Pour dire « d’un noir total », le turc ne cherche pas d’adverbe : il recopie une syllabe de l’adjectif et la lui colle devant. Trois procédés de répétition se partagent ce travail, et aucun ne s’apprend par calcul.
La première leçon est gratuite sur la plateforme web ou sur l’application mobile — deux abonnements distincts. Les leçons s’écoutent en ligne, et non sur ce site.
Le turc répète beaucoup, et il répète de trois façons qu’il ne faut pas confondre. Une syllabe copiée et soudée devant l’adjectif : siyah (noir) donne simsiyah. Deux mots juxtaposés : yavaş yavaş, konu komşu, er geç. Et le mot repris avec un m initial : kitap mitap.
Premier point à noter, parce qu’il explique pourquoi ce chapitre est à part dans le dossier : aucun de ces trois procédés n’est un suffixe. Rien ne s’ajoute à la fin du mot, la matière répétée est recopiée telle quelle, et il n’y a donc aucune variante à calculer par l’harmonie vocalique. Pour une fois, le turc travaille du côté gauche du mot.
Second point, purement orthographique et pourtant décisif à l’écrit : la syllabe intensive se soude — bembeyaz est un seul mot — tandis que la paire s’écrit en deux mots séparés, sans trait d’union — yavaş yavaş. Les débutants font l’erreur dans les deux sens.
C’est le procédé le plus spectaculaire de la langue, celui qui donne aux couleurs turques leur éclat, et celui qu’un francophone remarque dès sa première conversation sans comprendre ce qui se passe.
On prend la première consonne et la première voyelle de l’adjectif, on y ajoute une consonne, et on colle le bloc obtenu devant le mot entier. Le mot de départ reste intact derrière : siyah donne si + m + siyah, soit simsiyah, d’un noir profond.
La série vaut la peine d’être lue à haute voix : bembeyaz (d’un blanc éclatant), masmavi (d’un bleu intense), kapkara (tout noir), sapsarı (d’un jaune vif, ou blême en parlant d’un visage), kıpkırmızı (écarlate), yemyeşil (d’un vert éclatant), yepyeni (tout neuf), tertemiz (impeccable), taptaze (tout frais), bomboş (complètement vide), dümdüz (parfaitement plat), dosdoğru (tout droit), upuzun (très long), apaçık (évident), sımsıcak (bien chaud).
Quand l’adjectif commence par une voyelle, il n’y a pas de consonne à copier : on garde simplement cette voyelle, d’où upuzun sur uzun et apaçık sur açık.
Elle vaut m, p, r ou s, et rien dans le mot ne permet de deviner laquelle. Kara prend p et mavi prend s ; siyah prend m et temiz prend r. Ces formes sont des mots du lexique, pas le résultat d’une règle : on les apprend un par un, comme on apprend un mot de vocabulaire.
Une petite série ajoute en plus une voyelle et s’étire d’une syllabe : yapayalnız (tout seul), sapasağlam (sain et sauf, intact), çepeçevre (tout autour), güpegündüz (en plein jour). Quatre blocs à retenir tels quels.
En siyah compare : c’est le plus noir d’un ensemble d’objets dont on parle. Simsiyah ne compare rien : la chose est noire jusqu’au bout, point final. Pour le degré et la comparaison, voir les adjectifs et la comparaison.
Conséquence d’usage : la forme intensive n’attend ni daha ni en, parce qu’elle porte déjà tout ce qu’ils apporteraient.
Une fois formée, elle se comporte comme n’importe quel adjectif : bembeyaz bir gömlek, une chemise d’un blanc éclatant ; Hava sımsıcak, il fait bien chaud. Aucune contrainte particulière de place ou d’accord ne s’y attache.
Deuxième procédé, et le plus fréquent dans la conversation courante. Deux mots se suivent, et l’ensemble ne signifie presque jamais « deux fois plus ». C’est là que le francophone se trompe, parce qu’il lit une insistance là où le turc dit autre chose.
Le sens obtenu est la progression ou la répartition, pas l’intensité : yavaş yavaş (peu à peu, tout doucement), ağır ağır (posément), azar azar (petit à petit), tek tek (un par un), yer yer (par endroits), zaman zaman (de temps en temps), sokak sokak (rue par rue), kapı kapı (de porte en porte), sıcak sıcak (tant que c’est chaud).
La paire désigne un ensemble vague, plus large que chacun des deux mots : konu komşu (le voisinage, les gens du quartier), çoluk çocuk (la marmaille, femme et enfants), eş dost (les proches et les amis), sağ salim (sain et sauf), yalan yanlış (approximatif et faux), saçma sapan (parfaitement absurde), delik deşik (criblé de trous), çer çöp (des broutilles, des débris).
L’opposition produit soit une totalité, soit une approximation : er geç (tôt ou tard), iyi kötü (tant bien que mal), aşağı yukarı (à peu près), ileri geri (en tous sens, et, en parlant de paroles, sans réfléchir). Remarquez qu’aucune de ces paires ne se traduit mot à mot.
