Le turc ne crée pas de nouveaux suffixes pour ses temps composés. Il pose un élément de passé derrière un verbe déjà conjugué — et obtient d’un coup notre imparfait, notre plus-que-parfait et notre « j’allais ».
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Prenez un verbe entièrement conjugué au présent : geliyor. Ajoutez derrière lui l’élément de passé, puis le suffixe de personne : geliyordum, je venais. Rien de neuf n’a été inventé — deux pièces connues ont été empilées. Voir l’agglutination.
L’élément de passé a huit visages : -dı, -di, -du, -dü après une consonne sonore, -tı, -ti, -tu, -tü après une consonne sourde, avec une consonne de liaison quand le mot porteur finit par une voyelle. D’où geliyordu mais gelmişti, okuyordu mais yapmıştı. Voir l’harmonie vocalique et les mutations de consonnes.
Les personnes se rangent derrière : geliyordum, geliyordun, geliyordu, geliyorduk, geliyordunuz. Un détail à ne pas manquer : à la troisième personne du pluriel, la marque de pluriel passe avant l’élément de passé, et l’on dit geliyorlardı. Voir l’ordre des suffixes.
Un mot sur les limites de cette page. Le même élément se pose aussi sur un nom ou un adjectif, pour dire « j’étais enseignant » : cela relève de la copule suffixée. Ici, le support est toujours un verbe déjà conjugué.
Chaque temps simple donne son composé. La valeur du résultat se devine presque toujours en additionnant les deux étages, ce qui rend cette série remarquablement économique à apprendre.
Une action en cours dans le passé, un décor, une occupation interrompue. Dün akşam çalışıyordum : hier soir, je travaillais. Négatif : gelmiyordu. Voir le présent en -yor.
L’habitude révolue, ce qu’on faisait régulièrement et qu’on ne fait plus. Eskiden her sabah yürürdüm : avant, je marchais chaque matin. Négatif : gelmezdi. Voir l’aoriste.
L’antériorité pure, notre plus-que-parfait. Onu daha önce görmüştüm : je l’avais déjà vu. La forme situe une action avant une autre action passée, ce qui est indispensable dès qu’un récit remonte en arrière. Négatif : gelmemişti.
L’intention qui n’a pas abouti. Sana söyleyecektim : j’allais te le dire — et je ne l’ai pas fait. C’est une forme d’une utilité quotidienne, que les manuels traitent souvent en trois lignes. Négatif : gelmeyecekti. Voir le futur.
Le regret, le reproche, l’occasion manquée. Daha erken gelmeliydim : j’aurais dû venir plus tôt. Le mot porteur finissant par une voyelle, la consonne de liaison apparaît. La valeur du suffixe d’obligation lui-même appartient à pouvoir, devoir, falloir.
Le passé simple du turc, -di, recouvre à lui seul plusieurs de nos temps : il constate une action achevée, sans dire si elle était ponctuelle ou en cours. Voir le passé en -di.
Mais il arrive un moment où la différence compte. Geldi range l’arrivée parmi les faits accomplis ; geliyordu la montre en train de se produire, comme un décor devant lequel autre chose va se passer. C’est exactement la frontière que nous traçons entre « il est venu » et « il venait » — et le second étage est le seul moyen de la tracer en turc.
Le francophone se trompe dans les deux sens. Il met -di partout, et son récit devient une liste de faits sans arrière-plan. Ou bien, ayant découvert -yordu, il en couvre toute son histoire, et chaque phrase reste suspendue sans jamais rien achever. Le bon réflexe se formule en une question : est-ce le décor, ou est-ce l’événement ?
Un temps turc conjugué peut recevoir un second étage, et il n’en existe que trois. L’élément de passé donne geliyordu : c’est cette page. La particule de non-témoignage donne geliyormuş : voir l’évidentiel en -mış. L’élément de condition donne geliyorsa : voir le conditionnel.
Elle se glisse au niveau du temps simple, avant l’empilement : gelmiyordu, gelmeyecekti, gelmemişti. Voir la négation.
Employée seule, gelecekti dit l’intention avortée, et elle appartient à cette page. Répondant à une condition irréelle, elle sert de principale et appartient à le conditionnel.
Retenez la logique plutôt que les cinq formes : un temps, plus un passé, plus une personne. Une fois le mécanisme entendu, vous reconnaissez un composé que vous n’avez jamais appris, et vous le construisez sur un verbe que vous venez de rencontrer.
Ce qui bloque ici, et comment le débloquer. Ces formes sont longues, et la syllabe décisive se trouve au milieu du mot, là où l’oreille d’un débutant décroche. Les entendre dans des récits, plutôt que les lire en tableau, est le seul moyen de les produire à vitesse de conversation. Notre cours de turc est cent pour cent audio, en leçons de quatorze minutes.
Chaque question porte sur les temps composés décrits ci-dessus, et sur eux seuls. Touchez une réponse, puis Correction.
Cinquante-neuf pages qui se répondent — de l’harmonie vocalique à l’ordre des suffixes du verbe, des six cas au discours rapporté, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue où tout se colle au bout du mot, dans un ordre qui ne varie jamais.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
On conjugue d’abord le verbe à un temps simple, puis on ajoute l’élément de passé, puis le suffixe de personne. Geliyor devient geliyordum : aucun suffixe nouveau n’intervient.
Avec le présent porté au passé : geliyordum. Le passé simple geldim range l’action parmi les faits accomplis, sans montrer qu’elle était en cours.
Huit : -dı, -di, -du, -dü après une consonne sonore, -tı, -ti, -tu, -tü après une consonne sourde, avec une consonne de liaison après une voyelle, comme dans gelmeliydi.
Par le futur porté au passé : gidecektim. La forme dit que l’intention existait et qu’elle n’a pas abouti, sans qu’aucun mot supplémentaire soit nécessaire.
Au niveau du temps simple, donc avant l’empilement : gelmiyordu, gelmeyecekti, gelmemişti. L’élément de passé et la personne restent en fin de mot.
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