Le français dit « ce livre » et se débrouille avec le contexte ; l’espagnol choisit entre trois mots selon la distance. Et son possessif su peut signifier son, votre ou leur, ce qui oblige parfois à le préciser.
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Devant un nom espagnol, la place qui le précède peut être occupée par un démonstratif, par un possessif ou par un indéfini. Les trois séries se comportent de la même manière — elles s’accordent avec le nom qu’elles introduisent, et elles ne cohabitent pas — mais elles ne font pas le même travail : la première situe, la deuxième attribue, la troisième quantifie.
Pour un francophone, chacune des trois réserve une surprise. Le démonstratif espagnol distingue trois degrés de distance là où le français n’en a plus qu’un seul en usage courant. Le possessif s’accorde avec l’objet possédé et non avec la personne qui possède, et il ne compte que cinq lignes en Amérique latine. Les indéfinis, enfin, se passent de la préposition que le français place partout : « beaucoup de livres » devient simplement muchos libros.
Cette page ne traite ni l’article ni le neutre lo, qui relèvent entièrement de la page les articles et lo. Elle laisse aussi de côté la série négative — nada, nadie, ninguno, nunca — et la règle de double négation, décrites une seule fois sur la négation. Ce qui suit ne porte que sur les formes positives.
Le système espagnol se calque sur les personnes de la conversation, et non sur une simple opposition près/loin. Este désigne ce qui est du côté de celui qui parle ; ese ce qui est du côté de celui à qui l’on parle ; aquel ce qui est loin des deux, dans l’espace ou dans le temps. Chaque degré possède quatre formes, qui s’accordent avec le nom.
| Degré | Masculin singulier | Féminin singulier | Masculin pluriel | Féminin pluriel |
|---|---|---|---|---|
| près de moi | este | esta | estos | estas |
| près de toi | ese | esa | esos | esas |
| loin des deux | aquel | aquella | aquellos | aquellas |
Chaque degré a son adverbe de lieu, et la correspondance aide à retenir le système : aquí ou acá pour le premier, ahí pour le deuxième, allí ou allá pour le troisième. En Amérique, acá et allá sont très employés là où l’Espagne préfère aquí et allí ; dans le Río de la Plata, acá est la forme ordinaire.
Le troisième degré sert surtout, dans la langue courante, à éloigner dans le temps. Este año est l’année en cours, ese año celle dont on vient de parler, aquellos años une période révolue que le locuteur met à distance. C’est l’emploi qui maintient aquel bien vivant : à l’oral, beaucoup de locuteurs se contentent des deux premiers degrés pour l’espace, mais personne ne renonce à aquella época.
Les mêmes formes s’emploient seules, sans rien ajouter, là où le français doit fabriquer « celui-ci », « celle-là », « ceux de gauche ». C’est une économie considérable, et l’un des rares points où l’espagnol est plus court que le français.
Employées ainsi, ces formes ne changent pas d’orthographe et ne prennent pas d’accent écrit. La question de l’accent sur les démonstratifs, comme toutes celles qui touchent à la tilde, est traitée sur la page l’accent et la tilde.
À côté des douze formes accordées, l’espagnol dispose de trois formes invariables : esto, eso, aquello. Elles ne se placent jamais devant un nom. Elles désignent ce qui n’a pas encore été nommé, une situation entière, une action, un propos — tout ce que le français rend par « ça » ou « cela ».
La faute à ne pas commettre. esto libro n’existe pas. Dès qu’un nom suit, il faut la forme accordée : este libro, esta casa. Le neutre n’introduit rien ; il remplace. La règle est mécanique et sans exception : un nom derrière, forme en -e ou en -a ; rien derrière et objet non nommé, forme en -o.
Eso est de loin le plus fréquent des trois, et il entre dans une série de tournures qu’on entend tous les jours en Amérique. Elles s’apprennent en bloc, comme du vocabulaire.
Le possessif espagnol s’accorde avec ce qui est possédé, jamais avec le possesseur. sus libros peut donc appartenir à un homme, à une femme ou à un groupe : le pluriel vient des livres. Le réflexe français, qui fait varier « son » et « sa » sur l’objet aussi, aide ici plus qu’il ne gêne ; la vraie difficulté est ailleurs, dans le nombre de lignes du tableau.
| Possesseur | Un seul objet | Plusieurs objets |
|---|---|---|
| yo | mi | mis |
| tú, vos | tu | tus |
| usted, él, ella | su | sus |
| nosotros, nosotras | nuestro, nuestra | nuestros, nuestras |
| ustedes, ellos, ellas | su | sus |
Cinq lignes, et non six. La forme vuestro n’a pas d’emploi en Amérique latine, parce que le pluriel de la deuxième personne y est toujours ustedes : on dit su casa à un groupe d’amis comme à un groupe d’inconnus. Le système des trois pronoms d’adresse et ses conséquences sont décrits sur la page tú, usted et ustedes.
nuestro est le seul de la série à varier en genre : nuestro país, nuestra ciudad. Les autres n’ont qu’un singulier et un pluriel. Et le possessif tu ne porte pas d’accent écrit, contrairement au pronom qui lui ressemble : la raison figure, là encore, sur la page de l’accent.
Une même forme, su, couvre cinq lectures : « son » à lui, « son » à elle, « votre » à une personne vouvoyée, « leur », et « votre » à plusieurs personnes. Su carro está afuera ne dit pas à qui appartient la voiture. Dans la conversation ordinaire, le contexte tranche et personne n’y pense. Quand il ne tranche pas, l’espagnol ajoute un groupe avec de.
