Trois formes suffisent à changer le ton d’une phrase italienne : vorrei, potrebbe, dovresti. Reste un emploi où le français se trompe systématiquement : « il a dit qu’il viendrait » se dit en italien au conditionnel passé.
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Le conditionnel italien fait à peu près le même travail que le conditionnel français : il adoucit une demande, propose, conseille, rapporte une information dont on ne répond pas. Sur un point, un seul, il s’en écarte radicalement — et ce point revient dans presque toutes les conversations au passé.
Autant le dire tout de suite, puisque c’est la raison d’être de cette page. Là où le français dit il a dit qu’il viendrait, avec un conditionnel présent, l’italien dit ha detto che sarebbe venuto, avec un conditionnel passé. Le francophone qui traduit forme par forme produit une phrase que personne ne dit, et il la produira des centaines de fois s’il n’y prend pas garde.
Le reste est de bonne composition. Les terminaisons sont uniques pour les trois conjugaisons. Le radical est exactement celui du futur, avec les mêmes contractions — avrei comme avrò, verrei comme verrò, farei comme farò — de sorte que celui qui a travaillé le futur a déjà fait la moitié du chemin. Cette page ne rejoue donc pas la liste des radicaux : elle s’appuie dessus.
Le conditionnel présent ajoute au radical du futur les terminaisons -ei, -esti, -ebbe, -emmo, -este, -ebbero. Aucune n’exige d’accent écrit, contrairement au futur : on écrit parlerei sans accent, mais parlerò avec.
| Personne | parlare (parler) | credere (croire) | dormire (dormir) |
|---|---|---|---|
| io | parlerei | crederei | dormirei |
| tu | parleresti | crederesti | dormiresti |
| lui, lei | parlerebbe | crederebbe | dormirebbe |
| noi | parleremmo | crederemmo | dormiremmo |
| voi | parlereste | credereste | dormireste |
| loro | parlerebbero | crederebbero | dormirebbero |
La troisième personne du pluriel est longue et l’accent y tombe tôt, sur la syllabe qui porte les deux b : parlerebbero. Les débutants la raccourcissent en parlerebbono ou la déplacent vers la fin ; il suffit de l’avoir entendue deux fois pour la placer correctement.
Ce sont les deux erreurs les plus coûteuses de tout le paradigme, parce qu’elles ne changent pas le ton de la phrase mais son sens. À la première personne du pluriel, le futur s’écrit avec un seul m et le conditionnel avec deux. À la deuxième du pluriel, le futur finit en -ete et le conditionnel en -este. Une lettre sépare une promesse d’une hypothèse.
| Futur | Sens | Conditionnel | Sens |
|---|---|---|---|
| parleremo | nous parlerons | parleremmo | nous parlerions |
| saremo | nous serons | saremmo | nous serions |
| avremo | nous aurons | avremmo | nous aurions |
| vorremo | nous voudrons | vorremmo | nous voudrions |
| andrete | vous irez | andreste | vous iriez |
| direte | vous direz | direste | vous diriez |
À l’oral, la différence s’entend : le double m italien est long, on appuie dessus. Un francophone qui prononce vorremmo comme vorremo annonce qu’il va vouloir, quand il pensait demander poliment. C’est un cas parmi d’autres où la longueur d’une consonne porte une information grammaticale.
Il se forme avec l’auxiliaire au conditionnel présent, suivi du participe passé : avrei fatto, sarei andato. Rien de nouveau donc, ni pour le choix de l’auxiliaire, ni pour la forme du participe, que traite la page le passé composé.
| Personne | dire, avec avere | venire, avec essere |
|---|---|---|
| io | avrei detto | sarei venuto, venuta |
| tu | avresti detto | saresti venuto, venuta |
| lui, lei | avrebbe detto | sarebbe venuto, venuta |
| noi | avremmo detto | saremmo venuti, venute |
| voi | avreste detto | sareste venuti, venute |
| loro | avrebbero detto | sarebbero venuti, venute |
Il sert d’abord à ce qu’on attend de lui : dire ce qui ne s’est pas fait, avec ou sans regret. Avrei voluto dirtelo prima, « j’aurais voulu te le dire plus tôt ». Mais son emploi le plus fréquent, et de loin, est celui de la section suivante, où il ne traduit aucun regret du tout.
C’est l’usage qu’on rencontre dès la première commande au bar, et celui qui rapporte le plus vite. En italien comme en français, le présent de l’indicatif sonne abrupt dès qu’on demande quelque chose à quelqu’un : voglio un caffè se comprend, mais se dit à un enfant, pas à un serveur. Le conditionnel fait tout le travail de politesse.
Vorrei est probablement la forme la plus rentable de toute la conjugaison italienne : elle suffit à commander, à demander, à réserver, à exprimer une envie. On notera au passage que l’italien dispose d’une autre manière d’adoucir une demande, l’imparfait — volevo un caffè —, qui appartient aux emplois de l’imparfait et n’est pas repris ici.
Le conditionnel de dovere conseille sans ordonner, et son conditionnel passé reproche après coup. La nuance est la même qu’en français, ce qui pour une fois simplifie les choses : dovresti, « tu devrais » ; avresti dovuto, « tu aurais dû ».
Deux tournures toutes faites méritent d’être apprises telles quelles, parce qu’elles reviennent chaque jour. Sarebbe meglio suivi d’un infinitif propose sans imposer : sarebbe meglio partire presto, « il vaudrait mieux partir tôt ». Et non saprei, littéralement « je ne saurais », est la manière normale d’avouer qu’on n’a pas d’avis ou qu’on ne sait pas quoi répondre : un non lo so tranche, un non saprei laisse la porte ouverte.
