Là où le français dit « j’aime le café », l’espagnol dit à peu près « le café me plaît ». Ce n’est pas une tournure élégante à réserver aux grandes occasions : c’est la seule manière ordinaire de dire qu’on aime quelque chose.
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Dans la phrase française « j’aime le café », celui qui parle est le sujet et le café est l’objet. Dans me gusta el café, tout est inversé : le sujet grammatical est el café, et celui qui parle n’est plus qu’un complément indirect, réduit au petit mot me. La phrase dit, mot à mot, « le café me plaît ».
Cette inversion a une conséquence immédiate et c’est tout l’enjeu de la page : le verbe s’accorde avec ce qui plaît, jamais avec la personne qui aime. Un objet aimé au singulier donne gusta ; plusieurs objets aimés donnent gustan, quelle que soit la personne dont on parle.
Le pronom qui change, c’est celui de la personne qui aime : me, te, le, nos, les. Ce sont les pronoms compléments indirects ordinaires de l’espagnol, avec leurs cinq lignes américaines ; leur mécanique complète, leur place et le redoublement qu’ils imposent sont décrits sur les pronoms compléments. Cette page-ci ne fait que les appliquer à une construction qui les met tous à contribution.
Ce n’est pas un verbe rare. Un francophone, mal à l’aise avec l’inversion, cherche souvent un verbe plus rassurant et tombe sur amar ou querer. Mais amo el café ne se dit pas : on aime une personne, on ne « aime » pas une boisson. Pour les choses, les activités, les lieux, les films et la nourriture, gustar est la réponse normale, celle qu’un hispanophone emploie dix fois par jour.
Le sujet se trouve presque toujours derrière le verbe, ce qui trompe l’œil : on lit me gustan avant de savoir pourquoi le verbe est au pluriel. Prenez donc l’habitude de chercher le vrai sujet plus loin dans la phrase.
| Ce qui plaît | Forme du verbe | Exemple |
|---|---|---|
| une chose | gusta | me gusta el mar |
| plusieurs choses | gustan | me gustan las montañas |
| une action | gusta | me gusta viajar |
| deux actions | gusta | me gusta leer y caminar |
| une personne | accord avec elle | me gustas |
Deux lignes méritent un mot. Quand ce qui plaît est une action exprimée par un infinitif, le verbe reste au singulier, même si les infinitifs sont plusieurs : me gusta cocinar y comer bien. Et quand ce qui plaît est une personne, le verbe s’accorde avec elle, ce qui peut le sortir de la troisième personne : me gustas, le gustas a María.
Le sujet peut passer devant le verbe, et il le fait dès qu’on le met en relief ou qu’on l’oppose à autre chose. La construction ne change pas pour autant : le pronom atone reste où il est.
Les francophones savent réciter me gusta et se trompent dès que la phrase s’allonge, parce qu’ils partent du sujet français. Voici la manœuvre inverse, à faire dans l’ordre.
Premier geste : repérer ce qui est aimé. Dans « mes parents aiment les longs voyages », c’est « les longs voyages ». Ce groupe sera le sujet espagnol, et c’est lui qui commandera le verbe. Il est au pluriel, donc le verbe sera au pluriel.
Deuxième geste : transformer le sujet français en complément indirect. « Mes parents » deviennent a mis papás, doublés du pronom atone les — l’espagnol met les deux, et l’oubli du pronom est la faute la plus fréquente sur cette construction.
Troisième geste : assembler. Complément indirect, pronom, verbe, sujet : A mis papás les gustan los viajes largos.
| Français | Ce qui plaît | Espagnol |
|---|---|---|
| J’aime cette ville. | cette ville | Me gusta esta ciudad. |
| Nous aimons les empanadas. | les empanadas | Nos gustan las empanadas. |
| Les enfants aiment la piscine. | la piscine | A los niños les gusta la piscina. |
| Est-ce que vous aimez danser ? | danser | ¿A ustedes les gusta bailar? |
Le groupe tonique en a — a mí, a ti, a usted, a nosotros, a ustedes — n’est pas obligatoire quand la personne est déjà claire : me gusta se dit très bien seul. On l’ajoute pour insister ou pour opposer, et il est indispensable à la troisième personne, où le ne dit pas de qui il s’agit.
