Notre « depuis » recouvre deux idées que l’espagnol sépare, et notre « il y a » en recouvre une troisième. De là vient la confusion la plus tenace du francophone : hace tres años situe un point dans le passé, desde hace tres años mesure une durée qui continue.
La première leçon est gratuite sur la plateforme web ou sur l’application mobile — deux abonnements distincts. Les leçons s’écoutent en ligne, et non sur ce site.
« Ça fait trois ans que j’habite ici », « je suis arrivé il y a trois ans », « j’y ai vécu trois ans » : trois phrases françaises qui manipulent le même chiffre et disent trois choses différentes. L’espagnol les distingue par des outils distincts, et il ne pardonne pas l’approximation, parce que se tromper d’outil change le sens de la phrase.
Le système se range autour de trois questions. ¿Desde cuándo? demande le point de départ d’une situation encore vraie. ¿Cuánto tiempo? demande la longueur d’une tranche de temps. ¿Cuándo? demande un moment, et c’est précisément la question à laquelle cette page ne répond pas : les dates, les heures et les repères du calendrier sont sur la date et l’heure.
Quatre outils suffisent à couvrir presque tout : hace, desde, durante et dentro de. Nous ajoutons deux verbes qui disent la durée à eux seuls, llevar et le très américain tener + durée. Cette page n’explique aucun temps du verbe : elle prend les formes comme acquises et se concentre sur l’outil de durée. Le gérondif derrière llevar relève des périphrases verbales, et les emplois de por hors de la durée sont sur por ou para.
Pour dire « ça fait trois ans que j’habite ici », l’espagnol emploie le verbe hacer à la troisième personne du singulier, suivi de la durée, puis de que et de la phrase. Le verbe de la phrase reste au présent, comme en français, parce que la situation dure encore.
| Structure | Exemple | Français |
|---|---|---|
| hace + durée + que + verbe | Hace tres años que vivo acá. | Ça fait trois ans que j’habite ici. |
| verbe + desde hace + durée | Vivo acá desde hace tres años. | J’habite ici depuis trois ans. |
| question | ¿Cuánto tiempo hace que vives acá? | Ça fait combien de temps que tu habites ici ? |
| question abrégée | ¿Cuánto hace que estudias español? | Ça fait combien de temps que tu étudies l’espagnol ? |
| avec une négation | Hace dos años que no lo veo. | Ça fait deux ans que je ne le vois pas. |
Les deux premières lignes disent exactement la même chose et s’emploient autant l’une que l’autre. Dans la conversation de plusieurs pays, on entend aussi la durée posée directement après le verbe, sans desde : vivo acá hace tres años. Retenez d’abord les deux formes du tableau, qui passent partout.
Hace ne s’accorde jamais. Ce hace n’a pas de sujet : il ne compte pas les années, il les mesure. On dit donc hace tres años, hace veinte minutos, toujours au singulier. La forme hacen tres años s’entend dans la conversation de plusieurs pays d’Amérique, par attraction du pluriel qui suit, et elle est refusée par la norme comme par l’école : ne l’imitez pas. Le même moule transposé dans le passé emploie l’imparfait, hacía tres años que vivíamos ahí, et il reste tout aussi invariable.
C’est ici que se joue la moitié des fautes, et c’est une faute de sens, pas de forme. Les deux tournures se ressemblent à un mot près et disent deux choses opposées.
| Forme | Ce qu’elle dit | Exemple |
|---|---|---|
| hace + durée | un point du passé, l’action est finie | Llegó hace dos años. |
| desde hace + durée | une durée qui court toujours | Vive acá desde hace dos años. |
Llegó hace dos años répond à « quand est-il arrivé ? » et signifie « il est arrivé il y a deux ans ». L’arrivée est un événement ponctuel, terminé, et le verbe est au passé. Vive acá desde hace dos años répond à « depuis quand habite-t-il ici ? » et signifie « il habite ici depuis deux ans ». La situation dure, et le verbe est au présent.
Le test est simple et il ne rate pas : si le français dit « il y a », c’est hace seul ; si le français dit « depuis », c’est desde hace. Et comme le verbe suit la même logique, la forme verbale confirme le choix : passé d’un côté, présent de l’autre.
Une remarque qui rassure : avec une négation, la frontière s’efface presque, parce qu’une chose qui n’a pas eu lieu dure forcément. Hace dos años que no lo veo et no lo veo desde hace dos años disent la même chose, et les deux se disent. Le français fait exactement le même raccourci avec « ça fait deux ans que je ne l’ai pas vu ».
