Certains verbes changent de lettre en cours de conjugaison sans changer de prononciation d’un iota. Ce ne sont pas des irréguliers : la lettre bouge précisément pour que le son, lui, ne bouge pas.
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Un francophone connaît déjà le procédé sans le savoir : il écrit « nous plaçons » avec une cédille et « nous mangeons » avec un e inutile, pour la même raison. L’espagnol fait la même chose, à plus grande échelle, et sur des verbes qu’on emploie toutes les heures.
Le mécanisme se comprend en une phrase. Plusieurs consonnes espagnoles ne se lisent pas de la même façon selon la voyelle qui les suit. Le c vaut un k devant a, o, u, et un s devant e et i. Le g vaut un g dur devant a, o, u, et le son de la jota devant e et i. Le détail de ces valeurs, avec le tréma de gü, est sur la page l’alphabet et les sons.
Or une conjugaison change de voyelle à chaque terminaison. Un verbe dont le radical finit par c ou par g risque donc de se prononcer de deux façons différentes selon la personne, ce que la langue refuse. Elle retouche alors la lettre pour garder le son : buscar devient busque, proteger devient protejo.
Le test qui sépare ces verbes des vrais irréguliers est binaire : écoutez. Si le son reste identique et que seule la lettre change, vous êtes sur cette page. Si le son change — la voyelle qui se diphtongue, celle qui se ferme, les radicaux refaits — vous êtes sur les irréguliers du présent. Les deux choses sont sans rapport, et les confondre fait apprendre des listes deux fois plus longues que nécessaire.
Vous avez déjà rencontré trois de ces formes au passé : llegué, busqué, empecé figurent dans le tableau de la page le prétérit. Cette page-ci montre le système entier, qui déborde largement le passé et qui touche six couples de lettres.
Une seule question commande tout : par quelle voyelle commence la terminaison ? Et la réponse dépend du groupe du verbe, ce qui explique pourquoi les deux groupes ne s’ajustent pas aux mêmes endroits de la conjugaison.
| Groupe | La terminaison commence par | Donc la lettre change à |
|---|---|---|
| verbes en -ar | e ou i | tout le subjonctif présent, et la première personne du prétérit |
| verbes en -er et -ir | a ou o | tout le subjonctif présent, et la première personne du présent |
Autrement dit, la retouche n’arrive jamais au hasard : elle arrive là où la voyelle de la terminaison est du mauvais côté. Partout ailleurs, la lettre de l’infinitif reste en place, et c’est la moitié du travail. Buscar garde son c dans busco, buscas, buscamos, buscaba ; proteger garde son g dans proteges, protege, protegemos.
Une conséquence mérite d’être dite tout de suite, parce qu’elle surprend : comme le subjonctif présent est touché en entier, les formes d’ordre le sont aussi, puisque plusieurs d’entre elles lui sont empruntées. C’est ce qui produit le couple le plus déroutant de la page, busca sans retouche et no busques avec. La manière dont ces formes d’ordre se fabriquent est décrite sur donner un ordre ; ici, on ne regarde que la lettre.
Quatre finales d’infinitif sont concernées. Dans les quatre cas, la terminaison commençant par e ou par i obligerait à lire la consonne autrement, donc l’espagnol l’écrit autrement.
| Finale | Devient | Au subjonctif et à l’ordre | Autres verbes |
|---|---|---|---|
| -car | -qu- | busque, busquen, no busques, busquemos | sacar, tocar, explicar, practicar |
| -gar | -gu- | pague, paguen, no pagues, paguemos | llegar, apagar, entregar, obligar |
| -zar | -c- | cruce, crucen, no cruces, crucemos | empezar, organizar, alcanzar, abrazar |
| -guar | -gü- | averigüe, averigüen, no averigües | atestiguar |
Le tréma du dernier couple n’est pas une coquetterie. Sans lui, averigue se lirait avec un g suivi de e, sans aucune trace du u qu’on entend pourtant dans averiguar. Le tréma dit : ce u se prononce. C’est le seul signe de la conjugaison espagnole qui serve uniquement à cela.
Les verbes qui diphtonguent le font quand même. Les deux mécanismes se superposent sans se gêner, parce qu’ils ne travaillent pas sur la même syllabe. Empezar change sa voyelle de radical et sa dernière consonne à la fois : empiece. Almorzar donne almuerce, colgar donne cuelgue. La diphtongaison, qui s’entend, est expliquée sur les irréguliers du présent ; la consonne, qui ne s’entend pas, est notre affaire.
