Le français dit « devenir beau » en trois mots ; le turc dit güzelleşmek en un seul. Une poignée de suffixes transforme n’importe quel nom en verbe, et toute la difficulté est de choisir le bon.
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Le turc a deux façons de fabriquer un verbe à partir d’un nom. Il peut ajouter un suffixe, et le résultat est un seul mot : temiz (propre) donne temizlemek (nettoyer). Il peut aussi placer derrière le nom un auxiliaire conjugué séparément, et le résultat est deux mots : yardım etmek (aider).
Le test est purement typographique, et il est infaillible : comptez les mots. Un seul mot, vous êtes sur cette page. Deux mots, vous êtes sur celle des verbes en etmek. Les deux routes coexistent pour des sens très proches, et le choix se retient avec le vocabulaire.
Une précision de vocabulaire grammatical : ces suffixes ne partent jamais d’un verbe. Ceux qui partent d’un verbe pour en fabriquer un autre sont les suffixes de voix — voir le causatif et le réfléchi et le réciproque. Ici, la base est toujours un nom ou un adjectif, et le produit est toujours un verbe. Comme partout, chaque suffixe possède ses variantes, réglées par l’harmonie vocalique.
Ils se ressemblent sur la page — tous commencent par -l — et ils ne disent pas du tout la même chose. Les distinguer est le vrai contenu de ce chapitre.
Deux formes, -la et -le. C’est le plus productif des suffixes verbalisateurs, et il donne un verbe le plus souvent transitif : temizlemek (nettoyer, de temiz), hazırlamak (préparer, de hazır), sulamak (arroser, de su), tuzlamak (saler, de tuz), kilitlemek (verrouiller, de kilit), başlamak (commencer, de baş), selamlamak (saluer, de selam).
Il reste vivant aujourd’hui et prend les mots récents : tıklamak, cliquer, est construit sur le bruit du clic.
Un piège de construction, qui ne se voit pas dans la forme : başlamak ne se comporte pas comme notre « commencer ». Son complément se met au datif — derse başladık, nous avons commencé le cours — là où le français emploie un objet direct. Voir les cas de lieu.
Deux formes, -lan et -len. Le sujet subit ou reçoit ce que le nom désigne : evlenmek (se marier, de ev), hastalanmak (tomber malade, de hasta), sinirlenmek (s’énerver, de sinir), havalanmak (décoller, de hava), hazırlanmak (se préparer), şüphelenmek (soupçonner, de şüphe).
Le couple hazırlamak / hazırlanmak résume la différence : préparer quelque chose, ou se préparer soi-même. Le second contient formellement le premier, plus la marque qui ramène l’action sur le sujet — voir le réfléchi et le réciproque.
Deux formes, -laş et -leş. Sur un adjectif, il dit le changement progressif : güzelleşmek (devenir beau, embellir), sertleşmek (durcir), kötüleşmek (empirer), iyileşmek (aller mieux, guérir), modernleşmek (se moderniser).
Sur un nom qui désigne un échange, il dit la réciprocité : mektuplaşmak (s’écrire des lettres), selamlaşmak (se saluer mutuellement), mesajlaşmak (s’envoyer des messages).
Entre -lAn et -lAş, la frontière de sens est réelle mais pas toujours prévisible : certaines bases n’acceptent que l’un des deux, et le choix se retient avec le mot plutôt qu’il ne se calcule. Autant le savoir tout de suite.
Les trois suffixes précédents se posent sur des milliers de bases. Les deux mécanismes qui suivent sont au contraire limités à des listes que l’on apprend une fois pour toutes.
Deux formes, -ar et -er, surtout sur des noms de couleur : morarmak (virer au violet, de mor), kararmak (noircir, de kara), sararmak (jaunir, de sarı). La voyelle finale du nom disparaît devant le suffixe, ce qui rend la base moins reconnaissable.
Une base qui imite un bruit reçoit un formatif en -dA ou en -dAn : fısıldamak (chuchoter), mırıldamak (marmonner), parıldamak (scintiller), gıcırdamak (grincer), homurdanmak (grommeler). Le suffixe -lA sert aussi, comme dans horlamak (ronfler).
