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Cours de langues›La coordination

Y ou e, o ou u : relier deux éléments de même rang

Le français dit « et » et « ou » sans jamais y penser, et l’espagnol paraît faire pareil. Sauf que deux de ses coordonnants changent de forme selon le son qui les suit : on dit madre e hija, jamais madre y hija.

La première leçon est gratuite sur la plateforme web ou sur l’application mobile — deux abonnements distincts. Les leçons s’écoutent en ligne, et non sur ce site.

Trois petits mots qui mettent deux choses côte à côte

Coordonner, c’est relier deux éléments de même rang : deux noms, deux adjectifs, deux verbes, deux phrases entières. L’espagnol le fait avec trois mots très courts, y, o et pero, que tout francophone croit connaître au bout d’une semaine. Il a raison sur le sens et tort sur la forme : les deux premiers changent d’aspect selon le mot qui les suit.

Voilà pourquoi cette page existe. Ce n’est pas une page de vocabulaire, c’est une page de réflexe : ce qui se joue ici se décide au moment de parler, dans la seconde, sans le temps de réfléchir. Un apprenant qui dit madre y hija se fait comprendre, mais il vient de signaler à son interlocuteur qu’il récite plutôt qu’il ne parle — exactement comme un étranger qui dirait « le hôtel » en français.

Un mot sur ce que cette page ne traite pas, pour que vous sachiez où chercher le reste. Tout le versant négatif de la coordination — enchaîner deux éléments niés, dire « moi non plus », opposer une correction à une phrase négative — appartient à la page la négation. Les mots qui relient une cause à son effet, porque, así que, entonces, por eso, sont sur cause et conséquence. Et les conjonctions qui subordonnent au lieu de coordonner, celles qui font dépendre une proposition d’une autre et commandent parfois le subjonctif, sont sur cuando, para que, aunque. Ici, les deux éléments reliés restent toujours de même rang : aucun ne dépend de l’autre.

Y devient e devant le son i

C’est la règle la plus rentable de cette page, parce qu’elle s’applique tous les jours et qu’elle s’entend immédiatement. Quand le mot qui suit y commence par le son i, la conjonction se change en e. Le changement est obligatoire, à l’oral comme à l’écrit, et il ne dépend pas de ce que le mot veut dire : il dépend seulement de son premier son.

  • madre e hija — « mère et fille »
  • padre e hijo — « père et fils »
  • aguja e hilo — « aiguille et fil »
  • geografía e historia — « géographie et histoire »
  • Estudia francés e italiano. — « Il étudie le français et l’italien. »
  • Visitamos Escocia e Irlanda. — « Nous avons visité l’Écosse et l’Irlande. »

Un piège guette dès la première ligne : ce qui compte n’est pas le mot dont on parle, c’est le mot qui suit immédiatement la conjonction. Entre madre et hija on écrit e, mais si un déterminant s’intercale, le premier son n’est plus un i et l’on revient à y : mi madre y mi hija. La conjonction regarde ce qu’elle touche, rien de plus.

La raison est simple et purement sonore : deux sons i de suite ne tiennent pas dans la bouche, le second avalerait le premier et la conjonction disparaîtrait à l’oreille. La langue change donc de voyelle pour rester audible. La valeur des lettres espagnoles, et notamment le fait que le h ne se prononce pas, est décrite sur l’alphabet et les sons.

Le h ne compte pas, la lettre non plus

Puisque la règle porte sur le son, un mot écrit avec un h initial muet est traité comme s’il commençait par la voyelle qui suit ce h. hija, hilo, historia, hispano commencent tous par le son i et réclament donc e. Cela surprend au premier abord, parce que l’œil voit un h ; l’oreille, elle, n’entend rien du tout.

Symétriquement, l’accent tonique ne change rien. Que le i soit la syllabe forte du mot ou une syllabe faible, la règle s’applique de la même manière : e Isabel comme e imposible.

Les deux cas où l’on garde y

Il existe une exception, et elle est régulière. Les mots qui commencent par hie- ou hia- ne commencent pas vraiment par le son i : ils commencent par un son de type consonne, celui qu’on entend au début de hielo. Rien ne gêne donc la conjonction, et l’on garde y.

  • agua y hielo — « de l’eau et de la glace »
  • madera y hierro — « du bois et du fer »
  • sal y hierbas — « du sel et des herbes »
  • diptongo y hiato — « diphtongue et hiatus »

Second cas, beaucoup plus fréquent dans la conversation qu’on ne le croit : quand y ouvre une question pour demander des nouvelles de quelqu’un ou de quelque chose, elle ne change pas de forme. Elle n’est plus vraiment une conjonction, elle est un mot de relance.

