Le français n’a plus de suffixe vivant pour agrandir ou pour rapetisser un mot, et l’espagnol d’Amérique en emploie à chaque phrase. La difficulté n’est pas de savoir ce qu’ils veulent dire, c’est de choisir entre -ito, -cito et -ecito sans se tromper de finale.
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Un francophone qui veut dire « un petit café » n’a qu’une solution : ajouter un adjectif. L’espagnol, lui, modifie le mot lui-même, et il le fait si souvent que la version suffixée devient la forme normale de la conversation. Encore faut-il la construire : café donne cafecito et non cafeito, mujer donne mujercita et non mujerita, flor donne florecita.
C’est là tout le sujet de cette page. Elle ne cherche pas à vous convaincre d’employer ces suffixes — ce travail est fait ailleurs — mais à vous donner le mécanisme, parce qu’un suffixe mal fabriqué s’entend immédiatement, alors qu’un suffixe absent passe pour de la réserve. Trois suffixes diminutifs concurrents, quatre suffixes augmentatifs, des retouches de lettres, une tilde qui disparaît : rien d’insurmontable, mais rien qui se devine.
Ce que ces formes signifient au juste, et pourquoi leur absence rend un francophone sec aux oreilles d’un Mexicain ou d’un Colombien, est décrit sur la page le mot change de pays. Retenez seulement ceci avant d’attaquer les formes : le diminutif espagnol ne parle presque jamais de taille. Un cafecito n’est pas une petite tasse, et un momentito n’est pas un instant plus court qu’un autre.
Trois territoires voisins restent en dehors de cette page. L’accord et la place de l’adjectif, avec son apocope, sont sur l’adjectif et sa place. La règle qui décide du genre et du pluriel des noms est sur le genre et le pluriel ; on verra plus bas que le suffixe ne la dérange pas. Enfin, les formules qui servent à demander, à saluer et à remercier sont rassemblées sur politesse et titres : le suffixe y fait une apparition, mais il n’en est pas le sujet.
Les trois formes sont le même suffixe : -ito est le noyau, le c et le e sont des béquilles que la langue ajoute quand la rencontre des sons serait inconfortable. La finale du mot de départ décide, et c’est donc elle qu’il faut regarder — pas le sens, pas le genre, pas la longueur.
| Finale du mot de départ | Suffixe | Exemples |
|---|---|---|
| -o ou -a non accentués | -ito, -ita, la voyelle tombe | libro → librito, casa → casita, gato → gatito, mesa → mesita |
| -e, mot de deux syllabes ou plus | -cito, -cita | madre → madrecita, noche → nochecita, pobre → pobrecito, grande → grandecito |
| -n ou -r, mot de deux syllabes ou plus | -cito, -cita | mujer → mujercita, joven → jovencito, camión → camioncito, amor → amorcito |
| voyelle accentuée en fin de mot | -cito, -cita | café → cafecito, mamá → mamacita, papá → papacito |
| mot d’une seule syllabe terminé par une consonne | -ecito, -ecita | flor → florecita, pan → panecito, luz → lucecita |
| autres finales de consonne | -ito, -ita | árbol → arbolito, papel → papelito, reloj → relojito |
Lisez le tableau à l’envers pour vérifier que vous l’avez compris : -cito arrive après un -e, après un -n, après un -r et après une voyelle qui porte la voix. Partout ailleurs, c’est -ito tout court, sauf pour la poignée de mots d’une seule syllabe, qui réclament la forme longue parce que le résultat serait trop court sans elle.
Un point où l’usage hésite, et il faut le savoir. Plusieurs mots admettent deux formes selon la région et selon la génération, et personne ne vous corrigera pour avoir choisi l’une plutôt que l’autre. Le tableau ci-dessus donne la solution majoritaire, non une loi sans exception : la forme que vous entendez autour de vous, sur place, est toujours celle qu’il faut adopter.
Deux ajustements automatiques accompagnent le suffixe. Ils ne changent rien à la prononciation du radical, et c’est précisément pour cela qu’ils existent : la lettre s’adapte pour que le son reste. C’est la source des fautes écrites les plus fréquentes chez les francophones, parce qu’elles ne s’entendent pas.
