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Cours de langues›L’évidentiel en -mış

Geliyormuş : la nuance qui se greffe sur tous les temps

Vous connaissez gelmiş, « il paraît qu’il est venu ». Le même suffixe se pose aussi sur un présent, sur un futur, sur un adjectif — et il n’y parle plus du tout du passé.

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Une particule, et non un temps

La suite de lettres -mış vaut trois choses différentes en turc, et confondre les trois est le plus sûr moyen de ne plus rien comprendre. Elle est un temps du passé quand elle s’accroche directement à la racine du verbe — voir le passé rapporté en -miş. Elle est un participe de résultat acquis quand elle sert à qualifier un nom, comme dans pişmiş yemek, un plat cuit — voir les participes.

Et elle est une particule, qui se pose sur un mot déjà terminé pour dire une seule chose : ce que j’énonce, je ne le tiens pas de moi. C’est cette troisième valeur, et elle seule, qui occupe cette page.

Le test est mécanique : regardez ce qui la précède. Derrière une racine nue, gelmiş, c’est le temps. Derrière un suffixe de temps déjà en place — geliyor, gelir, gelecek — ou derrière un nom, c’est la particule.

Ses formes, puis ses points d’accroche

Comme tout suffixe turc, elle a plusieurs visages : -mış, -miş, -muş, -müş selon la dernière voyelle du mot porteur, et une consonne de liaison après une voyelle, ce qui donne -ymış, -ymiş, -ymuş, -ymüş. Voir l’harmonie vocalique.

Elle commence par une consonne : la finale du mot porteur ne s’adoucit donc jamais devant elle. On dit gelecekmiş, avec son k intact. Voir les mutations de consonnes.

Sur le présent

Geliyor, il vient. Geliyormuş : on m’a dit qu’il venait. La forme est -muş parce que la dernière voyelle du mot porteur est le o de -yor. Négatif : gelmiyormuş. Voir le présent en -yor.

Sur l’aoriste

Gelir, il vient d’habitude. Gelirmiş : on dit de lui qu’il vient. Le négatif garde sa forme propre, gelmezmiş. C’est la tournure des habitudes d’autrui et de ce qu’on a entendu dire sur quelqu’un. Voir l’aoriste.

Sur le futur

Gelecekmiş, gelmeyecekmiş : il paraît qu’il viendra, il paraît qu’il ne viendra pas. Voilà le mot qui démonte le réflexe francophone : un -miş bien visible, et pas la moindre idée de passé dans la phrase. La particule n’apporte que la source ; le temps reste celui du mot porteur. Voir le futur.

Sur un nom ou un adjectif

Aucun verbe n’est nécessaire : güzelmiş, elle est belle à ce qu’on dit ; öğretmenmiş, il serait enseignant ; yorgunmuş, il paraît fatigué ; et après une voyelle, hastaymış, il serait malade. La négation passe par le mot séparé : hasta değilmiş. Voir la négation.

Les six personnes s’ajoutent derrière la particule : hastaymışım, hastaymışsın, hastaymış, hastaymışız, hastaymışsınız, hastaymışlar. La première personne est loin d’être absurde : elle dit ce que les autres racontent de vous. Voir la copule suffixée.

Sur elle-même, et toute seule

Le redoublement existe : gelmişmiş ajoute une couche de distance à la distance, et se lit comme un haussement d’épaules. L’écrit soutenu dispose en outre d’une forme autonome, imiş, mot séparé placé après l’attribut, là où la langue parlée colle -mış au mot précédent.

Ce qu’un francophone doit défaire

Notre langue place ses précautions en tête de phrase, une fois pour toutes : « il paraît que », « apparemment », « d’après ma sœur ». Une fois posé, l’avertissement couvre tout le paragraphe et nous ne le répétons pas.

Le turc fait l’inverse : il marque chaque verbe. Un récit entier de seconde main porte la particule sur chacune de ses formes, et l’abandonner en route équivaut à dire que, pour cette phrase-là, vous vous portez garant. Ce n’est pas une lourdeur : c’est de la précision, et elle s’entend.