  • —Vino Ana. —¿Y Inés? — « — Ana est venue. — Et Inés ? »
  • ¿Y Ignacio, no viene? — « Et Ignacio, il ne vient pas ? »

Le test en trois secondes. Prononcez à voix basse le mot qui suit la conjonction, et écoutez son tout premier son. Si c’est un i tout seul, mettez e. Si c’est un i collé à une autre voyelle, comme dans hielo, gardez y. Ce test fonctionne aussi pour les mots que vous ne connaissez pas encore, ce qui en fait un outil et non une liste à mémoriser.

O devient u devant le son o

La seconde alternance est bâtie sur le même principe, avec la voyelle voisine. Quand le mot qui suit o commence par le son o, la conjonction devient u. Là encore, un h initial ne compte pas, puisqu’il ne se prononce pas.

Les deux formes de la conjonction alternative
Le mot suivant commence parFormeExemple
n’importe quel autre sonoen carro o en colectivo — « en voiture ou en bus »
le son o, écrit ousiete u ocho — « sept ou huit »
le son o, écrit houmujer u hombre — « femme ou homme »

Notez la fréquence réelle du phénomène : ocho, otro, hoy, hombre, hora sont des mots de tous les jours, et ils arrivent souvent en deuxième position d’un couple. L’alternance n’est donc pas une curiosité de grammaire : elle tombe dans la conversation plusieurs fois par semaine.

O bien, et o répété

Deux renforcements existent et s’entendent partout en Amérique. o bien insiste sur le choix, comme le français « ou bien ». Et la conjonction peut se répéter devant chacun des deux termes pour marquer que l’alternative est exclusive, exactement comme « ou… ou » en français.

Plus d’accent sur le o des chiffres. Entre deux nombres écrits en chiffres, on écrivait autrefois 7 ó 8, avec un accent destiné à éviter que la conjonction soit lue comme un zéro. La norme actuelle, commune à toute l’Amérique et à l’Espagne, ne l’écrit plus : on écrit 7 o 8. L’accent s’est maintenu longtemps dans les cahiers d’école, si bien qu’on le rencontre encore ; aujourd’hui, c’est une faute d’orthographe. La règle générale de l’accent écrit est exposée sur l’accent et la tilde.

Pero, et son doublet mas

Pero oppose deux éléments sans faire dépendre l’un de l’autre, et c’est le coordonnant que vous emploierez le plus après y. Il ne change jamais de forme, ce qui est un soulagement après les deux alternances précédentes. Trois détails méritent d’être notés, parce qu’ils sont tous les trois des différences avec le français.

Il se sépare par une virgule. L’usage espagnol place une virgule devant pero lorsqu’il relie deux propositions : quería ir, pero no tenía tiempo. Le français hésite ; l’espagnol tranche.

Il peut ouvrir une phrase. Dans la langue courante comme dans la presse, pero commence volontiers une phrase après un point, pour enchaîner sur ce qui vient d’être dit. Il ouvre même très souvent une réplique, et c’est là que le francophone l’entendra le plus.

Il ne traduit pas tous les « mais » français. Quand le français emploie « mais » pour corriger une phrase négative — « ce n’est pas rouge, mais bleu » —, l’espagnol change de mot, et ce mot-là est traité avec le reste du négatif sur la page la négation. Employer pero dans ce cas est l’une des fautes de francophone les plus reconnaissables, et elle rend la phrase franchement bizarre.

Mas, le doublet des livres

L’espagnol possède un second mot de sens identique, mas, écrit sans accent. Il signifie exactement pero et appartient à l’écrit littéraire : poésie, roman, discours soigné. Personne ne le dit dans la rue, ni à Mexico, ni à Lima, ni à Buenos Aires. Vous n’avez donc aucune raison de le produire, mais vous devez le reconnaître, car il apparaît dès qu’on ouvre un livre.

Le risque n’est pas de l’employer à tort : il est de le confondre avec más, qui porte un accent écrit et signifie « plus ». Deux mots, deux fonctions, une seule lettre de différence à l’œil. L’accent qui les sépare relève de la règle générale, exposée sur l’accent et la tilde.

Les connecteurs de l’écrit

Au-delà des trois petits mots, l’espagnol dispose d’une série d’expressions qui enchaînent les phrases d’un paragraphe. Elles ne sont pas indispensables pour se faire comprendre, mais elles font toute la différence entre un courriel d’apprenant et un courriel d’adulte. Un francophone les apprend vite, parce qu’il en connaît déjà l’équivalent dans sa langue ; ce qu’il doit surveiller, c’est la ponctuation et deux faux amis.

