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Cours de langues›Le subjonctif après que

Après « que » : c’est le verbe principal qui décide

Un francophone hésite parce qu’il cherche une nuance de sens ; l’espagnol, lui, ne demande rien d’autre que d’identifier le premier verbe. Le mode de la subordonnée est décidé par le verbe qui précède le que, et par le fait qu’il y ait un ou deux sujets.

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Deux verbes reliés par un que

La construction dont il s’agit ici est la plus fréquente de la langue : un premier verbe, le mot que, un second verbe qui en dépend. Creo que viene, quiero que venga. La forme du second n’est pas libre, et elle ne dépend pas de ce que vous voulez dire : elle dépend du premier verbe, et lui seul.

Le français connaît ce mécanisme, et c’est ce qui rend l’espagnol trompeur. Les deux langues ne classent pas les mêmes verbes du même côté. « J’espère que tu viendras » se dit à l’indicatif en français et au subjonctif en espagnol. « Je te demande de venir » emploie un infinitif en français et exige que suivi d’un subjonctif en espagnol. Autrement dit, le réflexe du francophone se trompe assez souvent pour qu’il vaille la peine de remplacer l’intuition par une liste.

Quatre familles de verbes principaux appellent le subjonctif : ceux qui expriment une volonté ou une influence sur autrui, ceux qui expriment une émotion, ceux qui portent un jugement impersonnel, et ceux qui marquent le doute ou refusent une opinion. Tout le reste — constater, savoir, voir, entendre, affirmer — reste à l’indicatif.

Cette page ne fabrique aucune forme. Elle suppose que vous savez déjà produire venga, vinieras et haya venido, ce qui est le sujet entier de fabriquer le subjonctif. Elle ne traite pas non plus les subordonnées introduites par une conjonction circonstancielle, qui relèvent de le subjonctif après une conjonction, ni l’hypothèse, décrite sur les phrases avec si, ni le choix du mode dans une relative, qui appartient à les relatives et dont.

La règle qui décide : un sujet ou deux

Avant même de se demander quel mode employer, il faut se demander s’il y a lieu d’employer que. C’est le test le plus rentable de toute la question, et il est purement mécanique : un seul sujet pour les deux verbes, l’espagnol met un infinitif et supprime le que ; deux sujets différents, il met que et le mode que commande le premier verbe.

La faute que produit le français est toujours la même : quiero que salir n’existe pas, et quiero que yo salga non plus. Quand le sujet ne change pas, l’espagnol ne laisse pas le choix — il n’y a rien à subordonner, donc pas de que.

Un cas mérite d’être signalé tout de suite, parce qu’il va dans l’autre sens. Les verbes qui demandent, ordonnent, autorisent ou interdisent quelque chose à quelqu’un se construisent en français avec « de » et un infinitif : « je te demande de venir », « il m’a interdit de fumer ». L’espagnol, lui, met normalement que et un subjonctif, parce que les deux sujets sont bien différents.

Cinq verbes acceptent quand même l’infinitif. dejar, hacer, permitir, prohibir et mandar admettent les deux constructions : no me deja salir ou no deja que salga, nos prohibieron fumar ou nos prohibieron que fumáramos. Les deux sont corrects, et l’infinitif est plus léger à l’oral. Mais l’inverse n’est pas vrai : avec querer, pedir, esperar ou exigir, l’infinitif à deux sujets est impossible.

La volonté et l’influence sur autrui

C’est la famille la plus large et la plus facile à reconnaître : dès que le premier verbe cherche à obtenir quelque chose de quelqu’un, le second passe au subjonctif. Peu importe que la volonté soit polie ou brutale, un souhait ou un ordre, satisfaite ou non. Le fait exprimé n’est pas présenté comme réel, il est présenté comme voulu.

Y entrent querer, desear, preferir, esperar, necesitar, pedir, rogar, exigir, ordenar, permitir, prohibir, impedir, aconsejar, recomendar, sugerir. La liste n’est pas à apprendre par cœur : elle se reconnaît au sens.

Un verbe de cette famille demande une mention particulière, parce qu’il piège tous les francophones : esperar. Il signifie à la fois « espérer » et « attendre », et dans les deux cas il appelle le subjonctif, là où le français met tranquillement un futur de l’indicatif. « J’espère qu’il viendra » ne se dit pas espero que vendrá mais espero que venga.

Quand le verbe principal est au passé, le subjonctif passe à l’imparfait : quería que vinieras, me pidió que lo llamara. En Amérique latine, cet imparfait se dit dans la série en -ra et non en -se ; l’appariement complet des temps est décrit sur fabriquer le subjonctif.

L’émotion et le jugement

Deuxième famille : le premier verbe ne cherche rien à obtenir, il réagit. Joie, regret, surprise, agacement, crainte — dès qu’un sentiment est exprimé à propos d’un fait, ce fait passe au subjonctif, même s’il est parfaitement réel. C’est le point qui déconcerte le plus : dans me alegra que estés aquí, vous êtes bel et bien là. Le subjonctif ne dit pas que le fait est douteux ; il dit que la phrase ne sert pas à l’affirmer, mais à le commenter.