Le suffixe commence par un i. Or l’espagnol lit certaines consonnes autrement devant i et e que devant a, o et u : la valeur de chaque lettre est détaillée sur l’alphabet et les sons. La conséquence est mécanique.
| Le mot finit par | On écrit | Exemples |
|---|---|---|
| -co, -ca | qu | chico → chiquito, poco → poquito, cerca → cerquita, boca → boquita |
| -go, -ga | gu | amigo → amiguito, trago → traguito, amiga → amiguita |
| -gua | gü | agua → agüita, lengua → lengüita |
| -z | c | lápiz → lapicito, luz → lucecita, nariz → naricita |
Les trois premières lignes se prononcent exactement comme le mot de départ : chiquito garde le k de chico, amiguito garde le g dur de amigo. Écrire chicito ou amigito ne produit pas une faute d’inattention : cela produit un mot qui se lit autrement. La quatrième ligne, elle, ne change rien du tout à l’oreille en Amérique, où z et c notent le même son — voyez le seseo et le yeísmo.
Le suffixe attire la voix sur lui. Le mot suffixé a donc un nouveau sommet, et l’accent écrit du mot de départ n’a plus de raison d’être : il s’efface, toujours, sans exception.
Écrire cancióncita ou pájarito est donc une faute double : une tilde en trop, et une tilde au mauvais endroit. Inversement, la forme suffixée n’en prend jamais de nouvelle, parce qu’elle se termine toujours par une voyelle et que la voix tombe sur l’avant-dernière syllabe. La règle générale qui commande cette marque écrite est exposée sur l’accent et la tilde.
Le mécanisme est commun à toute la langue, mais le continent a ses préférences, et elles sont assez marquées pour qu’un Espagnol les remarque. Quatre points valent la peine d’être connus si vous voulez que vos formes sonnent américaines.
Les mots dont le radical contient ie ou ue prennent souvent la forme longue en Espagne, ce qui a pour effet de défaire la diphtongue. L’Amérique choisit presque toujours la forme courte, qui la conserve.
| Mot de départ | Forme courante en Amérique | Forme fréquente en Espagne |
|---|---|---|
| puerta | puertita | puertecita |
| viejo | viejito | viejecito |
| pueblo | pueblito | pueblecito |
| cuento | cuentito | cuentecito |
Quelques mots gardent malgré tout la forme longue de part et d’autre de l’Atlantique, et le plus courant d’entre eux est nuevecito, « tout neuf », qu’on entend dans toute l’Amérique. Retenez la tendance, pas une loi : la forme courte est le choix par défaut du continent.
Même préférence pour la brièveté sur les mots d’une seule syllabe. La norme attend panecito et trenecito ; on entend très largement pancito et trencito en Amérique du Sud, et piecito pour pie là où l’Espagne dit piececito. Les deux séries sont comprises partout.
Quand le mot de départ se termine par t suivi d’une voyelle, une aire bien délimitée remplace le t par la série en -ico : le Costa Rica, plusieurs pays des Antilles, dont Cuba et la République dominicaine, et une partie de la Colombie, Medellín et l’Antioquia en particulier. Ailleurs, le suffixe ordinaire s’applique et l’on dit ratito, momentito, gatito.
Le procédé est si caractéristique qu’il sert de marqueur régional à l’oreille : entendre un momentico place presque à coup sûr votre interlocuteur dans l’une de ces trois aires. Notez bien la condition, qui est souvent mal comprise : il faut un t devant. Un mot comme casa ne donne jamais casica, il donne casita partout.
Voici le trait qui déconcerte le plus les francophones, parce que le français ne peut rien de semblable : en Amérique, le suffixe se pose aussi sur des adverbes, sur des adjectifs et jusque sur des formes verbales.
Ces formes ne veulent pas dire « un peu » : elles ajustent le ton, et ce qu’elles ajustent au juste dépend du pays. Le cas de ahorita, qui n’annonce pas le même délai selon l’endroit où on le prononce, est traité sur le mot change de pays.
Rien n’interdit d’empiler. On construit un premier diminutif, puis on le traite comme un mot ordinaire et on recommence : chico donne chiquito, puis chiquitito ; ahora donne ahorita, puis ahoritita, et ahoritica dans l’aire du -ico. Le procédé appartient à la conversation et à la parole adressée aux enfants ou aux proches ; il ne s’écrit guère.
