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L’article espagnol : le mettre, l’omettre, et le neutre lo

L’espagnol place un article là où le français s’en passe, et s’en passe là où le français en met un. Il possède en plus un article que le français n’a pas : le neutre lo.

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Huit formes et deux contractions

Les formes de l’article s’apprennent en une minute. Ce qui demande du travail, c’est de savoir quand l’employer : c’est là que le français et l’espagnol cessent de se ressembler.

Les articles définis et indéfinis
Masculin singulierFéminin singulierMasculin plurielFéminin pluriel
Définiellaloslas
Indéfiniununaunosunas

L’article se place devant le nom et s’accorde avec lui. Il n’y a pas d’article partitif : le français « du pain », « de l’eau », « des amis » se rend sans rien du tout, ou par unos quand on veut dire « quelques ».

Al et del sont obligatoires

Deux prépositions fusionnent avec el, et cette fusion n’est pas une facilité familière : c’est la seule forme écrite correcte. a + el donne al, de + el donne del. Aucune autre combinaison ne se contracte : a la, de la, a los, de las restent en deux mots.

Deux réserves. La contraction ne se produit pas avec le pronom él : on écrit hablé de él, « j’ai parlé de lui ». Elle ne se produit pas non plus quand El appartient à un nom propre et s’écrit avec une majuscule : Viajamos a El Salvador, las playas de El Salvador.

Un dernier point de forme, qui appartient au genre du nom et non à l’article : devant un nom féminin commençant par un a tonique, l’article prend la forme el ou un, comme dans el agua. Le nom reste féminin, et la règle complète figure sur la page le genre et le pluriel.

Là où l’espagnol met un article et le français s’en passe

Voici la moitié la plus rentable de cette page. Dans sept situations très fréquentes, l’espagnol exige un article défini que le français laisse tomber, et l’oubli s’entend immédiatement.

Les jours de la semaine

Le nom du jour ne se dit presque jamais nu. Au singulier, il désigne un jour précis ; au pluriel, il désigne l’habitude. Les noms de jours ne prennent pas de majuscule, et ils sont invariables au pluriel.

Une seule exception, nette : après ser, pour dire quel jour on est, l’article disparaît. Hoy es martes, « aujourd’hui on est mardi », sans article ; mais la reunión es el martes, « la réunion est mardi », avec article.

L’heure

L’heure se dit avec las, ou la pour une heure seule, et l’article est obligatoire dans les deux cas.

Les pourcentages

Un pourcentage ne se laisse jamais nu : il faut el quand on désigne une part précise, un quand on donne un ordre de grandeur ou une variation.

Les parties du corps et les vêtements

Là où le français emploie un possessif, l’espagnol emploie l’article défini : le possesseur est déjà connu par le verbe, et le répéter sonne lourd. Le système des possessifs lui-même est décrit ailleurs ; ici, il s’agit de ne pas les employer.

Les titres et les fonctions

Quand on parle de quelqu’un, le titre prend l’article ; quand on parle à cette personne, l’article tombe. La différence est constante et facile à retenir.

Deux titres échappent à la règle : don et doña, très employés en Amérique, ne prennent jamais d’article — don Pedro, doña Elena. Signalons aussi un usage familier, courant au Chili et dans plusieurs régions andines et rurales : l’article devant un prénom, la María, el Juan. C’est une marque de familiarité, et la langue écrite ne la retient pas.

Le nom pris en général

Un nom qui désigne une catégorie entière, une matière ou une notion abstraite porte l’article défini. Le français fait souvent de même, mais il hésite, et l’espagnol non.

Avec gustar, l’article n’est pas négociable. On dit me gusta el fútbol et me gustan los libros : l’article fait partie du sujet de la phrase, et le supprimer rend l’énoncé impossible. La construction elle-même, avec son sujet placé après le verbe, est expliquée sur la page me gusta.

Les noms de pays et de lieux

La majorité des noms de pays se passent d’article : Voy a México, Vivo en Colombia, Conozco Chile. Quelques-uns le gardent par tradition, avec une hésitation admise dans l’usage : el Perú, la Argentina, el Ecuador. Les noms au pluriel l’exigent : los Estados Unidos. Les fleuves, les mers et les chaînes de montagnes le portent toujours : el Amazonas, el Pacífico, los Andes.

Là où l’espagnol n’en met pas

Le mouvement inverse existe aussi, et il produit des fautes tout aussi audibles. Dans ces cas, ajouter un article est une faute, même quand le français en réclame un.

Après ser, devant un métier ou une appartenance

Dire ce que quelqu’un est, c’est le classer, et le classement se fait sans article.

L’article revient dès qu’on ne classe plus mais qu’on qualifie, c’est-à-dire dès qu’un adjectif ou un complément s’ajoute : Mi hermana es una arquitecta muy conocida, « ma sœur est une architecte très connue ». Le repère est simple : nom seul, pas d’article ; nom accompagné, article indéfini.

Après tener, dans les tournures de sensation

Une série de tournures très fréquentes construit tener avec un nom nu, exactement comme le français « avoir faim ».

