Vous savez conjuguer gitmek, et personne dans la rue ne dit gidiyor. Ce n’est pas du relâchement, c’est un second système, régulier, que les manuels passent sous silence.
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Le turc écrit est d’une régularité exemplaire : chaque suffixe s’y trouve, entier, à sa place. Le turc parlé, lui, raccourcit. Il laisse tomber des consonnes, fond deux mots en un, contracte des terminaisons entières. Rien de tout cela ne s’écrit, et tout cela s’entend du matin au soir.
La conséquence est cruelle pour un francophone studieux : il a appris les bonnes formes, il les produit correctement, et il ne reconnaît pas la réponse qu’on lui fait. Ce n’est pas un problème de vitesse, c’est un problème de forme — le mot qu’il attend n’a pas été prononcé.
Ces réductions sont régulières. Elles ne dépendent pas du niveau d’instruction de votre interlocuteur, mais du degré de formalité du moment : un présentateur de journal les évite, le même homme au téléphone les emploie toutes. C’est le critère à retenir, parce qu’il sépare cette page de la suivante — une forme qui varie selon la région et situe géographiquement son locuteur appartient aux parlers d’Istanbul et d’Anatolie, pas ici.
Nous ne décrivons ici aucun son : les lettres et leur prononciation sont traitées par l’alphabet et les sons, et la place de l’accent par l’accent du mot. Nous regardons seulement quelles lettres disparaissent.
Elles couvrent à elles seules une grande part de ce qui vous échappera dans les premières conversations. Aucune ne s’écrit ; toutes s’entendent partout.
Le suffixe du présent en -yor se présente sous quatre formes, selon la voyelle qui le précède : -ıyor, -iyor, -uyor, -üyor. À l’oral, le r final tombe, et il ne reste que -ıyo, -iyo, -uyo, -üyo.
Gidiyor devient gidiyo, geliyor devient geliyo, yapıyor devient yapıyo, yürüyor devient yürüyo. La chute survit aux suffixes qui suivent : geliyorsun se dit geliyosun, geliyorlar se dit geliyolar, et la question geliyor musun se dit geliyo musun.
Le suffixe du futur a deux formes, -acak et -ecek. Quand une voyelle vient derrière, l’écrit note geleceğim, yapacağım ; l’oral resserre tout cela en gelicem et yapıcam.
La troisième personne subit le même sort : gelecek s’entend gelicek, gidecek s’entend gidicek. C’est, de toutes les réductions, celle qui déroute le plus : la forme entendue ne ressemble plus assez à la forme apprise pour qu’on la retrouve.
Ne yapıyorsun — que fais-tu — se dit napıyorsun. Ne yaptın se dit naptın. Ne oldu se dit noldu. Et la salutation ne haber se dit naber.
Le mot interrogatif fusionne avec le verbe qui le suit, et ce qui reste ne se cherche dans aucun dictionnaire. Beaucoup de francophones ont entendu naber cent fois avant de comprendre qu’ils connaissaient déjà les deux mots.
Bir, qui sert d’article indéfini autant que de chiffre, se réduit à bi : bi dakika, une minute, bi şey, quelque chose. Et değil mi, notre « n’est-ce pas », se dit dimi, d’un seul souffle.
L’orthographe turque ne note aucune de ces réductions. Elle remet le r de -yor, le suffixe entier du futur, le bir complet, le değil mi en deux mots. Écrire ce qu’on entend est une faute, dans une lettre comme dans un examen.
Il existe une réserve, et elle est vaste : les messages, les commentaires et les sous-titres amateurs écrivent volontiers gidiyo, bi, naber. Un francophone qui apprend par les réseaux lit donc de l’oral transcrit sans le savoir, et prend ces formes pour la norme.
La symétrie existe aussi dans l’autre sens : quelques formes n’apparaissent pratiquement qu’à l’écrit. C’est le cas du suffixe -dir, que les textes officiels et scolaires emploient constamment et que la conversation ignore. C’est le cas également des longues subordonnées nominalisées de la prose administrative, que la parole remplace par des phrases courtes : voir les noms verbaux. Quant à la particule interrogative, son écriture détachée et son comportement à l’oral sont traités sur sa propre page.
Un dernier trait sépare la parole de la page, et il n’est pas phonétique : l’oral répète. La répétition expressive de mots et de syllabes est un chapitre à part entière, voir les redoublements.
Vous devez reconnaître gelicem aussi vite que geleceğim. Sans quoi la moitié des réponses vous échappe.
Un étranger qui prononce entièrement ses suffixes est parfaitement compris, et jamais ridicule. L’inverse n’est pas vrai.
Les réductions n’ont aucune place dans un texte soigné, même si vos correspondants en usent dans leurs messages.
Pourquoi ce chapitre ne s’apprend que par l’oreille. On ne mémorise pas une liste de réductions : on les reconnaît, ou on ne les reconnaît pas. Il faut les avoir entendues dans des phrases entières, prononcées à vitesse normale, jusqu’à ce que gelicem et geleceğim déclenchent le même sens. Notre cours de turc est entièrement audio, en leçons de quatorze minutes.
Chaque question porte sur les réductions de la parole courante décrites ci-dessus. Touchez une réponse, puis Correction.
Cinquante-neuf pages qui se répondent — de l’harmonie vocalique à l’ordre des suffixes du verbe, des six cas au discours rapporté, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue où tout se colle au bout du mot, dans un ordre qui ne varie jamais.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Parce que le r final du suffixe de présent tombe dans la parole courante : gidiyo, geliyo, yapıyo, yürüyo. La chute survit aux suffixes suivants, d’où geliyosun et geliyolar.
C’est la forme orale de geleceğim, « je viendrai ». Le futur se contracte de la même façon dans yapıcam pour yapacağım, et dans gelicek pour gelecek.
Du mot interrogatif ne, qui se soude au mot suivant : ne haber donne naber, ne yapıyorsun donne napıyorsun, ne oldu donne noldu. Rien de cela ne figure au dictionnaire.
Non. L’orthographe turque rétablit toujours le mot complet, et écrire gidiyo dans une lettre ou un examen est une faute. Les messages et les commentaires, eux, les écrivent constamment.
Ce n’est pas nécessaire. Un étranger qui prononce ses suffixes en entier est parfaitement compris. En revanche il doit les reconnaître, sans quoi la moitié des réponses lui échappe.
Non, et la distinction est importante. Elles varient selon le degré de formalité et s’entendent dans toute la Turquie chez un locuteur détendu. Les formes qui situent géographiquement leur locuteur relèvent des parlers d’Istanbul et d’Anatolie.
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