Vous employez déjà plusieurs de ces mots sans le savoir : chocolat, tomate, ouragan, canoë sont entrés en français par l’espagnol. Chacun vient d’une langue américaine, et la langue d’origine vous dit dans quelle région le mot est chez lui.
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L’espagnol a pris aux langues du continent quelques centaines de mots, et ces mots ne se distribuent pas au hasard : ils dessinent une carte. Certains ont gagné toute la langue et même le français ; d’autres ne sortent pas de leur pays. Savoir lequel est lequel évite de s’adresser à un Chilien avec du vocabulaire mexicain.
Quatre aires principales fournissent l’essentiel. Les Antilles, où le contact a commencé et d’où partent les mots les plus anciens et les plus universels. Le Mexique et l’Amérique centrale, où le nahuatl a fourni un vocabulaire du quotidien encore très vivant. Les Andes, où le quechua continue d’alimenter la conversation. Le Paraguay et ses régions voisines, où le guaraní est une langue de tous les jours. À quoi s’ajoute, plus discrètement, le mapudungun du sud du Chili et de l’Argentine.
Cette page traite les mots et les effets du contact. Elle ne raconte pas comment la langue est arrivée sur le continent : c’est le sujet de la page l’espagnol en Amérique. Et elle ne traite pas les mots d’origine espagnole qui changent d’un pays à l’autre, qui sont beaucoup plus nombreux et qui font l’objet de la page le mot change de pays.
Les langues des îles — le taíno d’abord, puis d’autres langues de la même famille et le caribe — ont été les premières rencontrées. Leur vocabulaire a donc voyagé avec la langue partout ensuite, y compris dans des régions où la chose désignée n’existait pas. C’est pourquoi ces mots-là ne sont pas régionaux : ils appartiennent à l’espagnol général, et personne ne les sent comme étrangers.
| Mot | Sens | En français |
|---|---|---|
| canoa | l’embarcation creusée | canoë, canot |
| huracán | le cyclone tropical | ouragan |
| hamaca | le hamac | hamac |
| maíz | le maïs | maïs |
| tabaco | le tabac | tabac |
| sabana | la plaine herbeuse | savane |
| barbacoa | la cuisson sur claie | barbecue |
| iguana | l’iguane | iguane |
| caimán | le caïman | caïman |
| cacique | le chef, et par extension le notable local | cacique |
La même origine a donné des noms d’aliments qui restent, eux, très employés en Amérique et beaucoup moins en Espagne.
Un détail qui explique un mot français. L’espagnol a d’abord reçu des îles batata, la patate douce, puis des Andes papa, le tubercule des hauts plateaux. En Espagne, les deux se sont mélangés et ont donné patata ; en Amérique, les deux mots sont restés distincts et désignent deux plantes différentes. Le français a pris les deux à son tour, patate et pomme de terre.
Le nahuatl était la langue véhiculaire d’une grande partie de la Mésoamérique, et il est resté une langue parlée. Son apport à l’espagnol du Mexique et de l’Amérique centrale ne concerne pas seulement des objets exotiques : il touche la cuisine, la maison, les rues, les insultes affectueuses, tout ce dont on parle sans y penser. Un francophone installé à Mexico en apprend une vingtaine dans sa première semaine.
Les mots suivants sont d’un usage constant au Mexique et souvent incompris ailleurs. Ils constituent, à eux seuls, une bonne part de l’impression d’étrangeté qu’un voyageur éprouve en arrivant de Madrid.
| Mot | Sens | Le mot général ailleurs |
|---|---|---|
| elote | l’épi de maïs tendre | mazorca |
| popote | la paille pour boire | pajita, sorbete selon les pays |
| tianguis | le marché en plein air | mercado, feria |
| guajolote | le dindon | pavo |
| mecate | la corde | cuerda |
| cuate | le copain, à l’origine le jumeau | amigo |
| chamaco | le gamin | niño, chico |
| papalote | le cerf-volant | cometa |
| milpa | le champ de maïs | pas d’équivalent simple |
| hule | le caoutchouc | caucho |
La même origine se lit dans la carte. Une longue série de toponymes du Mexique et du Guatemala sont nahuatls de bout en bout, et le nom du Mexique lui-même en fait partie, comme celui du Guatemala. Quand un nom de ville vous paraît impossible à prononcer et ne ressemble à rien de ce que vous connaissez, il y a de fortes chances qu’il ne soit pas espagnol du tout.
