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Cours de langues›Adverbes en -mente

Former l’adverbe espagnol, et savoir où le mettre

Le français ajoute « -ment » à presque tout, et l’espagnol pourrait en faire autant avec -mente, mais il s’en sert avec beaucoup plus de retenue. En Amérique, c’est très souvent l’adjectif lui-même qui fait le travail, sans rien changer : habla claro, camina rápido, canta bonito.

La première leçon est gratuite sur la plateforme web ou sur l’application mobile — deux abonnements distincts. Les leçons s’écoutent en ligne, et non sur ce site.

Un suffixe qui ressemble au nôtre, et un réflexe qui le dépasse

« Lentement », « clairement », « facilement » : le français fabrique ses adverbes de manière à la chaîne, et l’espagnol possède exactement le même outil, lentamente, claramente, fácilmente. La ressemblance est si commode qu’elle piège : le francophone suffixe tout, et sa phrase sonne aussitôt comme un rapport administratif.

Cette page fait deux choses. Elle montre comment l’adverbe se fabrique, avec la seule règle qui compte et les deux surprises qu’elle réserve. Puis elle montre ce que l’espagnol dit à la place : l’adjectif nu, employé comme un adverbe et laissé invariable, et une réserve de groupes prépositionnels qui pèsent moins lourd qu’un mot de cinq syllabes. Elle finit par la question qu’on néglige toujours, celle de la place du mot dans la phrase, où le français impose un ordre que l’espagnol refuse.

Trois territoires voisins ne sont pas traités ici. Le degré n’en fait pas partie : muy et tan sont décrits sur la page l’adjectif et sa place, mucho, poco et demasiado sur démonstratifs et possessifs. Les adverbes négatifs, nunca, jamás, tampoco, appartiennent à la négation ; c’est là aussi que se trouve le nomás américain, dont nous ne retenons qu’un emploi, l’emploi restrictif de siéntese nomás, « asseyez-vous donc ». Enfin, la manière exprimée par un verbe au gérondif est un autre chapitre, celui des limites du gérondif.

Un mot d’orthographe, pour ne plus y revenir : l’adverbe conserve tel quel l’accent écrit de l’adjectif dont il sort, rápido donnant rápidamente et fácil donnant fácilmente, et le calcul de cette tilde est exposé sur l’accent et la tilde.

La fabrication : on part du féminin

La règle tient en une ligne et elle ne connaît pas d’exception : on prend la forme du féminin singulier de l’adjectif et on y colle -mente. Le masculin ne sert à rien dans l’opération, même quand c’est la forme que l’on connaît par cœur.

De l’adjectif à l’adverbe
AdjectifFéminin singulierAdverbeSens
lentolentalentamentelentement
rápidorápidarápidamenterapidement
claroclaraclaramenteclairement
tranquilotranquilatranquilamentetranquillement
cuidadosocuidadosacuidadosamentesoigneusement
últimoúltimaúltimamentedernièrement

Pourquoi le féminin ? Parce que -mente n’est pas un suffixe comme les autres : c’est un ancien nom féminin, celui de l’esprit, et claramente a commencé sa vie comme un groupe de deux mots, « d’un esprit clair ». L’adjectif s’accordait alors avec ce nom, et il en a gardé la trace. Cette petite histoire vaut mieux qu’une règle à retenir : elle explique le féminin au lieu de le décréter.

Les adjectifs qui n’ont qu’une forme

Un grand nombre d’adjectifs espagnols ne distinguent pas le masculin du féminin. Pour ceux-là, la question du féminin ne se pose pas : on suffixe la forme unique, sans rien ajouter.

L’adverbe ainsi formé est invariable pour toujours. Il ne prend ni féminin ni pluriel, quel que soit le sujet de la phrase : ellas contestaron amablemente, jamais une forme accordée. C’est déjà une manière de se rappeler qu’un adverbe n’appartient pas au nom.

Un seul -mente pour deux adverbes

Voici le détail qui distingue immédiatement un texte écrit par un francophone d’un texte écrit par un hispanophone. Quand deux adverbes en -mente se suivent, coordonnés par y ou par o, seul le dernier garde le suffixe : le premier reste au féminin de l’adjectif, tout nu.