  • Me alegra que hayas llegado bien. — « Je suis content que tu sois bien arrivé. »
  • Me da gusto que nos visiten. — « Ça me fait plaisir que vous nous rendiez visite. »
  • Me molesta que lleguen tarde. — « Ça m’agace qu’ils arrivent en retard. »
  • Nos sorprende que nadie lo sepa. — « Nous sommes surpris que personne ne le sache. »
  • Temo que ya sea tarde. — « Je crains qu’il ne soit déjà trop tard. »
  • Qué lástima que no puedan venir. — « Quel dommage que vous ne puissiez pas venir. »

Le jugement impersonnel

La même logique gouverne les tournures en es suivies d’un adjectif ou d’un nom : elles évaluent un fait au lieu de l’affirmer, donc elles appellent le subjonctif. Es importante que, es necesario que, es mejor que, es lógico que, es raro que, está bien que, hace falta que, es una pena que.

  • Es mejor que lo hablemos mañana. — « Il vaut mieux qu’on en parle demain. »
  • Es lógico que tengan dudas. — « Il est normal qu’ils aient des doutes. »
  • Hace falta que alguien lo explique. — « Il faut que quelqu’un l’explique. »
  • Es raro que no haya contestado. — « C’est étrange qu’il n’ait pas répondu. »

La frontière de cette famille est nette, et elle passe entre évaluer et constater. Les tournures qui affirment que quelque chose est vrai — es verdad que, es cierto que, es evidente que, está claro que, es seguro que — ne jugent pas : elles posent un fait, et elles gardent donc l’indicatif.

  • Es verdad que el examen es difícil. — « C’est vrai que l’examen est difficile. »
  • Está claro que no quiere hablar. — « Il est clair qu’il ne veut pas parler. »
  • No es cierto que él sea médico. — « Il n’est pas vrai qu’il soit médecin. »

Le troisième exemple montre le mécanisme dans son ensemble : il suffit de nier l’affirmation pour que le subjonctif revienne. Ce basculement se retrouve dans la famille suivante, où il est la règle principale.

Le doute, et la négation d’une opinion

Troisième famille, la plus intéressante, parce qu’elle est asymétrique. Les verbes d’opinion employés affirmativement gardent l’indicatif : creo que tiene razón, pienso que va a llover, me parece que están cansados. Niés, les mêmes verbes passent au subjonctif, parce qu’ils cessent de poser le fait.

Le basculement des verbes d’opinion
Affirmatif, indicatifNégatif, subjonctif
Creo que tiene razón.No creo que tenga razón.
Pienso que vale la pena.No pienso que valga la pena.
Me parece que está enferma.No me parece que esté enferma.
Estoy seguro de que viene.No estoy seguro de que venga.

Les verbes et tournures qui expriment directement le doute n’ont pas besoin d’être niés : dudar, es posible, es probable, puede appellent le subjonctif dès qu’ils sont employés.

Les adverbes de doute, et celui qui ne compte pas

Deux adverbes courants, quizá — également écrit quizás — et tal vez, admettent les deux modes, et la différence est une affaire de degré. Le subjonctif marque un doute réel ; l’indicatif indique que le locuteur penche pour l’hypothèse qu’il énonce. Les deux se disent, et aucune des deux n’est une faute.

Deux pièges parmi les adverbes. a lo mejor, très employé en Amérique, signifie exactement « peut-être » et se construit pourtant toujours avec l’indicatif : a lo mejor viene mañana, et jamais a lo mejor venga. À l’inverse, ojalá — le mot qui exprime le souhait — n’admet jamais l’indicatif : ojalá no llueva. Avec un imparfait du subjonctif, ojalá tuviera más tiempo, le souhait est présenté comme peu réalisable.

La série négative espagnole — nada, nadie, nunca — et la règle de double négation ne sont pas décrites ici : elles figurent sur la négation, qui renvoie à cette page pour le mode après no creo que.

Ce qui reste à l’indicatif

Il est plus rapide de retenir l’autre moitié du partage. Tout verbe qui présente le fait comme établi — parce qu’on le sait, qu’on l’a vu, qu’on l’a entendu, qu’on l’affirme ou qu’on le rapporte — laisse la subordonnée à l’indicatif. C’est le cas de saber, ver, oír, notar, recordar, darse cuenta de, creer, parecer et decir employé comme verbe d’information.

Le cas de decir, et celui de sentir

Deux verbes changent de camp selon ce qu’ils font, et l’espagnol le marque par le mode seul. C’est la démonstration la plus claire de tout ce qui précède : la phrase est identique à une seule forme verbale près, et c’est le mode de cette forme qui porte tout le sens.