Le redoublement en m, celui qui balaie d’un revers de main. On reprend le mot en remplaçant sa consonne initiale par m, et l’on obtient « et tout ce genre de choses », avec une nuance de désintérêt ou de mépris : Kitap mitap okumuyor, il ne lit pas — ni livres ni rien de ce genre. Para mara yok, de l’argent, il n’y en a pas, et n’insistons pas. La tournure appartient à la conversation et se rencontre surtout dans les phrases négatives et les questions. Sa restriction est nette : un mot qui commence déjà par m n’a pas de forme de ce type, et il faut alors tourner la phrase autrement.
Les échos déformés. Une poignée de mots répètent une partie de leur corps en la transformant, et le résultat est figé : karmakarışık (dans un désordre complet), paramparça (en mille morceaux), darmadağın (éparpillé, sens dessus dessous), sırılsıklam (trempé jusqu’aux os), allak bullak (chamboulé), eğri büğrü (tordu, de guingois). Aucun patron à retenir : ce sont des mots de vocabulaire à part entière.
Trois voisinages, pour finir, et trois renvois. Deux nombres juxtaposés ne relèvent pas de cette page mais de l’approximation chiffrée : voir les nombres. Les formes verbales redoublées du type koşa koşa ou güle güle sont des gérondifs répétés : voir les gérondifs. Et l’intensification par suffixe ajouté à la fin du mot est un tout autre mécanisme : voir fabriquer un adjectif.
Quatre erreurs reviennent, et elles viennent toutes du même endroit : le français n’intensifie jamais en répétant, il empile des adverbes. L’oreille française cherche donc un « très » là où le turc a déjà tout dit.
Mettre çok partout. Çok yavaş et yavaş yavaş ne disent pas la même chose : le premier veut dire « très lent », le second « peu à peu ». Le redoublement d’un mot de manière n’augmente pas la quantité, il étale l’action dans le temps.
Fabriquer une forme intensive qui n’existe pas. La liste est fermée et se limite à des adjectifs très courants. Devant un adjectif dont vous n’avez jamais entendu la forme redoublée, tenez pour acquis qu’elle n’est pas à votre disposition, et employez çok : vous serez compris, et vous ne direz rien de bizarre. C’est l’inverse exact du reste de la grammaire turque, où l’on calcule tout — voir l’agglutination.
Prendre le m pour un suffixe. Mara n’est pas une forme de para et n’existe pas seul. La seconde moitié de ces couples est un écho, non un mot : elle ne se décline pas, ne se conjugue pas, ne se cherche pas dans un dictionnaire.
Se tromper de registre. Les paires et le redoublement en m appartiennent à la langue parlée expressive : on les entend du matin au soir, on ne les écrit pas dans une lettre administrative. Les réductions de prononciation qui accompagnent cette même langue parlée sont traitées ailleurs : voir le turc parlé. Une exception utile à connaître : hemen veut dire « tout de suite », mais hemen hemen veut dire « presque ». Ici, la répétition ne renforce pas, elle atténue.
Pourquoi ces formes s’apprennent par l’oreille et pas autrement. La consonne de simsiyah ne se déduit d’aucune règle : elle se reconnaît parce qu’on l’a entendue. Un apprenant qui a écouté cent fois bembeyaz et bomboş les sort sans y penser ; celui qui les a lues dans un tableau hésite et finit par dire çok. Notre cours de turc est entièrement audio, en leçons de quatorze minutes.
Chaque question porte sur les trois procédés de répétition exposés ci-dessus et sur leurs pièges. Touchez une réponse, puis Correction.
Cinquante-neuf pages qui se répondent — de l’harmonie vocalique à l’ordre des suffixes du verbe, des six cas au discours rapporté, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue où tout se colle au bout du mot, dans un ordre qui ne varie jamais.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Par une syllabe copiée devant l’adjectif : bembeyaz pour un blanc éclatant, simsiyah pour un noir profond. On reprend la première consonne et la première voyelle du mot, on ajoute m, p, r ou s, et l’on soude le tout devant l’adjectif entier.
Non, et c’est le point important. La liste est fermée et la consonne ajoutée ne se déduit d’aucune règle : kara prend p, mavi prend s. Ces formes s’apprennent comme des mots de vocabulaire ; ailleurs, on emploie çok.
Non : « peu à peu », « tout doucement ». Le redoublement d’un mot de manière étale l’action dans le temps au lieu d’en augmenter le degré. « Très lent » se dit çok yavaş, ce qui est autre chose.
« Des livres et tout ce genre de choses », avec une nuance de désintérêt. On reprend le mot en remplaçant sa consonne initiale par m. Un mot qui commence déjà par m n’a pas de forme de ce type.
Jamais. La syllabe intensive se soude au mot — bembeyaz, bomboş — et les paires s’écrivent en deux mots séparés — yavaş yavaş, er geç.
Les adjectifs intensifs s’emploient partout, y compris à l’écrit. Les paires expressives et surtout le redoublement en m relèvent de la conversation : on les entend constamment, mais on ne les met pas dans une lettre administrative.
Plus de 10 000 personnes ont appris avec la méthode LIMBA depuis sa création. 9,99 € par mois, annulable à tout moment. La première leçon reste gratuite, sans carte bancaire. Rappel : les deux formules sont indépendantes l’une de l’autre, et les leçons s’écoutent en ligne.
Toutes les langues depuis votre navigateur. Rien à installer. Annulable à tout moment. Ne donne pas accès aux applications mobiles.
Accéder à la plateforme →