L’espagnol place un article là où le français s’en passe, et s’en passe là où le français en met un. Il possède en plus un article que le français n’a pas : le neutre lo.
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Les formes de l’article s’apprennent en une minute. Ce qui demande du travail, c’est de savoir quand l’employer : c’est là que le français et l’espagnol cessent de se ressembler.
| Masculin singulier | Féminin singulier | Masculin pluriel | Féminin pluriel | |
|---|---|---|---|---|
| Défini | el | la | los | las |
| Indéfini | un | una | unos | unas |
L’article se place devant le nom et s’accorde avec lui. Il n’y a pas d’article partitif : le français « du pain », « de l’eau », « des amis » se rend sans rien du tout, ou par unos quand on veut dire « quelques ».
Deux prépositions fusionnent avec el, et cette fusion n’est pas une facilité familière : c’est la seule forme écrite correcte. a + el donne al, de + el donne del. Aucune autre combinaison ne se contracte : a la, de la, a los, de las restent en deux mots.
Deux réserves. La contraction ne se produit pas avec le pronom él : on écrit hablé de él, « j’ai parlé de lui ». Elle ne se produit pas non plus quand El appartient à un nom propre et s’écrit avec une majuscule : Viajamos a El Salvador, las playas de El Salvador.
Un dernier point de forme, qui appartient au genre du nom et non à l’article : devant un nom féminin commençant par un a tonique, l’article prend la forme el ou un, comme dans el agua. Le nom reste féminin, et la règle complète figure sur la page le genre et le pluriel.
Voici la moitié la plus rentable de cette page. Dans sept situations très fréquentes, l’espagnol exige un article défini que le français laisse tomber, et l’oubli s’entend immédiatement.
Le nom du jour ne se dit presque jamais nu. Au singulier, il désigne un jour précis ; au pluriel, il désigne l’habitude. Les noms de jours ne prennent pas de majuscule, et ils sont invariables au pluriel.
Une seule exception, nette : après ser, pour dire quel jour on est, l’article disparaît. Hoy es martes, « aujourd’hui on est mardi », sans article ; mais la reunión es el martes, « la réunion est mardi », avec article.
L’heure se dit avec las, ou la pour une heure seule, et l’article est obligatoire dans les deux cas.
Un pourcentage ne se laisse jamais nu : il faut el quand on désigne une part précise, un quand on donne un ordre de grandeur ou une variation.
Là où le français emploie un possessif, l’espagnol emploie l’article défini : le possesseur est déjà connu par le verbe, et le répéter sonne lourd. Le système des possessifs lui-même est décrit ailleurs ; ici, il s’agit de ne pas les employer.
Quand on parle de quelqu’un, le titre prend l’article ; quand on parle à cette personne, l’article tombe. La différence est constante et facile à retenir.
Deux titres échappent à la règle : don et doña, très employés en Amérique, ne prennent jamais d’article — don Pedro, doña Elena. Signalons aussi un usage familier, courant au Chili et dans plusieurs régions andines et rurales : l’article devant un prénom, la María, el Juan. C’est une marque de familiarité, et la langue écrite ne la retient pas.
Un nom qui désigne une catégorie entière, une matière ou une notion abstraite porte l’article défini. Le français fait souvent de même, mais il hésite, et l’espagnol non.
Avec gustar, l’article n’est pas négociable. On dit me gusta el fútbol et me gustan los libros : l’article fait partie du sujet de la phrase, et le supprimer rend l’énoncé impossible. La construction elle-même, avec son sujet placé après le verbe, est expliquée sur la page me gusta.
La majorité des noms de pays se passent d’article : Voy a México, Vivo en Colombia, Conozco Chile. Quelques-uns le gardent par tradition, avec une hésitation admise dans l’usage : el Perú, la Argentina, el Ecuador. Les noms au pluriel l’exigent : los Estados Unidos. Les fleuves, les mers et les chaînes de montagnes le portent toujours : el Amazonas, el Pacífico, los Andes.
Le mouvement inverse existe aussi, et il produit des fautes tout aussi audibles. Dans ces cas, ajouter un article est une faute, même quand le français en réclame un.
Dire ce que quelqu’un est, c’est le classer, et le classement se fait sans article.
L’article revient dès qu’on ne classe plus mais qu’on qualifie, c’est-à-dire dès qu’un adjectif ou un complément s’ajoute : Mi hermana es una arquitecta muy conocida, « ma sœur est une architecte très connue ». Le repère est simple : nom seul, pas d’article ; nom accompagné, article indéfini.
Une série de tournures très fréquentes construit tener avec un nom nu, exactement comme le français « avoir faim ».
Après hablar, estudiar, aprender et après la préposition en, le nom de la langue se passe d’article. Ailleurs, il le reprend.
Ces mots ne supportent pas l’article indéfini, et c’est une faute classique du francophone, qui traduit mot à mot « un autre » et « une demi-heure ».
Le fonctionnement de otro comme déterminant, avec les autres indéfinis, relève d’une page voisine ; ce qui compte ici est l’interdiction : otro ne se fait jamais précéder de un.
L’indéfini singulier ne pose guère de difficulté : il correspond au français « un », « une ». Le pluriel, lui, mérite une explication, parce que le français n’a pas d’équivalent direct.
L’espagnol peut très bien laisser un nom pluriel sans article. Dans ce cas, il ne dit rien de la quantité : il nomme une catégorie. Avec unos ou unas, il ajoute une idée de petit nombre, ou d’approximation.
