Tous les suffixes turcs changent de voyelle selon le mot qui les porte. Celui-là, jamais — et il se colle aussi bien à un verbe qu’à un mot qui n’en est pas un.
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Vous avez appris que le turc adapte chacun de ses suffixes au mot qui le précède. -ken est le seul à s’y refuser complètement : il s’écrit toujours -ken, jamais -kan, jamais -kın, quelle que soit la voyelle d’en face. On dit çocukken comme on dit gelirken. Voir l’harmonie vocalique.
Sa seule variation est mécanique : après une voyelle, un -y- s’intercale pour éviter la rencontre de deux voyelles, ce qui donne -yken — öğrenciyken, hastayken, buradayken. L’écrit soutenu garde en outre la forme autonome dont le suffixe est issu, iken, mot séparé : Ben çocuk iken.
Il ne porte pas davantage la personne. Un mot en -ken est un cul-de-sac : rien ne peut venir derrière lui, ni temps, ni personne, ni cas. C’est ce qui le rend à la fois très facile à produire et très facile à mal comprendre.
Là est son intérêt réel : -ken ne demande pas de verbe. Il se pose sur trois sortes de supports, et un francophone n’en attend qu’une seule.
Çocukken, quand j’étais enfant ; öğrenciyken, du temps où j’étais étudiant ; hastayken, pendant que j’étais malade ; küçükken, gençken, askerken. Le français a besoin d’un sujet, d’un verbe et d’un temps pour dire cela ; le turc colle quatre lettres à un nom. Aucune trace d’un verbe « être » nulle part — voir la copule suffixée. La négation passe alors par le mot autonome : hasta değilken. Voir la négation.
Deux formes à installer telles quelles, parce qu’elles reviennent sans arrêt : Vaktim varken yapayım, faisons-le pendant que j’ai le temps ; Sen yokken geldiler, ils sont venus pendant que tu n’étais pas là ; Param varken almadım, je ne l’ai pas acheté quand j’avais de l’argent. Voir var et yok.
Avec un verbe, -ken s’accroche à la base de l’aoriste, et c’est la forme ordinaire : gelirken, yerken, çıkarken, et au négatif gelmezken. Voir l’aoriste. La base du présent en -yor est également possible et insiste sur le procès en cours : geliyorken, gelmiyorken — voir le présent en -yor. La base du futur donne gelecekken, alors qu’il allait venir — voir le futur. Et gelmişken existe, avec une valeur bien à lui : Hazır buraya gelmişken, puisque tu es venu jusqu’ici.
En revanche, rien ne s’accroche au passé en -di : geldiken n’existe pas. Voir le passé en -di.
Geliyorken ressemble à geliyordu et n’a rien à voir. Le test est mécanique : si le mot porte un suffixe de personne, ce n’est pas cette page. Voir les temps composés.
La simultanéité d’abord, celle qu’on attend : Yemek yerken telefon çaldı, le téléphone a sonné pendant que je mangeais ; Eve gelirken ekmek aldım, en rentrant à la maison, j’ai acheté du pain ; Küçükken yüzme öğrendim, j’ai appris à nager quand j’étais petit. Remarquez que gelirken n’indique là aucune habitude et aucun futur : le suffixe ne porte pas de temps, c’est le verbe principal qui le donne pour toute la phrase.
Le contraste ensuite, et c’est celui qui surprend le plus un francophone, parce que rien dans la forme ne l’annonce. Ali çok çalışırken kardeşi hiç çalışmıyor : alors qu’Ali travaille beaucoup, son frère ne travaille pas du tout. Hava bu kadar sıcakken ceket giymiş : par une chaleur pareille, il a mis une veste. Le même suffixe dit tantôt « pendant que », tantôt « alors que », et seul le contenu des deux propositions tranche. Une phrase comme Ben çalışırken o uyuyordu se laisse lire dans les deux sens, et les deux lectures sont acceptables.
Reste le piège qui fait le plus de dégâts : çocukken ne dit pas de qui il s’agit. La forme ne porte aucune personne, donc « quand j’étais enfant » et « quand tu étais enfant » se disent du même mot. Le sujet vient de la proposition principale, ou bien vous le nommez : Ben çocukken, O çocukken. Voir les pronoms. Bonne nouvelle en revanche : ce sujet n’a aucune obligation d’être celui du verbe principal, et Sen uyurken ben çalıştım est une phrase parfaitement ordinaire.
Pour demander « quand ? », le turc emploie ne zaman. -ken situe une durée, il ne pose aucune question.
Pour un fait ponctuel, le turc dispose d’autres gérondifs, -ince et -diğinde. Voir les gérondifs.
Un dernier mot sur la place : la proposition en -ken vient avant la principale, comme tout ce qui subordonne en turc, et elle entraîne avec elle ses compléments. Voir l’ordre des mots.
Trois mots à mettre en bouche dès aujourd’hui. Çocukken, varken, gelirken : avec eux seuls, vous racontez votre enfance, vous situez une action dans une autre et vous justifiez une demande. Ce sont des blocs, et les blocs s’installent par l’oreille. Notre cours de turc les fait revenir dans des récits réels, en leçons audio de quatorze minutes.
Chaque question porte sur le suffixe -ken tel qu’il est décrit ci-dessus : son invariabilité, ses points d’accroche, ses deux valeurs. Touchez une réponse, puis Correction.
Cinquante-neuf pages qui se répondent — de l’harmonie vocalique à l’ordre des suffixes du verbe, des six cas au discours rapporté, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue où tout se colle au bout du mot, dans un ordre qui ne varie jamais.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Il situe une action dans la durée d’une autre : « pendant que », « du temps où ». Selon le contenu des deux propositions, il prend aussi la valeur de contraste « alors que », comme dans Ali çok çalışırken kardeşi hiç çalışmıyor.
C’est la seule exception de ce genre dans la langue : il ignore l’harmonie vocalique et ne porte jamais la personne. Sa seule variation est le -y- qui s’intercale après une voyelle, dans öğrenciyken ou hastayken.
Oui, et c’est son emploi le plus utile. Il se colle directement à un nom ou à un adjectif : çocukken, quand j’étais enfant ; hastayken, pendant que j’étais malade ; askerken, du temps du service militaire.
Sur la base de l’aoriste, qui est la forme ordinaire — gelirken —, sur celle du présent en -yor, sur celle du futur, et sur -miş dans gelmişken. Jamais sur le passé en -di : geldiken n’existe pas.
Par la proposition principale, ou en nommant le sujet : Ben çocukken, O çocukken. La forme ne porte aucune personne, et ce sujet n’est pas forcément celui du verbe principal.
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