Devant le nom d’une langue après certains verbes

Après hablar, estudiar, aprender et après la préposition en, le nom de la langue se passe d’article. Ailleurs, il le reprend.

Devant otro, medio, cien, mil

Ces mots ne supportent pas l’article indéfini, et c’est une faute classique du francophone, qui traduit mot à mot « un autre » et « une demi-heure ».

Le fonctionnement de otro comme déterminant, avec les autres indéfinis, relève d’une page voisine ; ce qui compte ici est l’interdiction : otro ne se fait jamais précéder de un.

Dans les exclamations et après certaines prépositions

Un, una, unos, unas

L’indéfini singulier ne pose guère de difficulté : il correspond au français « un », « une ». Le pluriel, lui, mérite une explication, parce que le français n’a pas d’équivalent direct.

L’espagnol peut très bien laisser un nom pluriel sans article. Dans ce cas, il ne dit rien de la quantité : il nomme une catégorie. Avec unos ou unas, il ajoute une idée de petit nombre, ou d’approximation.

Autrement dit, unos n’est pas le pluriel obligatoire de un comme « des » l’est de « un » en français : c’est un choix, et il veut dire quelque chose. Un francophone a tendance à le placer partout ; l’enlever rend souvent la phrase plus naturelle.

Le neutre lo, l’article que le français n’a pas

À côté de el et de la, l’espagnol dispose d’une forme qui ne se met jamais devant un nom : lo. Elle sert à fabriquer de l’abstrait à partir d’un adjectif, d’une proposition ou d’un complément. Le français, qui n’a pas cet outil, s’en sort avec « ce qui est », « l’affaire de », « à quel point ». C’est la raison pour laquelle lo paraît longtemps mystérieux : il n’a pas de traduction unique, il a un rôle.

Lo + adjectif : l’abstraction

L’adjectif reste au masculin singulier, et l’ensemble désigne non pas une chose mais une qualité, prise comme un tout.

  • Lo importante es practicar todos los días. — « L’important, c’est de pratiquer tous les jours. »
  • Lo difícil no es el vocabulario. — « Le difficile, ce n’est pas le vocabulaire. »
  • Lo mejor del viaje fue la comida. — « Le meilleur du voyage, ce fut la nourriture. »
  • Lo peor ya pasó. — « Le pire est passé. »
  • Lo único que quiero es dormir. — « La seule chose que je veux, c’est dormir. »

Retenez l’interdit : lo ne se met jamais devant un nom. Il n’existe aucune forme du type lo libro. Si le mot qui suit est un nom, l’article est el ou la ; si c’est un adjectif employé sans nom, c’est lo.

Lo que : « ce que », « ce qui »

Suivi d’un verbe conjugué, lo forme un ensemble qui résume une proposition entière.

  • No entendí lo que me dijiste. — « Je n’ai pas compris ce que tu m’as dit. »
  • Lo que me gusta es caminar de noche. — « Ce que j’aime, c’est marcher la nuit. »
  • Haz lo que quieras. — « Fais ce que tu veux. »
  • Todo lo que dijo era cierto. — « Tout ce qu’il a dit était vrai. »

Le choix entre les différents mots qui introduisent une relative — que, quien, el que, cuyo — est une autre question, traitée sur la page les relatives et dont. Ce qui appartient à lo, c’est la valeur neutre : « la chose que ».

Lo de : « l’affaire de »

Suivi de de, le neutre désigne un fait connu des deux interlocuteurs, sans avoir à le nommer. C’est extrêmement fréquent à l’oral, et parfaitement intraduisible mot à mot.

  • ¿Ya te contaron lo de ayer? — « On t’a raconté ce qui s’est passé hier ? »
  • Lo de tu hermano me preocupa. — « L’histoire de ton frère m’inquiète. »
  • Olvidemos lo del examen. — « Oublions cette affaire d’examen. »

Lo + adjectif ou adverbe + que : le degré

Cette tournure dit « à quel point », et elle n’a pas d’équivalent commode en français. Attention à un détail qui trahit les débutants : l’adjectif s’accorde avec ce dont on parle, alors que lo reste invariable.

  • No sabes lo bien que canta mi prima. — « Tu n’imagines pas à quel point ma cousine chante bien. »
  • Mira lo rápido que aprende. — « Regarde à quelle vitesse il apprend. »
  • No sabes lo caras que son esas frutas. — « Tu ne sais pas à quel point ces fruits sont chers. »
  • Me sorprendió lo tranquilos que estaban. — « J’ai été surpris de voir à quel point ils étaient calmes. »

Lo qui reprend un attribut

Pour répondre en reprenant ce qui vient d’être dit, l’espagnol reprend l’attribut par lo, invariable, quels que soient le genre et le nombre. Le français, lui, ne reprend rien du tout.

  • —¿Eres profesora? —Sí, lo soy. — « Vous êtes professeure ? — Oui. »
  • —¿Están cansados? —Sí, lo estamos. — « Vous êtes fatigués ? — Oui, nous le sommes. »
  • Parece fácil, y lo es. — « Cela paraît facile, et ça l’est. »

Les tournures figées

Quelques expressions courantes reposent sur ce même lo, et s’apprennent telles quelles.

