En italien, vous n’aimez pas la pizza : c’est elle qui vous plaît. Mi piace la pizza se construit mot pour mot comme « la pizza me plaît », et tout le reste en découle.
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Un francophone apprend mi piace dans la première semaine et s’en sert pendant des années sans avoir compris comment la phrase est bâtie. Tant qu’il dit mi piace tout court, cela ne se voit pas. Dès qu’il ajoute un mot, la construction se venge.
L’italien ne dispose pas d’un verbe qui fonctionnerait comme notre aimer, avec la personne en sujet et la chose en complément. Il emploie piacere, « plaire », et les rôles sont donc inversés : la chose aimée est le sujet grammatical, et la personne qui aime n’est qu’un complément indirect. Le français possède exactement la même tournure avec plaire ; simplement, il ne s’en sert presque plus, et c’est ce désusage qui fait trébucher.
| Français | Sujet français | Italien | Sujet italien |
|---|---|---|---|
| j’aime la pizza | je | mi piace la pizza | la pizza |
| j’aime les livres | je | mi piacciono i libri | i libri |
| Marco aime le football | Marco | a Marco piace il calcio | il calcio |
| tu me plais | tu | mi piaci | tu |
Deux conséquences suivent immédiatement, et ce sont elles qui comptent. D’abord, le verbe ne s’accorde pas avec la personne qui aime, mais avec la chose aimée : au pluriel, il faut piacciono. Ensuite, il n’y a pas de complément d’objet à exprimer : le francophone qui veut dire « je l’aime » cherche un pronom qui n’a aucune place dans la phrase.
Les formes du pronom qui désigne la personne — mi, ti, gli, le, ci, vi — appartiennent au système général du complément indirect, décrit à la page les pronoms compléments. On les suppose connues ici.
C’est la faute numéro un, et elle est audible. Le verbe se met au pluriel dès que ce qui plaît est au pluriel, quelle que soit la personne qui parle. mi piacciono ne signifie pas « nous aimons » : il signifie « j’aime plusieurs choses ».
| Ce qui plaît | Forme du verbe | Exemple |
|---|---|---|
| un seul nom | piace | Mi piace il tuo vestito. — « J’aime ta robe. » |
| plusieurs noms | piacciono | Mi piacciono i tuoi occhiali. — « J’aime tes lunettes. » |
| un infinitif | piace | Mi piace camminare. — « J’aime marcher. » |
| une personne | piaci, piace | Mi piaci. — « Tu me plais. » |
La ligne de l’infinitif rend un grand service, parce qu’elle couvre la moitié de ce qu’on veut dire : devant un verbe à l’infinitif, la forme reste au singulier, et aucune préposition ne s’intercale. On ne dit pas mi piace di andare : l’infinitif suit directement.
Le passé composé de piacere se forme avec essere, et non avec avere comme le voudrait le réflexe français. Le participe s’ajuste à ce qui a plu, puisque c’est le sujet : mi è piaciuto il film, mi è piaciuta la casa, mi sono piaciute le foto. La règle générale qui commande cet ajustement est exposée à la page l’accord du participe, et le partage entre les deux auxiliaires à la page essere ou avere : ici, retenez la forme.
Pour dire « j’aimerais », l’italien emploie le conditionnel du même verbe, avec la même construction inversée : mi piacerebbe devant un infinitif, mi piacerebbero devant un pluriel. C’est la formule du souhait et de l’invitation polie, et elle s’emploie du matin au soir. La formation du conditionnel est traitée à la page le conditionnel.
La personne qui aime se dit de deux manières, exactement comme ailleurs dans la langue. La forme faible collée au verbe est le choix par défaut : mi piace, ti piace, ci piace. La forme précédée de a sert à insister, à opposer, ou à nommer quelqu’un.
Deux points de forme méritent l’attention. Quand on nomme la personne, il faut la préposition a : le nom seul serait pris pour le sujet, et la phrase dirait le contraire de ce qu’on veut. Marco piace il calcio n’est pas de l’italien bancal, c’est une phrase sans sens ; a Marco piace il calcio est la forme correcte. Et l’ordre des mots reste libre : le sujet se place après le verbe le plus souvent, mais il peut passer devant pour être mis en avant — questo film non mi piace.
La négation, ensuite, se place devant tout le bloc : non mi piace, non mi piacciono, a me non piace. Le non précède le pronom, jamais l’inverse.
Une tournure à éviter. On entend a me mi piace, avec la personne exprimée deux fois. La tournure existe dans la langue parlée familière, mais elle est tenue pour fautive dès qu’on soigne un peu son italien : il faut choisir entre mi piace et a me piace.
Puisque le sujet est ce qui plaît, rien n’empêche ce sujet d’être une personne — y compris votre interlocuteur. Le verbe se conjugue alors à la personne correspondante, ce qui donne des formes que le débutant n’a jamais vues et qui sont pourtant les plus employées de toutes.
Remarquez le renversement complet par rapport au français : dans mi piaci, la personne qui éprouve le sentiment est mi, et le verbe est à la deuxième personne parce qu’il s’accorde avec toi. Un francophone construit spontanément l’inverse et produit ti piaccio, qui signifie « je te plais ». L’erreur est d’autant plus gênante que la phrase reste correcte : elle dit simplement autre chose.
Notre verbe aimer recouvre trois choses que l’italien sépare nettement, et confondre les trois est l’un des accidents les plus courants du débutant.
Un Italien dit ti voglio bene à sa sœur et ti amo à la personne qu’il aime : la frontière est nette et elle est prise au sérieux. Pour une chose, en revanche, mi piace est le choix normal ; amare reste possible mais sonne emphatique, comme notre « j’adore » : amo il mare.
