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Aquí, acá, ahí, allá : les trois distances et leurs doublets

Le français se débrouille avec « ici » et « là », et pousse « là-bas » quand il veut être précis ; l’espagnol distingue trois distances et double chacune d’une forme plus souple. En Amérique, ce sont les doublets acá et allá qu’on entend le plus, et un francophone qui n’emploie qu’aquí se repère tout de suite.

La première leçon est gratuite sur la plateforme web ou sur l’application mobile — deux abonnements distincts. Les leçons s’écoutent en ligne, et non sur ce site.

Trois distances au lieu de deux

Le français partage l’espace en deux : ce qui est près de moi, « ici », et tout le reste, « là ». L’espagnol le partage en trois, et il ajoute pour chaque zone une seconde forme, plus vague et plus mobile. Cela fait cinq mots à trier là où le francophone n’en attendait que deux, et c’est la raison pour laquelle il finit par tout dire avec aquí.

La bonne nouvelle est que le tri se fait sur une seule question : à quelle distance de qui ? Non pas une distance en mètres, mais une distance par rapport aux personnes qui parlent. Une fois cette question posée dans le bon ordre, les cinq mots se rangent d’eux-mêmes, et la préférence américaine pour deux d’entre eux devient un avantage : elle simplifie le choix au lieu de le compliquer.

Cette page tient l’inventaire des adverbes de lieu pleins, ceux qui situent quelque chose sans poser de question et sans relier deux propositions. Les démonstratifs, qui font le même travail devant un nom, sont décrits sur démonstratifs et possessifs. Le mot interrogatif qui réclame un lieu appartient à la page qué ou cuál, et son homographe sans tilde, celui qui accroche une proposition entière, à la page les relatives et dont. Le choix du verbe qui accompagne le lieu — annoncer qu’une chose existe ou dire où elle se trouve — est traité sur hay, está ou es ; nous employons ces verbes sans les commenter.

Une remarque d’orthographe avant de commencer : les cinq adverbes portent tous une tilde, aquí, ahí, allí, acá, allá, parce que la voix tombe sur leur dernière syllabe, et la règle qui commande cette marque est exposée sur l’accent et la tilde.

La série précise : aquí, ahí, allí

Les trois premiers adverbes désignent un point. Ils ne mesurent pas une longueur : ils disent de qui le point est proche.

Les trois distances
AdverbeZone désignéeExemple
aquílà où je suisAquí está tu café. — « Ton café est là, devant moi. »
ahílà où tu es, ou un point déjà repéréDéjalo ahí, sobre la silla. — « Laisse-le là, sur la chaise. »
allíloin de tous les deuxAllí trabajaba mi papá. — « C’est là que travaillait mon père. »

Le mot le plus utile des trois pour un francophone est ahí, parce qu’il n’a pas d’équivalent simple dans notre langue. Il désigne le côté de l’interlocuteur, ou un endroit dont on vient de parler, et il reste très vivant dans toute l’Amérique. Le troisième, allí, s’écrit et se comprend partout, mais il cède très souvent la place à son doublet allá dans la conversation américaine.

Trois mots qui se prononcent presque pareil. ahí, l’adverbe de lieu, hay, la forme verbale qui annonce une existence, et ay, le cri, se ressemblent assez pour que les hispanophones eux-mêmes les confondent à l’écrit. Retenez que l’adverbe est celui qui porte la tilde et qui s’appuie sur sa dernière syllabe. Le verbe est décrit sur hay, está ou es, le cri sur les interjections.

Les doublets acá et allá, et la préférence américaine

À côté de la série précise, l’espagnol possède deux formes qui désignent non pas un point mais une zone : acá, du côté de celui qui parle, et allá, du côté opposé. Remarquez d’emblée qu’il n’y en a que deux : la zone intermédiaire n’a pas de doublet, et c’est ahí qui garde tout le milieu.

Ces deux mots sont ceux qu’un voyageur entendra le plus sur le continent, de Mexico à Buenos Aires. La préférence est générale, et elle est particulièrement nette dans le Río de la Plata, où acá et allá occupent presque toute la place. Aquí n’y est pas incorrect — il est simplement plus rare à l’oral.

  • Ven para acá, te quiero mostrar una cosa. — « Viens par ici, je veux te montrer quelque chose. »
  • Acá la gente cena más tarde. — « Ici, les gens dînent plus tard. »
  • Allá lejos se ve el volcán. — « Là-bas au loin, on voit le volcan. »
  • Ya vamos para allá. — « Nous arrivons. »
  • Allá en mi pueblo todos se conocen. — « Là-bas, dans mon village, tout le monde se connaît. »

Deux propriétés que la série précise n’a pas

La première est utile tous les jours : acá et allá se laissent graduer. On peut en dire « un peu plus », « bien plus », parce qu’ils désignent une zone et non un point ; aquí et allí, eux, résistent à ce traitement.

