Le francophone connaît l’infinitif comme la forme du dictionnaire, celle qui attend un autre verbe devant elle. En espagnol, il se passe très bien de ce soutien : il devient sujet, se met derrière une préposition, prend un article, et remplace des subordonnées entières.
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L’infinitif est la seule forme du verbe qui ne dise ni qui agit ni quand. Débarrassé de la personne et du temps, il garde pourtant tout le reste : il peut avoir un complément, une négation, un adverbe. C’est ce mélange qui le rend si utile, et c’est aussi ce qui trompe le francophone, parce que notre langue lui laisse beaucoup moins de liberté.
Voici la différence en une phrase. Le français, dès qu’il veut placer un verbe là où un nom s’attend, hésite, ajoute « le fait de », ou passe à une subordonnée. L’espagnol, lui, met l’infinitif à cet endroit sans rien ajouter : es importante estudiar, antes de salir, al llegar, la vi entrar. Quatre constructions, quatre endroits où le francophone produit spontanément quelque chose de plus lourd, et souvent de faux.
Cette page traite l’infinitif seul, c’est-à-dire sans verbe outil devant lui. Quand il suit un verbe qui lui donne un sens de temps ou d’obligation — acabar de, volver a, dejar de, soler et leurs semblables — il forme une périphrase, et l’ensemble de cette famille est décrit sur les périphrases verbales. La manière ordinaire d’exprimer l’avenir, ir a suivi d’un infinitif, est sur futur et conditionnel. Et l’infinitif qui donne un ordre sans s’adresser à personne, celui des panneaux et des recettes, appartient à donner un ordre : il n’est pas repris ici.
Premier emploi, et le plus simple à installer : l’infinitif occupe une position de nom. Comme sujet, il se met en tête ou derrière son verbe, et le verbe reste au singulier. L’espagnol n’ajoute rien devant lui, et c’est là que la première faute se produit.
Pas de de devant cet infinitif. Le français dit « il est important d’étudier », « c’est difficile de commencer », « le mieux est de partir ». Cette petite préposition n’a aucun équivalent en espagnol dans cette position : es importante estudiar, es difícil empezar, lo mejor es salir. La faute es importante de estudiar est la signature d’un francophone, et elle s’entend immédiatement.
L’infinitif peut devenir franchement un nom, avec un article devant lui. Il est alors toujours masculin singulier, quel que soit le sens du verbe, et il accepte d’être accompagné comme n’importe quel nom. L’article n’est pas obligatoire : il apparaît surtout quand l’infinitif est déterminé, décrit, ou qu’on veut en faire un objet de discours.
Regardez la dernière phrase : l’infinitif y reçoit un adjectif accordé au masculin, tranquilo, ce qu’un verbe ne pourrait jamais faire. Il est devenu un nom pour de bon. Les autres emplois de l’article, eux, sont inventoriés sur les articles et lo, et cette page ne les reprend pas.
Voici la tournure à retenir avant toutes les autres, parce qu’elle est partout dans l’espagnol parlé et qu’aucune forme française ne lui correspond terme pour terme. Al suivi d’un infinitif situe une action dans le temps, au moment où elle se produit, et le français la traduit tantôt par « en » plus un participe, tantôt par une subordonnée en « quand » ou « lorsque ».
Trois choses à remarquer. D’abord, al est invariable ici : il ne s’accorde avec rien et ne dépend pas du sujet. Ensuite, le sujet de l’infinitif est d’ordinaire celui du verbe principal, et il n’est donc pas exprimé. Enfin, quand ce sujet est différent, l’espagnol le place derrière l’infinitif, dans un ordre qui déroute au début mais qui est le seul possible.
La même construction sert aussi à donner une cause, et c’est un emploi fréquent dans la conversation : al no tener efectivo, pagamos con tarjeta équivaut à « comme nous n’avions pas de liquide ». L’inventaire complet des tournures causales est ailleurs, sur cause et conséquence ; retenez seulement que al suivi d’une négation prend volontiers cette valeur.
Ne traduisez pas « en » par en. Le français « en arrivant » met une préposition devant un participe présent ; l’espagnol met al devant un infinitif. La tournure en llegando n’appartient pas à la langue d’aujourd’hui, et le calque produit une phrase que personne ne dit. C’est la frontière la plus utile de toute la page : au moment où le français vous propose un mot en -ant, demandez-vous s’il exprime un moment — alors c’est al et un infinitif — ou une manière, cas traité sur les limites du gérondif.