Ici la contrainte se renverse. Les terminaisons dangereuses sont celles qui commencent par a ou par o, c’est-à-dire tout le subjonctif présent et la première personne du singulier du présent. Cette dernière forme est la plus utile à retenir, parce qu’on la prononce dix fois par jour.
| Finale | Devient | Présent, yo | Subjonctif et ordre |
|---|---|---|---|
| -cer | -z- | vencer → venzo | venza, venzan, no venzas |
| -ger, -gir | -j- | proteger → protejo, dirigir → dirijo | proteja, dirijan, no exijas |
| -guir | -g- | distinguir → distingo | distinga, distingan |
| -quir | -c- | delinquir → delinco | delinca |
Les deux premières lignes sont les seules vraiment rentables, parce que les verbes y sont nombreux et courants : convencer, ejercer, escoger, recoger, exigir, corregir. Le dernier couple, celui de -quir, se rencontre surtout avec delinquir : sachez que la case existe, et n’y consacrez pas une minute de plus.
Notez la symétrie avec le groupe précédent, et surtout la forme où tout se joue. Un verbe en -ger ou -gir ne s’écrit avec un j qu’aux endroits où la terminaison commence par a ou o : protejo mais proteges, dirijo mais diriges, exijo mais exigimos. Le j qui déborde sur les autres personnes est la faute la plus visible de tout le chapitre.
Deux verbes qui cumulent. Seguir et conseguir perdent bien leur u devant a et o, mais ils ferment en même temps la voyelle de leur radical, et cette fermeture-là s’entend : le résultat est sigo, siga, consigo. Ne prenez donc pas ces formes comme modèle du couple gu et g : pour la contrainte pure, tenez-vous à distinguir et extinguir. Les fermetures de voyelle sont sur les irréguliers du présent.
C’est le point où l’on se trompe même après avoir compris le reste, parce qu’il oppose deux formes voisines de la même phrase. L’ordre affirmatif adressé à une seule personne qu’on tutoie se termine par la voyelle du groupe : a pour les verbes en -ar, donc pas de retouche. Toutes les autres formes d’ordre passent par le subjonctif, et la retouche y est obligatoire.
| Verbe | Ordre affirmatif à une personne tutoyée | Ordre négatif | Ordre à usted et ustedes |
|---|---|---|---|
| buscar | busca | no busques | busque, busquen |
| llegar | llega | no llegues | llegue, lleguen |
| empezar | empieza | no empieces | empiece, empiecen |
| proteger | protege | no protejas | proteja, protejan |
Une remarque de dossier, valable pour tout ce tableau : le pluriel de la deuxième personne est ustedes dans toute l’Amérique latine, et l’ordre qui lui correspond est busquen, lleguen, protejan, familier ou non. Les conséquences de ce pluriel unique sur l’ensemble de la conjugaison sont exposées sur tú, usted et ustedes.
Changement de famille. Ici ce n’est plus une consonne qui s’ajuste mais un i de terminaison qui se transforme, et la raison est de même nature : un i sans accent coincé entre deux voyelles ne tient pas sa place. L’espagnol l’écrit y, et le lit comme une consonne.
Le phénomène frappe les verbes en -er et en -ir dont le radical se termine par une voyelle, et il les frappe partout où la terminaison apporte un i atone.
| Verbe | Prétérit, troisième personne | Imparfait du subjonctif |
|---|---|---|
| leer | leyó, leyeron | leyera, leyéramos |
| creer | creyó, creyeron | creyera |
| oír | oyó, oyeron | oyera |
| caer | cayó, cayeron | cayera |
| huir | huyó, huyeron | huyera |
| construir | construyó, construyeron | construyera |
La même contrainte produit leyendo, oyendo, cayendo : le gérondif de ces verbes est déjà donné, avec les périphrases qui l’emploient, sur les périphrases verbales, et il n’est pas repris ici. Retenez seulement que c’est le même i, dans la même position, pour la même raison.
Le i ne se transforme que s’il est atone. Là où la voix tombe sur lui, il reste un i et porte une tilde : leí, oí, caímos, leíste. Les deux faits vont de pair, et la règle qui gouverne cet accent est celle de l’accent et la tilde.