Dernier détail, agréable celui-là : piacere est aussi un nom, et c’est la formule qu’on prononce en se présentant. Piacere! vaut notre « enchanté », littéralement « plaisir ».
Si piacere était seul, on pourrait l’apprendre comme une exception. Mais une dizaine de verbes très courants suivent le même schéma, et comprendre la mécanique une fois dispense de les apprendre un par un. Dans tous les cas : la chose est sujet, la personne est complément indirect, le verbe s’accorde avec la chose.
| Verbe | Exemple | Français |
|---|---|---|
| mancare | Mi manchi. | « Tu me manques. » |
| mancare | Mi manca il tempo. | « Le temps me manque. » |
| servire | Mi serve una penna. | « J’ai besoin d’un stylo. » |
| servire | Ci servono due biglietti. | « Il nous faut deux billets. » |
| bastare | Mi basta un caffè. | « Un café me suffit. » |
| occorrere | Mi occorrono due giorni. | « Il me faut deux jours. » |
| interessare | Non mi interessa la politica. | « La politique ne m’intéresse pas. » |
| sembrare | Mi sembra una buona idea. | « Cela me semble une bonne idée. » |
| dispiacere | Mi dispiace. | « Je suis désolé. » |
| restare | Mi restano dieci euro. | « Il me reste dix euros. » |
Trois de ces verbes valent un commentaire, parce qu’ils servent tous les jours et qu’un francophone les manque presque toujours du premier coup.
servire dit le besoin. Là où nous mettons la personne en sujet — « j’ai besoin d’un stylo » —, l’italien met l’objet : mi serve una penna, et donc mi servono au pluriel. C’est la phrase du magasin et de l’atelier, et elle se construit exactement comme mi piace.
mancare ne trompe presque personne, parce que le français inverse lui aussi : « tu me manques ». Mi manchi se calque donc mot pour mot, et cette coïncidence est la meilleure porte d’entrée dans toute la famille. Qui a compris mi manchi a compris mi piaci.
dispiacere sert à s’excuser et à demander. Mi dispiace veut dire « cela me déplaît », c’est-à-dire « je suis désolé ». Et ti dispiace suivi d’un infinitif est la formule de politesse la plus fréquente de l’italien parlé : Ti dispiace aprire la finestra? — « Ça t’ennuie d’ouvrir la fenêtre ? »
Quatre erreurs reviennent, toujours les mêmes, et elles se corrigent l’une après l’autre.
Oublier l’accord. mi piace i libri est la faute la plus répandue, parce qu’on apprend mi piace comme un bloc figé. Prenez l’habitude de regarder ce qui suit : pluriel, donc piacciono.
Mettre la personne en sujet. io piaccio la pizza traduit mot à mot « j’aime la pizza » et signifie en réalité quelque chose comme « moi, je plais ». La personne n’est jamais le sujet, sauf quand c’est elle qui plaît.
Ajouter un pronom d’objet. Pour « je l’aime », en parlant d’un film, on dit simplement mi piace : la chose est déjà le sujet, il n’y a pas de place pour un complément. Un lo glissé devant est le signe le plus sûr qu’on traduit depuis le français.
Oublier a devant un nom de personne. a Marco piace, a mia sorella piacciono. Sans la préposition, le nom devient sujet et la phrase se retourne.
Le remède n’est pas la règle mais la phrase entière. Cinq ou six énoncés appris par cœur et dits à voix haute — mi piace molto, non mi piacciono, ti piace?, mi piacerebbe, mi serve, mi dispiace — installent la construction plus vite que n’importe quel tableau, parce qu’ils l’installent déjà accordée.
Cette construction s’acquiert en parlant, pas en la décortiquant. C’est ce que fait le cours d’italien, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes : les phrases sont dites par un locuteur natif et répétées à voix haute, si bien que mi piacciono finit par sortir accordé sans qu’on y pense. La première leçon est offerte, la suite se fait par abonnement.
Choisissez la forme qui convient, puis touchez Correction.
Quarante pages qui se répondent, avec des exercices corrigés sur chacune. Elles donnent le plus de place à ce qui trompe précisément un francophone : essere ou avere au passé composé, l’accord du participe, les pronoms groupés, les particules ne et ci, le subjonctif après penso che, l’article devant le possessif. Comprendre l’italien coûte peu ; c’est le parler juste qui se travaille, et ces pages traitent exactement les endroits où le français induit en erreur.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Parce que piacere signifie « plaire » : la chose aimée est le sujet du verbe et la personne qui aime n’est qu’un complément indirect. Mi piace la pizza se construit comme « la pizza me plaît ». Io piaccio existe, mais signifie « je plais ».
Le verbe s’accorde avec ce qui plaît, pas avec la personne : mi piace il libro au singulier, mi piacciono i libri au pluriel. Devant un infinitif, on garde le singulier : mi piace leggere.
Mi piace, tout simplement. Comme le film est déjà le sujet du verbe, il n’y a pas de complément d’objet à exprimer : ajouter lo est une faute, et c’est l’une des plus révélatrices chez un francophone.
Mi piaci dit l’attirance, le début de quelque chose. Ti voglio bene dit l’affection : on l’emploie dans la famille et entre amis. Ti amo est la déclaration amoureuse, et les Italiens ne l’emploient pas autrement. La frontière entre les trois est nette et elle compte.
essere : mi è piaciuto il film, mi è piaciuta la casa, mi sono piaciute le foto. Le participe s’ajuste à ce qui a plu, puisque c’est le sujet ; la règle générale figure à la page l’accord du participe.
Les plus utiles sont mancare (mi manchi), servire (mi serve una penna), bastare (mi basta un caffè), interessare, sembrare, dispiacere et restare (mi restano dieci euro). Tous mettent la chose en sujet et la personne en complément indirect.
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