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Cours de langues›L’adjectif et sa place

L’adjectif espagnol : la forme, la place, et le sens que la place change

L’accord de l’adjectif espagnol est plus régulier que le français, et s’apprend en une heure. Sa place, elle, se négocie mot par mot : un gran hombre et un hombre grande ne parlent pas du même homme.

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Deux questions, pas une

Chaque fois qu’un adjectif espagnol entre dans une phrase, il faut répondre à deux questions différentes : quelle forme lui donner, et où le mettre. La première a des réponses mécaniques, peu nombreuses, sans véritable exception. La seconde n’en a pas : elle dépend de ce que l’on veut dire.

La bonne nouvelle est que l’accord espagnol est plus simple que l’accord français. Il n’y a que deux familles d’adjectifs — ceux qui ont quatre formes et ceux qui n’en ont que deux — et l’oreille suffit presque toujours à trancher. La mauvaise nouvelle est que la position par défaut de l’adjectif espagnol n’est pas celle du français : il se place après le nom, et le déplacer devant n’est pas une élégance de style mais un changement de sens.

Cette page traite l’accord, l’apocope, la place et les degrés de comparaison. Elle ne traite pas le genre et le nombre du nom lui-même, qui relèvent de la page le genre et le pluriel : ici, le nom est donné, et l’adjectif se règle sur lui. Elle laisse aussi de côté la petite famille d’adjectifs qui changent de sens selon l’auxiliaire qui les porte, décrite sur la page les adjectifs à bascule.

L’accord : deux familles

Un adjectif espagnol se règle sur le genre et le nombre du nom qu’il qualifie, où qu’il se trouve dans la phrase. Le seul point à mémoriser est le nombre de formes dont il dispose.

Les adjectifs terminés par -o au masculin singulier en ont quatre. Tous les autres, ou presque, n’en ont que deux : une forme unique pour les deux genres, et son pluriel.

Les deux familles de l’accord
TypeMasculin singulierFéminin singulierMasculin plurielFéminin pluriel
en -oaltoaltaaltosaltas
en -egrandegrandegrandesgrandes
en consonnefácilfácilfácilesfáciles
en -zfelizfelizfelicesfelices
en -ortrabajadortrabajadoratrabajadorestrabajadoras

Le pluriel obéit à trois règles simples, les mêmes pour tous les adjectifs : voyelle finale, on ajoute -s ; consonne finale, on ajoute -es ; finale en -z, le z devient c devant -es.

La famille en -or rappelle qu’une finale consonantique n’interdit pas le féminin : les adjectifs en -or, -ón, -ín et -án ajoutent un -a comme les autres. llorón donne llorona, holgazán donne holgazana.

Les adjectifs de nationalité

Ils suivent les mêmes règles, avec une particularité : ceux qui finissent par une consonne ont un féminin en -a. Et ils s’écrivent avec une minuscule, contrairement au français.

On notera que francés perd son accent écrit au féminin et au pluriel : francesa, franceses. Ce n’est pas un caprice, et la règle qui le commande est expliquée sur la page l’accent et la tilde.

Deux noms de genres différents : masculin pluriel. Quand un même adjectif qualifie un nom masculin et un nom féminin, il se met au masculin pluriel : compré una mesa y un sillón nuevos, « j’ai acheté une table et un fauteuil neufs ». Le résultat sonne étrange à une oreille française lorsque le nom féminin est le plus proche de l’adjectif, mais la règle ne souffre pas d’exception. Quand la suite paraît vraiment maladroite, les locuteurs placent spontanément le nom masculin en dernier.

L’apocope : six adjectifs qui se raccourcissent

Devant le nom, certains adjectifs perdent leur dernière syllabe. C’est obligatoire, c’est limité à une liste courte, et cela ne vaut que dans cette position : dès que l’adjectif passe derrière le nom ou se trouve isolé, la forme longue revient.

L’apocope des adjectifs
Forme longueDevant le nomCondition
buenobuenmasculin singulier
malomalmasculin singulier
primeroprimermasculin singulier
tercerotercermasculin singulier
grandegranles deux genres, au singulier
santosandevant un prénom masculin

Deux remarques utiles. gran est le seul de la liste à valoir pour les deux genres : un gran país, una gran ciudad. Et santo garde sa forme entière devant les prénoms qui commencent par To- ou Do- : Santo Tomás, Santo Domingo.

Un phénomène identique touche certains déterminants — algún, cualquier, cien — et il est décrit avec eux sur la page démonstratifs et possessifs. Ne mélangez pas les deux listes : elles n’ont aucun mot en commun.

Avant ou après le nom

La position normale de l’adjectif espagnol est derrière le nom. Là, il fait son travail habituel : il distingue, il classe, il restreint. Un francophone doit résister à l’habitude de placer devant tous les adjectifs courts, parce que le français le fait pour beaucoup d’entre eux et l’espagnol non.

