L’italien emploie quatre temps du subjonctif, et il les emploie tous les jours. La difficulté n’est pas de comprendre ce mode : c’est de sortir la forme assez vite pour ne pas s’arrêter au milieu de la phrase.
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Un francophone connaît le subjonctif, mais il en connaît une version réduite. Le français courant n’en produit plus que deux formes, et l’une des deux ressemble à l’indicatif. L’italien, lui, fait tourner quatre temps complets sans que personne trouve cela littéraire.
En français, « que je parle » et « que nous parlions » épuisent à peu près le stock oral. « Que je parlasse » est mort, et « que j’eusse parlé » n’existe plus que dans les livres. Résultat : devant che io parlassi ou che avessi parlato, un francophone n’a aucun réflexe à mobiliser. Ce ne sont pas des formes rares en italien, ce sont des formes de conversation.
Cette page fabrique les quatre formes, et seulement elles : le présent, le passé, l’imparfait et le plus-que-parfait. Elle ne dit pas après quoi on les emploie — ce travail est réparti entre trois pages, celle des verbes d’opinion et de volonté, celle des conjonctions et celle des phrases avec se, qui prennent les paradigmes ci-dessous comme acquis.
Un mot, avant les tableaux, sur les deux emplois où le subjonctif italien se passe de tout verbe introducteur. Il sert d’abord de souhait autonome : Che vinca il migliore ! « Que le meilleur gagne ! », Viva l’Italia ! « Vive l’Italie ! ». Il fournit ensuite, tel quel, l’ordre de politesse que l’on donne à une personne que l’on vouvoie : la forme parli ! de Donner un ordre est un subjonctif présent emprunté, et rien d’autre.
Le mécanisme est d’une simplicité désarmante : les verbes en -are prennent un i là où l’indicatif met un a, et les verbes en -ere et -ire prennent un a là où l’indicatif met un e ou un i. Les voyelles s’échangent, littéralement.
| Personne | parlare | credere | dormire | finire |
|---|---|---|---|---|
| che io | parli | creda | dorma | finisca |
| che tu | parli | creda | dorma | finisca |
| che lui, lei | parli | creda | dorma | finisca |
| che noi | parliamo | crediamo | dormiamo | finiamo |
| che voi | parliate | crediate | dormiate | finiate |
| che loro | parlino | credano | dormano | finiscano |
Trois observations valent mieux qu’un apprentissage par cœur, et elles couvrent tout le tableau.
La forme de noi est celle de l’indicatif. parliamo, crediamo, dormiamo, finiamo : rien ne change. Une phrase au subjonctif à la première personne du pluriel ne se distingue donc de l’indicatif que par ce qui la précède.
La forme de voi se déduit de celle de noi en remplaçant -iamo par -iate. Cette règle n’a aucune exception, pas même chez les verbes irréguliers du tableau suivant, et elle vous évite d’apprendre une sixième ligne.
La forme de loro se déduit du singulier par simple ajout de -no : parli donne parlino, finisca donne finiscano. Là encore, aucune exception dans toute la langue.
Deux collisions avec l’indicatif, à connaître d’avance. Chez les verbes en -are, le subjonctif singulier parli est exactement la forme de l’indicatif tu parli « tu parles ». Et chez tous les verbes, parliamo vaut pour les deux modes. Ces deux collisions expliquent qu’un débutant croie souvent avoir employé le subjonctif alors qu’il a produit de l’indicatif par hasard : la vérification se fait sur voi et sur loro, les deux personnes où les modes se séparent nettement (parlate contre parliate, parlano contre parlino).