  • Corre la mesa un poco más acá. — « Décale la table un peu plus par ici. »
  • La tienda está más allá, después del puente. — « La boutique est plus loin, après le pont. »
  • Siéntese más acá, que se oye mejor. — « Asseyez-vous plus près, on entend mieux. »

La seconde concerne le mouvement. Avec un verbe de déplacement, les formes en -á sont la tournure naturelle, et la préposition para ou hacia vient devant sans difficulté : para acá, hacia allá, de acá para allá, cette dernière expression désignant quelqu’un qui court d’un endroit à l’autre toute la journée.

Les groupes en por : une zone sans contour

Placez por devant l’un de ces adverbes et vous obtenez un endroit volontairement flou, celui que le français rend par « dans le coin », « quelque part par là ». C’est une tournure de conversation dont il serait dommage de se priver, parce qu’elle évite d’avoir à être précis.

  • ¿Hay una farmacia por acá? — « Il y a une pharmacie dans le coin ? »
  • Dejé el cargador por ahí y no me acuerdo del lugar. — « J’ai laissé le chargeur quelque part et je ne me souviens plus de l’endroit. »
  • Por allá el clima es más seco. — « Dans ces coins-là, le climat est plus sec. »
  • Nos vemos por acá mañana. — « On se voit dans le quartier demain. »

La série en a- : adentro, afuera, arriba, atrás

Second inventaire, et second écart avec ce que l’on apprend en classe. Pour dire « dedans », « dehors », « devant », « derrière », l’espagnol dispose de deux séries parallèles, l’une avec un a- initial et l’autre sans. La grammaire scolaire européenne réserve souvent les formes en a- au déplacement et garde les formes courtes pour la position immobile. L’Amérique ne fait pas ce partage : elle emploie les formes en a- dans les deux cas.

Les deux séries et l’usage américain
Forme courteForme américaine couranteSensExemple
dentroadentrodedansLos niños están adentro.
fueraafueradehorsTe espero afuera.
delanteadelantedevantSiga adelante dos cuadras.
detrásatrásderrièreEl estacionamiento queda atrás.
—arribaen hautMi cuarto está arriba.
—abajoen basLa cocina está abajo.

Quand un nom suit, ces adverbes réclament la préposition de, et l’on obtient les tournures atrás de la casa, adelante de mí, arriba de la mesa, très courantes en Amérique là où l’Espagne dirait plutôt detrás de, delante de, encima de. Les deux jeux de formes se comprennent partout ; ce sont les fréquences qui diffèrent, et c’est la version américaine qu’il faut produire pour ne pas sonner comme un manuel.

Dernière chose, et elle est très pratique : ces adverbes s’empilent avec ceux de la première partie. On combine une distance et une hauteur, une distance et un dedans, dans cet ordre, et le résultat est parfaitement courant.

Les adverbes qui réclament de

Reste la famille la plus nombreuse, celle des adverbes qui situent une chose par rapport à une autre. Ils fonctionnent tous de la même manière, et cette régularité est un cadeau : ils s’emploient seuls quand le point de référence est évident, et suivis de de quand on le nomme.

Seul, ou suivi de de
AdverbeSensSeulAvec un nom
cercaprèsVivo cerca.cerca de mi trabajo
lejosloinQueda lejos.lejos del centro
encimadessusPonlo encima.encima de la mesa
debajodessousMira debajo.debajo de la cama
al ladoà côtéSe sentó al lado.al lado de la panadería
enfrenteen faceEl banco está enfrente.enfrente de mi casa
alrededorautourHabía gente alrededor.alrededor de la plaza

Un francophone oublie ce de une fois sur deux, parce que sa langue possède des mots qui s’en passent : « sur la table », « sous le lit », d’un seul bloc. L’espagnol a bien ces mots-là aussi, sobre et bajo, et ils s’emploient sans de ; mais ce sont des prépositions, pas des adverbes, et l’on ne peut pas les laisser seuls en fin de phrase.

Les verbes de mouvement, eux, ont leurs propres exigences de préposition, et l’Amérique n’y fait pas les mêmes choix que l’Espagne ; ce chapitre est traité sur le verbe et sa préposition.

Trois pièges que le français tend

Traduire « là » par allí. C’est le piège le plus coûteux, parce qu’il produit un contresens. Dans « il n’est pas là », « je suis là », « reste là », le mot français désigne l’endroit où se trouve celui qui parle : l’espagnol y met aquí ou acá. On dit no está aquí pour « il n’est pas là », et aquí estoy pour « je suis là ». Réserver allá à ce qui est vraiment éloigné.