Les bases de ces verbes — fısıl, mırıl, parıl, gıcır — ne vivent pratiquement que dans le verbe qu’elles ont donné. On reconnaît la famille, on ne l’étend pas. Même remarque pour les couleurs : la série est courte et se mémorise.
Ces deux familles expliquent une bonne part du turc expressif, celui des récits et de la conversation vive. Elles sont aussi le meilleur argument contre la fabrication au hasard : un verbe inventé sur le modèle de sararmak ne sera pas compris, alors qu’un verbe inventé sur le modèle de temizlemek a de bonnes chances de passer.
Le piège -lAş contre -Iş. Ces deux suffixes se ressemblent et n’ont rien à voir. -lAş se pose sur un nom ou un adjectif et fabrique un verbe de devenir : güzel donne güzelleşmek. -Iş se pose sur une base déjà verbale et fabrique un réciproque : görmek donne görüşmek (se voir, se rencontrer). Regardez la base, jamais la finale. Voir le réfléchi et le réciproque.
Vouloir dire « rendre » avec le suffixe de « devenir ». Güzelleşmek est devenir beau ; pour rendre beau, il faut un étage de plus, celui du causatif. De même temizlemek, nettoyer, donne temizletmek, faire nettoyer. Ces chaînes sont courantes et appartiennent au causatif.
Passer par deux mots quand un seul suffit. Le réflexe du débutant est de coller un auxiliaire derrière tous les noms. Quand un verbe dérivé existe, il est plus naturel, plus court et mieux tenu : on dit temizlemek, pas autre chose. Mais avec un mot étranger non adapté, la langue préfère franchement la route à deux mots — voir les verbes en etmek et les emprunts et la réforme.
Oublier le -mAk. Ce que nous appelons ici l’infinitif n’est qu’une forme de citation : le verbe fabriqué doit ensuite recevoir sa voix, son temps et sa personne comme tous les autres. Voir l’agglutination et les noms verbaux pour la nature exacte de cette forme.
Ce que l’écoute règle et que la liste ne règle pas. Aucun tableau ne dira si une base prend -lAn ou -lAş : c’est l’usage qui a tranché, mot par mot. Entendus dans des phrases réelles, ces verbes s’installent par familles entières, avec leur construction et leur complément. Notre cours de turc est entièrement audio, en leçons de quatorze minutes.
Chaque question porte sur les suffixes verbalisateurs présentés ci-dessus et sur leurs variantes. Touchez une réponse, puis Correction.
Cinquante-neuf pages qui se répondent — de l’harmonie vocalique à l’ordre des suffixes du verbe, des six cas au discours rapporté, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue où tout se colle au bout du mot, dans un ordre qui ne varie jamais.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Par un suffixe ajouté au nom. -lA donne un verbe d’action — temizlemek, nettoyer — -lAn un verbe d’état subi — hastalanmak, tomber malade — et -lAş un verbe de devenir — güzelleşmek.
-lAn dit que le sujet reçoit ou subit ce que le nom désigne, -lAş qu’il se transforme progressivement. La frontière est réelle, mais certaines bases n’acceptent que l’un des deux : le choix se retient avec le mot.
En regardant la base. -lAş se pose sur un nom ou un adjectif et fabrique un verbe de devenir, comme güzelleşmek. -Iş se pose sur un verbe et fabrique un réciproque, comme görüşmek.
Il faut un étage supplémentaire, celui du causatif, qui s’ajoute au verbe déjà dérivé. Le mécanisme est le même que dans temizlemek face à temizletmek, faire nettoyer.
Avec -lA, souvent : c’est le suffixe le plus productif, et il prend même les mots récents comme tıklamak. Mais les verbes de couleur en -Ar et les verbes d’onomatopée forment des séries fermées, que l’on reconnaît sans les étendre.
Parce que son complément se met au datif : derse başladık, nous avons commencé le cours. La forme du verbe est régulière, mais sa construction ne se déduit pas du français.
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