Deuxième réflexe à défaire : la particule ne met pas en doute la vérité de l’information. Elle dit d’où elle vient. Une déduction que vous assumez, vous, s’exprime autrement — comparez Ali gelmiş et Ali gelmiştir, qui n’engagent pas le même locuteur. Voir le suffixe -dir.

1

Un étage, parmi trois

Un temps turc conjugué peut recevoir un second étage, et il n’en existe que trois. L’élément de passé donne geliyordu : voir les temps composés. La particule de non-témoignage donne geliyormuş : c’est cette page. L’élément de condition donne geliyorsa : voir le conditionnel.

2

Sa place ne bouge pas

Après le suffixe de temps, avant le suffixe de personne. Geliyormuşum et jamais l’inverse. Voir l’agglutination.

3

Ce qu’elle ne fait pas

Elle ne déplace pas l’action dans le temps, ne la nie pas, ne la rend pas hypothétique. Elle ne touche qu’à une chose : qui répond de l’information.

Le jour où cette particule devient un réflexe, vous cessez de traduire vos précautions et vous les conjuguez. C’est un des seuils les plus nets de l’apprentissage du turc, et il se franchit d’un coup.

Pourquoi cela s’attrape à l’oreille. Ces deux syllabes en fin de mot passent inaperçues à la lecture rapide, alors qu’elles changent la responsabilité de toute la phrase. Un apprenant qui les a entendues mille fois dans des conversations les repère sans y penser. Notre cours de turc est entièrement audio, en leçons de quatorze minutes.

Exercices : la particule -mış posée sur un mot complet

Chaque question porte sur la particule telle qu’elle vient d’être décrite, et non sur le passé rapporté. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. Quand -mış vient après -yor ou -ecek, c’est ___.
  2. Gelmiş, accroché à la racine nue, est ___.
  3. Pour trier les trois valeurs de -mış, on regarde ___.
  4. Les formes de la particule sont ___.
  5. Après un mot terminé par une voyelle, la particule prend la forme ___.
  6. Dans gelecekmiş, le k de gelecek ___.
  7. Sur geliyor, la particule donne ___.
  8. Le négatif correspondant est ___.
  9. Sur l’aoriste négatif, on obtient ___.
  10. Gelecekmiş signifie ___.
  11. La particule apporte ___ à la phrase.
  12. Güzelmiş montre que la particule peut se poser ___.
  13. Sur hasta, la particule donne ___.
  14. Pour nier hastaymış, on dit ___.
  15. Dans geliyormuşum, le suffixe de personne est placé ___ la particule.
  16. La forme gelmişmiş exprime ___.
  17. La forme autonome employée à l’écrit soutenu est ___.
  18. Employer la particule revient à dire ___.

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Questions fréquentes

Quelle différence entre gelmiş et geliyormuş ?

Gelmiş est un temps du passé : la suite -miş est accrochée à la racine. Geliyormuş est un présent auquel on a ajouté la particule : l’action est en cours, et c’est seulement l’information qui vient d’ailleurs.

La particule -mış met-elle l’action au passé ?

Non, jamais. Le temps reste celui du mot porteur : gelecekmiş parle de l’avenir, geliyormuş du moment présent. La particule ne touche qu’à la source de l’information.

Quelles sont ses formes ?

Quatre, selon la dernière voyelle du mot porteur : -mış, -miş, -muş, -müş. Après une voyelle, une consonne de liaison s’intercale : hastaymış. Sa consonne initiale ne change jamais.

Peut-on la poser sur un adjectif ?

Oui, et c’est très courant : güzelmiş, yorgunmuş, öğretmenmiş. Les suffixes de personne s’ajoutent derrière elle, ce qui donne toute une conjugaison sans le moindre verbe.

Dire gelmiş, est-ce mettre en doute la parole d’autrui ?

Non. La forme indique que vous ne tenez pas l’information de vous-même, rien de plus. Pour une déduction que vous assumez, le turc dispose d’un autre suffixe — comparez Ali gelmiş et Ali gelmiştir.

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