Le français dit « je le vois » et « je lui parle » sans y penser ; l’espagnol impose le même tri, mais avec des formes qui ne se recouvrent pas. Et il double son complément indirect au lieu de l’économiser : a mí me dijeron, jamais a mí dijeron.
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Un pronom complément est un mot très court qui tient la place d’un nom déjà connu. L’espagnol en possède deux séries : l’une pour le complément direct, celui qui répond à « qui ? » ou « quoi ? », l’autre pour le complément indirect, celui qui répond à « à qui ? ». Le francophone connaît déjà ce tri, puisque sa langue le fait aussi ; ce qu’il doit apprendre, ce sont les formes, la place, et une opération d’échange qui n’a pas d’équivalent en français.
Ces pronoms sont dits atones : ils ne portent pas d’accent de mot et se prononcent d’un seul souffle avec le verbe, comme « je te le dis » se dit en français d’une seule coulée. Ils n’ont pas de forme longue et ne peuvent jamais rester seuls : à la question ¿A quién viste?, on ne répond pas lo, on répond a él.
En Amérique latine, chaque série compte cinq lignes et non six, puisque le pluriel de la deuxième personne est ustedes et qu’il se comporte comme une troisième personne. La forme os, qui accompagne vosotros, est absente du continent ; ce qu’elle devient et pourquoi est expliqué sur la page tú, usted et ustedes.
Trois sujets voisins ne sont pas traités ici. La construction de gustar, qui applique tout ce qui suit à un verbe très particulier, est sur la page me gusta. Le se de se levanta ou de se me cayó n’est pas un pronom complément mais un pronominal, et il relève de les valeurs de se. Enfin, le petit a qui apparaît devant un complément direct de personne — veo a María — a sa propre page, le a devant le COD.
Le tableau tient en dix cases. Aux deux premières personnes, les deux séries se confondent : me, te, nos servent aussi bien au direct qu’à l’indirect, et c’est là que le francophone n’a rien à faire. Toute la difficulté se concentre sur la troisième personne, où les deux séries divergent.
| Personne | Complément direct | Complément indirect |
|---|---|---|
| je, me | me | me |
| tu, vos, te | te | te |
| il, elle, usted | lo, la | le |
| nous | nos | nos |
| ils, elles, ustedes | los, las | les |
La série directe s’accorde en genre, la série indirecte ne s’accorde jamais : le vaut pour un homme comme pour une femme, les pour un groupe quelconque. C’est un soulagement à retenir tel quel.
À côté des atones existe une série tonique, réservée à la position derrière une préposition. Elle ressemble aux pronoms sujets, à deux exceptions près : mí, qui prend un accent écrit, et ti, qui n’en prend pas.
Trois formes se soudent à la préposition con : conmigo, contigo, consigo. Dans les pays où l’on emploie vos, on entend con vos et non contigo ; le détail de ce pronom est sur la page le voseo.
Le test est mécanique. Si le nom que le pronom remplace était introduit par a au sens de « à », c’est un indirect : le ou les. S’il n’était introduit par rien, ou seulement par le a qui annonce une personne, c’est un direct : lo, la, los, las.
Quelques verbes ne rangent pas leur complément du même côté que le français, et ce sont eux qui produisent les fautes durables. ayudar et llamar prennent un complément direct comme en français, mais pegar et pagar prennent un indirect pour la personne. Le verbe preguntar se construit avec un indirect pour la personne interrogée, et le français, qui dit « interroger quelqu’un », pousse à mettre un direct.
C’est un des points où l’Amérique est plus simple que Madrid. Pour un complément direct masculin désignant une personne, une grande partie de l’Espagne emploie le : a Juan le vi ayer. L’Amérique latine ne le fait pas. Elle conserve le partage d’origine, un partage qui se lit à l’œil nu : lo et la pour le direct, le pour l’indirect, sans exception pour les êtres humains.
Une bonne nouvelle pour l’apprenant. Le système américain est celui que les grammaires appellent étymologique, et c’est le seul des deux qui se déduise d’une règle sans liste d’exceptions. Un francophone qui a appris le vi à l’école n’a donc rien de nouveau à mémoriser : il a seulement une habitude à laisser tomber. Personne, en Amérique, ne trouvera le vi incorrect, mais personne ne le dira.
Voici le trait qui déroute le plus, parce qu’il paraît redondant. Quand le complément indirect est aussi exprimé par un nom ou par un pronom tonique, l’espagnol ne choisit pas entre les deux : il met les deux. Le pronom atone reste, même si le nom est juste à côté.
Avec un pronom tonique, le redoublement est obligatoire : a mí dijeron n’est pas une phrase espagnole. Avec un nom, il est obligatoire en pratique dans la langue courante, et l’omettre donne une phrase raide que personne ne dit. Retenez la version simple : dès qu’il y a un complément indirect quelque part dans la phrase, le pronom atone est là aussi.
Le pronom tonique n’apparaît, lui, que pour insister ou pour lever une ambiguïté. Me dijeron otra cosa suffit ; a mí me dijeron otra cosa ajoute « à moi, en tout cas ». C’est l’équivalent exact de la différence entre « on m’a dit » et « à moi, on m’a dit ».
Le complément direct, lui, ne se redouble pas de la même manière : vi a María ne devient pas la vi a María dans la langue soignée, sauf dans le Río de la Plata et quelques autres zones où ce tour est très courant à l’oral. Le a de vi a María est un autre sujet : voyez le a devant le COD.
Quand les deux compléments sont pronominalisés, ils se placent l’un derrière l’autre, dans un ordre fixe : l’indirect d’abord, le direct ensuite. Le français fait parfois l’inverse, ce qui rend l’exercice utile.