Les prénoms suivent les mêmes règles, à ceci près que la finale peut réapparaître derrière le suffixe : Juan donne Juanito, Ana donne Anita, Luis donne Luisito, et Carlos donne Carlitos, avec son s conservé à la fin. Ces formes ne sont pas réservées aux enfants : un homme de soixante ans peut s’appeler Carlitos pour tout son quartier.
Bonne nouvelle, et elle tient en trois lignes. Le suffixe conserve le genre du mot de départ, même quand sa terminaison semble dire le contraire : el camión donne el camioncito, la flor donne la florecita, el papel donne el papelito. Et le pluriel se forme sur le mot suffixé, une fois le suffixe en place : las casitas, los camioncitos, unas florecitas. La règle du genre et celle du pluriel elles-mêmes sont exposées sur le genre et le pluriel ; le suffixe ne les dérange pas.
Un mot fait parler de lui, et il vaut mieux le signaler que le cacher : mano. Dans une grande partie de l’Amérique, le diminutif est manito ; dans d’autres zones, et en Espagne, c’est manita. Les deux formes s’entendent, les deux sont notées par les grammaires, et le mot reste féminin dans les deux cas : on dit la manito comme on dit la mano. Il n’y a donc pas de règle à retenir ici, seulement un usage à observer là où vous êtes.
On les enseigne rarement, et c’est dommage : ils sont partout dans la conversation américaine, et ils ne se contentent pas d’agrandir. Chacun porte une couleur, et se tromper de suffixe ne produit pas une nuance mais un autre message.
| Suffixe | Ce qu’il ajoute | Exemples |
|---|---|---|
| -ón, -ona | la taille, ou le défaut de celui qui en fait trop | un hombrón, una casona, un narizón, un llorón, un mandón |
| -ote, -ota | la taille, sur un ton familier, souvent affectueux | grandote, muchachote, librote, gordote |
| -azo, -aza | l’admiration, le coup, l’événement marquant | un carrazo, un golazo, un exitazo, un codazo |
| -ucho, -ucha | le mépris, la mauvaise qualité | una casucha, un cuartucho, delgaducho |
Le suffixe a deux emplois nettement séparés. Sur un nom, il agrandit : un hombrón est un colosse, una casona une grande maison ancienne. Sur une base verbale, il désigne celui qui fait la chose trop souvent, et le mot devient un reproche affectueux ou non selon le ton.
Attention aux anciens augmentatifs devenus des mots ordinaires. Plusieurs noms très courants sont d’anciennes formes en -ón qui n’agrandissent plus rien et vivent leur vie : el cajón est un tiroir, el sillón un fauteuil, el cucharón une louche. Remarquez qu’ils sont masculins alors que la caja, la silla et la cuchara sont féminins : le suffixe a fixé le genre avec le mot. Et un callejón n’est pas une grande rue, c’est une ruelle. Ces mots s’apprennent au vocabulaire, pas au suffixe.
C’est le suffixe le plus familier des quatre, et il est particulièrement vivant au Mexique, où l’on l’entend du matin au soir. Il ne juge pas nécessairement : tout dépend de la voix.
Celui-là mérite qu’on s’y arrête, parce qu’il fait deux choses opposées et que le contexte seul départage. Sur un objet ou un résultat, il exprime l’admiration : la chose est remarquable, pas seulement grande. Sur une partie du corps ou sur un instrument, il désigne le coup donné avec.
| Valeur | Formation | Exemples |
|---|---|---|
| l’admiration | sur un nom d’objet ou de résultat | un carrazo, un golazo, un exitazo, un partidazo |
| le coup | sur la partie du corps ou l’objet qui frappe | un codazo, un cabezazo, un rodillazo, un balazo, un portazo |
Notez manotazo, formé sur mano avec un t qui s’intercale : la série des coups comporte quelques formes de ce genre, qui s’apprennent comme du vocabulaire. Et retenez la conséquence pratique : entendre -azo ne signifie pas automatiquement qu’on parle de violence. Un carrazo est une belle voiture, pas un accident de voiture.
Il est franchement négatif et ne connaît pas d’usage affectueux. Employez-le en connaissance de cause, ou contentez-vous de le reconnaître.
Les augmentatifs obéissent aux mêmes principes d’écriture que les diminutifs : la lettre du radical s’ajuste quand le son l’exige, et la tilde du mot de départ s’efface, puisque c’est le suffixe qui prend la voix. Le mécanisme est le même d’un bout à l’autre de la page : le suffixe devient le sommet du mot, le radical s’aligne derrière lui.
