Rapporter une phrase, ce n’est pas la répéter : il faut reculer ses temps, retourner ses repères et parfois changer son verbe de direction. Un francophone bute surtout sur l’ordre rapporté, parce que « il m’a dit de venir » ne se traduit jamais par me dijo de venir.
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Quand on raconte ce qu’un autre a dit, la phrase d’origine subit trois transformations à la fois : le verbe recule d’un cran dans le temps, les mots qui désignent le lieu et le jour se déplacent avec le narrateur, et un ordre change carrément de mode. Les trois se font ensemble, et c’est pourquoi l’exercice paraît difficile alors que chaque opération, prise seule, est mécanique.
Le français fait exactement les mêmes trois choses, ce qui est une très bonne nouvelle : la logique est déjà en place. Ce qui change, ce sont deux ou trois détails de construction, et ils sont assez visibles pour trahir immédiatement un francophone qui ne les a jamais vus.
| Ce qui a été dit | Ce que l’on rapporte |
|---|---|
| Estoy cansada. | Ana dijo que estaba cansada. |
| Mañana te llamo. | Dijo que al día siguiente me llamaba. |
| Espérame aquí. | Me dijo que lo esperara ahí. |
Cette page traite l’assertion rapportée et l’ordre rapporté. Elle ne rapporte aucune question : pregunté si venía, no sé dónde está et toute l’interrogation indirecte sont sur la page qué ou cuál, qui les possède avec le reste de la question. Elle ne fabrique non plus aucune forme : les terminaisons du conditionnel sont sur futur et conditionnel, celles du subjonctif sur fabriquer le subjonctif, et le choix du mode après un verbe de volonté ou de sentiment sur après que. Ici, on suppose ces formes connues et l’on s’occupe du passage d’une phrase à l’autre.
Le mécanisme se déclenche au premier mot. C’est le verbe de parole qui décide si les temps reculent, et c’est lui qui donne la couleur de ce que l’on rapporte : la même information n’a pas le même poids selon qu’on la dice, qu’on la comenta ou qu’on la advierte.
| Verbe | Ce qu’il ajoute | Exemple |
|---|---|---|
| decir | neutre, le verbe par défaut | Dijo que no podía venir. |
| contar | raconter, avec des détails | Me contó que se mudó a Bogotá. |
| comentar | mentionner en passant | Comentó que el examen estaba difícil. |
| avisar | prévenir à l’avance, par courtoisie | Me avisó que iba a llegar tarde. |
| advertir | mettre en garde contre une conséquence | Nos advirtió que el camino estaba cerrado. |
| responder, contestar | répondre à ce qui vient d’être dit | Respondió que no sabía nada. |
| agregar | ajouter à ce qu’on vient de dire | Agregó que el precio ya estaba pagado. |
| aclarar | préciser pour éviter un malentendu | Aclaró que la reunión era el jueves. |
| asegurar | affirmer avec certitude | Aseguró que el paquete llegaba hoy. |
Retenez agregar : c’est le verbe de l’Amérique pour « ajouter » dans ce contexte, là où l’Espagne emploie plus volontiers añadir. Les deux se comprennent partout, mais celui qu’on entend dans une conversation ou qu’on lit dans un journal mexicain, colombien ou argentin est agregar.
Le petit mot que introduit obligatoirement ce qui est rapporté, et il se répète devant chaque morceau coordonné. Le français accepte « il a dit qu’il était fatigué et allait se coucher » ; l’espagnol remet le que.
Les deux dernières lignes méritent qu’on s’y arrête : même pour rapporter un simple « oui » ou un simple « non », l’espagnol garde le que. On dit dijo que sí, dijo que no, et jamais dijo sí. C’est un de ces petits blocs qu’il faut apprendre tel quel, parce qu’il revient dix fois par conversation.
Rapporter ou citer. À l’écrit, l’espagnol distingue les deux par la ponctuation. La citation directe d’un dialogue s’ouvre par un tiret long, et le verbe de parole s’insère derrière elle sans que : —Ya llegué —dijo Ana. Le discours rapporté, lui, n’a ni tiret ni guillemets, et il exige que : Ana dijo que ya había llegado. Mélanger les deux systèmes, en écrivant un tiret puis un que, produit une phrase que personne n’écrit.
Voici le tableau qui règle la question, et il n’a que six lignes. Il s’applique quand le verbe de parole est au passé — dijo, contó, comentó — c’est-à-dire dans la grande majorité des cas, puisqu’on rapporte d’ordinaire ce qui a déjà été dit.
| Temps de la phrase dite | Temps de la phrase rapportée | Exemple |
|---|---|---|
| présent | imparfait | Estoy cansado → Dijo que estaba cansado. |
| prétérit | plus-que-parfait | Llegué ayer → Dijo que había llegado el día anterior. |
| passé composé | plus-que-parfait | Ya terminé → Dijo que ya había terminado. |
| futur | conditionnel | Te llamaré → Dijo que me llamaría. |
| ir a + infinitif | iba a + infinitif | Voy a salir → Dijo que iba a salir. |
| impératif | imparfait du subjonctif | Llámame → Me dijo que lo llamara. |
Trois temps ne bougent pas, parce qu’ils sont déjà au fond du passé ou déjà hypothétiques : l’imparfait reste imparfait, le plus-que-parfait reste plus-que-parfait, le conditionnel reste conditionnel.