Écrire lentamente y claramente n’est pas une faute de grammaire lourde, et on vous comprendra ; mais la répétition alourdit tellement la phrase que personne ne l’écrit. Le procédé économise une syllabe sur deux et il est la marque d’un espagnol tenu.

Tous les adjectifs ne donnent pas un adverbe. Le suffixe travaille sur les adjectifs de qualité et de jugement, pas sur ceux qui classent un objet : on ne fabrique pas d’adverbe sur une couleur ni sur un adjectif de pays, et pour bueno et malo la langue courante ne suffixe rien du tout — elle emploie bien et mal, qui sont déjà des adverbes. On dit el motor funciona bien et quedó mal hecho. Ce point est à retenir dès la première semaine, parce que c’est l’adverbe le plus fréquent de la langue.

L’adjectif employé comme adverbe, réflexe américain

Passons au trait qui rendra votre espagnol crédible en quinze jours. À côté de l’adverbe en -mente, qui existe et que personne ne conteste, l’espagnol emploie l’adjectif sans le modifier du tout derrière certains verbes. Le résultat n’est plus un adjectif : il ne décrit plus le sujet, il décrit l’action. Et il reste au masculin singulier, même si le sujet est une femme ou un groupe.

  • Habla claro, no te va a engañar. — « Il parle franchement, il ne va pas te tromper. »
  • Camina rápido, que ya es tarde. — « Marche vite, il est tard. »
  • Mi tía trabaja duro desde los quince años. — « Ma tante travaille dur depuis ses quinze ans. »
  • Esa señora canta bonito. — « Cette dame chante joliment. »
  • Mi abuela cocina rico. — « Ma grand-mère cuisine délicieusement. »
  • Respira hondo antes de contestar. — « Respire profondément avant de répondre. »
  • Habla bajo, el niño está dormido. — « Parle doucement, l’enfant dort. »

La tournure est vivante dans tout le monde hispanophone, mais elle est nettement plus large en Amérique, où bonito et rico s’emploient de cette façon dans la conversation ordinaire. Habla bonito ne veut pas dire qu’une personne est jolie : cela veut dire qu’elle s’exprime agréablement. Aucun manuel scolaire ne prépare le francophone à cela, et c’est pourtant ce qu’il entendra le premier jour.

Invariable : c’est tout le test

Voilà comment savoir si l’on a affaire à un adverbe ou à un attribut du sujet. S’il s’accorde, c’est un adjectif et il parle du sujet ; s’il ne s’accorde pas, c’est un adverbe et il parle de l’action. Les deux constructions existent côte à côte, et la différence de sens est réelle.

  • Las niñas llegaron cansadas. — « Les filles sont arrivées fatiguées. » on décrit les filles
  • Las niñas hablan claro. — « Les filles parlent franchement. » on décrit leur façon de parler
  • Los meseros salieron rápido. — « Les serveurs sont sortis vite. » jamais une forme accordée ici
  • La sopa quedó rica. — « La soupe est délicieuse. » on décrit la soupe
  • Mi mamá cocina rico. — « Ma mère cuisine délicieusement. » on décrit sa manière de cuisiner

La faute du francophone est toujours la même : il accorde. Il a appris que l’adjectif s’accorde, c’est vrai, mais l’adjectif employé en adverbe n’est plus un adjectif. Les règles d’accord et la place de l’adjectif devant ou derrière le nom sont traitées sur l’adjectif et sa place ; ici, retenez seulement qu’il ne bouge pas.

Deux précautions, cependant. Ce tour ne s’improvise pas avec n’importe quel verbe : il se pratique avec un stock de couples très fréquents, que l’on reconnaît à l’usage — hablar claro, caminar rápido, trabajar duro, cantar bonito, jugar limpio, pegar fuerte, respirar hondo. Et l’adverbe en -mente reste toujours possible, souvent plus écrit : habló claramente passe partout, à l’oral comme dans un courrier.

Ce que l’espagnol dit au lieu d’un adverbe

Un adverbe français en « -ment » se traduit très souvent par un groupe de deux ou trois mots. Ce n’est pas un pis-aller : c’est la tournure normale, et c’est celle qui manque le plus au francophone, parce qu’il ne la cherche pas.