Voici le cœur de la page. Quand on raconte au passé ce qui, à ce moment-là, était encore à venir, le français emploie le conditionnel présent : il a dit qu’il viendrait, je savais qu’elle réussirait, elle m’a promis qu’elle écrirait. L’italien, dans les trois cas, emploie le conditionnel passé.
La règle est mécanique, et c’est une chance : verbe principal au passé, futur dans le passé au conditionnel passé, sans exception à mémoriser. Il n’y a pas à se demander si l’action a finalement eu lieu ou non — ha detto che sarebbe venuto ne dit pas s’il est venu, exactement comme la phrase française. Le conditionnel passé n’exprime ici ni regret, ni irréel : il situe, dans le passé, un événement encore à venir.
Le pendant de la règle éclaire le mécanisme. Si le verbe principal est au présent, le futur reste un futur : dice che verrà, « il dit qu’il viendra ». Déplacez le verbe principal au passé, et le futur de la subordonnée bascule au conditionnel passé : ha detto che sarebbe venuto. Toute la différence avec le français tient là, et elle se travaille en fabriquant des paires.
| Verbe principal au présent | Verbe principal au passé |
|---|---|
| Dice che arriverà alle otto. | Ha detto che sarebbe arrivato alle otto. |
| So che finirà tardi. | Sapevo che sarebbe finito tardi. |
| Promette che ci aiuterà. | Ha promesso che ci avrebbe aiutato. |
| Scrive che partirà domani. | Ha scritto che sarebbe partito il giorno dopo. |
Deux détails de la colonne de droite valent d’être relevés. Le participe s’accorde quand l’auxiliaire est essere, d’où sarebbe arrivata si l’on parle d’une femme. Et les repères de temps se déplacent aussi : domani devient il giorno dopo, comme en français demain devient le lendemain.
Dernier emploi, très visible dès qu’on ouvre un journal italien ou qu’on écoute les nouvelles : le conditionnel marque qu’une information est rapportée sans être garantie. Le français fait la même chose, si bien qu’il n’y a rien à désapprendre ; il faut seulement savoir reconnaître la forme, car elle transforme une affirmation en rumeur.
Il ne se place pas après se. Le francophone connaît déjà l’interdiction, puisque notre grammaire condamne si j’aurais ; il oublie simplement qu’elle vaut aussi en italien, et avec une autre solution. Là où le français met un imparfait de l’indicatif, l’italien met un subjonctif : se avessi tempo, verrei, et non se avrei tempo. La subordonnée en se forme un système à trois schémas, décrit sur la page les phrases avec se ; le conditionnel n’y apparaît que dans le membre principal.
Retenez la répartition : le conditionnel dit ce qu’on souhaite, ce qu’on conseille, ce qu’on rapporte, et ce qui allait arriver. Il ne dit jamais la condition elle-même.
Ces formes s’installent par la bouche, pas par le tableau. Vorrei et potrebbe ne servent à rien si elles mettent trois secondes à sortir. C’est exactement ce que travaille le cours d’italien, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes où l’on répète des demandes entières à voix haute. La première leçon est offerte ; la suite relève de l’abonnement.
Choisissez la forme qui convient au sens indiqué entre parenthèses, puis touchez Correction.
Quarante pages qui se répondent, avec des exercices corrigés sur chacune. Elles donnent le plus de place à ce qui trompe précisément un francophone : essere ou avere au passé composé, l’accord du participe, les pronoms groupés, les particules ne et ci, le subjonctif après penso che, l’article devant le possessif. Comprendre l’italien coûte peu ; c’est le parler juste qui se travaille, et ces pages traitent exactement les endroits où le français induit en erreur.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Parce que l’italien exprime le futur dans le passé au conditionnel passé. Dès que le verbe principal est au passé, la subordonnée qui annonce un fait encore à venir se met à ce temps : ha detto che sarebbe venuto, sapevo che avrebbe vinto. La règle est mécanique et ne dépend pas de ce qui s’est réellement passé ensuite.
Un m, et le temps du verbe. Parleremo est un futur, « nous parlerons » ; parleremmo est un conditionnel, « nous parlerions ». La différence s’entend, car le double m italien se prononce long. Même opposition à la deuxième personne du pluriel, entre parlerete et parlereste.
Vorrei dans tous les cas où l’on s’adresse à quelqu’un qu’on ne connaît pas : au bar, au restaurant, dans un magasin. Voglio se comprend mais sonne brutal, comme notre « je veux ». Vorrei un caffè est probablement la forme la plus utile de toute la conjugaison italienne.
Jamais. Se avrei tempo est aussi fautif que notre si j’aurais. L’italien met un subjonctif dans la subordonnée — se avessi tempo, verrei — et réserve le conditionnel au membre principal. Les trois schémas de la phrase hypothétique sont détaillés sur la page les phrases avec se.
Exactement les mêmes, puisqu’il se construit sur le même radical : avrò et avrei, verrò et verrei, farò et farei, sarò et sarei. Qui connaît la liste des radicaux contractés du futur n’a plus que six terminaisons à apprendre.
Par le conditionnel de potere : potresti aiutarmi? avec quelqu’un qu’on tutoie, potrebbe aiutarmi? avec quelqu’un qu’on vouvoie. L’italien peut aussi employer l’imparfait pour adoucir une demande, volevo un’informazione, tournure décrite avec les emplois de l’imparfait.
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