Dernière famille, et elle fonctionne à l’envers de la précédente : au lieu de se transformer, le i de la terminaison s’efface. Cela se produit après trois lettres qui contiennent déjà le son que ce i apporterait, si bien qu’il n’aurait rien à faire là.
| Radical terminé par | Prétérit | Imparfait du subjonctif |
|---|---|---|
| ll — bullir | bulló, bulleron | bullera |
| ñ — gruñir | gruñó, gruñeron | gruñera |
| j — decir | dijeron | dijera, dijeran |
| j — traer | trajeron | trajera |
| j — conducir | condujeron | condujera |
Les trois derniers verbes appartiennent au groupe des prétérits forts, dont les radicaux et les terminaisons sont donnés sur le prétérit. Ce qu’il faut voir ici, c’est que la chute du i ne s’arrête pas au passé : elle suit le radical partout où il apparaît, et notamment dans tout l’imparfait du subjonctif, qui se construit précisément sur lui. On écrit donc dijera et non une forme à deux i, trajeran et non autre chose, et la même chose vaut pour toute la famille des verbes en -ducir : tradujera, produjeran.
Comment fabriquer un imparfait du subjonctif, avec ses deux séries et la préférence américaine pour l’une des deux, est expliqué sur fabriquer le subjonctif. Cette page ne s’occupe que de la lettre au bout de la chaîne.
Écrire la lettre de l’infinitif là où la terminaison la refuse. Empezé, llegé, protego, dirigo sont les quatre formes fantômes les plus fréquentes. Elles viennent du français, qui garde la lettre et ajoute un signe ; l’espagnol, lui, remplace la lettre.
Étendre la retouche aux personnes qui ne la demandent pas. C’est la faute symétrique, et elle est encore plus visible : protejemos, busquamos, venzemos n’existent pas. Il faut protegemos, buscamos, vencemos. Reposez-vous la question de la voyelle : si la terminaison commence par e et que le verbe est en -er, il n’y a rien à faire.
Oublier le tréma. Averigue sans tréma est un autre mot, qui se lirait sans le son u qu’on entend pourtant. Chaque fois qu’un verbe en -guar rencontre un e, le tréma est obligatoire : averigüe, averigüen.
Croire que la faute s’entend. Elle ne s’entend pas, et c’est tout le problème : empecé et empezar commencent leur dernière syllabe par le même son, parce que c devant e et z se prononcent de la même façon dans toute l’Amérique latine — voyez le seseo et le yeísmo. Un hispanophone d’Amérique qui écrit vite fait d’ailleurs la même faute que vous. La seule parade est visuelle : apprenez le couple de lettres, pas la forme isolée.
Une dernière consolation, et elle est réelle. Ces verbes ne sont pas des irréguliers : leur conjugaison est parfaitement prévisible, et une fois les six couples de lettres en tête, vous n’avez plus une seule forme à mémoriser. Vous avez une question à vous poser, toujours la même, et elle porte sur la voyelle qui suit.
Ce qui ne s’entend pas doit s’entendre en contexte. Le cours d’espagnol est entièrement audio, en leçons courtes : on y entend busque, no busques, protejo et leyó dans des phrases dites par des locuteurs d’Amérique, jusqu’à ce que la forme vienne d’un bloc et que l’orthographe suive. La première leçon est gratuite, la suite se fait par abonnement.
Choisissez la seule orthographe possible ; l’indication entre parenthèses donne la personne attendue. Touchez une réponse, puis Correction.
Regardez la lettre qui précède la terminaison, puis choisissez la forme qui existe. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante pages qui se répondent, avec des exercices corrigés sur chacune. La langue telle qu’on la parle du Mexique à l’Argentine : ustedes partout, le voseo, le prétérit simple, et les deux murs du francophone — ser ou estar, et le subjonctif.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Non, et c’est la bonne nouvelle. Leur prononciation suit exactement le modèle régulier ; seule la lettre s’ajuste pour que le son ne change pas. Un vrai irrégulier, lui, change de son : la diphtongaison et les radicaux refaits sont sur les irréguliers du présent.
Parce que l’ordre affirmatif adressé à une personne tutoyée se termine par a, voyelle devant laquelle le c se lit déjà comme il faut, alors que l’ordre négatif emprunte sa forme au subjonctif, dont la terminaison commence par e. La question est toujours la même : quelle voyelle suit ?
Protejo. La terminaison de la première personne commence par o, et un g devant o se lirait dur. Mais les autres personnes gardent le g : proteges, protege, protegemos.
À dire que le u se prononce. Sans lui, averigue se lirait sans ce son, alors qu’on l’entend clairement dans averiguar. Le tréma est donc obligatoire chaque fois qu’un verbe en -guar rencontre un e.
Parce qu’un i sans accent coincé entre deux voyelles s’écrit y et se lit comme une consonne. La même transformation donne oyó, cayeron, huyó et, à l’imparfait du subjonctif, leyera.
Parce qu’un radical terminé par j absorbe le i de la terminaison, comme le font aussi ll et ñ : bulló, gruñó. La chute vaut partout où ce radical apparaît, donc au prétérit comme à l’imparfait du subjonctif.
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