectivement eu lieu.
| Verbe | À l’imparfait | Au passé composé |
|---|---|---|
| sapere | sapevo — « je savais » | ho saputo — « j’ai appris » |
| conoscere | conoscevo — « je connaissais » | ho conosciuto — « j’ai fait la connaissance de » |
| volere | volevo — « je voulais », sans dire si je l’ai fait | ho voluto — « j’ai voulu », et je l’ai obtenu |
| dovere | dovevo — « je devais », et peut-être que je ne l’ai pas fait | ho dovuto — « j’ai dû », et je l’ai fait |
| potere | potevo — « je pouvais » | ho potuto — « j’ai pu », j’y suis arrivé |
| avere paura | avevo paura — « j’avais peur » | ho avuto paura — « j’ai eu peur », à ce moment-là |
| essere | era gentile — « il était gentil », de caractère | è stato gentile — « il a été gentil », cette fois-là |
Mises en phrase, ces différences ne sont plus des subtilités de grammairien : elles décident de ce que votre interlocuteur comprend.
Le test qui marche presque toujours. Demandez-vous si la phrase répond à « c’était comment ? » ou à « qu’est-ce qui s’est passé ? ». Le décor, l’état, l’habitude et la durée répondent à la première question et prennent l’imparfait. Le fait unique, le changement, le moment précis répondent à la seconde et prennent le passé composé. Une indication de durée fermée — per due anni, dalle otto alle dieci — ferme la parenthèse et appelle donc le passé composé : Ho vissuto a Roma per tre anni., « j’ai vécu trois ans à Rome ».
Cette page traite du choix entre deux temps, non de la fabrication du passé composé : la forme du participe, le choix de l’auxiliaire et l’accord sont trois questions distinctes, qui ont chacune leur page et auxquelles renvoient les liens ci-dessus.
L’italien appelle ce temps trapassato prossimo. Il se forme comme le passé composé, à une différence près : l’auxiliaire se met à l’imparfait au lieu du présent. C’est pourquoi il appartient à cette page plutôt qu’à une autre — qui tient l’imparfait de avere et de essere tient ce temps entier.
Son emploi est celui du plus-que-parfait français, sans écart notable : il place un fait avant un autre fait passé. On le rencontre constamment dans le discours rapporté et dans les phrases où l’on explique pourquoi les choses se sont passées comme elles se sont passées.
Le choix de l’auxiliaire y obéit aux mêmes règles qu’au passé composé, et l’accord du participe aussi : ces deux mécanismes ne changent pas parce que l’auxiliaire passe à l’imparfait.
Une remarque de méthode. L’imparfait s’installe par l’oreille plus vite que par le tableau : c’est un temps qui revient dans presque toutes les phrases où l’on raconte quelque chose, et ses terminaisons sont assez sonores pour s’imprimer d’elles-mêmes. C’est ce que travaille le cours d’italien, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes : on y raconte des journées entières, et les temps du passé s’installent dans des phrases complètes au lieu de se réciter. Tous les points de la grammaire italienne sont rassemblés à la page la grammaire complète.
La traduction entre parenthèses désigne la forme attendue. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante pages qui se répondent, avec des exercices corrigés sur chacune. Elles donnent le plus de place à ce qui trompe précisément un francophone : essere ou avere au passé composé, l’accord du participe, les pronoms groupés, les particules ne et ci, le subjonctif après penso che, l’article devant le possessif. Comprendre l’italien coûte peu ; c’est le parler juste qui se travaille, et ces pages traitent exactement les endroits où le français induit en erreur.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Un seul, vraiment : essere, qui donne ero, eri, era, eravamo, eravate, erano. Six autres verbes ont un radical plus long que leur infinitif — facevo pour fare, dicevo pour dire, bevevo pour bere, et de même traducevo, ponevo, traevo —, mais les terminaisons y sont les terminaisons ordinaires. Tout le reste, avere compris, est régulier.
En soignant la voyelle finale, qui porte à elle seule l’information : -o pour « je », -a pour « il » ou « elle ». Le français ne fait pas entendre la différence entre je parlais et il parlait et s’appuie sur le pronom ; l’italien, qui n’exprime le plus souvent pas le pronom sujet, n’a que cette voyelle. La prononcer mollement change le sujet de la phrase.
Parce que c’est le client qui le dit, et parce que l’imparfait adoucit la demande. Volevo un caffè se traduit par « je voudrais un café » : le sens est présent, malgré le temps du passé. L’italien emploie ce tour bien plus volontiers que le français, aussi bien au comptoir qu’au téléphone, avec cercavo ou volevo sapere.
Demandez-vous si la phrase répond à « c’était comment ? » ou à « qu’est-ce qui s’est passé ? ». Le décor, l’état, l’habitude et la durée en cours prennent l’imparfait ; le fait unique et le changement prennent le passé composé. Attention à une petite famille de verbes où le temps change carrément le sens : sapevo « je savais » contre ho saputo « j’ai appris », conoscevo « je connaissais » contre ho conosciuto « j’ai fait la connaissance de ».
Non, c’est le temps le plus rentable du dossier : il se forme exactement comme le passé composé, avec l’auxiliaire à l’imparfait, d’où avevo parlato et ero andato. Son emploi est celui du plus-que-parfait français. Le choix de l’auxiliaire et l’accord du participe n’y changent pas : ils obéissent aux règles du passé composé, qui ont chacune leur page.
Dans la très grande majorité des cas, l’imparfait simple suffit, et mentre dormivo est parfaitement naturel. L’italien n’est pas l’anglais : la forme progressive n’est jamais obligatoire. Elle insiste sur le déroulement et s’emploie dans des cas précis, décrits à la page consacrée à l’action en cours.
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