Une seule combinaison est interdite : deux pronoms commençant par l. Quand le ou les devrait précéder lo, la, los ou las, il se change en se. Ce se n’a rien de réfléchi : c’est un complément indirect déguisé.
| Forme attendue | Forme réelle | Sens |
|---|---|---|
| le lo | se lo | « le lui » |
| le la | se la | « la lui » |
| les los | se los | « les leur » |
| les las | se las | « les leur » |
Comme se ne dit ni le genre ni le nombre de la personne, la phrase est souvent ambiguë : se lo dije peut signifier « je le lui ai dit » ou « je vous l’ai dit ». L’espagnol lève le doute avec le groupe tonique, exactement comme pour le redoublement.
Le fameux se los dije. Puisque se a perdu la marque du pluriel, l’espagnol parlé la replace ailleurs : sur le complément direct. Au Mexique, en Amérique centrale et dans les Andes, ya se los dije s’entend couramment pour « je vous l’ai déjà dit à vous tous », alors que la chose dite est unique. L’écrit soigné et la norme grammaticale gardent se lo dije a ustedes. Sachez reconnaître le tour, vous l’entendrez tous les jours ; rien ne vous oblige à le produire.
La règle a deux versants, et ils sont tous les deux simples. Devant un verbe conjugué, le pronom est un mot séparé, placé avant le verbe. Avec un infinitif, un gérondif ou un ordre affirmatif, il se soude à la fin du verbe et s’écrit collé à lui.
| Forme verbale | Place | Exemple |
|---|---|---|
| verbe conjugué | avant, séparé | lo veo |
| verbe conjugué nié | avant, après no | no lo veo |
| infinitif | soudé à la fin | verlo |
| gérondif | soudé à la fin | viéndolo |
| ordre affirmatif | soudé à la fin | dímelo |
| ordre négatif | avant, séparé | no me lo digas |
Quand un verbe conjugué est suivi d’un infinitif ou d’un gérondif, les deux places sont correctes et personne ne perçoit de différence de sens. C’est une des rares libertés que la langue accorde, et les deux versions s’entendent autant l’une que l’autre.
La soudure fait parfois apparaître un accent écrit, comme dans explicárselo, dímelo ou tráenos : l’ajout des pronoms allonge le mot sans déplacer sa syllabe forte, et il faut alors la signaler. La règle qui gouverne cet accent est celle de tous les mots espagnols, décrite sur l’accent et la tilde. Les formes d’ordre elles-mêmes, affirmatives et négatives, sont fabriquées sur donner un ordre.
Oublier le pronom atone quand le nom est déjà là. A mi hermana dije la verdad est incompréhensible ; il faut a mi hermana le dije la verdad. Le francophone supprime le pronom parce que sa langue le supprimerait ; l’espagnol le garde.
Employer un pronom sujet en fonction de complément. Après une préposition, on dit para mí et sin ti, jamais para yo ni sin tú.
Inverser l’ordre des deux pronoms. L’indirect passe toujours devant : me lo dio, et non lo me dio.
Détacher le pronom d’un ordre affirmatif. Me lo da n’est pas un ordre mais une affirmation ; l’ordre est dámelo, en un seul mot.
Ces quatre réflexes ne s’installent pas en lisant un tableau : ils s’installent en entendant les mêmes petites suites cent fois. Te lo digo, se lo mandé, me la prestaron sont des blocs sonores avant d’être des analyses grammaticales, et c’est ainsi qu’il faut les apprendre.
Ces suites se pratiquent à voix haute. Le cours d’espagnol est entièrement audio, en leçons courtes : on y entend se lo, me la et dímelo dans des phrases dites par des locuteurs d’Amérique, jusqu’à ce que la combinaison vienne sans réfléchir. La première leçon est gratuite, la suite se fait par abonnement.
Complétez avec le pronom qui convient. L’indication entre parenthèses précise ce qui est remplacé. Touchez une réponse, puis Correction.
Deux pronoms, ou un pronom à placer. Choisissez la seule forme possible en espagnol. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante pages qui se répondent, avec des exercices corrigés sur chacune. La langue telle qu'on la parle du Mexique à l'Argentine : ustedes partout, le voseo, le prétérit simple, et les deux murs du francophone — ser ou estar, et le subjonctif.
Lire une règle n'a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s'installe. Vous l'entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l'une ne donne pas accès à l'autre. Dans les deux cas, les leçons s'écoutent en ligne.
En Amérique latine, lo vi. Le complément direct masculin prend toujours lo, même s’il désigne une personne. La forme le vi, répandue dans une grande partie de l’Espagne, est comprise partout mais ne s’emploie pas sur le continent.
Parce que le pronom atone est obligatoire dès qu’un complément indirect figure dans la phrase, nom ou pronom tonique. Le groupe a mí n’est là que pour insister : me dijeron suffirait, a mí dijeron est impossible.
Toujours. Deux pronoms commençant par l ne peuvent pas se suivre : le et les deviennent se devant lo, la, los, las. Ce se n’a rien de réfléchi ; le se des verbes pronominaux est traité sur les valeurs de se.
Les deux, sans nuance de sens. Devant un verbe conjugué suivi d’un infinitif ou d’un gérondif, le pronom peut rester devant le premier verbe ou se souder au second. Les deux versions s’entendent autant l’une que l’autre.
Parce que se a perdu la marque du pluriel de la personne, et que l’espagnol parlé la reporte sur le complément direct. Le tour est très courant au Mexique, en Amérique centrale et dans les Andes. La norme écrite garde se lo dije a ustedes.
Parce que les pronoms soudés allongent le mot sans déplacer sa syllabe forte, qui se retrouve trop loin de la fin pour rester implicite. L’accent ne fait que la signaler ; la règle complète figure sur l’accent et la tilde.
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