Elles sont peu nombreuses, elles reviennent toutes, et elles se corrigent en une séance parce qu’elles sont toutes de la même nature : on applique le suffixe sans regarder la finale du mot.
Coller -ito partout. cafeito, mujerita, florita, jovenito n’existent pas. Prenez l’habitude de regarder la dernière lettre avant d’ajouter quoi que ce soit : un -e, un -n, un -r ou une voyelle accentuée réclament le c.
Oublier la retouche de lettre. chicito et amigito ne se lisent pas comme chico et amigo : il faut chiquito et amiguito. Même chose pour agüita, avec son tréma, et pour lapicito, avec son c.
Garder la tilde du mot de départ. cancióncita et pájarito sont impossibles ; ce sont cancioncita et pajarito. La voix a déménagé sur le suffixe, la marque écrite n’a plus rien à signaler.
Défaire la diphtongue comme en Espagne. Dire puertecita ou viejecito en Amérique n’est pas une faute, mais cela s’entend comme un accent d’Espagne. Le continent dit puertita et viejito.
Lire -azo comme un coup dans tous les cas. Un exitazo est un triomphe, un partidazo un match magnifique, un carrazo une très belle voiture. Le suffixe des coups et le suffixe de l’admiration sont le même, et c’est le nom de départ qui tranche.
Une dernière remarque, qui vaut pour tous ces suffixes : ils s’installent par l’imitation, pas par le tableau. Un hispanophone n’applique aucune règle en disant cafecito ; il a entendu le mot dix mille fois. Les six lignes du premier tableau servent à comprendre ce que vous entendez, et à ne pas fabriquer de monstre le jour où vous devez inventer une forme nouvelle.
Ces suffixes se prennent à l’oreille. Le cours d’espagnol est entièrement audio, en leçons courtes : on y entend cafecito, ratico et grandote dans des phrases dites par des locuteurs d’Amérique, jusqu’à ce que la bonne forme arrive avant la réflexion. La première leçon est gratuite, la suite se fait par abonnement.
Choisissez la forme diminutive correcte du mot indiqué. Touchez une réponse, puis Correction.
Chaque énoncé précise la région ou l’effet attendu. Choisissez la forme qui convient. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante pages qui se répondent, avec des exercices corrigés sur chacune. La langue telle qu’on la parle du Mexique à l’Argentine : ustedes partout, le voseo, le prétérit simple, et les deux murs du francophone — ser ou estar, et le subjonctif.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
On regarde la finale du mot, et elle seule. Un -o ou un -a non accentués donnent -ito (casita). Un -e, un -n, un -r ou une voyelle qui porte la voix donnent -cito (madrecita, jovencito, mujercita, cafecito). Les mots d’une seule syllabe terminés par une consonne donnent -ecito (florecita).
Parce que le suffixe commence par un i, et qu’un c devant i ne se lit plus comme dans chico. La lettre change pour que le son reste : chiquito, poquito, amiguito, agüita, lapicito. La valeur de chaque lettre est détaillée sur l’alphabet et les sons.
Jamais. Le suffixe prend la voix, donc l’accent écrit du mot de départ s’efface : árbol donne arbolito, canción donne cancioncita, camión donne camioncito. La règle générale est exposée sur l’accent et la tilde.
Au Costa Rica, dans plusieurs pays des Antilles, dont Cuba et la République dominicaine, et dans une partie de la Colombie, l’Antioquia en particulier. La condition est que le mot se termine par t suivi d’une voyelle : ratico, gatico, patica. Ailleurs, le suffixe ordinaire s’applique.
Non. Le genre du mot de départ se conserve, même si la terminaison suggère le contraire : el camioncito, la florecita. Le pluriel se forme ensuite sur le mot suffixé : las casitas. Le seul mot qui fasse hésiter est mano, dont le diminutif est manito dans une grande partie de l’Amérique et manita ailleurs, le mot restant féminin dans les deux cas.
Non, et c’est la confusion la plus fréquente. Sur une partie du corps ou sur un objet qui frappe, oui : un codazo, un portazo, un balazo. Sur un nom de chose ou de résultat, le suffixe exprime l’admiration : un carrazo est une très belle voiture, un exitazo un triomphe.
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