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Cours de langues›Les pronoms toniques

Après une préposition, l’espagnol ne dit plus yo ni tú

Le français emploie « moi » et « toi » partout, aussi bien tout seuls que derrière une préposition, et n’y pense jamais. L’espagnol garde deux séries : après para ou sin c’est mí et ti, mais après entre et según c’est yo et tú.

La première leçon est gratuite sur la plateforme web ou sur l’application mobile — deux abonnements distincts. Les leçons s’écoutent en ligne, et non sur ce site.

Des pronoms qui se disent tout seuls

Un pronom tonique est un pronom qui porte sa propre voix. Il peut rester seul, sans verbe, se faire répéter au téléphone, recevoir l’accent de la phrase : à la question ¿Quién quiere café?, on répond yo, et ce mot constitue à lui seul une réponse complète. C’est exactement ce que les petits pronoms me, te, lo ne savent pas faire.

Cette série a deux territoires et un seul piège. Elle sert de sujet exprimé, quand la terminaison du verbe ne suffit pas, et elle sert derrière une préposition, toujours. C’est là que le francophone se fait prendre, parce que sa langue lui fournit un seul mot pour les deux emplois : « moi » vaut aussi bien dans « moi, je travaille » que dans « pour moi ». L’espagnol, lui, dit yo trabajo et para mí.

Comme partout dans ce dossier, la série compte cinq lignes et non six : ustedes est l’unique pluriel de la deuxième personne en Amérique, et les formes vosotros et os n’ont pas de place ici. Qui s’adresse comment à qui est une question sociale, traitée sur tú, usted et ustedes ; cette page ne s’occupe que des formes.

Trois voisinages sont laissés de côté pour ne pas les traiter à moitié. La série atone — me, te, lo, la, le —, sa place devant le verbe et le redoublement du type a mí me dijeron sont sur les pronoms compléments. La valeur réfléchie de se levanta est sur les valeurs de se. Et le fait que le sujet s’omette d’ordinaire, parce que la terminaison le porte déjà, est expliqué sur le présent de l’indicatif : cette page traite le cas inverse, celui où il faut l’écrire.

Les formes, en dix cases

Le tableau se lit en deux colonnes, et huit cases sur dix sont identiques. Deux seulement changent, à la première et à la deuxième personne du singulier — et ce sont naturellement les deux qui reviennent sans arrêt dans la conversation.

Les pronoms toniques en Amérique latine
PersonneComme sujetAprès une préposition
je, moiyomí
tu, toitú, vosti, vos
il, elle, vous de politesseél, ella, ustedél, ella, usted
nousnosotros, nosotrasnosotros, nosotras
ils, elles, vous plurielellos, ellas, ustedesellos, ellas, ustedes

Retenez la règle par sa forme la plus courte : après une préposition, quelle qu’elle soit, la première personne est mí et la deuxième ti. Toutes les autres gardent la forme qu’elles ont comme sujet. Dans les pays où l’on emploie vos, ce pronom ne change pas non plus : a vos, para vos, sin vos. Sa géographie et ses formes verbales propres sont sur la page le voseo.

Le trait sur le i change de mot

Une seule de ces formes porte un accent écrit, et c’est celle qui en a besoin : mí, le pronom, s’écrit avec un trait, tandis que mi, le possessif, s’écrit sans. La différence est visible, elle est audible, et elle sépare deux phrases qui ne veulent pas dire la même chose. La deuxième personne, elle, n’a pas ce problème : ti n’a jamais d’accent, parce qu’aucun mot espagnol ne lui ressemble.

Le mécanisme de ce trait qui distingue deux mots de même son est le même que pour tú et tu, et il est exposé une fois pour toutes sur la page l’accent et la tilde.

Attention aux groupes qui finissent par de. Beaucoup d’indications de lieu se terminent par cette préposition, et le pronom qui suit est donc forcément tonique : detrás de mí, cerca de ti, al lado de nosotros. On entend pourtant detrás mío et adelante mío dans la conversation, surtout au Río de la Plata, où le tour est très courant. La langue soignée garde la version avec de ; l’inventaire de ces indications de lieu, lui, est sur aquí, acá, allá.