La cinquième ligne du tableau est celle qui sert le plus en Amérique latine, où l’avenir se dit le plus souvent avec ir a et un infinitif. Rapportée, la périphrase garde sa forme et recule simplement son auxiliaire : voy a llamarte devient dijo que iba a llamarme. La manière ordinaire d’exprimer l’avenir est décrite sur futur et conditionnel ; ici, on ne retient que le recul.
Le décalage n’est pas une mécanique aveugle. Deux situations le suspendent, et il faut les connaître, sous peine de parler comme un exercice de manuel.
Le verbe de parole est au présent. Quand on rapporte à chaud, dans la minute, rien ne change du tout : dice que viene mañana. C’est la forme la plus fréquente dans la conversation, parce qu’on rapporte le plus souvent ce qui vient d’être dit, au téléphone ou dans la pièce à côté.
Le fait rapporté est toujours vrai. Si l’information reste valable au moment où l’on parle, le présent se garde très bien : me dijo que tiene dos hermanos est parfaitement naturel, parce que ses deux frères existent encore. Mettre tenía n’est pas une faute, mais cela suggère que la situation appartient au passé.
Ce que l’on entend vraiment pour le prétérit. Le tableau demande le plus-que-parfait, et c’est ce qu’on écrit : dijo que había llegado tarde. Dans la conversation de tous les jours, en Amérique comme ailleurs, le prétérit se garde souvent tel quel : dijo que llegó tarde. Personne ne vous reprendra, et l’ordre des faits reste clair. Sachez produire la forme du tableau, et ne soyez pas surpris d’entendre l’autre.
C’est le point où un francophone se fait repérer à coup sûr. En français, on rapporte un ordre avec un infinitif : « il m’a dit de venir », « elle m’a dit de fermer la porte ». Cette construction n’existe pas en espagnol. L’ordre rapporté passe par que et par le subjonctif, et l’infinitif n’a rien à faire là.
| Ordre donné | Rapporté au passé | Français |
|---|---|---|
| Llámame. | Me dijo que lo llamara. | « Il m’a dit de l’appeler. » |
| Espérame aquí. | Me dijo que lo esperara ahí. | « Il m’a dit de l’attendre là. » |
| Cierra la puerta. | Me dijo que cerrara la puerta. | « Elle m’a dit de fermer la porte. » |
| No manejes tan rápido. | Me dijo que no manejara tan rápido. | « Il m’a dit de ne pas conduire si vite. » |
| Traigan sus documentos. | Nos dijo que lleváramos nuestros documentos. | « Il nous a dit d’apporter nos papiers. » |
Quand le verbe de parole est au présent, l’ordre rapporté reste au présent du subjonctif : dile que venga temprano, dice que la esperemos. C’est le même mécanisme que pour les temps, avec un cran de moins.
Notez le double visage de decir. Suivi de l’indicatif, il rapporte une information : me dijo que venía, « il m’a dit qu’il venait ». Suivi du subjonctif, il rapporte un ordre : me dijo que viniera, « il m’a dit de venir ». Le verbe ne change pas, le mode fait tout le travail, et la raison pour laquelle un ordre appelle le subjonctif est expliquée sur après que.
Le calque à ne jamais produire. Me dijo de venir n’est pas de l’espagnol, et c’est pourtant la phrase que tout francophone fabrique le premier mois. La règle tient en une ligne : après un verbe de parole, ce qui suit est une phrase complète introduite par que, jamais une préposition suivie d’un infinitif. Dès que vous entendez « de » dans votre phrase française, remplacez-le par que et conjuguez.
Rapporter, c’est parler d’un autre endroit et d’un autre jour. Tous les mots qui pointaient vers la position de celui qui parlait doivent donc pivoter vers la position de celui qui raconte. Le français le fait aussi, mais l’espagnol ajoute un basculement que le français ne connaît pas, celui des verbes de mouvement.
| Dans la phrase dite | Dans la phrase rapportée |
|---|---|
| aquí, acá | ahí, allí, allá |
| este, esta | ese, esa |
| hoy | ese día, aquel día |
| ayer | el día anterior |
| mañana | al día siguiente |
| ahora | entonces, en ese momento |
| la semana que viene | la semana siguiente |
| venir | ir |
| traer | llevar |
Les possessifs et les pronoms suivent le même mouvement : le mi de celui qui parlait devient su, et le te qu’il m’adressait devient me quand c’est moi qui raconte. Les formes de ces pronoms sont sur les pronoms compléments ; seul le basculement nous occupe ici.
Voici le basculement proprement espagnol. Venir décrit un déplacement vers l’endroit où se tient celui qui parle, et traer un objet apporté vers lui. Ces deux verbes sont donc bien plus étroitement attachés à la position du locuteur que leurs équivalents français, et quand la position change, le verbe change avec elle.
