Le turc préfère répéter les mots tels qu’ils ont été dits, puis ajouter le verbe de parole. Résultat : Geliyorum, dedi ne veut pas dire « je viens », mais « il a dit qu’il venait ».
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Pour rapporter des paroles, le français transpose : il change les personnes, recule les temps, ajoute un « que ». Le turc dispose d’un équivalent de ce procédé, mais ce n’est pas celui qu’il emploie d’abord. Sa façon courante, celle de la conversation comme du récit, consiste à répéter la phrase telle qu’elle a été prononcée, puis à dire qui l’a dite.
L’ordre est donc l’inverse du nôtre : la parole vient en premier, le verbe qui l’attribue vient après. Yarın gelmeyeceğim, dedi. Rien de surprenant dans une langue qui place le verbe en dernier — voir l’ordre des mots. À l’écrit, la citation se signale par des guillemets ; à l’oral, seule l’intonation la détache.
Un test tranche entre les deux chapitres, et il porte sur la forme, pas sur le sens : si la parole rapportée est nominalisée et porte un suffixe possessif, elle relève de la concordance des temps, et cette page ne construit aucune forme de ce genre. Si la parole est conservée telle quelle et suivie d’un verbe de parole, vous êtes ici. Voir aussi les noms verbaux.
Toute la construction tient à un seul verbe, et c’est justement l’un des rares verbes irréguliers du turc.
Au passé, il est parfaitement régulier : dedim, dedin, dedi, dedik, dediniz, dediler. C’est dedi que vous entendrez cent fois par jour. Mais devant les suffixes qui commencent par un y, le e de la racine devient i : diyor au présent, diyecek au futur. Un seul autre verbe se comporte ainsi, yemek, manger : yiyor, yiyecek.
Au passif, la racine donne denmek et denilmek, d’où la question qu’on pose tous les jours en apprenant : Buna Türkçede ne denir?, « comment dit-on cela en turc ? ».
C’est une forme figée du même verbe, et elle ne change jamais : ni personne, ni temps, ni harmonie vocalique. Une seule forme pour tous les contextes, ce qui est assez rare dans cette langue pour être un soulagement.
Son rôle est de raccrocher une citation à un verbe autre que demek : sormak demander, düşünmek penser, bağırmak crier. Ne yapıyorsun diye sordu : « il a demandé ce qu’il faisait ». La question garde sa forme de question, particule comprise — Geliyor musun diye sordu — voir la particule mi.
C’est le piège central, et il coûte des contresens entiers. Dans une citation turque, les pronoms, les suffixes de personne et les repères de temps restent ceux du locuteur d’origine. Yarın gelmeyeceğim, dedi : le -im désigne celui qui a parlé, pas vous, et yarın se compte à partir du jour où il a parlé, pas du jour où vous le racontez. La phrase signifie « il a dit qu’il ne viendrait pas le lendemain ».
Le même mot sert à trois choses, et un francophone ne devine aucune des deux dernières. Elles s’entendent pourtant dans n’importe quelle conversation.
Gelmeyeceğim diye düşündüm, « je me suis dit que je ne viendrais pas ». La citation garde sa forme de phrase indépendante ; diye la relie simplement au verbe qui suit.
Gelsin diye bekledim, « j’ai attendu pour qu’il vienne ». Le verbe cité se met à l’optatif — -sın, -sin, -sun, -sün — voir l’impératif et l’optatif.
Pat diye düştü : il est tombé avec le bruit sec que rend pat. Et Ali diye bir adam désigne « un homme appelé Ali » : ce qui précède diye est le mot lui-même.
Diye introduit aussi ce qu’on anticipe ou ce qu’on craint : Yağmur yağacak diye şemsiye aldım, « j’ai pris un parapluie, parce qu’il allait pleuvoir ». Le tour est extrêmement courant et n’a aucun équivalent direct chez nous, ce qui explique qu’un francophone ne le produise jamais spontanément.
Reste une troisième manière de rapporter, dedi ki suivi de la citation. Elle existe, on l’entend, mais elle repose sur une conjonction empruntée et c’est la moins turque des trois : le verbe passe devant, comme en français. Son registre et son inventaire appartiennent aux conjonctions empruntées. Notez enfin que le même verbe sert de commentaire en tête de phrase, Demek geliyorsun, « alors tu viens » : emploi figé, à part, qui ne rapporte plus rien.
Ce que l’écoute change ici. Rapporter des paroles est l’acte le plus fréquent d’une conversation : on passe son temps à raconter ce que les autres ont dit. Tant qu’on transpose mentalement depuis le français, on perd deux secondes par phrase et on se trompe de personne. Entendre dedi et diye en situation les rend automatiques en quelques semaines. Notre cours de turc est entièrement audio, en leçons de quatorze minutes.
Chaque question porte sur la citation directe, sur demek et sur les emplois de diye exposés ci-dessus. Touchez une réponse, puis Correction.
Cinquante-neuf pages qui se répondent — de l’harmonie vocalique à l’ordre des suffixes du verbe, des six cas au discours rapporté, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue où tout se colle au bout du mot, dans un ordre qui ne varie jamais.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Le plus souvent en citant la phrase telle qu’elle a été prononcée, puis en ajoutant le verbe de parole : Yarın gelmeyeceğim, dedi. La parole vient en premier, le verbe après.
Parce que la citation garde les personnes du locuteur d’origine. Le suffixe de première personne désigne celui qui a parlé : la phrase signifie « il a dit qu’il venait ».
À raccrocher une citation à un verbe autre que demek — demander, penser, crier —, à exprimer un but avec un optatif, à citer un bruit ou un nom, et à introduire ce que l’on anticipe ou redoute.
Pas tout à fait. Au passé il l’est — dedim, dedin, dedi — mais devant un suffixe commençant par un y, le e de la racine devient i : diyor, diyecek. Seul yemek se comporte de même.
Oui, cela s’entend, mais c’est la moins turque des trois manières de rapporter : elle repose sur une conjonction empruntée et place le verbe avant la citation.
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