Les trois mots soudés à con

Une préposition échappe à la règle générale, et c’est l’une des plus employées de la langue. Avec con, les trois premières formes ne se posent pas derrière la préposition : elles se fondent avec elle en un seul mot, et le pronom y devient une syllabe finale.

Les formes soudées
SensFormeCe qui n’existe pas
avec moiconmigocon mí
avec toicontigocon ti
avec soiconsigocon sí

Les autres personnes se construisent normalement, sans soudure : con él, con ella, con usted, con nosotros, con ustedes. Il n’y a donc que trois mots à mémoriser, et le francophone a de la chance : il les entend dès ses premières conversations, puisque proposer à quelqu’un de venir avec vous est l’une des choses qu’on dit le plus souvent.

  • Si vas al centro, voy contigo. — « Si tu vas au centre, je viens avec toi. »
  • Ella quiere hablar conmigo antes de la reunión. — « Elle veut me parler avant la réunion. »
  • El ingeniero llevó consigo todos los planos. — « L’ingénieur a emporté tous les plans avec lui. »
  • Nadie habla consigo mismo en el camión. — « Personne ne se parle à soi-même dans le bus. »

Con vos, là où l’on dit vos

Dans les pays voseants, contigo cède la place à con vos, en deux mots, sans soudure. On l’entend en Argentine, en Uruguay, au Paraguay et dans une grande partie de l’Amérique centrale. Contigo reste la forme des zones où l’on dit tú, le Mexique, la Colombie, le Pérou ; elle est comprise partout, et les chansons l’ont installée dans toutes les oreilles du continent.

  • Mañana voy con vos al mercado. — « Demain je vais au marché avec toi. »
  • Quiero ir contigo a la playa. — « Je veux aller à la plage avec toi. »

Consigo ne parle que du sujet

Voici la nuance que les manuels passent souvent trop vite. Consigo renvoie obligatoirement au sujet de la phrase : le patron a emporté les documents sur lui. Si l’on veut dire qu’il les a emportés avec quelqu’un d’autre, il faut con él. Confondre les deux ne produit pas une faute de forme, mais une phrase qui désigne une autre personne.

  • El señor trajo consigo los pasaportes. — « Le monsieur a apporté les passeports sur lui. »
  • El señor vino con él desde el aeropuerto. — « Le monsieur est venu avec lui depuis l’aéroport. »

Les mots qui réclament yo et tú

La règle « après une préposition, mí et ti » a un revers, et il est court : quatre situations demandent au contraire la forme du sujet. Elles se comptent sur une main, et les connaître évite la faute la plus voyante que fasse un francophone avancé.

Entre

Quand entre relie deux pronoms singuliers, l’espagnol emploie la forme du sujet : entre tú y yo. C’est la tournure de la langue soignée et celle que vous lirez partout. On entend aussi entre ti y mí dans la conversation, mais elle est évitée dès qu’on surveille son espagnol. Avec un pluriel, la question ne se pose pas, puisque la forme est la même : entre nosotros, entre ellos.

Según

Le mot qui introduit une source ou un point de vue prend lui aussi la forme du sujet : según yo, según tú, según ella. La forme según mí ne s’emploie pas. Notez que pour donner une opinion, para mí est au moins aussi fréquent, et qu’il garde évidemment la forme tonique, puisque para est une vraie préposition ; la valeur de para est décrite sur por ou para.

Incluso, hasta, excepto, salvo, menos

Ces mots ont l’air de prépositions et n’en sont pas : ils ajoutent ou retirent un élément d’un ensemble, sans changer sa fonction. Le pronom qui les suit garde donc la forme du sujet.

Le que de la comparaison

Dernier cas, et le plus fréquent des quatre dans la conversation ordinaire : après le que qui compare, le pronom est un sujet, parce qu’il tient la place d’une proposition entière. Mi primo es más alto que yo signifie littéralement « plus grand que je ne le suis ». Les formes que mí et que ti ne s’emploient pas.