Placé devant, l’adjectif cesse de distinguer. Il ne sépare plus cet objet des autres : il ajoute un commentaire, souligne une qualité qu’on tient pour acquise, ou marque l’affection et l’emphase. C’est la position du ton soutenu, du récit, de la formule toute faite.

Quand la place change le sens

Pour une petite série d’adjectifs très courants, le déplacement ne change pas le ton : il change la signification. Devant le nom, le sens est figuré, affectif, subjectif. Derrière, il est littéral. C’est le point de la page qu’il faut retenir par cœur.

Le même adjectif, deux sens
Devant le nomSensDerrière le nomSens
un gran hombreun homme remarquableun hombre grandeun homme de grande taille
un pobre hombreun homme à plaindreun hombre pobreun homme sans argent
un viejo amigoun ami de longue dateun amigo viejoun ami âgé
mi antigua casala maison que j’habitais avantuna casa antiguaune maison ancienne
un nuevo carroune autre voiture, la suivanteun carro nuevoune voiture neuve
mi propia casama maison à moiuna casa propiaune maison dont on est propriétaire

Le test du déplacement. Avant de placer un adjectif devant le nom, demandez-vous s’il sert à distinguer l’objet des autres objets du même genre. S’il distingue, il va derrière : un carro rojo s’oppose à un carro azul. S’il ne distingue rien et ne fait qu’apprécier, il peut passer devant. Pour les six adjectifs du tableau ci-dessus, la question ne se pose même pas : la place décide du sens, et se tromper de place, c’est dire autre chose.

Le degré : plus, moins, autant, très

L’espagnol compare avec trois moules qui n’ont aucune irrégularité et se retiennent d’un coup. Le mot qui ferme la comparaison n’est pas le même selon le moule, et c’est là que les francophones hésitent.

Les trois comparatifs
RapportMouleExemple
supérioritémás + adjectif + quemás caro que — « plus cher que »
inférioritémenos + adjectif + quemenos caro que — « moins cher que »
égalitétan + adjectif + comotan caro como — « aussi cher que »

Une exception à surveiller : devant un nombre, on met de et non que. Tengo más de veinte libros, « j’ai plus de vingt livres ». Le français ne fait pas cette distinction, et l’erreur passe inaperçue à l’oral français : elle ne passe pas en espagnol.

Quatre comparatifs irréguliers

Quatre adjectifs disposent d’une forme comparative propre, sans más : mejor pour bueno, peor pour malo, mayor et menor pour l’âge. Ils n’ont qu’une forme pour les deux genres, et leur pluriel est mejores, peores, mayores, menores.

Pour la taille et le volume, l’Amérique préfère nettement les formes régulières : más grande et más chico s’entendent partout, et chico y est plus courant que pequeño. mayor et menor restent alors réservés à l’âge, ce qui rend le système plus clair qu’il n’y paraît.

Le superlatif relatif

Pour dire « le plus » ou « le moins » d’un ensemble, on garde le comparatif et on ajoute un mot devant, puis de pour désigner l’ensemble. C’est de, jamais l’équivalent du français « dans » : el más alto de la clase, et non une autre préposition.

L’intensité : muy et le suffixe -ísimo

Pour dire simplement « très », muy se place devant l’adjectif. Mais l’espagnol dispose d’un second procédé, beaucoup plus vivant et très employé en Amérique : le suffixe -ísimo, qui se colle à l’adjectif après suppression de sa voyelle finale. Il s’accorde comme n’importe quel adjectif en -o.

Le suffixe -ísimo et ses ajustements d’orthographe
AdjectifForme en -ísimoCe qui change
carocarísimorien
grandegrandísimorien
ricoriquísimoc devient qu
largolarguísimog devient gu
felizfelicísimoz devient c
fácilfacilísimol’accent écrit disparaît
jovenjovencísimoun c s’intercale

À côté de ces deux procédés généraux, chaque région a ses renforcements familiers. Dans le Río de la Plata, on préfixe re- à l’adjectif : re bueno, relindo. Au Chili, harto s’emploie couramment au sens de « très » ou « beaucoup ». Ces tournures sont familières et parfaitement claires pour tout le monde, mais elles signalent immédiatement le pays.

Ne confondez pas muy et mucho. muy modifie un adjectif ou un adverbe : muy cansado, muy temprano. mucho ne modifie pas un adjectif : il quantifie un nom, en s’accordant avec lui, et cet emploi est décrit sur la page démonstratifs et possessifs. Le francophone qui traduit « très » et « beaucoup » sans réfléchir produit régulièrement mucho cansado, qui n’existe pas.

