Un verbe turc peut porter sept suffixes à la file. Vous ne choisissez jamais leur ordre, seulement lesquels vous employez — et c’est ce qui rend lisible un mot de vingt-cinq lettres.
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Le nom turc a son propre ordre de suffixes, décrit avec le principe général dans l’agglutination. Le verbe en a un autre, beaucoup plus long : entre la racine et la fin du mot, il existe sept cases, toujours dans le même ordre.
Chaque case est facultative ; seule la racine ne l’est pas. Un verbe turc ordinaire en remplit deux ou trois. Un verbe de discussion technique ou de récit en remplit six, et le mot devient long sans devenir obscur.
La conséquence pratique est énorme. Vous ne vous demandez jamais où placer un suffixe : vous vous demandez seulement si vous en avez besoin. Et devant un mot inconnu, vous savez d’avance dans quel ordre les informations arrivent.
Chacun de ces suffixes possède plusieurs formes, réglées par l’harmonie vocalique et par les mutations de consonnes. Cette page s’occupe des places, pas des formes.
Lisez-les dans cet ordre : c’est celui du mot turc, et c’est aussi l’ordre dans lequel il faut les installer.
Elle vient immédiatement après la racine. C’est la seule case qui peut contenir plusieurs suffixes à la fois — passif, causatif, réfléchi et réciproque —, et leur ordre entre eux obéit à une règle propre, exposée sur ces pages. Pour la lecture du mot, retenez qu’ils forment un seul bloc, collé à la racine.
Une case unique, entre la voix et le temps. Elle contient soit le suffixe négatif -ma ou -me — yaptırılmadı, on ne l’a pas fait faire —, soit le suffixe d’impuissance -ama, -eme, et -yama, -yeme après une voyelle. Jamais les deux. Voir la négation.
-abil, -ebil, et -yabil, -yebil après une voyelle. Il se place après la case précédente, ce qui donne gelmeyebilir : il pourrait ne pas venir. Sa valeur — capacité, permission, probabilité — appartient à pouvoir, devoir, falloir.
Le fait d’ordre qui compte est celui-ci : l’impuissance n’est pas la négation du possible. On ne nie pas gelebilir en ajoutant un suffixe négatif après lui ; on emploie la forme de la case 2, et le mot raccourcit au lieu de s’allonger — gelemez, il ne peut pas venir.
Un seul suffixe, jamais deux : le présent en -yor, l’aoriste, le passé en -di, le passé rapporté en -miş, le futur en -acak ou -ecek. On ne cumule pas deux temps dans cette case.
Un temps déjà formé peut en recevoir un second par-dessus, et il y en a exactement trois. L’élément de passé -dı, -di, -du, -dü donne geliyordu : voir les temps composés. L’élément de non-témoignage -mış, -miş, -muş, -müş donne geliyormuş : voir l’évidentiel en -mış. L’élément de condition -sa ou -se donne geliyorsa : voir le conditionnel.
Elle vient après tout le reste, et jamais avant le temps : geliyordum, et non l’inverse. Les séries de suffixes personnels sont données avec la copule suffixée.
mı, mi, mu, mü. Elle s’écrit détachée du mot, mais elle appartient bien à la séquence, en dernière position. Son écriture et sa place dans la phrase sont traitées avec la particule mi.
Sur le couple « ne pas pouvoir » et « pouvoir ne pas ». Le français distingue ces deux idées en déplaçant un mot ; le turc les distingue en changeant de case. Gelemezsin, tu ne peux pas venir, remplit la case 2. Gelmeyebilirsin, tu pourrais ne pas venir, remplit la case 2 puis la case 3. Un francophone qui traduit mot à mot produit presque toujours l’autre sens.
Sur les auxiliaires. Nos verbes « pouvoir », « devoir » et « aller » sont des mots séparés, placés avant le verbe principal. En turc, ils sont des cases, donc de la matière à l’intérieur du mot : gelemeyeceğim tient en un seul mot ce que nous disons en cinq — je ne pourrai pas venir.
Sur la personne et la question. C’est le point d’ordre le plus visible à l’oral. Après le passé en -di, la personne reste dans le mot et la particule suit : Geldiniz mi? Après les autres temps, la particule passe devant et c’est elle qui porte la personne : Geliyor musunuz? La séquence est la même, la coupure du mot change.
Sur l’attente. Comme la personne arrive en fin de mot, vous ne savez pas de qui l’on parle avant la dernière syllabe. À l’oral, il faut écouter le mot jusqu’au bout au lieu d’anticiper — une habitude qui s’acquiert par l’oreille et non par la règle.
Voici la méthode, en trois gestes. Elle marche sur n’importe quel verbe, y compris ceux que vous n’avez jamais vus.
Elle est à gauche, et c’est le seul élément que le dictionnaire connaît. Tout ce qui la suit est de la grammaire.
Vous savez ce qui peut venir, et dans quel ordre. Chaque morceau reconnu réduit le nombre de possibilités pour le suivant.
Le français commence par ce que le turc finit. La personne et le temps se disent d’abord chez nous, en dernier chez eux.
Prenons görüştürülemeyebilirsiniz. La racine est gör, voir. Puis la case de la voix, qui contient trois suffixes à elle seule : -üş réciproque, -tür causatif, -ül passif. Puis -eme, l’impuissance de la case 2. Puis -yebil, le possible de la case 3. Puis -ir, l’aoriste. Puis -siniz, la personne. Huit morceaux, six cases, et le sens sort de lui-même : il est possible que vous ne puissiez pas être mis en relation.
Aucun locuteur ne fabrique ce mot en pensant à sept cases, pas plus que nous ne pensons à la conjugaison en parlant. Mais la séquence, elle, ne se discute pas : c’est le squelette sur lequel tout verbe turc est monté.
Pourquoi cette page appelle l’écoute. Sept cases se lisent en cinq minutes et se reconnaissent en plusieurs mois, parce qu’il faut les entendre défiler à vitesse normale, sans les découper. Notre cours de turc est entièrement audio, en leçons de quatorze minutes.
Chaque question porte sur l’ordre des cases décrit ci-dessus, et sur les mots qui servent d’exemple. Touchez une réponse, puis Correction.
Cinquante-neuf pages qui se répondent — de l’harmonie vocalique à l’ordre des suffixes du verbe, des six cas au discours rapporté, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue où tout se colle au bout du mot, dans un ordre qui ne varie jamais.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Toujours le même : la voix, la négation ou l’impuissance, le possible, le temps, l’élément de second étage, la personne, la particule interrogative. Chaque case est facultative, l’ordre ne l’est pas.
Sept cases sont disponibles, et la case de la voix peut à elle seule en contenir plusieurs. Un verbe de conversation courante en remplit deux ou trois ; görüştürülemeyebilirsiniz en remplit six.
Gelemez dit qu’il ne peut pas venir : la forme d’impuissance occupe la case de la négation. Gelmeyebilir dit qu’il pourrait ne pas venir : la négation est suivie du suffixe du possible. Deux cases, deux sens.
Parce que la séquence turque va du plus proche du sens au plus proche de la situation d’énonciation. La conséquence est qu’il faut écouter le mot jusqu’au bout pour savoir de qui l’on parle.
Trouvez la racine à gauche, avancez ensuite case par case en sachant ce qui peut venir, puis traduisez de droite à gauche : le français commence par ce que le turc finit.
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