Le mouvement se fait donc dans les deux sens : ce qui était ir devient venir si je raconte depuis la destination, et ce qui était venir devient ir si je raconte depuis ailleurs. Une seule question à se poser avant de choisir : où suis-je, moi qui raconte ? C’est la même question que pour aquí et allá, dont les trois degrés sont détaillés sur aquí, acá, allá.
Il reste un cas très courant, et il est américain : rapporter une information tout en marquant qu’on ne la prend pas à son compte. Le français dispose de « paraît-il », « d’après lui », « soi-disant » ; l’espagnol a deux outils, dont un que les manuels européens ne montrent jamais.
Según nomme la source de l’information sans verbe de parole. La phrase qui suit reste à l’indicatif et ne recule pas, puisque según n’est pas un verbe conjugué.
Dizque, en un seul mot, vient de dice que et s’est figé en marqueur de propos rapporté. Il se pose devant la phrase et signifie à peu près « il paraît que », avec une nuance de distance : celui qui parle transmet sans se porter garant.
On l’entend surtout au Mexique, en Amérique centrale, en Colombie, en Équateur et au Pérou. Il appartient à la langue parlée et n’a pas sa place dans un courrier officiel ; en revanche, ne pas le reconnaître fait perdre le fil d’une conversation entière, puisqu’il annonce que tout ce qui suit est à prendre avec réserve.
Une nuance qui se glisse aussi devant un nom. Le même mot se place parfois devant un nom pour le mettre en doute : el dizque experto, « le soi-disant spécialiste ». La valeur est identique — ce que d’autres disent, et que le locuteur ne reprend pas à son compte — mais la phrase devient franchement ironique. À reconnaître plutôt qu’à produire, tant qu’on ne maîtrise pas le ton.
Rapporter un ordre avec un infinitif. Me dijo de venir est la faute numéro un, et elle vient directement du français. La forme est me dijo que viniera.
Laisser tomber le second que. Chaque proposition rapportée reprend que : dijo que estaba cansado y que se iba. Sans lui, la seconde partie de la phrase semble venir du narrateur et non de la personne citée.
Oublier de faire pivoter les repères. Dijo que hoy no trabajaba raconte une histoire différente de dijo que ese día no trabajaba : le premier parle d’aujourd’hui, le second du jour où la phrase a été dite. Même remarque pour aquí laissé en place alors qu’on raconte ailleurs.
Reculer les temps quand rien ne l’exige. Si le verbe de parole est au présent, ou si le fait rapporté est encore vrai, on garde le présent : dice que viene, me dijo que tiene dos hermanos. Le décalage automatique produit un espagnol correct mais raide, qui sent l’exercice.
Ces quatre réflexes valent presque autant que le tableau des temps, parce qu’ils portent sur des phrases qu’on dit tous les jours : ce que le patron a demandé, ce que le chauffeur a répondu, ce que la voisine a raconté.
Rapporter, c’est ce que l’on fait le plus dans une conversation. Le cours d’espagnol est entièrement audio, en leçons courtes : on y entend me dijo que, dice que et dizque dans des échanges dits par des locuteurs d’Amérique, jusqu’à ce que le décalage se fasse sans calcul. La première leçon est gratuite, la suite se fait par abonnement.
La phrase entre parenthèses est celle qui a été prononcée. Choisissez la forme qui convient dans la version rapportée. Touchez une réponse, puis Correction.
Même consigne, avec des ordres à rapporter et des repères à faire pivoter. Attention au point de vue de celui qui raconte. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante pages qui se répondent, avec des exercices corrigés sur chacune. La langue telle qu’on la parle du Mexique à l’Argentine : ustedes partout, le voseo, le prétérit simple, et les deux murs du francophone — ser ou estar, et le subjonctif.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Par me dijo que viniera. L’espagnol ne rapporte jamais un ordre avec une préposition suivie d’un infinitif : me dijo de venir n’existe pas. Si le verbe de parole est au présent, l’ordre reste au présent du subjonctif : dice que vengas.
Non. Deux situations l’en dispensent : un verbe de parole au présent (dice que viene) et un fait encore vrai au moment où l’on parle (me dijo que tiene dos hermanos). Le décalage systématique donne un espagnol correct mais artificiel.
Parce que venir désigne un déplacement vers l’endroit où se tient celui qui parle, et que cet endroit change quand on rapporte. Même chose pour traer, qui devient llevar. La question à se poser est toujours la même : où suis-je, moi qui raconte ?
Il vient de dice que et signifie « il paraît que », avec l’idée que le locuteur transmet sans garantir. On l’entend surtout au Mexique, en Amérique centrale, en Colombie, en Équateur et au Pérou, dans la langue parlée. Devant un nom, il devient ironique : el dizque experto.
Oui, devant chaque proposition : dijo que estaba cansado y que se iba a dormir. Le que se garde même pour rapporter un simple oui ou un simple non : dijo que sí, dijo que no.
Le mécanisme est différent et il appartient à une autre page : le pregunté si venía, no sé dónde está. L’interrogation indirecte, avec la tilde qu’elle conserve, est traitée sur qué ou cuál.
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