Trois réflexes français à corriger

Ne pas mettre l’adjectif devant par défaut. Le français dit « une belle maison », « un petit problème », « une longue route ». L’espagnol met ces adjectifs derrière dès qu’ils servent à décrire et non à commenter. Quand vous hésitez, placez derrière : c’est la position neutre, et elle n’est jamais fautive au point de changer le sens.

Ne pas oublier l’accord au pluriel. Le pluriel espagnol s’entend, contrairement au pluriel français : difíciles et felices comptent une syllabe de plus que le singulier. Un adjectif laissé au singulier ne passe donc pas inaperçu à l’oral, alors que la même négligence est invisible en français.

Ne pas fabriquer un comparatif double. más mejor et más peor n’existent pas : la forme irrégulière contient déjà le comparatif. De même, on ne dit pas más bueno que pour comparer deux choses, mais mejor que.

L’accord se joue à l’oreille, pas au tableau. Un hispanophone n’applique pas une règle : il entend qu’une finale ne va pas. C’est exactement ce que construit le cours d’espagnol, entièrement audio, en leçons courtes de quatorze minutes, où les adjectifs arrivent dans des phrases entières dites par des locuteurs d’Amérique. La première leçon est gratuite, la suite se fait par abonnement.

Première série : l’accord et l’apocope

Choisissez la forme correcte de l’adjectif. La traduction entre parenthèses indique ce qui est attendu. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. Compramos unas sillas ___. (rouges)
  2. Son unos ejercicios ___. (faciles)
  3. Tengo una amiga ___. (française)
  4. Compré una mesa y un sillón ___. (neufs)
  5. Es una señora muy ___. (travailleuse)
  6. Fueron unos años ___. (heureuses)
  7. Es un ___ muchacho. (un bon garçon)
  8. Vivo en el ___ piso. (au premier étage)
  9. ¡Qué ___ ciudad! (quelle grande ville)
  10. La iglesia de ___ Tomás. (Saint Thomas)
  11. Tuvimos un día ___. (une mauvaise journée)
  12. Son unas calles muy ___. (très propres)

Seconde série : la place et les degrés

Choisissez la tournure qui rend exactement le sens indiqué entre parenthèses. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. Vi a ___ en el aeropuerto. (un ami de longue date)
  2. Es ___ que vive del campo. (un homme sans argent)
  3. Bolívar fue ___. (un homme remarquable)
  4. Me compré un celular ___. (un portable neuf)
  5. Este carro cuesta más ___ el otro. (que l’autre)
  6. Tengo más ___ veinte libros. (plus de vingt livres)
  7. Mi cuarto es tan grande ___ el tuyo. (aussi grande que la tienne)
  8. Este hotel es ___ que el otro. (meilleur que l’autre)
  9. Tengo un hermano ___. (un frère aîné)
  10. El examen me pareció ___. (très facile)
  11. El pastel estaba ___. (délicieux)
  12. Había una fila ___. (une file interminable)
  13. Compró el celular más caro ___ la tienda. (du magasin)
  14. Llegué ___ cansado. (très fatigué)

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Questions fréquentes

L’adjectif espagnol se place-t-il avant ou après le nom ?

Après, dans la très grande majorité des cas : un carro rojo, una ciudad tranquila. Il passe devant quand il ne distingue plus rien et se contente d’apprécier, comme dans mi querido amigo. En cas d’hésitation, placez-le derrière.

Quelle différence entre un gran hombre et un hombre grande ?

Le premier est un homme remarquable, le second un homme de grande taille. C’est la place qui décide, et la règle vaut pour une petite série d’adjectifs très courants : pobre, viejo, antiguo, nuevo, propio.

Quels adjectifs se raccourcissent devant le nom ?

Six : bueno, malo, primero, tercero devant un nom masculin singulier, grande devant les deux genres au singulier, santo devant un prénom masculin. Derrière le nom, la forme longue revient toujours.

Faut-il dire muy ou mucho devant un adjectif ?

muy : muy cansado, muy caro. mucho ne modifie jamais un adjectif ; il quantifie un nom et s’accorde avec lui. C’est l’une des fautes les plus fréquentes chez les francophones.

Le suffixe -ísimo est-il vraiment employé ?

Constamment, à l’oral comme à l’écrit, et en Amérique tout particulièrement : riquísimo, carísimo, facilísimo. Il dit un peu plus que muy, avec une nuance d’enthousiasme, et il s’accorde comme n’importe quel adjectif en -o.

Comment accorder un adjectif qui qualifie deux noms de genres différents ?

Au masculin pluriel : una mesa y un sillón nuevos. La règle n’a pas d’exception. Quand la suite paraît maladroite, les locuteurs placent simplement le nom masculin en dernier.

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