Chercher un pronom pour « y ». Le français a un petit mot pour reprendre un lieu déjà nommé : « j’y vais », « j’y étais hier ». L’espagnol n’en a pas. Ou bien l’on répète l’adverbe de lieu, ya voy para allá, ou bien l’on ne met rien du tout, et le verbe suffit : à la question ¿Vas al mercado?, la réponse ordinaire est Sí, voy. Un francophone débutant fabrique une suite de mots pour traduire « y » et se retrouve avec une phrase que personne ne dit.

Oublier le de. Cerca, encima, al lado, enfrente ne se posent pas directement devant un nom. Le test est simple : si le point de référence est prononcé, la préposition est obligatoire.

Ces trois habitudes disparaissent vite, parce que les adverbes de lieu reviennent dans chaque phrase de la vie ordinaire : on demande son chemin, on dit où l’on est, on fait asseoir quelqu’un. À raison de vingt occasions par jour, acá et allá finissent par venir tout seuls.

Ces petits mots s’apprennent en situation. Le cours d’espagnol est entièrement audio, en leçons courtes : on y entend para acá, allá arriba et por ahí dans des phrases dites par des locuteurs d’Amérique, au moment où l’on en a besoin — dans un taxi, dans une rue, à une porte. La première leçon est gratuite, la suite se fait par abonnement.

Exercices : les trois distances et leurs doublets

Choisissez l’adverbe qui convient. L’indication entre parenthèses précise la situation. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. Corre la mesa un poco más ___, que no pasa nadie. (un peu plus par ici)
  2. Ven para ___, te quiero mostrar una cosa. (par ici, on se déplace)
  3. Déjalo ___, sobre la silla que tienes al lado. (là, près de toi)
  4. Mis tíos viven ___ lejos, en la costa. (là-bas au loin)
  5. —¿Está Marcos? —No, no está ___; salió a almorzar. (il n’est pas là)
  6. Dejé el cargador ___ y ya no me acuerdo del lugar. (quelque part, sans précision)
  7. ¿Hay una farmacia ___? (dans le coin)
  8. Mi cuarto está ___, en el tercer piso. (là-haut)

Exercices : la série en a- et les locutions

Même consigne, avec les adverbes qui situent une chose par rapport à une autre. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. Los niños están ___, viendo tele. (à l’intérieur, tournure américaine)
  2. Te espero ___, en la puerta del cine. (dehors, tournure américaine)
  3. El estacionamiento queda ___ del edificio. (derrière, tournure américaine)
  4. La farmacia está ___ la panadería. (à côté de)
  5. Vivo ___ mi trabajo, a diez minutos caminando. (près de)
  6. Las llaves están ___ de la mesa. (dessus)
  7. La parada del bus queda ___ de mi casa. (en face de)
  8. Pusieron sillas ___ de la mesa grande. (autour de)

Toute la grammaire de l’espagnol d’Amérique latine

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Questions fréquentes

Quelle différence entre aquí et acá ?

Aquí désigne un point, acá une zone, ce qui lui permet d’être gradué : más acá existe, une forme équivalente sur aquí ne s’emploie pas. En Amérique latine, acá est nettement plus fréquent à l’oral, surtout avec un verbe de déplacement : ven para acá.

À quoi sert ahí, que le français ne traduit pas ?

Il désigne la zone intermédiaire : le côté de la personne à qui l’on parle, ou un endroit dont on vient de parler. Déjalo ahí, firme ahí. Le français emploie « là » dans les deux cas, ce qui explique pourquoi un francophone l’oublie.

Faut-il dire adentro ou dentro ?

En Amérique latine, adentro, même sans mouvement : los niños están adentro. Il en va de même pour afuera, adelante et atrás. Les formes courtes se comprennent partout, mais elles sonnent plus européennes.

Pourquoi dit-on cerca de mi casa et non cerca mi casa ?

Parce que cerca est un adverbe, et qu’un adverbe a besoin de la préposition de pour accrocher un nom. La règle vaut pour toute la famille : encima de, debajo de, al lado de, enfrente de, alrededor de. Seul est employé, sans complément, l’adverbe suffit : vivo cerca.

Comment traduire le pronom français « y » dans « j’y vais » ?

L’espagnol n’a pas de pronom équivalent. On reprend l’adverbe de lieu, ya voy para allá, ou bien on ne met rien : à ¿Vas al mercado? on répond Sí, voy. Chercher un mot à tout prix produit une phrase qui ne se dit pas.

Comment ne pas confondre ahí, hay et ay à l’écrit ?

L’adverbe de lieu est ahí, avec une tilde et la voix sur la dernière syllabe. Hay est une forme verbale qui annonce une existence, décrite sur hay, está ou es, et ay est un cri, traité sur les interjections.

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