Les groupes qui remplacent un adverbe
MouleExempleSens
con + nomTrabaja con cuidado.soigneusement
con + nomExplicó con calma.calmement
con + nomNos recibió con cariño.affectueusement
de manera + adjectifContestó de manera brusca.brusquement
de modo + adjectifLo resolvió de modo distinto.différemment
de forma + adjectifLo dijo de forma clara.clairement
sin + infinitifLe pisé el pie sin querer.sans le faire exprès
de + nomSe lo aprendió de memoria.par cœur
en + nomHablaron en voz baja.à voix basse

Un bon test pour s’entraîner : chaque fois que votre adverbe français dépasse quatre syllabes, cherchez d’abord le groupe. « Affectueusement » devient con cariño, « brusquement » devient de manera brusca, « par inadvertance » devient sin querer. La phrase gagne en naturel à chaque fois.

Les locutions qu’on apprend en bloc

Une autre famille ne se fabrique pas du tout : elle s’apprend comme un vocabulaire, et elle revient dans chaque conversation.

Locutions adverbiales courantes
LocutionSensExemple
a menudosouventViene a menudo a visitarnos.
de repentetout à coupDe repente se apagó la luz.
de prontosoudainDe pronto empezó a llover.
poco a pocopeu à peuPoco a poco se acostumbró.
en seguidatout de suiteEn seguida le traigo la cuenta.
de vez en cuandode temps en tempsDe vez en cuando cocinamos juntos.
por finenfinPor fin llegó el paquete.
de nuevode nouveauLo intentó de nuevo.
a propósitoexprèsNo lo hizo a propósito.
en seriosérieusementTe lo digo en serio.

Deux tournures d’Amérique à reconnaître. Dans une grande partie du continent, seguido s’emploie comme adverbe au sens de « souvent » — nos visita seguido — et il reste invariable comme les autres adjectifs passés à l’adverbe. Dans le Cône Sud, de a poco concurrence poco a poco. Et dans le Cône Sud comme dans les Andes, recién s’emploie seul devant un verbe conjugué pour dire qu’une chose vient tout juste d’arriver : recién llegué, « je viens d’arriver ». Cet emploi de recién est un marqueur régional très net ; il se comprend partout, mais on ne l’entend pas partout.

Où se met l’adverbe

On apprend à former l’adverbe et on oublie de demander où il se place. C’est pourtant là que le français fait commettre la faute la plus visible, parce qu’il a des habitudes que l’espagnol ne partage pas.

L’adverbe de manière suit le verbe. C’est la position par défaut, et elle ne surprend personne. Quand le verbe a un complément, les deux ordres se rencontrent, et aucun ne choque.

Devant un adjectif ou un autre adverbe, il passe devant. L’adverbe qui modifie un adjectif se place avant lui, sans exception, et le groupe se tient d’un bloc.

En tête de phrase, il porte sur tout l’énoncé. Déplacé au début et détaché par une virgule, l’adverbe ne qualifie plus le verbe : il commente la phrase entière, et il annonce le point de vue de celui qui parle. C’est une ressource d’écriture très employée.

Rien ne se glisse entre l’auxiliaire et le participe. Le français dit « j’ai toujours dit » et coupe son verbe en deux ; l’espagnol l’interdit et place l’adverbe avant le bloc : siempre he dicho lo mismo. Cette soudure de haber et du participe est décrite sur les temps composés.

Les quatre réflexes à corriger

Suffixer tout ce qui bouge. Le francophone produit des phrases où trois mots sur dix finissent en -mente. Le remède est mécanique : dès que l’adverbe est long, essayez le groupe, con cuidado, de manera brusca, en voz baja, ou l’adjectif nu quand le verbe l’accepte.

Accorder l’adjectif employé en adverbe. Ellas hablan claro et non une forme au féminin pluriel. L’accord transformerait l’adverbe en attribut et changerait le sens de la phrase : on décrirait les personnes au lieu de décrire leur façon de parler.

Répéter le suffixe dans une paire d’adverbes. Le premier des deux reste au féminin de l’adjectif : lenta y claramente. C’est un détail, et c’est précisément le genre de détail qui se remarque à la lecture.

Couper le verbe composé en deux. L’adverbe passe devant l’auxiliaire, jamais entre l’auxiliaire et le participe. Un francophone traduit mot à mot et produit une suite que personne ne dit.