Le choix du temps dans ces phrases n’est pas le sujet de cette page : les formes du passé sont sur le prétérit et les temps composés. Retenez seulement l’appariement mécanique : hace seul appelle un passé, desde hace appelle un présent.
Quand le français dit « depuis » suivi non pas d’une durée mais d’un repère — une date, un jour, un âge, un événement — l’espagnol emploie desde tout seul. C’est la moitié facile du système, et elle se calque sur notre langue.
| Ce qui suit | Exemple | Français |
|---|---|---|
| une année | Vivo en esta casa desde 2019. | depuis 2019 |
| un jour | Está enfermo desde el martes. | depuis mardi |
| un mois | No llueve desde marzo. | depuis mars |
| un âge, une étape | Toca la guitarra desde chico. | depuis qu’il est petit |
| un verbe, avec que | Desde que llegué, no paro. | depuis que je suis arrivé |
| un renvoi au contexte | Desde entonces no hablamos. | depuis lors |
Deux points méritent attention. Desde que introduit un verbe conjugué, comme notre « depuis que », et il n’y a rien de plus à savoir : la phrase se construit naturellement. Et la question qui correspond à tout ce tableau est ¿desde cuándo?, à ne pas confondre avec ¿cuánto tiempo? : la première demande le point de départ, la seconde la longueur.
Un mot qui décide de tout. Mettez un repère derrière desde et vous obtenez un point de départ ; mettez hace et une durée derrière desde et vous obtenez une longueur comptée à partir d’aujourd’hui. Desde 2019 et desde hace seis años peuvent désigner le même moment, mais la première phrase le nomme et la seconde le mesure. Les deux sont correctes ; c’est celle du milieu, desde tres años, qui ne se dit pas.
Pour une tranche de temps close, celle que le français introduit par « pendant », l’espagnol dispose de trois solutions, et la troisième est la plus fréquente à l’oral : ne rien mettre du tout. La durée se pose alors directement après le verbe, comme un complément ordinaire.
| Forme | Exemple | Registre |
|---|---|---|
| sans préposition | Viví ahí dos años. | la plus courante à l’oral |
| durante | Viví ahí durante dos años. | neutre, fréquent à l’écrit |
| por | Me voy por dos semanas. | très employé en Amérique |
La nuance entre les deux prépositions est mince, et aucune ne sera jamais tenue pour une faute. Durante mesure le temps effectivement occupé par l’action ; por annonce plutôt une durée prévue, celle d’un séjour, d’un prêt, d’un contrat. « Je partirai pour deux semaines » se dit très naturellement me voy por dos semanas dans toute l’Amérique.
La question correspondante se pose avec ¿cuánto tiempo?, parfois renforcée par ¿por cuánto tiempo? quand on veut connaître la durée prévue d’un séjour : ¿por cuánto tiempo viene? à la frontière ou à l’hôtel. C’est une phrase que vous entendrez avant d’avoir eu le temps de l’apprendre.
À côté de hace, l’espagnol dispose d’un tour où le verbe porte lui-même la mesure du temps. Llevar suivi d’une durée signifie « être là depuis » : llevo tres años acá équivaut à hace tres años que estoy acá. Le verbe se conjugue, lui, au présent, et la durée le suit immédiatement.
Ce même verbe se construit aussi avec un gérondif, llevo dos horas esperando ; cette construction appartient à la famille décrite sur les périphrases verbales et nous n’y revenons pas ici.
Voici un tour que les manuels européens ne montrent pas et que vous entendrez dès la première semaine dans une bonne partie du continent : tener + durée, souvent suivi d’un gérondif ou d’un complément de lieu, exactement là où l’Espagne emploierait llevar.
La construction est très vivante au Mexique, en Amérique centrale, aux Caraïbes et au Venezuela, et elle se comprend bien au-delà ; nous préférons ne pas tracer une frontière précise, faute de pouvoir la garantir pays par pays. Llevar reste compris partout et ne vous trahira jamais, mais savoir reconnaître tengo dos años acá évite de chercher un complément qui n’existe pas : la phrase est complète.
Trois façons de dire la même chose. Hace tres años que vivo acá, llevo tres años acá et tengo tres años viviendo acá répondent toutes les trois à la même question. La première passe partout et s’écrit sans hésiter ; la deuxième est plus courte et très commode à l’oral ; la troisième vous fera sonner local dans les pays où on l’emploie. Un francophone gagne à produire la première et à reconnaître les deux autres.
