Les deux formes traduisent souvent le même passé français, et pourtant elles ne disent pas la même chose. Le prétérit fait avancer le récit, l’imparfait tient le décor en place.
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L’espagnol dispose de deux passés simples, et il faut choisir entre eux à chaque verbe d’un récit. Ce n’est pas une nuance de style : les deux formes ne racontent pas la même chose. Ayer llovió annonce un fait daté, arrivé et terminé ; ayer llovía décrit le temps qu’il faisait pendant qu’autre chose se passait.
Un francophone possède déjà l’intuition nécessaire, car le français fait la même distinction : « il pleuvait » et « il a plu » ne sont pas interchangeables non plus. Mais la correspondance n’est pas automatique, et c’est là que le débutant se perd. Trois zones résistent : les durées chiffrées, les états qui ont un commencement, et une poignée de verbes qui changent carrément de sens selon le temps qui les porte.
Cette page traite le choix, et lui seul. Elle donne au passage les formes de l’imparfait, qui sont les plus régulières de la langue et tiennent en un tableau. Les formes du prétérit, en revanche, ne sont pas reprises ici : elles sont nombreuses et souvent irrégulières, et la page le prétérit leur est entièrement consacrée. Il vaut mieux les avoir sous la main avant d’aborder ce qui suit.
Un mot de méthode, enfin. Ce choix ne s’apprend pas comme une règle d’accord, en une fois et pour toutes. Il s’installe par la lecture et par l’écoute, et il se trompe encore longtemps sur les cas limites, y compris chez les apprenants avancés. Ce que vous pouvez obtenir vite, en revanche, c’est de ne plus vous tromper sur les cas ordinaires, qui représentent l’immense majorité des phrases.
C’est le temps le plus facile de l’espagnol. Deux séries de terminaisons, une pour les verbes en -ar et une pour les verbes en -er et -ir réunis, et trois verbes irréguliers en tout. Aucun changement de radical, aucune alternance de voyelle, rien à retenir en plus.
| Personne | caminar | beber | salir |
|---|---|---|---|
| yo | caminaba | bebía | salía |
| tú, vos | caminabas | bebías | salías |
| él, ella, usted | caminaba | bebía | salía |
| nosotros | caminábamos | bebíamos | salíamos |
| ellos, ellas, ustedes | caminaban | bebían | salían |
Deux remarques utiles. La première et la troisième personne du singulier sont identiques : yo salía et ella salía. Quand le contexte ne suffit pas, le pronom est exprimé, alors qu’il reste normalement sous-entendu. La seconde : les verbes en -er et en -ir ont exactement les mêmes formes, si bien qu’il n’y a pas à savoir à quel groupe appartient le verbe.
L’accent écrit se pose sur la première personne du pluriel des verbes en -ar (caminábamos) et sur toutes les formes des deux autres groupes, où il marque que le i forme une syllabe à lui seul.
| Personne | ser | ir | ver |
|---|---|---|---|
| yo | era | iba | veía |
| tú, vos | eras | ibas | veías |
| él, ella, usted | era | iba | veía |
| nosotros | éramos | íbamos | veíamos |
| ellos, ellas, ustedes | eran | iban | veían |
ver n’est d’ailleurs irrégulier qu’à moitié : il conserve simplement le e de son infinitif, là où l’on attendrait vía. Tous les autres verbes de la langue, y compris ceux qui bouleversent leur radical ailleurs, sont réguliers à l’imparfait : tener donne tenía, decir donne decía, poder donne podía.
L’imparfait ne raconte pas. Il installe une situation, et laisse le prétérit y faire entrer les événements. Quatre emplois couvrent presque tout.
Tout ce qui pose le cadre d’une scène : le lieu, le temps qu’il faisait, l’heure, l’âge et l’apparence des gens, leur humeur.
Une action répétée sans qu’on en compte les occurrences. C’est le « avant, je… » du français, et l’espagnol l’accompagne souvent d’un marqueur : antes, siempre, todos los días, cada verano, generalmente.
Une action déjà commencée et pas encore finie au moment dont on parle. C’est l’emploi qui permet à une autre action, au prétérit, de venir la couper. Le mot mientras est presque toujours suivi d’un imparfait.
Un emploi à part, très fréquent à l’oral : l’imparfait de quelques verbes sert à formuler une demande sans brusquerie, exactement comme le « je voulais vous demander » du français. Le fait n’est pas passé du tout.
Quand l’hésitation vient, trois questions suffisent presque toujours, et il faut les poser dans cet ordre.
Si le verbe rapporte quelque chose qui arrive et qui, une fois arrivé, permet de passer à la suite, c’est un prétérit. S’il décrit l’état du monde pendant que l’histoire avance, c’est un imparfait. Un récit alterne donc constamment les deux : les prétérits forment la chaîne des faits, les imparfaits remplissent les intervalles.
Trois verbes, deux prétérits pour les deux gestes, un imparfait pour la situation qu’ils encadrent. C’est le schéma de presque tous les récits.
Un début, une fin, un nombre de fois, une durée chiffrée : tout ce qui délimite l’action réclame le prétérit, même si le fait a duré des années. C’est le point qui surprend le plus, parce que le français emploie volontiers l’imparfait pour les longues durées.
Comparez : Mi abuela vivía en Lima ne dit rien de la durée et sert de décor à autre chose ; vivió cuarenta años enferme la durée entre deux bornes et en fait un fait accompli.