Un cinquième cas, plus discret. Après le verbe ser, le pronom est attribut et reste au nominatif : soy yo, ¿eres tú?, fueron ellos. C’est la phrase qu’on prononce dix fois par semaine au téléphone ou derrière une porte, et le francophone la calque volontiers sur « c’est moi », ce qui donne une forme impossible. On dit soy yo, sans démonstratif et sans mí.

Sí, le tonique qui revient au sujet

La troisième personne possède une forme tonique à part, réservée au cas où le complément désigne le sujet lui-même : sí, avec un accent écrit, à ne pas confondre avec le si des hypothèses, qui n’en porte pas. Elle ne s’emploie qu’après une préposition, et elle est très souvent renforcée par mismo, qui s’accorde avec la personne.

La différence avec él est la même que pour consigo, et elle se vérifie à chaque phrase : piensa en él parle de quelqu’un d’autre, piensa en sí mismo parle du sujet. Le français est ambigu — « il pense à lui » ne dit pas lequel des deux —, l’espagnol ne l’est jamais. C’est un des rares endroits où notre langue est moins précise que la sienne. La valeur réfléchie proprement dite, celle des verbes du type se levanta, est traitée sur les valeurs de se.

Un mot enfin sur ello, forme tonique qui reprend non pas une personne mais une idée : elle existe, on la lit dans les textes soignés, dans des groupes comme por ello ou a pesar de ello. Elle est rare dans la conversation américaine, qui préfère reprendre l’idée par eso. Sachez la reconnaître à l’écrit ; rien ne vous oblige à la produire.

Trois raisons d’écrire le pronom sujet

En espagnol, la terminaison du verbe porte déjà la personne, si bien que le pronom sujet n’est d’ordinaire pas exprimé. Le francophone, qui n’a pas le choix dans sa langue, a tendance à le mettre partout, et son espagnol devient lourd sans qu’il sache pourquoi. La question utile n’est donc pas « quand peut-on l’omettre » — presque toujours —, mais l’inverse : quand faut-il l’écrire ? Il y a trois cas, et ils sont nets.

Pour opposer deux personnes. Dès que la phrase met deux sujets face à face, le pronom revient, et il porte l’accent de la phrase. C’est le même mouvement que le français « moi, je… ; elle, elle… ».

Pour répondre sans verbe. Un pronom seul est une phrase complète, et c’est l’emploi le plus fréquent de la série. Aucun verbe ne vient le soutenir, donc aucune terminaison ne peut le remplacer.

Pour lever l’ambiguïté de la troisième personne. C’est le cas décisif, et il est propre à l’espagnol : une seule forme verbale sert à él, à ella et à usted. La terminaison de habla ne dit donc pas de qui l’on parle, et le pluriel a exactement le même problème avec ellos, ellas et ustedes. Quand le contexte ne tranche pas, le pronom devient indispensable.

Un pronom de trop s’entend. Répéter yo à chaque phrase d’un récit ne produit pas une faute de grammaire, mais un espagnol insistant, comme si l’on revendiquait chaque action. Yo me levanté, yo desayuné, yo salí donne l’impression qu’on se défend. La version ordinaire est me levanté, desayuné y salí : la terminaison suffit, et c’est même la raison pour laquelle elle existe.

Les quatre fautes de francophone

Mettre yo après une préposition. Para yo, sin tú, detrás de yo n’existent pas. La forme est para mí, sin ti, detrás de mí. C’est la faute la plus fréquente, et la plus facile à corriger, parce qu’il n’y a que deux formes à surveiller.

Traduire « avec moi » mot à mot. Con mí et con ti n’existent pas non plus : ce sont conmigo et contigo, ou con vos dans les pays voseants.

Mettre mí après le que de comparaison. On dit más alto que yo, jamais más alto que mí. Le pronom y est un sujet, même si le français dit « que moi ».

Employer le pronom tonique tout seul comme complément du verbe. À la question ¿A quién viste?, on ne répond pas mí ni yo mais a mí, avec sa préposition. Un pronom tonique ne se colle jamais directement au verbe : cette place appartient à la série atone, décrite sur les pronoms compléments.