Le même verbe, deux lectures
Indicatif : on informe ou on perçoitSubjonctif : on ordonne ou on regrette
Me dijo que viene mañana.
« Il m’a dit qu’il venait demain. »
Me dijo que viniera mañana.
« Il m’a dit de venir demain. »
Siento que algo pasa.
« Je sens qu’il se passe quelque chose. »
Siento que no puedan venir.
« Je regrette que vous ne puissiez pas venir. »

Un usage américain à connaître. Les exclamations du type ¡qué bueno que…! se construisent très couramment avec l’indicatif en Amérique latine — ¡qué bueno que llegaste!, « quelle bonne chose que tu sois arrivé » —, là où la norme scolaire attendrait un subjonctif. Vous l’entendrez tous les jours au Mexique, en Colombie ou au Pérou. Le subjonctif reste correct et n’étonnera personne.

Ce partage ne s’apprend pas en le lisant, parce qu’il se joue sur des verbes très fréquents qu’on n’a pas le temps d’analyser en parlant. Il s’installe par l’oreille : on finit par trouver que espero que vendrá sonne faux, comme un francophone entend immédiatement qu’« il faut que je peux » sonne faux, sans penser à une règle. C’est le principe de notre cours d’espagnol, entièrement audio, en leçons courtes : les tournures y reviennent dans des phrases entières dites par des locuteurs d’Amérique, jusqu’à ce que le mode se choisisse tout seul. La première leçon est gratuite, la suite est comprise dans l’abonnement.

Première série : indicatif ou subjonctif ?

Regardez le premier verbe avant de choisir : c’est lui qui décide, et rien d’autre. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. Quiero que ___ conmigo.
  2. Creo que ella ___ razón.
  3. No creo que ella ___ razón.
  4. Es importante que ustedes ___ temprano.
  5. Es verdad que el examen ___ difícil.
  6. Dudo que el bus ___ a tiempo.
  7. Sé que mi hermana ___ en Lima.
  8. Te pido que no ___ tarde.
  9. Puede que él ___ razón.
  10. A lo mejor ___ mañana.
  11. Me parece que ustedes ___ cansados.
  12. No es cierto que él ___ médico.
  13. Ojalá no ___ mañana.
  14. El médico me recomendó que ___ todos los días.
  15. Mi mamá no permite que ___ de noche.
  16. Es lógico que ustedes ___ dudas.
  17. Temo que ya ___ tarde.
  18. Es evidente que ella ___ cansada.

Seconde série : infinitif, ou que suivi du subjonctif ?

Comptez les sujets avant de choisir, et lisez l’indication entre parenthèses : elle dit qui fait quoi. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. Espero ___ temprano. (c’est moi qui arrive)
  2. Espero que ustedes ___ temprano.
  3. Me alegra ___. (je suis content de te voir)
  4. Me alegra que ___ aquí. (que tu sois là)
  5. Es necesario ___ más. (en général, pour tout le monde)
  6. Es necesario que tú ___ más.
  7. Me dijo que ___ mañana. (il annonce qu’il vient)
  8. Me dijo que ___ mañana. (il me demande de venir)
  9. Siento que ustedes no ___ venir. (je le regrette)
  10. Siento que algo ___. (je le perçois)
  11. Prefiero que ustedes ___ conmigo.
  12. No estoy seguro de que él ___ la respuesta.
  13. ¿Crees que ___ posible?
  14. Necesito que alguien me ___.

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Questions fréquentes

Comment savoir s’il faut le subjonctif après que ?

En regardant le premier verbe, jamais le second. Volonté, influence, émotion, jugement, doute, opinion niée : subjonctif. Savoir, voir, entendre, constater, affirmer, opinion affirmée : indicatif. Le sens de la subordonnée n’entre pas en jeu.

Pourquoi creo que est-il à l’indicatif et no creo que au subjonctif ?

Parce que creo que tiene razón pose le fait comme vrai, alors que no creo que tenga razón le retire. Le subjonctif signale que la phrase ne sert pas à affirmer. Le même basculement joue sur es verdad que et no es verdad que.

Peut-on dire espero que vendrá ?

Non. Esperar appelle toujours le subjonctif : espero que venga. C’est l’une des divergences les plus coûteuses avec le français, qui met tranquillement un futur de l’indicatif après « j’espère que ».

Quand met-on l’infinitif au lieu de que ?

Quand les deux verbes ont le même sujet. Quiero salir, « je veux partir » ; quiero que salgas, « je veux que tu partes ». Quiero que yo salga est impossible. Cinq verbes, dont dejar et permitir, acceptent l’infinitif même à deux sujets.

Quizá demande-t-il le subjonctif ?

Les deux sont corrects, et la différence est un degré de certitude : quizá venga marque un vrai doute, quizá viene indique qu’on penche pour l’hypothèse. Attention à a lo mejor, de même sens, qui se construit toujours avec l’indicatif.

Me dijo que viene ou me dijo que viniera ?

Les deux, et ils ne veulent pas dire la même chose. Me dijo que viene mañana rapporte une information, « il m’a dit qu’il venait demain ». Me dijo que viniera mañana rapporte un ordre, « il m’a dit de venir demain ». Seul le mode fait la différence.

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