Le phénomène n’est pas limité au Mexique. Les noms de Cuba et d’Haïti viennent de la langue des îles ; ceux du Paraguay et de l’Uruguay contiennent un élément guaraní qui signifie l’eau ; une bonne partie des noms de montagnes, de fleuves et de villages des Andes est quechua. D’autres noms, et notamment celui du Chili, ont une origine discutée : là encore, il vaut mieux le dire que trancher.
Ces noms conservent parfois des sons ou des groupes de lettres que l’espagnol n’emploie pas ailleurs, ce qui explique qu’ils résistent à la lecture même pour un hispanophone d’un autre pays. Un Argentin bute sur des toponymes mexicains comme un Français sur des noms bretons ou basques, et personne n’y voit de difficulté de langue : c’est un fait de géographie.
Le quechua avait servi de langue d’administration à un empire, et il est resté une grande langue vivante, parlée du sud de la Colombie au nord de l’Argentine. Une partie de son vocabulaire est devenue panhispanique — c’est-à-dire employée partout, Espagne comprise — et une autre reste strictement andine ou sud-américaine.
| Mot | Sens | Où l’entendre |
|---|---|---|
| choclo | l’épi de maïs tendre | Andes, Chili, Río de la Plata |
| palta | l’avocat | Pérou, Bolivie, Chili, Argentine, Uruguay |
| poroto | le haricot | Cône sud et Andes |
| chacra | la petite exploitation, le lopin | Andes et Río de la Plata |
| carpa | la tente, le chapiteau | presque tout le domaine américain |
| guagua | le bébé | Chili, Pérou, Équateur, Bolivie |
| pucho | le mégot, la cigarette | Cône sud |
| ojota | la sandale, la tong | Andes et Río de la Plata |
| guano | l’engrais d’origine animale | partout, terme technique |
| mate | la calebasse, puis l’infusion qu’on y boit | Río de la Plata, Paraguay, sud du Brésil |
Deux mots guagua, aucun rapport entre eux. Celui-ci, andin, vient du quechua et désigne un bébé : ¡Qué linda guagua!, « quel joli bébé ! ». Aux Antilles et aux Canaries, un mot de forme identique désigne l’autobus, et il n’a rien à voir avec le quechua. Ce second mot est traité avec les autres noms de l’autobus à la page le mot change de pays.
Le Paraguay est le cas le plus remarquable du continent : le guaraní y est langue officielle à côté de l’espagnol, il est parlé par une large part de la population, y compris par des gens qui n’ont aucune ascendance indigène, et les deux langues se mêlent dans la conversation courante — un usage que les Paraguayens désignent eux-mêmes d’un nom, le jopara. Le guaraní et ses proches parents ont fourni à l’espagnol général une série de noms de plantes et d’animaux.
L’apport du mapudungun, langue du sud du Chili et d’une partie de la Patagonie argentine, est plus étroit mais très présent dans la conversation chilienne, où il alimente le registre familier.
Un mot mérite une réserve : l’origine de poncho est discutée, et on l’attribue selon les auteurs au mapudungun ou au quechua. Il est plus honnête de dire qu’elle n’est pas établie que de trancher.
Il faut être net sur l’ampleur du phénomène. Les langues du continent ont donné beaucoup de vocabulaire et très peu de grammaire : la conjugaison, l’ordre des mots et le système des temps de l’espagnol américain viennent de l’espagnol, et non d’ailleurs. Ce que le contact a produit se concentre dans les régions où le bilinguisme est massif et durable, et cela reste marqué régionalement.
Dans les Andes. Le possesseur peut être exprimé deux fois, comme dans de mi mamá su casa, « la maison de ma mère ». Le mot dizque sert à signaler qu’on rapporte les propos d’un autre. Le gérondif s’emploie plus largement qu’ailleurs, et no más ainsi que pues se fixent en fin de phrase comme des atténuateurs. Chez les locuteurs bilingues, les voyelles fermées et moyennes se rapprochent, ce que traite la page les accents d’Amérique.