Ces quatre réflexes ne s’installent pas en relisant un tableau : ils s’installent en entendant para mí, conmigo et entre tú y yo jusqu’à ce que la mauvaise version fasse mal à l’oreille. Ce sont de très petits mots, ils reviennent toutes les trois phrases, et c’est une bonne nouvelle : la répétition est garantie.

Ces petits mots se prennent à l’oreille. Le cours d’espagnol est entièrement audio, en leçons courtes : conmigo, para mí et entre tú y yo y reviennent dans des phrases dites par des locuteurs d’Amérique, jusqu’à ce que la bonne forme arrive sans calcul. La première leçon est gratuite, la suite se fait par abonnement.

Exercices : la forme après la préposition

Complétez avec la forme qui convient ; l’indication entre parenthèses donne le sens attendu. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. Mi hermana llegó después de ___ a la estación. (après moi)
  2. La mochila está detrás de ___, en el piso. (derrière toi)
  3. Entre ___ y yo, eso no va a funcionar. (entre toi et moi)
  4. Según ___, el precio ya subió otra vez. (d’après moi)
  5. Mi primo es más alto que ___. (que moi)
  6. Si vas al centro, voy ___. (avec toi)
  7. En Montevideo se oye: mañana voy ___ al mercado. (avec toi)
  8. Nadie habla ___ mismo en voz alta en el camión. (avec soi-même)

Exercices : le pronom sujet et la forme réfléchie

Choisissez la seule forme possible en espagnol d’Amérique. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. —¿Quién pidió el jugo de naranja? —___. (moi)
  2. —¿Ana? —Sí, soy ___. (c’est moi)
  3. ___ trabajo en la mañana y ella estudia en la tarde. (moi, je travaille)
  4. Ana y Pedro llegaron juntos, pero ___ se fue temprano. (elle)
  5. Todos se quejaron del ruido, incluso ___. (moi y compris)
  6. Ese muchacho piensa demasiado en ___ mismo. (à lui-même)
  7. Ella maneja mucho mejor que ___. (que toi)
  8. Ese disco lo grabaron ellos, no ___. (pas nous)

Toute la grammaire de l’espagnol d’Amérique latine

Quarante pages qui se répondent, avec des exercices corrigés sur chacune. La langue telle qu’on la parle du Mexique à l’Argentine : ustedes partout, le voseo, le prétérit simple, et les deux murs du francophone — ser ou estar, et le subjonctif.

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Questions fréquentes

Pourquoi dit-on para mí et non para yo ?

Parce que l’espagnol possède deux séries distinctes là où le français n’a qu’un mot. Derrière une préposition, la première personne est mí et la deuxième ti ; les autres personnes gardent la forme qu’elles ont comme sujet : para él, para ustedes.

Faut-il écrire mi ou mí ?

Avec accent quand c’est le pronom, sans accent quand c’est le possessif : es para mí contre es para mi hija. La deuxième personne ne connaît pas ce problème : ti ne prend jamais d’accent. La règle générale de ce trait figure sur l’accent et la tilde.

Dit-on contigo ou con vos ?

Les deux, selon le pays. Contigo s’emploie là où l’on dit tú, au Mexique, en Colombie, au Pérou ; con vos s’emploie en Argentine, en Uruguay, au Paraguay et dans une grande partie de l’Amérique centrale. Les deux sont comprises sur tout le continent.

Pourquoi entre tú y yo et non entre ti y mí ?

Parce que entre fait partie des mots qui réclament la forme du sujet, avec según, incluso, excepto, salvo et menos. La version avec ti et mí s’entend dans la conversation, mais elle est évitée dès qu’on surveille son espagnol.

Quelle est la différence entre piensa en él et piensa en sí mismo ?

La première phrase parle de quelqu’un d’autre, la seconde parle du sujet lui-même. Le français « il pense à lui » est ambigu, l’espagnol ne l’est jamais. La même distinction sépare vino con él et trajo consigo los papeles.

Faut-il mettre yo devant chaque verbe ?

Non, et c’est même une lourdeur repérable. La terminaison du verbe porte déjà la personne. Le pronom sujet s’écrit dans trois cas : pour opposer deux personnes, pour répondre sans verbe, et pour lever l’ambiguïté de la troisième personne, où él, ella et usted partagent la même forme.

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