La règle est absolue et elle simplifie beaucoup de choses : après une préposition, l’espagnol met un infinitif, jamais une autre forme verbale. Le français fait de même une fois sur deux, ce qui donne une fausse impression de facilité ; les cas où il diverge sont précisément ceux qui font les fautes.
| Groupe | Exemple | Français |
|---|---|---|
| antes de | antes de salir | avant de sortir |
| después de | después de comer | après avoir mangé |
| sin | sin decir nada | sans rien dire |
| para | para viajar | pour voyager |
| hasta | hasta llegar | jusqu’à l’arrivée |
| en lugar de | en lugar de esperar | au lieu d’attendre |
Deux lignes du tableau méritent un arrêt. Después de comer traduit « après avoir mangé » avec un infinitif simple, là où le français exige une forme composée : l’espagnol n’en a pas besoin, parce que después dit déjà que l’action est antérieure. Et sin decir nada montre au passage que la négation se place dans le groupe de l’infinitif, sur le complément ; la mécanique complète de ces mots négatifs est sur la négation.
Ces groupes fonctionnent tant que l’action de l’infinitif est celle du sujet principal. Si elle appartient à quelqu’un d’autre, l’espagnol a deux solutions, et la première est souvent oubliée des francophones : exprimer le sujet derrière l’infinitif. La seconde est de passer à une subordonnée, en ajoutant que au groupe et en conjuguant le verbe, ce qui relève de cuando, para que, aunque.
L’ordre est toujours le même : préposition, infinitif, puis sujet. Jamais le sujet devant l’infinitif. C’est un détail de placement, mais il sépare une phrase espagnole d’une phrase française traduite mot à mot.
L’espagnol dispose aussi d’un infinitif à deux mots, formé de haber et d’un participe. Il sert quand on veut marquer que l’action est antérieure, et il s’emploie surtout derrière une préposition ou dans un remerciement. Les participes irréguliers dont il a besoin sont donnés sur les temps composés.
Dans la dernière phrase, le pronom se soude à haber et non au participe : haberlo dicho. Cette place est celle de tous les infinitifs, et elle est décrite sur les pronoms compléments.
Une précision utile pour ne pas alourdir son espagnol : la forme composée n’est obligatoire nulle part. Avec después de, l’infinitif simple suffit et se dit davantage. Réservez la version longue aux cas où l’antériorité doit être soulignée, ou bien à l’écrit, où elle est très courante.
Quatre familles de verbes prennent un infinitif directement derrière elles, sans rien entre les deux, et le francophone y retrouve presque sa langue — à l’ordre des mots près.
Avec ver, oír et escuchar, l’infinitif dit ce qu’on a vu ou entendu faire. L’espagnol place volontiers l’infinitif tout de suite après le verbe et rejette le complément à la fin, ce que le français ne fait pas.
Avec ces mêmes verbes, une autre forme est possible et ne dit pas exactement la même chose : elle montre l’action en train de se dérouler au lieu de la donner tout entière. Cette nuance appartient à les limites du gérondif.
Hacer et dejar suivis d’un infinitif disent que le sujet provoque ou permet l’action, sans l’accomplir lui-même. Le verbe mandar s’emploie de la même façon, très couramment en Amérique, pour dire qu’on fait exécuter quelque chose par quelqu’un d’autre.
Un dernier voisinage, plus fin, et il vaut la peine d’être vu parce qu’il explique une hésitation que tous les apprenants connaissent. Après un adjectif, l’infinitif apparaît parfois avec de, parfois sans, et ce n’est pas une question de goût. La différence tient à ce que devient le sujet de la phrase.
Dans la première version de chaque paire, l’infinitif garde son complément derrière lui, et rien ne le sépare de l’adjectif. Dans la seconde, ce complément est passé en tête, il est devenu le sujet de la phrase, et de apparaît. Le français fait exactement le même mouvement en passant de « il est difficile de comprendre » à « difficile à comprendre » : deux prépositions différentes, mais la même bascule.
Beaucoup de noms, enfin, se font suivre d’un infinitif au moyen de de. C’est une propriété du nom et non une règle générale, si bien que ces groupes s’apprennent en bloc ; ils sont très fréquents dans la conversation, et deux d’entre eux servent tous les jours.
