Un même petit mot sert à se lever, à s’embrasser, à devenir fou et à laisser tomber un verre. Ce n’est pas un mot vide : chaque emploi de se a une valeur précise, et il suffit de les distinguer une fois.
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Un verbe pronominal est un verbe qui se conjugue accompagné d’un pronom de la même personne que son sujet : je me lève, tu te lèves, il se lève. L’espagnol construit la même chose avec une série de cinq formes, qui ressemblent beaucoup aux pronoms compléments mais ne jouent pas le même rôle.
| Sujet | Pronom | Exemple |
|---|---|---|
| yo | me | me levanto |
| tú, vos | te | te levantas |
| él, ella, usted | se | se levanta |
| nosotros | nos | nos levantamos |
| ellos, ustedes | se | se levantan |
Cinq lignes, et non six : le pluriel de la deuxième personne est ustedes, qui prend se comme une troisième personne. Le pronom se place avant le verbe conjugué et se soude aux infinitifs, aux gérondifs et aux ordres affirmatifs — quiero levantarme, levantándose, levántate — exactement comme les autres pronoms atones, dont la place est décrite sur les pronoms compléments.
Deux autres se existent en espagnol, et les confondre avec celui-ci coûte cher. Le se de se lo di n’est pas un pronominal : c’est un complément indirect qui a changé de forme, et il appartient entièrement à la page des pronoms compléments. Le se de se venden casas ou de aquí se trabaja mucho n’a pas de sujet identifiable : il relève de le passif et l’impersonnel. Le test est binaire : si l’on peut dire qui ou quoi fait l’action, on est sur la présente page.
C’est la valeur la plus simple et celle que le français partage. Le sujet fait quelque chose à lui-même, et le pronom désigne le sujet lui-même. Cette valeur couvre presque tout le vocabulaire de la journée, ce qui la rend rentable dès les premières leçons.
Notez la dernière phrase : l’espagnol dit las manos et non sus manos. Le pronom dit déjà à qui appartiennent les mains, et le possessif serait un doublon. Notez aussi bañarse, qui en Amérique latine s’emploie ordinairement pour la douche quotidienne, là où l’Espagne dit plutôt ducharse.
Au pluriel, la même forme peut dire tout autre chose : non plus que chacun agit sur lui-même, mais que les uns agissent sur les autres. Le contexte suffit presque toujours à trancher, car les deux lectures sont rarement vraisemblables en même temps.
Quand l’ambiguïté est réelle, l’espagnol la lève par un ajout : el uno al otro, entre ellos, mutuamente pour le réciproque, a sí mismo pour le réfléchi.
Une catégorie entière de verbes espagnols ne se rencontre jamais sans son pronom. Il n’y a rien à comprendre dans ces cas : le pronom fait partie du verbe, comme le « se » de « se souvenir » en français. On les apprend tels quels, à l’infinitif, pronom compris.
Beaucoup de ces verbes appellent une préposition fixe, et ce n’est pas toujours celle du français. Ces prépositions imposées se travaillent à part, sur la page le verbe et sa préposition ; ici, retenez seulement que le pronom, lui, est inséparable du verbe.
Le pronom se conjugue, même soudé. À l’infinitif, ces verbes se citent avec se : acordarse, quejarse, atreverse. Mais dès qu’on les emploie, le pronom prend la personne du sujet : quiero acordarme, tienes que acordarte, vamos a acordarnos. Laisser se partout est une faute très fréquente chez les francophones, dont la langue garde « se » à l’infinitif.
Voici la catégorie qui rapporte le plus. Une série de verbes très courants existe sous deux formes, avec et sans pronom, et les deux ne veulent pas dire la même chose. Ce ne sont pas des nuances : ce sont deux verbes différents qu’il faut apprendre par paires.
| Sans pronom | Avec pronom |
|---|---|
| ir — aller | irse — s’en aller, partir |
| dormir — dormir | dormirse — s’endormir |
| quedar — convenir d’un rendez-vous | quedarse — rester |
| llevar — porter, emmener | llevarse — emporter, prendre |
| acordar — convenir de | acordarse — se souvenir |
| olvidar — oublier | olvidarse — oublier, ne plus penser à |
| poner — mettre, poser | ponerse — devenir, se mettre à |
| volver — revenir | volverse — devenir |
| hacer — faire | hacerse — devenir |
| parar — arrêter | pararse — se mettre debout (Amérique) |
Le dernier cas mérite une mention particulière. Dans presque toute l’Amérique latine, pararse signifie « se mettre debout » : párate demande de se lever, alors qu’en Espagne le même verbe évoque l’arrêt. Un francophone qui a appris la valeur espagnole comprendra l’inverse de ce qu’on lui dit.