Autrement dit, unos n’est pas le pluriel obligatoire de un comme « des » l’est de « un » en français : c’est un choix, et il veut dire quelque chose. Un francophone a tendance à le placer partout ; l’enlever rend souvent la phrase plus naturelle.
À côté de el et de la, l’espagnol dispose d’une forme qui ne se met jamais devant un nom : lo. Elle sert à fabriquer de l’abstrait à partir d’un adjectif, d’une proposition ou d’un complément. Le français, qui n’a pas cet outil, s’en sort avec « ce qui est », « l’affaire de », « à quel point ». C’est la raison pour laquelle lo paraît longtemps mystérieux : il n’a pas de traduction unique, il a un rôle.
L’adjectif reste au masculin singulier, et l’ensemble désigne non pas une chose mais une qualité, prise comme un tout.
Retenez l’interdit : lo ne se met jamais devant un nom. Il n’existe aucune forme du type lo libro. Si le mot qui suit est un nom, l’article est el ou la ; si c’est un adjectif employé sans nom, c’est lo.
Suivi d’un verbe conjugué, lo forme un ensemble qui résume une proposition entière.
Le choix entre les différents mots qui introduisent une relative — que, quien, el que, cuyo — est une autre question, traitée sur la page les relatives et dont. Ce qui appartient à lo, c’est la valeur neutre : « la chose que ».
Suivi de de, le neutre désigne un fait connu des deux interlocuteurs, sans avoir à le nommer. C’est extrêmement fréquent à l’oral, et parfaitement intraduisible mot à mot.
Cette tournure dit « à quel point », et elle n’a pas d’équivalent commode en français. Attention à un détail qui trahit les débutants : l’adjectif s’accorde avec ce dont on parle, alors que lo reste invariable.
Pour répondre en reprenant ce qui vient d’être dit, l’espagnol reprend l’attribut par lo, invariable, quels que soient le genre et le nombre. Le français, lui, ne reprend rien du tout.
Quelques expressions courantes reposent sur ce même lo, et s’apprennent telles quelles.
La dernière est très employée dans la conversation de tous les jours sur tout le continent, et elle n’exprime aucune supériorité : a lo mejor veut simplement dire « peut-être ».
Il existe un autre lo en espagnol, qui ressemble à celui-ci comme deux gouttes d’eau et n’a rien à voir avec lui : le pronom complément d’objet direct, celui de lo vi ayer, « je l’ai vu hier ». Le test est simple et ne trompe jamais.
| Exemple | Ce que lo fait | Ce qui suit |
|---|---|---|
| Lo importante es esto. | article neutre | un adjectif |
| Lo que dijiste es cierto. | article neutre | que et un verbe |
| Lo vi ayer. | pronom complément | un verbe seul |
| Ya lo compré. | pronom complément | un verbe seul |
Autrement dit, si lo est collé à un verbe et remplace un nom déjà mentionné, ce n’est pas un article : c’est un pronom, et sa mécanique complète — les formes, la place, le redoublement — se trouve sur la page les pronoms compléments.
Reste un conseil d’ordre général, valable pour toute cette page. Les emplois de l’article ne s’apprennent pas comme une liste de règles à réciter : ils s’installent parce qu’on a entendu cent fois a las ocho, los martes, me lavo las manos, et que la forme sans article finit par sonner faux à votre propre oreille. C’est un apprentissage de fréquence, et c’est une bonne nouvelle : il ne demande aucune mémoire.
L’article s’attrape à l’oreille. C’est exactement ce que travaille notre cours d’espagnol, en leçons audio courtes où les mêmes tournures reviennent jusqu’à devenir automatiques. La première leçon est gratuite, la suite est comprise dans l’abonnement.
Complétez, ou choisissez de ne rien mettre. Touchez une réponse, puis Correction.
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Quarante pages qui se répondent, avec des exercices corrigés sur chacune. La langue telle qu'on la parle du Mexique à l'Argentine : ustedes partout, le voseo, le prétérit simple, et les deux murs du francophone — ser ou estar, et le subjonctif.
Lire une règle n'a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s'installe. Vous l'entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
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Parce qu’il traite le jour et l’heure comme des repères désignés, et non comme des noms nus. On dit nos vemos el martes, « on se voit mardi », et a las ocho, « à huit heures ». Seule exception : hoy es martes, pour dire quel jour on est.
Toujours al, et toujours del : la contraction est obligatoire, même à l’écrit le plus soigné. Elle ne se fait pas avec le pronom él, d’où hablé de él, ni quand El fait partie d’un nom propre, d’où viajamos a El Salvador.
Soy estudiante, sans article : après ser, un nom de métier, de nationalité ou de religion employé seul reste nu. L’article revient si un adjectif s’ajoute : es un estudiante brillante.
Un article qui ne se met jamais devant un nom. Il transforme un adjectif, une proposition ou un complément en notion abstraite : lo importante, « l’important », lo que dijiste, « ce que tu as dit », lo de ayer, « l’affaire d’hier ». Une forme comme lo libro n’existe pas.
Regardez ce qui suit. Devant un adjectif ou devant que et de, c’est l’article neutre. Collé à un verbe et remplaçant un nom déjà mentionné, comme dans lo vi ayer, c’est le pronom complément, décrit sur la page les pronoms compléments.
Non, jamais. Otro refuse l’article indéfini : on dit ¿quieres otro café?. Même règle pour medio, cien et mil : media hora, mil personas.
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