Il n’y a presque rien à mémoriser, parce que le subjonctif présent se fabrique sur le radical du « je » de l’indicatif présent, et non sur l’infinitif. Si vous savez dire io faccio, vous savez dire che io faccia ; si vous savez dire io vengo, vous avez che io venga. Le radical irrégulier ne s’apprend donc pas deux fois, et les trois autres lignes se déduisent par les règles vues plus haut.
| Infinitif | Indicatif io | Subjonctif singulier | Subjonctif noi | Subjonctif loro |
|---|---|---|---|---|
| andare | vado | vada | andiamo | vadano |
| fare | faccio | faccia | facciamo | facciano |
| venire | vengo | venga | veniamo | vengano |
| dire | dico | dica | diciamo | dicano |
| uscire | esco | esca | usciamo | escano |
| potere | posso | possa | possiamo | possano |
| volere | voglio | voglia | vogliamo | vogliano |
| bere | bevo | beva | beviamo | bevano |
| tenere | tengo | tenga | teniamo | tengano |
| rimanere | rimango | rimanga | rimaniamo | rimangano |
| scegliere | scelgo | scelga | scegliamo | scelgano |
| piacere | piaccio | piaccia | piacciamo | piacciano |
Six verbes seulement échappent à cette règle, et ce sont naturellement les plus fréquents de la langue. Ils s’apprennent isolément, une fois pour toutes ; leurs formes de noi et de loro obéissent en revanche aux mêmes déductions que les autres.
sia, abbia, faccia, vada, possa : ces cinq formes couvrent à elles seules une part écrasante de ce que vous entendrez, parce que ce sont les verbes que l’italien place partout. Les apprendre avant les paradigmes réguliers n’est pas de la triche, c’est de la bonne économie.
Regardez de nouveau les trois premières lignes du tableau des réguliers. Elles sont identiques. parli vaut pour « je », pour « tu » et pour « il », et il en va de même partout, chez les réguliers comme chez les irréguliers.
Cette collision a une conséquence immédiate, et c’est la vraie information de cette page. L’italien omet normalement le pronom sujet, parce que la terminaison suffit à désigner la personne. Au subjonctif présent, la terminaison ne suffit plus : le pronom devient donc nécessaire dès qu’il y a le moindre risque d’hésitation. Un francophone, habitué à l’apprendre comme une faute de débutant, le supprime au mauvais endroit — et produit une phrase que son interlocuteur ne sait pas attribuer.
Le même phénomène frappe l’imparfait, où « je » et « tu » se confondent : che io fossi et che tu fossi ne se distinguent que par le pronom. Aux temps composés, la collision revient au complet, puisque l’auxiliaire est au subjonctif présent ou imparfait : che io abbia parlato, che tu abbia parlato, che lui abbia parlato.
Retenez-le sous cette forme, parce qu’elle est actionnable : partout ailleurs, le pronom italien est facultatif ; au subjonctif, il est utile, et souvent obligatoire. C’est le seul endroit de la conjugaison italienne où la règle d’omission se retourne.
Contre toute attente, le temps qui n’a pas d’équivalent vivant en français est celui qui se fabrique le plus mécaniquement. Les trois conjugaisons gardent leur voyelle d’infinitif et reçoivent un jeu de terminaisons unique, en -ss-.
| Personne | parlare | credere | dormire | essere |
|---|---|---|---|---|
| che io | parlassi | credessi | dormissi | fossi |
| che tu | parlassi | credessi | dormissi | fossi |
| che lui, lei | parlasse | credesse | dormisse | fosse |
| che noi | parlassimo | credessimo | dormissimo | fossimo |
| che voi | parlaste | credeste | dormiste | foste |
| che loro | parlassero | credessero | dormissero | fossero |
Notez que le sous-type en -isc- disparaît : on dit che io finissi et non finiscassi. Notez aussi que la personne voi perd le double s — parlaste contre parlassimo — et que c’est là que se produisent la plupart des fautes d’orthographe.
Trois verbes seulement sont irréguliers à ce temps, et deux autres se contentent d’un radical allongé qu’ils utilisent déjà à l’imparfait de l’indicatif.
Tous les autres, y compris les grands irréguliers du présent, rentrent dans le rang : avessi, andassi, venissi, potessi, volessi, dovessi, sapessi. Le verbe qui vous a coûté un radical spécial au présent ne vous coûte rien à l’imparfait.
