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Cours de langues›Le suffixe -dir

Kitaptır, evdedir : le suffixe qui fait basculer le registre

Vous avez appris que « c’est un livre » se dit kitap, sans rien ajouter. Puis vous lisez kitaptır sur une page imprimée, et rien ne l’avait annoncé.

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Deux suffixes, une seule suite de lettres

Avant tout le reste, un tri. La suite -dır existe deux fois en turc, et seule la place dans le mot les sépare. Collée à la racine d’un verbe, elle fabrique un causatif : yapmak, faire, donne yaptırmak, faire faire. Le mot continue ensuite — temps, personne, tout arrive derrière elle. Voir le causatif.

Posée tout à la fin, après le complexe de temps et de personne, elle ne fabrique rien : elle commente. Kitaptır, evdedir, gelmiştir. Elle est alors le dernier suffixe du mot, et rien ne peut la suivre sauf le -lar du pluriel.

Le test tient en une question : est-ce que quelque chose vient après ? Si oui, vous êtes du côté de la racine, donc du causatif. Si non, vous êtes sur la page que vous lisez. C’est cette seconde valeur, et elle seule, qui nous occupe ici.

Ses huit formes, puis ses quatre emplois

Comme tout suffixe turc, il change de visage. L’harmonie à quatre formes décide de sa voyelle et la sonorité de la lettre précédente décide de sa consonne, ce qui donne -dır, -dir, -dur, -dür et, après une consonne sourde, -tır, -tir, -tur, -tür. Voir l’harmonie vocalique et les mutations de consonnes.

En pratique : ev donne evdir, okul donne okuldur, gün donne gündür, mais kitap donne kitaptır, genç donne gençtir, Türk donne Türktür et süt donne süttür. Notez le détail qui trahit les débutants : après une voyelle, aucune lettre de liaison n’apparaît — masadır, buradadır, et non masaydır. À la troisième personne du pluriel, chacune de ces huit formes se double d’une forme en -lar ou -ler : öğretmendirler, doktordurlar. Le turc écrit accepte aussi l’ordre inverse, öğretmenlerdir.

La copule de l’écrit administratif et scolaire

C’est l’emploi que vous rencontrerez d’abord, parce qu’il est imprimé partout : Bu form zorunludur, ce formulaire est obligatoire ; Cevap yanlıştır, la réponse est fausse. La phrase serait parfaitement correcte sans lui. Il ne change pas le sens : il change le registre. Pour le « être » suffixal ordinaire, voir la copule suffixée.

La généralité des textes de savoir

Définitions, manuels, notices, articles d’encyclopédie : Dünya yuvarlaktır, la Terre est ronde ; Kedi bir memelidir, le chat est un mammifère ; Türkçe sondan eklemeli bir dildir, le turc est une langue à suffixes. La valeur est celle d’une vérité posée hors de toute situation particulière. Avec var et yok, la même intention donne vardır et yoktur — voir var et yok.

Les panneaux et les interdictions

Sigara içmek yasaktır, il est interdit de fumer ; Fotoğraf çekmek yasaktır, photographies interdites ; Giriş ücretsizdir, l’entrée est gratuite. Le suffixe fait ici tout le travail d’autorité : la phrase ne s’adresse à personne en particulier et n’attend pas de réponse. C’est pourquoi le lire à voix haute en conversation sonne comme un règlement affiché.

La supposition que vous assumez

Le quatrième emploi est le seul qui vive vraiment à l’oral, et c’est le plus utile. Şimdi evdedir ne signifie pas « il est chez lui » mais « il doit être chez lui à cette heure ». De même Ali şimdi uyuyordur, il doit être en train de dormir, et Anlamıştır, il a sûrement compris. La valeur n’est pas réservée à la troisième personne : Yorgunsundur, tu dois être fatigué, et Biliyorsundur, tu sais sûrement — le suffixe s’y glisse derrière la personne, ce qui confirme qu’il est bien le dernier.

Les trois confusions à défaire

Aucune ne relève du vocabulaire. Toutes les trois relèvent de ce que le locuteur s’engage à garantir, et c’est précisément ce que le français ne marque pas sur son verbe.

-mış n’est pas -dır. Comparez Ali gelmiş et Ali gelmiştir. Le premier dit que l’information vient d’ailleurs : on vous l’a dite, ou vous en voyez la trace, et vous ne vous portez pas garant. Le second dit l’inverse : personne ne vous a rien dit, vous déduisez, et vous signez votre déduction. Le même écart sépare güzelmiş de güzeldir. Voir l’évidentiel en -mış.