Enchaîner, ajouter, opposer
ExpressionValeurExemple
ademásajoute un argumentEs barato y, además, queda cerca. — « C’est bon marché et, en plus, c’est tout près. »
tambiénajoute un élément semblableMi hermana también estudia acá. — « Ma sœur étudie ici aussi. »
por un lado… por otro ladodistribue deux aspectsPor un lado es más rápido; por otro lado cuesta el doble. — « D’un côté c’est plus rapide ; de l’autre ça coûte le double. »
en cambiooppose deux casMi hermano estudia medicina; yo, en cambio, estudio derecho. — « Mon frère étudie la médecine ; moi, en revanche, j’étudie le droit. »
sin embargooppose malgré ce qui précèdeEstá lloviendo; sin embargo, vamos a salir. — « Il pleut ; cependant, nous allons sortir. »
no obstantemême valeur, registre formelEl plazo terminó; no obstante, se aceptó la solicitud. — « Le délai était écoulé ; néanmoins, la demande a été acceptée. »
en finclôt et résumeFaltaba el sello, la firma, la copia; en fin, no se pudo hacer nada. — « Il manquait le tampon, la signature, la copie ; bref, on n’a rien pu faire. »

La virgule est une partie du mot. además, sin embargo, no obstante, en cambio et en fin se détachent du reste de la phrase par des virgules, qu’ils soient en tête ou intercalés. C’est une habitude d’écriture à prendre tout de suite, parce qu’un texte espagnol sans ces virgules se lit mal et paraît traduit.

Deux faux amis, à retenir en bloc. en cambio ne veut pas dire « en échange » mais « en revanche » : il oppose, il ne troque rien. Et en fin ne veut pas dire « enfin » au sens de « finalement » ; il résume, il clôt une énumération, comme « bref ». Pour dire « enfin, il est arrivé », l’espagnol emploie por fin ou finalmente : por fin llegó.

O sea et es decir : reformuler. Ces deux expressions annoncent qu’on va redire la même chose autrement, comme « c’est-à-dire » et « autrement dit » : Llegamos el viernes, o sea, en dos días. À l’écrit, elles enchaînent un raisonnement et se détachent par des virgules. À l’oral, o sea sert aussi à autre chose — gagner du temps, ponctuer une phrase sans rien reformuler du tout — et ce rôle-là est décrit avec les autres mots de la conversation sur les interjections.

Ce que la coordination change dans la phrase

Relier deux éléments a des conséquences sur ce qui les entoure, et c’est là que se logent les dernières fautes de francophone. Trois points suffisent.

Deux sujets coordonnés donnent un verbe au pluriel, sans reprise. Le français ajoute volontiers un pronom de rappel : « mon frère et moi, nous allons au marché ». L’espagnol ne le fait pas : le verbe se met simplement à la forme qui convient, et rien ne se répète. Si l’un des deux sujets est celui qui parle, le verbe prend la forme de nosotros ; s’il s’agit de l’interlocuteur et d’un tiers, il prend celle de ustedes.

Remarquez la troisième ligne : deux personnes dont l’une est l’interlocuteur, et le verbe se met à la forme de ustedes, qui est l’unique pluriel de deuxième personne en Amérique : le second pluriel des manuels européens n’a aucune forme à apprendre ici. Les conséquences de ce choix sur toute la conjugaison sont décrites sur tú, usted et ustedes.

Pas de virgule devant le y d’une énumération. L’espagnol ferme sa liste sans virgule : papas, cebollas y tomates. Écrire une virgule avant la conjonction finale est une habitude venue de l’anglais, et elle se remarque dans un texte espagnol.

On coordonne du même avec du même. Deux noms, deux adjectifs, deux infinitifs, deux propositions : la symétrie est plus stricte qu’en français, qui accepte volontiers de relier un nom et une subordonnée. En espagnol, une phrase comme me gusta el mar y nadar sonne bancale ; on dira me gusta el mar y me gusta nadar, ou bien me gusta nadar en el mar.

Une conjonction ne suffit pas à faire une phrase riche. Le premier réflexe d’un apprenant est de tout relier par y, ce qui donne des paragraphes qui avancent en file indienne. L’espagnol d’Amérique, à l’oral, aime au contraire les phrases courtes juxtaposées, séparées par une simple pause. Écouter avant d’écrire évite donc deux défauts à la fois : la phrase interminable et la phrase traduite.

Les quatre fautes qui reviennent

Oublier que y devient e. C’est la plus fréquente, et elle est mécanique : on a appris y, on le place partout. Prenez l’habitude d’écouter le premier son du mot suivant, pas de vérifier une liste.