Jamais de pronom sujet. Yo gusto el café est une faute de débutant très reconnaissable : elle traduit mot pour mot le français et attribue à la personne le rôle du sujet. De même, yo me gusta n’existe pas. La personne qui aime n’est jamais sujet dans cette construction : elle est me, te, le, nos, les, éventuellement précédée de a mí, a ti et compagnie.
gustar n’est pas une curiosité isolée. Une vingtaine de verbes très courants fonctionnent exactement de la même façon, et les reconnaître d’un coup fait gagner des mois : une fois la mécanique installée sur gustar, elle se transporte telle quelle sur les autres.
| Verbe | Sens | Exemple |
|---|---|---|
| encantar | plaire énormément | me encanta esta ciudad |
| doler | faire mal | me duele la cabeza |
| faltar | manquer | me faltan dos páginas |
| quedar | rester, aller bien | me quedan cien pesos |
| parecer | sembler à quelqu’un | me parece buena idea |
| interesar | intéresser | nos interesa el proyecto |
| importar | importer, gêner | no me importa el ruido |
| molestar | déranger | me molestan los gritos |
| convenir | arranger | te conviene salir temprano |
| costar | coûter, être difficile | me cuesta madrugar |
| tocar | être au tour de | hoy me toca lavar |
| sobrar | être en trop | nos sobró comida |
À cette liste s’ajoutent des expressions figées bâties sur le même schéma : caer bien et caer mal pour les personnes, hacer falta pour le besoin, dar suivi d’un nom de sentiment.
La série s’enrichit localement, et il vaut la peine de reconnaître les variantes selon le pays. Au Mexique, me late dit qu’une idée plaît ou tente ; en Colombie, me provoca s’emploie pour une envie du moment ; au Chili, me tinca joue le même rôle. Toutes se construisent comme gustar, avec le pronom indirect devant.
La partie du corps est le sujet, et l’espagnol la fait précéder d’un simple article, jamais d’un possessif : me duele la cabeza, littéralement « la tête me fait mal ». Puisque le pronom dit déjà de qui il s’agit, me duele mi cabeza serait un doublon.
Ces deux-là servent à compter, et le verbe suit le nombre compté. faltar dit ce qui manque ou le temps qui reste avant un événement ; quedar dit ce qui reste en réserve, et sert aussi à juger un vêtement.
C’est le verbe de l’opinion, et il rend le français « je trouve que ». ¿Qué te parece? est la question la plus courante pour demander un avis, et elle s’entend partout.
encantar porte en lui l’idée d’intensité, ce qui interdit de la redoubler. On dit me gusta mucho mais pas me encanta mucho. Pour graduer gustar, l’espagnol emploie mucho ou muchísimo, placés derrière le verbe.
Le dernier exemple contient deux mots négatifs pour une seule négation, ce qui est la règle en espagnol et non une faute ; le mécanisme est décrit sur la négation.
Aimer une personne. Me gustas ne se dit pas d’un collègue qu’on apprécie : c’est une déclaration d’attirance, et l’ambiguïté n’existe pas pour un hispanophone. Pour dire qu’on trouve quelqu’un sympathique, on emploie caer bien ; pour l’affection et l’amour, querer et amar, qui se construisent normalement, avec la personne comme complément direct.
Demander poliment. Me gustaría est la forme de la demande courtoise, et c’est une des premières choses utiles à savoir dire en voyage. Elle se construit comme le reste, avec le pronom devant ; le temps employé est le conditionnel, dont les formes figurent sur futur et conditionnel.
Cette construction est de celles qui basculent d’un coup : après quelques dizaines de phrases entendues et répétées, on cesse de traduire et l’on construit directement à partir de ce qui plaît. Avant ce basculement, chaque phrase demande un calcul ; après, plus aucune.
Ces phrases se pratiquent à voix haute. Le cours d’espagnol est entièrement audio, en leçons courtes : on y entend me gusta, me encanta et me parece dans des phrases dites par des locuteurs d’Amérique, jusqu’à ce que l’accord vienne sans réfléchir. La première leçon est gratuite, la suite se fait par abonnement.
Choisissez la forme verbale qui s’accorde avec le vrai sujet de la phrase. Touchez une réponse, puis Correction.
Choisissez la forme qui construit correctement la phrase espagnole. Touchez une réponse, puis Correction.
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Lire une règle n'a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s'installe. Vous l'entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
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Parce que la personne qui aime n’est pas le sujet de la phrase espagnole. Le sujet est ce qui plaît, et la personne apparaît comme complément indirect : me, te, le, nos, les. Yo gusto el café n’est pas une phrase espagnole.
Dès que ce qui plaît est au pluriel : me gustan los libros. Le nombre de personnes qui aiment n’entre pas en jeu : a nosotros nos gusta el mar reste au singulier parce que la mer est unique.
Non. Me gusta se dit très bien seul, et le groupe a mí ne sert qu’à insister ou à opposer. En revanche, à la troisième personne, le nom ou le pronom tonique est souvent indispensable, car le gusta ne dit pas de qui il s’agit.
« Tu me plais », au sens de l’attirance. Pour dire d’une personne qu’on la trouve sympathique, on emploie me caes bien ; pour l’affection, te quiero. La confusion est fréquente chez les débutants et n’existe pas pour un hispanophone.
Me duele la cabeza, avec un article et jamais un possessif : le pronom me dit déjà de qui il s’agit. Au pluriel de la partie du corps, le verbe suit : me duelen los pies.
Non, le verbe contient déjà l’intensité. On dit me encanta tout court, ou bien me gusta mucho et me gusta muchísimo si l’on veut graduer.
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