-dır n’est pas olabilir. Şimdi evdedir et Şimdi evde olabilir se traduisent tous deux par une hésitation française, et ce sont deux attitudes opposées. Le premier conclut : vous savez ses habitudes, vous tranchez. Le second ouvre une possibilité parmi d’autres et ne tranche rien. Voir pouvoir, devoir, falloir et l’aoriste.

-mıştır n’est pas un passé de plus. Dans un communiqué ou une dépêche, cette forme est la règle : Kaza saat üçte meydana gelmiştir, l’accident a eu lieu à trois heures ; Toplantı iptal edilmiştir, la réunion est annulée. Ne lisez pas là une supposition : dans un texte officiel, le suffixe marque le caractère établi du fait, pas le doute.

1

Il reste facultatif

Rien ne l’exige jamais. L’ajouter est un choix de ton, le retirer laisse une phrase complète et correcte. Voir la copule suffixée.

2

Une survivance à l’oral

Nedir bu?, Aşk nedir? — dans les questions de définition, le suffixe tient bon même dans la conversation la plus ordinaire.

3

Sa négation est un mot

Bu doğru değildir : faute de verbe, le suffixe s’accroche au mot négatif autonome. Voir la négation.

Le piège francophone est symétrique, et il coûte cher dans les deux sens. Semé dans une conversation, -dır vous fait parler comme une notice. Ignoré à la lecture, il vous fait comprendre « il est chez lui » là où le turc disait « il doit y être ». C’est l’un des marqueurs de l’écrit que le turc parlé laisse tomber le premier.

Pourquoi l’oreille tranche mieux qu’un tableau. Entre evdedir et evde olabilir, l’écart n’est pas une règle : c’est un degré d’assurance, et il s’entend dans la voix du locuteur avant de se raisonner. Notre cours de turc fait revenir ces formes dans des situations réelles, en leçons audio de quatorze minutes.

Exercices : les formes et les emplois de -dır

Chaque question porte sur le suffixe -dır tel qu’il est décrit ci-dessus : sa place, ses huit formes, ses quatre emplois. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. Dans yaptırmak, la suite -tır est ___.
  2. Le -dır de cette page occupe dans le mot la position ___.
  3. Le seul suffixe qui puisse le suivre est ___.
  4. Le nombre de formes que prend ce suffixe hors pluriel est ___.
  5. Kitap donne ___.
  6. Okul donne ___.
  7. Türk donne ___.
  8. Masa donne ___.
  9. Bu form zorunludur appartient ___.
  10. Ajouter ce suffixe à une phrase correcte change ___.
  11. Dünya yuvarlaktır relève de l’emploi ___.
  12. Sigara içmek yasaktır est une phrase ___.
  13. Şimdi evdedir se traduit par ___.
  14. La valeur de supposition ___ à la troisième personne.
  15. Ali gelmiş signale que l’information ___.
  16. Ali gelmiştir signale que le locuteur ___.
  17. Entre evdedir et evde olabilir, celui qui ne tranche rien est ___.
  18. Dans Kaza saat üçte meydana gelmiştir, le suffixe marque ___.

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Questions fréquentes

À quoi sert le suffixe -dır en turc ?

À quatre choses : servir de copule dans l’écrit administratif et scolaire, poser une généralité dans un texte de savoir, énoncer une interdiction sur un panneau, et exprimer une supposition que le locuteur assume, comme dans Şimdi evdedir.

Comment distinguer le -dır copule du -dır causatif ?

Par la place. Le causatif est collé à la racine du verbe et le mot continue derrière lui, comme dans yaptırmak. La copule est le dernier suffixe du mot, et rien ne la suit sauf le pluriel -lar.

Combien de formes ce suffixe prend-il ?

Huit hors pluriel : -dır, -dir, -dur, -dür et, après une consonne sourde, -tır, -tir, -tur, -tür. Après une voyelle, il s’accroche directement, sans lettre de liaison : masadır et non masaydır.

Quelle différence entre Ali gelmiş et Ali gelmiştir ?

Gelmiş dit que l’information vient d’ailleurs et que le locuteur ne s’en porte pas garant. Gelmiştir dit qu’il déduit et qu’il assume sa déduction — et, dans un texte officiel, que le fait est établi.

Faut-il employer -dır quand on parle ?

Rarement, et jamais comme copule : semé dans une conversation, il fait parler comme une notice. Seules la supposition — Yorgunsundur — et les questions de définition comme Nedir bu? restent vivantes à l’oral.

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