Un infinitif peut porter tout un groupe. Remarquez que ces infinitifs gardent leurs compléments, leurs adverbes et leurs pronoms : sin decir nada, al verlo tan cansado, después de haberlo dicho. Ils ne perdent que la personne et le temps. Un francophone qui pense l’infinitif comme un mot de dictionnaire se prive de la moitié de sa puissance : en espagnol, c’est un petit groupe verbal complet, simplement privé de sujet.
Ajouter de devant l’infinitif sujet. Es importante de estudiar n’existe pas ; c’est es importante estudiar. Même remarque pour lo mejor es de salir, qui doit être lo mejor es salir.
Traduire « en » plus un participe par en plus un verbe. Quand le français situe un moment, l’espagnol emploie al et un infinitif : al llegar, al salir, al abrir. C’est la construction la plus rentable de cette page.
Mettre le sujet devant l’infinitif. On dit antes de llegar nosotros, et non antes de nosotros llegar. Le sujet passe derrière, toujours.
Employer une forme composée là où l’espagnol se contente d’un infinitif simple. « Après avoir mangé » se dit después de comer. La version longue existe, elle est correcte, mais elle n’est pas obligatoire, et elle rend la phrase plus lourde qu’elle ne l’est dans la conversation.
Une manière simple de s’entraîner, enfin, consiste à prendre une phrase française contenant un mot en -ant ou un « après avoir », et à se demander laquelle des constructions de cette page elle réclame. « En ouvrant la porte » donne al abrir la puerta ; « avant de payer » donne antes de pagar ; « après avoir vu le prix » donne después de ver el precio ; « il est interdit de stationner » relève des formes d’ordre et se trouve sur donner un ordre. Quatre phrases par jour suffisent à installer le réflexe en quelques semaines.
Ces quatre réflexes se corrigent vite, parce que les constructions concernées reviennent toutes les trois phrases dans un récit ordinaire. Al llegar, antes de salir, sin decir nada sont des blocs sonores, et c’est ainsi qu’il faut les installer : entendus, puis répétés, avant d’être analysés.
Ces blocs se pratiquent à voix haute. Le cours d’espagnol est entièrement audio, en leçons courtes : on y entend al llegar, antes de salir et sin decir nada dans des phrases dites par des locuteurs d’Amérique, jusqu’à ce que la tournure vienne sans réfléchir. La première leçon est gratuite, la suite se fait par abonnement.
Complétez avec la forme qui convient ; l’indication entre parenthèses donne le sens attendu. Touchez une réponse, puis Correction.
Ces verbes prennent l’infinitif directement, sans préposition. Choisissez la forme correcte. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante pages qui se répondent, avec des exercices corrigés sur chacune. La langue telle qu’on la parle du Mexique à l’Argentine : ustedes partout, le voseo, le prétérit simple, et les deux murs du francophone — ser ou estar, et le subjonctif.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Parce que l’espagnol ne met aucune préposition devant l’infinitif sujet ou attribut. Le français « il est important d’étudier » ajoute un de qui n’a pas d’équivalent : on dit es importante estudiar, es difícil empezar, lo mejor es salir.
Par al suivi de l’infinitif : al llegar, al salir. La tournure en llegando n’appartient pas à la langue d’aujourd’hui. Quand le français en -ant exprime une manière et non un moment, la solution est différente : voyez les limites du gérondif.
Les deux sont correctes, et la première se dit beaucoup plus. Después indique déjà l’antériorité, si bien que l’infinitif simple suffit. Gardez la forme composée pour souligner que l’action était achevée, ou pour l’écrit, où elle est très fréquente.
Derrière l’infinitif : antes de llegar nosotros, al entrar el profesor. Jamais devant. L’autre solution consiste à passer à une subordonnée avec que et un verbe conjugué, décrite sur cuando, para que, aunque.
Toujours masculin singulier, quel que soit le verbe : el ir y venir, el caminar tranquilo. Il accepte un adjectif accordé au masculin, ce qui montre bien qu’il est devenu un nom.
Les deux se rencontrent, mais l’espagnol préfère nettement vi llegar a mi hermana : l’infinitif se colle au verbe de perception et le complément part à la fin. Même chose pour oí sonar el teléfono.
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