Il n’y a rien de nouveau à apprendre : on met l’auxiliaire au subjonctif, présent pour le passé, imparfait pour le plus-que-parfait, et on ajoute le participe passé. Le choix entre avere et essere est le même qu’au passé composé de l’indicatif, et l’accord du participe obéit aux mêmes règles, décrites à la page de l’accord du participe : on écrit donc che sia andata pour une femme et che siano andati pour un groupe.
| Temps | parlare | partire |
|---|---|---|
| Présent | che io parli | che io parta |
| Passé | che io abbia parlato | che io sia partito |
| Imparfait | che io parlassi | che io partissi |
| Plus-que-parfait | che io avessi parlato | che io fossi partito |
Lus de haut en bas, ces quatre temps ne s’opposent pas comme quatre moments : ils s’opposent deux à deux. Le présent et le passé vont ensemble, l’imparfait et le plus-que-parfait vont ensemble, et le choix entre les deux couples ne dépend pas de vous mais du verbe de la proposition principale. À l’intérieur d’un couple, en revanche, c’est bien une question de moment : la forme simple pour un fait qui n’est pas encore accompli, la forme composée pour un fait déjà accompli.
Ce réglage porte un nom, la concordance des temps, et il est traité là où il se décide, sur la page des verbes d’opinion. Vous y trouverez la différence entre les deux couples appliquée à des phrases entières.
Une forme se sait quand elle sort sans y penser. Les tableaux de cette page se lisent en dix minutes et ne se possèdent pas pour autant : ce qui manque, c’est d’avoir entendu sia, abbia et fosse des centaines de fois dans des phrases réelles, jusqu’à ce que la forme arrive avant la règle. C’est exactement ce que travaille le cours d’italien, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes : la première est offerte, et l’on continue ensuite par abonnement.
Chaque question demande une forme précise du subjonctif ; les autres propositions sont de vraies formes du même verbe, mais à un autre temps ou à un autre mode. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante pages qui se répondent, avec des exercices corrigés sur chacune. Elles donnent le plus de place à ce qui trompe précisément un francophone : essere ou avere au passé composé, l’accord du participe, les pronoms groupés, les particules ne et ci, le subjonctif après penso che, l’article devant le possessif. Comprendre l’italien coûte peu ; c’est le parler juste qui se travaille, et ces pages traitent exactement les endroits où le français induit en erreur.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Quatre : le présent (che io parli), le passé (che io abbia parlato), l’imparfait (che io parlassi) et le plus-que-parfait (che io avessi parlato). Les quatre sont d’usage courant, y compris à l’oral, alors que le français n’en produit plus spontanément que deux.
En partant du « je » de l’indicatif présent : io vengo donne che io venga, io esco donne che io esca, io bevo donne che io beva. Six verbes seulement résistent : essere, avere, sapere, dare, stare et dovere.
Parce que les trois personnes du singulier ont la même forme. che parli pris seul ne dit pas s’il s’agit de « je », de « tu » ou de « il », et la terminaison ne peut plus faire le travail. C’est le seul endroit de la conjugaison italienne où la règle d’omission du pronom se retourne.
Non, et c’est un contresens fréquent. fossi, avessi, potessi appartiennent à la conversation la plus ordinaire. Il faut simplement accepter de fabriquer une forme dont le français n’a plus l’équivalent parlé : le mécanisme, lui, est parfaitement régulier.
Ce n’est pas un choix libre : le temps du subjonctif dépend du temps du verbe principal, selon un réglage appelé concordance des temps. Il est expliqué, exemples à l’appui, sur la page des verbes d’opinion.
Par sia, abbia, faccia, vada, possa au présent, puis fosse et avesse à l’imparfait. Ces sept formes couvrent une part considérable des subjonctifs réellement prononcés, parce qu’elles appartiennent aux verbes que l’italien met partout.
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