Au Paraguay. Le guaraní laisse des particules et des tournures dans la phrase espagnole, et certains adverbes prennent une valeur qu’ils n’ont pas ailleurs — ainsi luego, employé pour renforcer, ou todo ya pour marquer l’achèvement.
Au Yucatán. Le maya, resté très vivant dans la péninsule, se fait entendre dans l’intonation et dans un vocabulaire local ; il a aussi donné à l’espagnol général le nom des puits naturels de la région, cenote.
Aucun de ces traits n’est à imiter par un apprenant, et aucun n’est nécessaire pour être compris. Il faut les connaître pour ne pas les entendre comme des fautes : ce sont des usages régionaux stables, portés par des millions de locuteurs.
Trois réflexes suffisent. D’abord, apprendre sans hésiter les mots devenus généraux : personne ne vous prendra pour un régionaliste parce que vous dites papa, cancha ou maíz. Ensuite, retenir un ou deux mots locaux du pays où vous allez, parce qu’ils portent une valeur d’accueil hors de proportion avec leur nombre. Enfin, ne pas les employer ailleurs : popote à Santiago ne sera pas compris, et pololo à Mexico non plus.
Ces mots ne sont pas du jargon. Ils figurent dans les dictionnaires courants, avec l’indication des pays où ils s’emploient, et ils appartiennent à tous les registres, y compris à l’écrit soigné et à la presse. Les traiter comme un parler pittoresque serait un contresens : au Mexique, elote est simplement le nom de la chose.
Un dernier repère, parce qu’il est fréquemment manqué : la plupart des mots qui vous surprendront en Amérique ne viennent pas des langues du continent. Ils sont d’origine espagnole et se sont spécialisés autrement selon les pays, comme l’automobile, l’autobus ou le téléphone. C’est un tout autre inventaire, et il est plus utile au voyageur que celui-ci : voyez le mot change de pays. Pour la vue d’ensemble du dossier, la page la grammaire complète ; l’ensemble des langues est accessible depuis la page de grammaire.
Chaque énoncé demande la langue d’origine du mot, ou la région où il est chez lui. Touchez une réponse, puis Correction.
Complétez avec le mot attendu dans la région indiquée. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante pages qui se répondent, avec des exercices corrigés sur chacune. La langue telle qu'on la parle du Mexique à l'Argentine : ustedes partout, le voseo, le prétérit simple, et les deux murs du francophone — ser ou estar, et le subjonctif.
Lire une règle n'a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s'installe. Vous l'entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l'une ne donne pas accès à l'autre. Dans les deux cas, les leçons s'écoutent en ligne.
Quelques centaines dans l’usage courant, dont une partie seulement est employée dans tout le domaine. Le reste est régional : un mot nahuatl est chez lui au Mexique, un mot quechua dans les Andes, et l’un ne sera pas compris sur le terrain de l’autre.
Ceux qui sont devenus généraux, oui, et vous en connaissez déjà plusieurs : maíz, papa, chocolate, cancha. Les mots strictement locaux s’apprennent sur place, et deux ou trois suffisent à faire bonne impression.
Très peu. Les effets de contact existent, mais ils restent régionaux et concentrés dans les zones de bilinguisme durable, comme les Andes et le Paraguay. La conjugaison et l’ordre des mots de l’espagnol d’Amérique sont ceux de l’espagnol.
Parce que l’espagnol a reçu deux mots distincts : batata, la patate douce des Antilles, et papa, le tubercule andin. En Espagne les deux se sont mélangés en un seul mot ; en Amérique ils sont restés séparés et désignent deux plantes.
Oui. Ils figurent dans les dictionnaires courants avec l’indication des pays où ils s’emploient, et ils s’écrivent dans la presse comme dans les livres. Ce ne sont ni des fautes ni un parler pittoresque.
Dans une faible mesure seulement. La plupart des mots qui changent d’un pays à l’autre sont d’origine espagnole et se sont spécialisés différemment : voyez le mot change de pays.
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