Appliquer la règle au mot dont on parle, et non au mot qui suit. mi madre y mi hija garde y, parce que ce qui suit la conjonction est mi. La conjonction ne voit que son voisin immédiat.

Oublier l’alternance de o. Elle est moins connue que la précédente, alors que ocho, otro, hoy et hora sont des mots quotidiens. siete o ocho se comprend, mais ne se dit pas.

Traduire tous les « mais » par pero. Après une phrase négative, quand il s’agit de corriger ce qui vient d’être nié, l’espagnol emploie un autre mot, décrit sur la négation. C’est une faute de sens autant que de forme.

Ces quatre réflexes ont un point commun : ils se règlent par l’oreille et non par la règle. Un hispanophone ne calcule pas e devant historia, il a entendu geografía e historia mille fois et la forme lui vient seule. C’est aussi comme cela qu’il faut l’installer.

Ces petits mots s’attrapent à l’oreille. Le cours d’espagnol est entièrement audio, en leçons courtes : on y entend e, u et pero dans des phrases dites par des locuteurs d’Amérique, jusqu’à ce que la bonne forme arrive avant la réflexion. La première leçon est gratuite, la suite se fait par abonnement.

Exercices : y ou e, o ou u, et les connecteurs

Choisissez la forme qui convient en écoutant le premier son du mot suivant. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. Vinieron madre ___ hija a la reunión. (mère et fille)
  2. Trajeron agua ___ hielo para la fiesta. (de l’eau et de la glace)
  3. Somos siete ___ ocho en la casa. (sept ou huit)
  4. No sabía si era una mujer ___ un hombre. (femme ou homme)
  5. Mi hija estudia geografía ___ historia. (géographie et histoire)
  6. Llegaron ayer ___ hoy, no me acuerdo bien. (hier ou aujourd’hui)
  7. El año pasado visitamos Escocia ___ Irlanda. (l’Écosse et l’Irlande)
  8. La reja es de madera ___ hierro. (du bois et du fer)
  9. Mi profesora habla francés ___ italiano. (le français et l’italien)
  10. Podemos ir en carro ___ en colectivo. (en voiture ou en bus)
  11. En el cartel está escrito: Faltan 7 ___ 8 días. (sept ou huit jours)
  12. —Vino Ana. —¿___ Inés? (Et Inés ?)
  13. No tengo mucha plata, ___ te invito un café. (mais je t’invite)
  14. Está lloviendo; ___, vamos a salir igual. (cependant)
  15. Mi hermano estudia medicina; yo, ___, estudio derecho. (en revanche)
  16. El departamento es barato y, ___, queda cerca de mi trabajo. (en plus)
  17. Llegamos el viernes, ___, en dos días. (autrement dit)
  18. Mi hermano y yo ___ al mercado los sábados. (nous allons)

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Questions fréquentes

Quand faut-il écrire e au lieu de y ?

Chaque fois que le mot placé juste après la conjonction commence par le son i, que ce son soit écrit i ou hi : madre e hija, geografía e historia, francés e italiano. Ce qui compte est le premier son du mot voisin, pas le sens de la phrase.

Pourquoi dit-on agua y hielo et non agua e hielo ?

Parce que hielo ne commence pas par le son i tout seul : le groupe hie- se prononce d’un bloc, avec un son de type consonne. Rien ne gêne alors la conjonction, qui garde sa forme. Même chose pour hierro, hierba et hiato.

Faut-il encore écrire un accent sur le o entre deux chiffres ?

Non. On écrivait autrefois 7 ó 8 pour éviter de lire la conjonction comme un zéro ; la norme actuelle écrit 7 o 8, sans accent, en Amérique comme en Espagne. Devant un mot commençant par le son o, en revanche, la conjonction devient bien u : siete u ocho.

Quelle différence entre mas et más ?

mas sans accent signifie la même chose que pero et n’appartient qu’à l’écrit littéraire ; personne ne le dit dans la conversation. más avec accent signifie « plus ». L’accent qui les distingue relève de la règle générale, exposée sur l’accent et la tilde.

Dit-on en cambio pour « en échange » ?

Non, c’est un faux ami. en cambio oppose deux cas et se traduit par « en revanche » ou « par contre ». De la même manière, en fin ne signifie pas « enfin » au sens de « finalement » : il résume, comme « bref ». Pour « enfin, il est arrivé », on dit por fin llegó.

Faut-il reprendre le sujet, comme en français dans « mon frère et moi, nous allons » ?

Non. L’espagnol dit simplement mi hermano y yo vamos, sans pronom de rappel. Quand l’un des sujets coordonnés est l’interlocuteur, le verbe prend la forme de ustedes, unique pluriel de deuxième personne en Amérique : tu primo y tú llegaron tarde.

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