Le pain donne le boulanger, le sel donne la salière, l’œil donne les lunettes puis l’opticien. Le turc fabrique son vocabulaire sous vos yeux, et un mot inconnu devient très souvent devinable.
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Les suffixes que vous rencontrez d’abord indiquent le rôle du mot dans la phrase : pluriel, possession, cas. Ils se défont au mot suivant. Ceux de cette page font autre chose : ils créent une entrée de dictionnaire, un mot que l’on peut ensuite décliner comme n’importe quel autre.
Ils se placent au plus près de la racine, avant les suffixes grammaticaux, qui viennent ensuite par-dessus — voir l’agglutination pour le principe et pour l’ordre du nom.
Le tri entre les pages de ce dossier se fait sur le produit, non sur la base. Ici, tout ce qui aboutit à un nom. Ce qui aboutit à un adjectif, comme -li et -siz, est traité avec fabriquer un adjectif ; ce qui aboutit à un verbe, avec fabriquer un verbe.
Un second tri, sur la base celui-là : les suffixes de cette page partent toujours d’un nom ou d’un adjectif, jamais d’un verbe. Les noms tirés d’un verbe ont leur propre page, les noms verbaux. C’est cette mécanique, du reste, qui a permis de reconstruire le lexique au vingtième siècle — voir les emprunts et la réforme.
Ils ne sont pas nombreux, ils sont partout, et chacun a ses formes réglées par l’harmonie vocalique et par les mutations de consonnes.
Huit formes : -cı, -ci, -cu, -cü, et -çı, -çi, -çu, -çü après une consonne sourde. Il donne le métier, le vendeur, celui qui s’occupe de la chose : ekmekçi le boulanger, sur ekmek le pain ; gazeteci le journaliste ; işçi l’ouvrier, sur iş le travail ; balıkçı sur balık le poisson ; sütçü sur süt le lait ; kitapçı le libraire ; yolcu le voyageur, sur yol la route.
Le même suffixe donne aussi l’adhésion à une idée : milliyetçi nationaliste, Atatürkçü partisan d’Atatürk. Un mot en -ci peut donc désigner un métier ou une conviction, et seul le contexte tranche.
Quatre formes, -lık, -lik, -luk, -lük, plus leur variante devant une voyelle. Il fabrique d’abord de l’abstrait : güzellik la beauté, sur güzel beau ; arkadaşlık l’amitié ; çocukluk l’enfance ; hastalık la maladie, sur hasta malade. Un métier vu comme une activité en relève aussi : doktorluk, le fait d’être médecin, öğretmenlik, le métier d’enseignant.
Il fabrique ensuite le récipient ou l’objet destiné à la chose : tuzluk la salière, sur tuz le sel ; gözlük les lunettes, sur göz l’œil ; kulaklık le casque, sur kulak l’oreille.
Il fabrique enfin le lieu ou le meuble où la chose se range : kitaplık, la bibliothèque comme meuble, sur kitap le livre. Trois sorties pour un seul suffixe : c’est le point où les suffixes dérivationnels se comportent autrement que les suffixes grammaticaux, qui n’ont chacun qu’une valeur.
Huit formes également : -cık, -cik, -cuk, -cük, et -çık, -çik, -çuk, -çük. Kedicik, le petit chat, sur kedi. Mais kitapçık ne veut pas dire petit livre : c’est un livret, une brochure. Beaucoup de ces mots sont lexicalisés, et le diminutif turc dit souvent l’affection plutôt que la taille.
Son irrégularité est visible et fréquente : sur un adjectif terminé par -k, cette consonne tombe. Küçük, petit, donne küçücük, tout petit ; ufak donne ufacık ; sıcak, chaud, donne sıcacık, bien chaud. Ces formes s’apprennent telles quelles.
Quatre formes, -daş, -deş, -taş, -teş. Vatandaş, le citoyen, sur vatan la patrie ; meslektaş, le collègue, sur meslek le métier ; yoldaş, le camarade ; sırdaş, le confident, sur sır le secret ; et arkadaş, l’ami, où le locuteur ne reconnaît plus vraiment de base.