Le procédé s’emploie dès qu’un malentendu est possible, par exemple quand deux personnes viennent d’être nommées : Hablé con Ana y con Pedro, y fuimos a la casa de ella, « j’ai parlé avec Ana et avec Pedro, et nous sommes allés chez elle ». Sans de ella, la phrase laisserait le doute entier.
Le même tour sert, dans l’espagnol parlé d’Amérique, à remplacer nuestro par une forme plus lourde mais très courante : la casa de nosotros pour nuestra casa. C’est familier, ce n’est pas une faute, et cela s’entend partout.
Il existe une seconde série, plus longue, qui se place derrière le nom et s’accorde en genre et en nombre : mío, tuyo, suyo, nuestro, suyo. Elle ne traduit pas autre chose que la première, mais elle s’emploie dans des cas précis : quand le possessif est mis en relief, dans l’apostrophe, et après un déterminant indéfini.
tú et vos se partagent les mêmes possessifs, tu et tuyo : le voseo ne touche pas cette série. La même série sert aussi de pronom — « le mien », « la tienne » — et prend alors un mot devant elle, qui n’est pas un possessif et qui relève de la page des articles.
Reste la troisième série, la plus hétérogène : elle compte des mots qui s’accordent, des mots invariables, et quelques-uns qui se raccourcissent devant le nom. On commence par les deux qui ne s’emploient jamais devant un nom, algo et alguien : ils tiennent seuls, l’un pour une chose, l’autre pour une personne, et ils ne varient pas.
Certains déterminants se tronquent devant un nom masculin singulier. Le phénomène s’appelle l’apocope, il est obligatoire, et il ne concerne que la position devant le nom : la forme longue revient dès que le mot est employé seul.
| Forme longue | Devant le nom | Exemple |
|---|---|---|
| uno | un | un cuaderno / quiero uno |
| alguno | algún | algún día / alguno de ellos |
| cualquiera | cualquier | cualquier día / cualquiera sirve |
| ciento | cien | cien personas / ciento veinte |
Deux précisions. cualquier se place devant les deux genres : cualquier hombre, cualquier mujer. Et il existe un cinquième mot du même type, ninguno, qui devient ningún : comme il appartient à la série négative, il est traité avec elle, sur la page de la négation. L’apocope des adjectifs — buen, gran, primer — obéit au même principe et figure sur la page l’adjectif et sa place.
Ces trois-là piègent les francophones, chacun à sa manière. todo se place avant le déterminant, et non après, ce qui donne une suite de deux mots là où le français en met un. otro refuse absolument l’article indéfini : « un autre café » se dit otro café, et un otro café est impossible. cada ne varie jamais, ni en genre ni en nombre.
mucho, poco, demasiado et tanto s’accordent en genre et en nombre avec le nom : mucha gente, pocas opciones, demasiados carros. bastante ne varie qu’en nombre, varios et ambos n’existent qu’au pluriel.
Pas de préposition après le quantifieur. Le français dit « beaucoup de livres », « trop de bruit », « peu de gens ». L’espagnol ne met rien : muchos libros, demasiado ruido, poca gente. Le quantifieur s’accorde, un point c’est tout. Autre réflexe à corriger : muy ne se place jamais devant un nom, il ne modifie que les adjectifs et les adverbes — mucho trabajo mais muy cansado.
Ces trois séries s’installent par l’usage plus que par le tableau : ce sont des mots de chaque phrase, et c’est en les entendant dans des phrases entières qu’on cesse d’hésiter entre este et ese ou entre mucho et muy.
Ces mots se pratiquent à voix haute. Le cours d’espagnol est entièrement audio, en leçons courtes : on y entend este, eso et sus dans des phrases dites par des locuteurs d’Amérique, jusqu’à ce que la forme vienne sans réfléchir. La première leçon est gratuite, la suite se fait par abonnement.
Choisissez la forme qui convient. La traduction ou la situation entre parenthèses indique ce qui est attendu. Touchez une réponse, puis Correction.
Même consigne. Attention aux mots qui se raccourcissent devant le nom et à ceux qui ne varient pas. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante pages qui se répondent, avec des exercices corrigés sur chacune. La langue telle qu'on la parle du Mexique à l'Argentine : ustedes partout, le voseo, le prétérit simple, et les deux murs du francophone — ser ou estar, et le subjonctif.
Lire une règle n'a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s'installe. Vous l'entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l'une ne donne pas accès à l'autre. Dans les deux cas, les leçons s'écoutent en ligne.
Oui, mais la logique est simple : este pour ce qui est de mon côté, ese pour ce qui est du côté de mon interlocuteur, aquel pour ce qui est loin des deux. À l’oral, le troisième degré sert surtout à éloigner dans le temps, comme dans aquella época, « cette époque-là ».
Un nom suit ou ne suit pas. este libro avec un nom derrière ; ¿qué es esto? quand rien n’est nommé. La forme en -o est invariable et ne se place jamais devant un nom : esto libro n’existe pas.
su et sus, parce que le pluriel de la deuxième personne y est toujours ustedes : dejen sus maletas acá. La forme vuestro n’y a aucun emploi. Le système complet est décrit sur tú, usted et ustedes.
Parce qu’une seule forme couvre « son » à lui, « son » à elle, « votre » à une personne vouvoyée, « leur » et « votre » à plusieurs. Quand le contexte ne suffit pas, on ajoute un groupe avec de : la casa de él, la casa de ustedes.
Non, jamais. otro refuse l’article indéfini : quiero otro café, otra vez. C’est l’une des fautes les plus reconnaissables chez les francophones, et elle se corrige en une semaine d’attention.
mucho devant un nom, et il s’accorde : mucho trabajo, mucha gente. muy ne se place jamais devant un nom ; il modifie les adjectifs et les adverbes, comme dans muy cansado.
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