  • por lo menos — « au moins »
  • por lo general — « en général »
  • lo antes posible — « le plus tôt possible »
  • a lo mejor viene mañana — « il viendra peut-être demain »

La dernière est très employée dans la conversation de tous les jours sur tout le continent, et elle n’exprime aucune supériorité : a lo mejor veut simplement dire « peut-être ».

Les deux lo qu’il ne faut pas confondre

Il existe un autre lo en espagnol, qui ressemble à celui-ci comme deux gouttes d’eau et n’a rien à voir avec lui : le pronom complément d’objet direct, celui de lo vi ayer, « je l’ai vu hier ». Le test est simple et ne trompe jamais.

Deux lo, deux rôles
ExempleCe que lo faitCe qui suit
Lo importante es esto.article neutreun adjectif
Lo que dijiste es cierto.article neutreque et un verbe
Lo vi ayer.pronom complémentun verbe seul
Ya lo compré.pronom complémentun verbe seul

Autrement dit, si lo est collé à un verbe et remplace un nom déjà mentionné, ce n’est pas un article : c’est un pronom, et sa mécanique complète — les formes, la place, le redoublement — se trouve sur la page les pronoms compléments.

Reste un conseil d’ordre général, valable pour toute cette page. Les emplois de l’article ne s’apprennent pas comme une liste de règles à réciter : ils s’installent parce qu’on a entendu cent fois a las ocho, los martes, me lavo las manos, et que la forme sans article finit par sonner faux à votre propre oreille. C’est un apprentissage de fréquence, et c’est une bonne nouvelle : il ne demande aucune mémoire.

L’article s’attrape à l’oreille. C’est exactement ce que travaille notre cours d’espagnol, en leçons audio courtes où les mêmes tournures reviennent jusqu’à devenir automatiques. La première leçon est gratuite, la suite est comprise dans l’abonnement.

Première série : article ou pas d’article ?

Complétez, ou choisissez de ne rien mettre. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. Nos vemos ___ martes en la tarde.
  2. Son ___ tres de la tarde.
  3. Mi hermana es ___ arquitecta.
  4. Mi hermana es ___ arquitecta muy conocida.
  5. Vamos ___ mercado los sábados.
  6. Es la casa ___ vecino.
  7. Me lavo ___ manos antes de comer.
  8. ___ doctora Ruiz atiende hoy en la clínica.
  9. Buenos días, ___ señora Ruiz.
  10. ___ cincuenta por ciento del grupo llegó tarde.
  11. En casa hablamos ___ español.
  12. ___ español se parece mucho al francés.
  13. No quiero este, quiero ___ otro.
  14. Los niños tienen ___ sueño.
  15. Me gusta ___ café sin azúcar.

Seconde série : le neutre lo

Une seule forme est possible dans chaque phrase. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. ___ importante es practicar todos los días.
  2. No entendí ___ que me dijiste.
  3. ¿Ya te contaron ___ de ayer?
  4. No sabes ___ bien que canta mi prima.
  5. ¿Eres profesora? Sí, ___ soy.
  6. ___ mejor del viaje fue la comida.
  7. No sabes ___ caras que son esas frutas.
  8. Haz ___ que quieras.
  9. ___ difícil no es el vocabulario, es la pronunciación.
  10. Llegamos ___ antes posible.
  11. ¿Están cansados? Sí, ___ estamos.
  12. ___ de tu hermano me preocupa mucho.

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Questions fréquentes

Pourquoi l’espagnol met-il un article devant les jours et les heures ?

Parce qu’il traite le jour et l’heure comme des repères désignés, et non comme des noms nus. On dit nos vemos el martes, « on se voit mardi », et a las ocho, « à huit heures ». Seule exception : hoy es martes, pour dire quel jour on est.

Faut-il écrire a el ou al ?

Toujours al, et toujours del : la contraction est obligatoire, même à l’écrit le plus soigné. Elle ne se fait pas avec le pronom él, d’où hablé de él, ni quand El fait partie d’un nom propre, d’où viajamos a El Salvador.

Dit-on soy un estudiante ou soy estudiante ?

Soy estudiante, sans article : après ser, un nom de métier, de nationalité ou de religion employé seul reste nu. L’article revient si un adjectif s’ajoute : es un estudiante brillante.

Qu’est-ce que le neutre lo exactement ?

Un article qui ne se met jamais devant un nom. Il transforme un adjectif, une proposition ou un complément en notion abstraite : lo importante, « l’important », lo que dijiste, « ce que tu as dit », lo de ayer, « l’affaire d’hier ». Une forme comme lo libro n’existe pas.

Comment savoir si lo est un article ou un pronom ?

Regardez ce qui suit. Devant un adjectif ou devant que et de, c’est l’article neutre. Collé à un verbe et remplaçant un nom déjà mentionné, comme dans lo vi ayer, c’est le pronom complément, décrit sur la page les pronoms compléments.

Peut-on dire un otro café ?

Non, jamais. Otro refuse l’article indéfini : on dit ¿quieres otro café?. Même règle pour medio, cien et mil : media hora, mil personas.

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