Le français traduit ces mots par ami, citoyen, collègue, camarade — cinq mots sans rapport entre eux, là où le turc dit chaque fois la même chose. Cette série est courte et fermée : on la reconnaît, on ne l’invente pas.
Quatre formes, -ca, -ce, -ça, -çe. Türkçe le turc, Fransızca le français, İngilizce l’anglais, Almanca l’allemand, Arapça l’arabe, Rusça le russe, Japonca, Çince. Le nom de la langue s’écrit avec une majuscule, comme celui du peuple.
Posé sur un adjectif, ce même suffixe ne fabrique pas un nom mais un approximatif : ce cas appartient à fabriquer un adjectif.
Rien n’empêche de dériver un mot déjà dérivé, et c’est là que le vocabulaire turc devient lisible d’un coup d’œil.
Göz, l’œil, donne gözlük, les lunettes, qui donne gözlükçü, l’opticien, qui donne gözlükçülük, le métier d’opticien. Yol, la route, donne yolcu, le voyageur, qui donne yolculuk, le voyage. Gazete donne gazeteci, qui donne gazetecilik, le journalisme.
Quatre mots français sans parenté apparente tiennent en une seule famille turque. Apprendre un suffixe, ici, ne vous fait pas gagner un mot : il vous en fait gagner une série entière.
Il cherche un verbe là où il n’y en a pas. Notre boulanger vient du mot boulange, notre pêcheur du verbe pêcher. Le turc, lui, part de l’objet : ekmekçi est l’homme du pain, balıkçı l’homme du poisson. Devant un mot en -ci, cherchez la chose, jamais l’action.
Il confond le peuple et la langue. Türk est un Turc, Türkiye la Turquie, Türkçe la langue. On dit donc Türkçe biliyorum, je sais le turc, et Türkçe konuşuyorum, je parle turc : employer Türk à cette place est l’erreur que l’on entend le plus souvent chez les débutants. Même série pour Fransız, Fransa et Fransızca.
Il attend un suffixe par sens. -lik fabrique un abstrait, un récipient ou un lieu, et aucune règle ne dit lequel : güzellik, tuzluk et kitaplık sortent de la même machine. Le sens se retient avec le mot.
Il fabrique trop vite. Ces suffixes sont productifs, mais l’usage a tranché pour une partie du lexique : certaines formes existent, d’autres ne se disent pas, et un diminutif inventé sonne faux. Servez-vous d’eux d’abord pour comprendre les mots que vous rencontrez ; la production viendra par imitation.
Ce que l’écoute apporte ici. Un suffixe dérivationnel se reconnaît à l’oreille bien avant de se produire : on entend -çü et l’on sait déjà qu’il s’agit d’un métier. Ce réflexe vient du nombre de mots entendus, pas des listes. Notre cours de turc est entièrement audio, en leçons de quatorze minutes.
Chaque question porte sur les cinq suffixes décrits ci-dessus et sur les mots donnés en exemple. Touchez une réponse, puis Correction.
Cinquante-neuf pages qui se répondent — de l’harmonie vocalique à l’ordre des suffixes du verbe, des six cas au discours rapporté, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue où tout se colle au bout du mot, dans un ordre qui ne varie jamais.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Avec le suffixe -ci, ajouté au nom de la chose et non au verbe de l’activité : ekmek le pain donne ekmekçi le boulanger, süt le lait donne sütçü. Il prend huit formes selon la voyelle et la consonne qui précèdent.
Trois choses selon le mot : un abstrait (güzellik, la beauté), un récipient ou un objet (tuzluk, la salière ; gözlük, les lunettes), un lieu ou un meuble (kitaplık, la bibliothèque). Aucune règle ne prédit lequel.
Parce que le diminutif -cik fait tomber le -k final de l’adjectif. Même phénomène dans ufacık sur ufak et sıcacık sur sıcak. Ces formes s’apprennent telles quelles.
Avec le suffixe -ce : Türkçe, Fransızca, İngilizce, Arapça. Attention à ne pas employer le nom du peuple à sa place : Türk est un Turc, Türkçe est la langue.
Les suffixes sont productifs, mais l’usage a fixé une partie du lexique et une forme inventée sonne faux. Servez-vous d’abord de ces suffixes pour comprendre les mots que vous rencontrez.
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