Ces quatre réflexes ont un point commun : ils viennent du français, pas d’une ignorance de l’espagnol. Ils se corrigent en écoutant des phrases entières, où habla claro et con cuidado arrivent des dizaines de fois et finissent par sonner plus juste que la version longue.

Ces tournures s’attrapent à l’oreille. Le cours d’espagnol est entièrement audio, en leçons courtes : on y entend habla claro, con cuidado et de repente dans des phrases dites par des locuteurs d’Amérique, jusqu’à ce que le réflexe du groupe remplace celui du suffixe. La première leçon est gratuite, la suite se fait par abonnement.

Exercices : fabriquer l’adverbe

Choisissez la forme correcte. L’indication entre parenthèses donne le sens attendu. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. Ella maneja ___ por la carretera de montaña. (lentement)
  2. Habló ___ y todo el mundo entendió. (clairement)
  3. El trámite se hizo ___, en veinte minutos. (facilement)
  4. Nos explicó todo ___. (lentement et clairement)
  5. Las señoras nos contestaron ___. (aimablement)
  6. El motor del carro funciona ___. (bien)
  7. ___, nadie salió herido del accidente. (heureusement)
  8. El precio subió ___, sobre todo este mes. (dernièrement)

Exercices : choisir la tournure et la placer

Ici le suffixe n’est pas toujours la bonne réponse : groupe, locution ou adjectif invariable. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. Mis primas hablan ___ cuando algo no les parece. (franchement)
  2. Camina ___, que ya vamos tarde. (vite)
  3. Trabaja ___ para no romper nada. (avec soin)
  4. Contestó ___ y todos se quedaron callados. (de manière brusque)
  5. Perdón, le pisé el pie ___. (sans le faire exprès)
  6. Mi vecino viene ___ a tomar café con nosotros. (souvent)
  7. Nos visita ___ desde que se mudó cerca. (souvent, tournure américaine)
  8. ___ llegué del aeropuerto, ni saqué las maletas. (je viens juste d’arriver)
  9. Yo ___ lo mismo sobre ese tema. (j’ai toujours dit)
  10. Después de tres horas, el cuarto quedó ___. (complètement propre)

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Questions fréquentes

Comment forme-t-on un adverbe en -mente ?

On prend le féminin singulier de l’adjectif et on y colle le suffixe : lenta → lentamente, rápida → rápidamente. Si l’adjectif n’a qu’une forme pour les deux genres, on suffixe cette forme unique : fácil → fácilmente, amable → amablemente. L’adverbe obtenu ne s’accorde jamais.

Faut-il dire habla claro ou habla claramente ?

Les deux existent. Habla claramente passe partout, y compris à l’écrit ; habla claro est la tournure de la conversation, très vivante en Amérique, où l’adjectif sert d’adverbe et reste invariable. On dit donc ellas hablan claro, sans accord.

Pourquoi écrit-on lenta y claramente et non lentamente y claramente ?

Parce que dans une série d’adverbes coordonnés, seul le dernier porte le suffixe. Les précédents restent au féminin de l’adjectif : rápida y cuidadosamente, seca pero amablemente. Répéter le suffixe alourdit la phrase et ne s’écrit pas.

Pourquoi les hispanophones emploient-ils moins d’adverbes en -mente que nous ?

Parce qu’ils disposent de deux autres ressources qu’ils préfèrent : l’adjectif nu derrière le verbe, camina rápido, et le groupe prépositionnel, con cuidado, de manera brusca, en voz baja. Règle pratique : si votre adverbe français dépasse quatre syllabes, cherchez d’abord le groupe.

Peut-on dire he siempre dicho comme en français ?

Non. L’espagnol ne laisse rien passer entre l’auxiliaire et le participe : on dit siempre he dicho lo mismo, avec l’adverbe devant le bloc verbal. Cette soudure est décrite sur la page les temps composés.

Existe-t-il un adverbe formé sur bueno et sur malo ?

La langue courante n’en fabrique pas : elle emploie bien et mal, qui sont déjà des adverbes. On dit funciona bien, quedó mal hecho. Plus généralement, tous les adjectifs ne donnent pas un adverbe en -mente : ceux qui classent un objet, une couleur ou un pays, par exemple, n’en donnent pas.

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