Certains mots accompagnent si régulièrement l’un des deux temps qu’ils servent d’indice. Ce ne sont que des indices : ils orientent, ils ne décident pas.
| Plutôt l’imparfait | Plutôt le prétérit |
|---|---|
| antes | ayer, anoche |
| todos los días, cada semana | una vez, dos veces |
| mientras | de repente |
| en esa época | el año pasado |
| cuando era niño | entonces, por fin |
Un marqueur ne commande rien. siempre passe pour un mot d’imparfait, et pourtant siempre te quise, « je t’ai toujours aimée », est un prétérit parfaitement normal : la phrase considère le sentiment comme un tout achevé. De même nunca se rencontre avec les deux temps. Fiez-vous à la première question, jamais au seul marqueur.
Voici la vraie difficulté, et elle est concentrée sur une courte liste. Pour ces verbes, le choix du temps ne change pas seulement la perspective : il change le sens, et la traduction française change avec lui. À l’imparfait, ils désignent un état ; au prétérit, le moment où cet état commence, ou l’acte qui le met en jeu.
| Verbe | Imparfait | Prétérit |
|---|---|---|
| saber | sabía — « je savais » | supe — « j’ai appris, j’ai su à ce moment-là » |
| conocer | conocía — « je connaissais » | conocí — « j’ai fait la connaissance de » |
| querer | quería — « je voulais » | quise — « j’ai voulu, j’ai essayé » |
| poder | podía — « j’étais capable de » | pude — « j’ai réussi à » |
| tener | tenía — « j’avais » | tuve — « j’ai reçu, j’ai eu à un moment précis » |
Les deux cas les plus tranchés méritent d’être retenus tels quels. no quiso ne signifie pas « il ne voulait pas » mais « il a refusé » : c’est un acte, pas un état d’âme. Et no pude ne signifie pas « je ne pouvais pas » mais « je n’ai pas réussi » : quelqu’un a essayé et a échoué. Le francophone qui emploie l’imparfait dans ces deux phrases se fait comprendre, mais dit autre chose que ce qu’il croit dire.
tuve que et tenía que ne s’équivalent pas non plus. Tenía que llamarlo laisse ouverte la question de savoir si l’appel a eu lieu ; tuve que llamarlo dit que l’obligation s’est présentée et que l’appel a bien eu lieu. Les autres façons d’exprimer l’obligation sont présentées sur la page les périphrases verbales.
Ne pas mettre l’imparfait devant une durée chiffrée. C’est la faute la plus fréquente, et elle vient directement du français : « j’habitais dix ans au Mexique » se dit naturellement chez nous, alors que l’espagnol exige viví diez años en México. Dès qu’un nombre d’années, d’heures ou de fois apparaît, la durée est bornée, et le prétérit est obligatoire.
Ne pas traduire le passé composé français par un imparfait. L’habitude scolaire de chercher « la même forme » conduit à des contresens, parce que le passé composé français recouvre justement ce que l’espagnol d’Amérique exprime par le prétérit. La question à se poser n’est pas « quelle forme le français emploie-t-il » mais « est-ce que ce verbe fait avancer le récit ». Le partage entre forme simple et forme composée en espagnol est d’ailleurs un autre sujet, traité sur la page les temps composés.
Ne pas hésiter à alterner dans la même phrase. Les débutants choisissent un temps et s’y tiennent pour tout un paragraphe, ce qui produit un récit soit sans relief, soit sans décor. Une phrase comme Estaba oscuro cuando salimos, « il faisait sombre quand nous sommes sortis », contient les deux, et c’est la norme plutôt que l’exception.
Ce choix s’acquiert par le récit entendu. Aucun hispanophone ne se demande s’il y a une borne : il a entendu des milliers d’histoires racontées, et l’alternance lui est venue avec elles. C’est ce que travaille le cours d’espagnol, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes bâties sur des scènes racontées par des locuteurs d’Amérique. La première leçon est gratuite, la suite se fait par abonnement.
Choisissez entre les deux temps du passé. Demandez-vous si le verbe fait avancer l’histoire ou s’il installe une situation. Touchez une réponse, puis Correction.
Ici le temps choisi change la traduction française. Lisez la phrase entière avant de répondre. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante pages qui se répondent, avec des exercices corrigés sur chacune. La langue telle qu'on la parle du Mexique à l'Argentine : ustedes partout, le voseo, le prétérit simple, et les deux murs du francophone — ser ou estar, et le subjonctif.
Lire une règle n'a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s'installe. Vous l'entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l'une ne donne pas accès à l'autre. Dans les deux cas, les leçons s'écoutent en ligne.
Une seule question suffit dans la grande majorité des cas : est-ce que ce verbe fait avancer l’histoire, ou est-ce qu’il décrit la situation pendant laquelle elle avance ? Le premier cas donne le prétérit, le second l’imparfait.
Parce que la durée est chiffrée, donc bornée : on considère les quarante années comme un bloc achevé. Vivía en Lima, sans durée, servirait de décor à un autre fait. La longueur ne joue aucun rôle, seule la présence d’une borne compte.
No quería décrit un état : l’envie n’était pas là. No quiso rapporte un acte : la personne a refusé. De même no podía dit une incapacité, alors que no pude dit qu’on a essayé et qu’on n’a pas réussi.
Trois, et pas un de plus : ser donne era, ir donne iba, ver donne veía. Tous les autres verbes de la langue sont réguliers à ce temps, y compris ceux qui sont très irréguliers ailleurs.
Non, ils orientent seulement. Siempre te quise, « je t’ai toujours aimée », est un prétérit tout à fait normal, parce que la phrase envisage le sentiment comme un tout achevé. Le sens de la phrase l’emporte toujours sur le marqueur.
C’est préférable, car les deux difficultés sont de nature différente et il vaut mieux les séparer. Les formes, dont les prétérits forts du type tuve ou dijo, sont réunies sur la page le prétérit.
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