Le français dit « devenir » pour tout. L’espagnol répartit le travail entre quatre verbes pronominaux, et le choix ne dépend pas du goût : il dépend de la nature du changement.
| Verbe | Type de changement | Exemple |
|---|---|---|
| ponerse | passager, souvent une émotion ou une couleur | se puso nervioso |
| volverse | profond, involontaire, durable | se volvió desconfiado |
| hacerse | progressif ou voulu, souvent un statut | se hizo médico |
| quedarse | résultat d’un événement, souvent une perte | se quedó sin trabajo |
Le repère le plus sûr. ponerse s’emploie avec les adjectifs d’humeur, de santé et de couleur, et il annonce un état qui passera. volverse décrit un changement de caractère qu’on ne choisit pas. hacerse accompagne les noms de métier, de religion et de fortune. quedarse dit ce qu’on devient après avoir perdu quelque chose. Pour une carrière entière, l’espagnol dispose aussi de llegar a ser, qui n’est pas pronominal : llegó a ser presidente.
C’est la construction qui surprend le plus, et elle est partout dans la conversation. Quand un événement fâcheux arrive sans qu’on l’ait voulu, l’espagnol ne dit pas « j’ai cassé » mais quelque chose comme « le verre s’est cassé sur moi ». Trois éléments se suivent : se, puis le pronom de la personne concernée, puis le verbe, qui s’accorde avec la chose.
Le verbe suit la chose et non la personne : se me cayó el vaso au singulier, se me cayeron los vasos au pluriel. Et la personne n’est jamais sujet : on ne dit pas yo se me cayó.
Cette tournure n’est pas une politesse ni une manière de fuir sa responsabilité : c’est la façon ordinaire de raconter un accident, et un hispanophone l’emploie même quand la maladresse est flagrante. La forme non pronominale existe et dit autre chose : rompí el vaso signifie que je l’ai cassé exprès, ou du moins que j’assume le geste.
Ce n’est pas un impersonnel. La phrase a bien un sujet grammatical, la chose qui tombe ou qui se casse, et c’est ce qui range cette construction ici plutôt que sur le passif et l’impersonnel. Dans se venden casas, personne n’est identifiable ; dans se me cayó el vaso, le verre est là, et le verbe s’accorde avec lui.
Dernière valeur, plus discrète mais très fréquente à l’oral. Avec un verbe de consommation et un complément précis en quantité, le pronom ajoute l’idée que la chose a été épuisée, avalée, terminée. Sans lui, la phrase reste neutre.
La construction exige un complément déterminé : me comí el pan se dit, me comí pan ne se dit pas. C’est un bon signal à retenir, car il évite d’en mettre partout.
Plusieurs verbes courants sont pronominaux sur le continent alors qu’ils ne le sont pas en Espagne, ou l’inverse. Ce sont des formes qu’on entend toute la journée, et les employer place immédiatement votre espagnol du bon côté de l’Atlantique.
Ces cinq valeurs ne s’apprennent pas séparément dans la vraie vie : elles arrivent mêlées, dans des phrases courtes qu’on entend cent fois. C’est en les reconnaissant au passage qu’on cesse de se demander, devant un se, lequel des cinq on vient d’entendre.
Ces verbes se pratiquent à voix haute. Le cours d’espagnol est entièrement audio, en leçons courtes : on y entend me levanto, se puso et se me olvidó dans des phrases dites par des locuteurs d’Amérique, jusqu’à ce que le pronom vienne tout seul. La première leçon est gratuite, la suite se fait par abonnement.
Complétez avec la forme qui convient. L’indication entre parenthèses précise le sens attendu. Touchez une réponse, puis Correction.
Choisissez la forme pronominale qui convient au type de changement ou à la situation décrite. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante pages qui se répondent, avec des exercices corrigés sur chacune. La langue telle qu'on la parle du Mexique à l'Argentine : ustedes partout, le voseo, le prétérit simple, et les deux murs du francophone — ser ou estar, et le subjonctif.
Lire une règle n'a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s'installe. Vous l'entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l'une ne donne pas accès à l'autre. Dans les deux cas, les leçons s'écoutent en ligne.
Par le sujet. S’il existe un sujet identifiable, le se est pronominal : réfléchi, réciproque, changement d’état, accident ou achèvement. S’il n’y en a pas, on est dans le passif et l’impersonnel. Et si se est suivi de lo ou la, c’est un complément indirect déguisé, traité sur les pronoms compléments.
ponerse pour un état passager, surtout d’humeur ou de couleur : se puso nervioso. volverse pour un changement de caractère profond et involontaire : se volvió desconfiado. hacerse pour un statut acquis : se hizo médico.
Parce que l’espagnol présente l’accident comme arrivé à la personne, et non commis par elle. Le sujet grammatical est le verre, et le verbe s’accorde avec lui : se me cayeron los vasos au pluriel. La personne est marquée par le pronom me.
Il indique que la quantité a été épuisée. Comió el pastel est neutre ; se comió todo el pastel dit qu’il n’en reste rien. Cette valeur exige un complément déterminé : me comí el pan se dit, me comí pan non.
Me lavo las manos, avec un simple article. Le pronom dit déjà à qui appartiennent les mains, et le possessif ferait un doublon. Le même principe vaut pour toutes les parties du corps.
« Mets-toi debout. » Sur presque tout le continent, pararse veut dire se lever, alors qu’en Espagne le verbe évoque l’arrêt. C’est un des rares faux amis internes à la langue qui peut faire comprendre l’inverse de ce qui est demandé.
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