Notre « dans trois jours » regarde vers l’avant, et l’espagnol lui réserve deux outils. Dentro de est le plus explicite et ne prête à aucune confusion. En fait le même travail et domine largement la conversation américaine.
La faute de francophone, ici, est d’aller chercher en dans le sens inverse, celui du temps mis à faire quelque chose. Les deux valeurs cohabitent en espagnol comme en français : lo hice en dos horas signifie « je l’ai fait en deux heures », et le temps du verbe suffit à trancher. Un passé désigne le temps employé, un futur ou un présent à valeur d’avenir désigne le délai.
Trois quarts d’heure de vocabulaire en une ligne. Les mots de durée les plus fréquents s’apprennent ensemble : un rato un moment, un segundo, un minuto, media hora, un cuarto de hora, un día entero, una quincena quinze jours, un rato largo. Avec hace, desde et durante devant eux, vous couvrez la quasi-totalité des phrases de durée d’une journée ordinaire.
Dire desde tres años. Une durée ne suit jamais desde tout seul. Il faut desde hace tres años, ou bien hace tres años que. Derrière desde seul, on ne met qu’un repère : une date, un jour, un événement.
Confondre le point et la durée. Llegué hace dos años dit quand je suis arrivé ; vivo acá desde hace dos años dit depuis combien de temps j’habite là. Interchanger les deux ne produit pas une phrase incorrecte : cela produit une phrase correcte qui dit autre chose, et personne ne vous corrigera.
Mettre un passé après hace... que. Si la situation dure encore, le verbe est au présent : hace tres años que vivo acá, et non hace tres años que viví acá, qui renvoie la vie en question dans un passé terminé. Le français fait le même choix, c’est la ressemblance qui fait oublier la règle.
Accorder hace. La forme reste au singulier quelle que soit la durée : hace veinte años. Le hacen qu’on entend dans plusieurs pays est signalé comme fautif à l’école.
Traduire « pendant » par por dans tous les cas. Les trois solutions — rien, durante, por — sont disponibles, et l’absence de préposition est la plus fréquente à l’oral : viví ahí dos años est la phrase que dirait un hispanophone.
Ces petits blocs s’installent par l’oreille. Le cours d’espagnol est entièrement audio, en leçons courtes : on y entend hace tres años que, desde hace et llevo dos horas dans des phrases dites par des locuteurs d’Amérique, jusqu’à ce que le bon outil arrive avant la réflexion. La première leçon est gratuite, la suite se fait par abonnement.
Choisissez l’outil de durée qui convient ; l’indication entre parenthèses donne le sens visé. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante pages qui se répondent, avec des exercices corrigés sur chacune. La langue telle qu’on la parle du Mexique à l’Argentine : ustedes partout, le voseo, le prétérit simple, et les deux murs du francophone — ser ou estar, et le subjonctif.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Hace tres años situe un point du passé et se traduit par « il y a trois ans » : llegó hace tres años. Desde hace tres años mesure une durée qui continue et se traduit par « depuis trois ans » : vive acá desde hace tres años. Le verbe suit : passé d’un côté, présent de l’autre.
Deux façons, aussi employées l’une que l’autre : hace tres años que vivo acá ou vivo acá desde hace tres años. Dans les deux cas le verbe reste au présent, parce que la situation dure encore.
Non. Derrière desde seul, on ne met qu’un repère : desde 2019, desde el martes, desde que llegué. Pour une durée, il faut desde hace tres años ou le moule hace tres años que.
Les deux sont correctes, et l’absence de préposition est la plus fréquente à l’oral : viví ahí dos años. Durante convient partout, et por s’emploie beaucoup en Amérique pour une durée prévue : me voy por dos semanas.
C’est la façon américaine de dire ce que d’autres expriment avec llevar : llevo tres años acá. La construction avec tener est très vivante au Mexique, en Amérique centrale, aux Caraïbes et au Venezuela. La phrase est complète telle quelle, rien ne manque après.
Hace dos años, toujours au singulier : cette forme ne s’accorde pas, car elle n’a pas de sujet. La variante hacen dos años s’entend dans la conversation de plusieurs pays d’Amérique, mais elle est refusée par la norme et signalée comme fautive à l’école.
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