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Cours de langues›Les conjonctions

Les conjonctions empruntées : la liste, et quand ne pas s’en servir

Un francophone relie ses idées avec « et », « mais », « parce que ». Le turc a ces mots, mais ils lui viennent d’ailleurs et il s’en méfie — les employer trop souvent s’entend immédiatement.

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Une catégorie venue du dehors

Le turc relie normalement ses propositions par un suffixe, pas par un mot de liaison : c’est ce que font les gérondifs et les noms verbaux, et c’est le régime ordinaire de la langue — voir les gérondifs et les noms verbaux.

Les conjonctions existent néanmoins, et vous en aurez besoin dès les premières phrases. Mais elles forment un petit ensemble fermé, emprunté pour l’essentiel à l’arabe et au persan, arrivé avec la langue lettrée — voir les emprunts et la réforme.

Leur trait formel est commode : leur forme ne change jamais. Une conjonction ne s’harmonise pas, ne se durcit pas, ne prend aucun suffixe. C’est même le test qui la sépare d’un enclitique : l’enclitique s’écrit détaché mais règle ses voyelles sur le mot d’avant, la conjonction garde une forme fixe et se tient entre les deux groupes qu’elle relie — voir les particules de et bile.

Dernier point à poser tout de suite : une conjonction ne déplace rien. Le verbe reste à la fin de sa proposition, comme toujours — voir l’ordre des mots.

L’inventaire utile

Une quinzaine de mots couvrent tout ce dont vous avez besoin. Ils se rangent par ce qu’ils font, et chacun a son registre.

Joindre : ve, ile

Ve est notre « et ». Il joint deux mots, deux groupes, au besoin deux propositions. Ali ve Ayşe, Ali et Ayşe.

İle joint lui aussi, mais seulement deux groupes nominaux, jamais deux propositions : Ali ile Ayşe. Ce même mot sert par ailleurs à dire « avec », et il possède alors une forme collée à deux variantes, -la et -le, qui devient -yla et -yle après une voyelle. Cette valeur instrumentale est traitée par les postpositions.

Détail d’écriture qui trahit un débutant : on ne met pas de virgule devant ve, ni devant ile, ni devant veya. Et dans une énumération, le turc juxtapose volontiers sans rien mettre du tout, là où le français tient à son « et » final.

Opposer : ama, fakat, ancak, oysa, halbuki

Trois mots pour « mais », et ils ne se valent pas. Ama est le mot de tous les jours, celui qu’on entend. Fakat appartient plutôt à l’écrit. Ancak est le plus formel des trois, et il signifie aussi « seulement ».

Oysa et halbuki sont d’une autre nature : ils introduisent un fait qui contredit ce qui vient d’être dit, comme nos « or » et « alors que ». Halbuki est le plus soutenu des deux.

Expliquer : çünkü

Çünkü est notre « parce que », et il porte le piège le plus coûteux de la page. La proposition qu’il introduit se place après la principale, jamais avant. Un francophone dit sans y penser « Parce qu’il pleut, je reste » ; cet ordre est impossible en turc, où il faut d’abord dire qu’on reste.

Et même dans le bon ordre, çünkü n’est pas la solution naturelle : la cause se dit le plus souvent par une subordonnée suffixée, sans aucune conjonction.

Choisir : veya, ya da, yoksa

Veya et ya da rendent tous deux « ou ». Le premier est plutôt écrit, le second s’entend partout. Yoksa veut dire « sinon », et annonce la conséquence fâcheuse : Acele et, yoksa treni kaçırırız, dépêche-toi, sinon nous allons rater le train.

Yoksa sert aussi à poser une alternative dans une question, entre deux possibilités ; la formation de la question elle-même relève de la particule mi.

Les couples, et le seul vrai piège de grammaire

Quatre conjonctions fonctionnent par paires, en encadrant les deux éléments qu’elles mettent en rapport. Le mot se répète : c’est la répétition qui fait la construction.

1

hem… hem

« À la fois… et ». Hem yorgunum hem açım : je suis à la fois fatigué et affamé. Les deux termes sont vrais ensemble.

2

ya… ya

« Soit… soit ». Ya sen gel ya ben gelirim : soit tu viens, soit c’est moi qui viens. Un seul des deux termes se réalisera.

3

ister… ister

« Que ce soit… ou ». İster kal ister git : reste ou va-t’en, cela revient au même. Le couple exprime l’indifférence entre deux options.

Reste ne… ne, « ni… ni », et c’est là que la grammaire turque cesse de ressembler à la nôtre. En français, « ni l’un ni l’autre n’est venu » exige un verbe négatif. En turc, le verbe reste affirmatif : Ne annem ne babam geldi, mot à mot « ni ma mère ni mon père est venu ». La négation est déjà portée par les deux ne, et la répéter sur le verbe est considéré comme fautif.

On entend malgré tout la forme négative dans la conversation. Elle passe à l’oral et se corrige à l’écrit : c’est exactement le genre de détail qui distingue une phrase acceptée d’une phrase bien formée. Les négations du verbe elles-mêmes sont traitées par la négation.

ki, et la question du registre

Ki est la conjonction la plus étrangère à la structure turque, et c’est ce qui la rend intéressante. Elle s’écrit séparément, ne change jamais de forme, et place la subordonnée après le verbe principal : Biliyorum ki geleceksin, je sais que tu viendras. Aucune autre construction de la langue ne laisse ainsi une proposition derrière le verbe.

Elle sert aussi au conséquentiel, dans le tour o kadar… ki : O kadar güzel ki, c’est tellement beau que… Le turc a par ailleurs un ki suffixe et un ki de fin de phrase, qui n’ont rien à voir avec celui-ci — voir le suffixe -ki et les particules de et bile.

Avec un verbe de parole, dedi ki introduit ce qu’on rapporte. C’est la tournure la moins turque des trois possibles, et la moins fréquente — voir le discours rapporté et la concordance des temps.

D’où le conseil de registre, qui vaut pour toute la page. Une phrase turque bourrée de ve et de ki se reconnaît comme du français traduit. Un locuteur cultivé enchaîne ses idées par des suffixes et garde les conjonctions pour ce qu’elles font mieux : opposer, choisir, expliquer brièvement. Sachez les employer, et sachez aussi vous en passer.

Ce qui s’apprend ici par l’oreille. Pas la liste, qui tient sur une carte, mais le dosage : à quel moment un ama tombe juste, et à quel moment un locuteur natif aurait relié autrement. Cela ne s’attrape qu’en entendant des conversations entières. Notre cours de turc est entièrement audio, en leçons de quatorze minutes.

Exercices : les conjonctions empruntées et leurs couples

Chaque question porte sur les conjonctions présentées ci-dessus, leur registre et la construction des couples. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. Les conjonctions turques sont pour l’essentiel empruntées ___.
  2. La forme d’une conjonction turque ___.
  3. L’enclitique, lui, s’écrit détaché mais ___.
  4. Une conjonction change-t-elle la place du verbe ? ___
  5. Ve signifie ___.
  6. İle ne peut joindre que ___.
  7. Devant ve, ile et veya, on ___.
  8. Pour dire « mais », le mot courant à l’oral est ___.
  9. Le plus formel des trois, qui signifie aussi « seulement », est ___.
  10. La proposition introduite par çünkü se place ___.
  11. Un francophone est tenté de dire « Parce qu’il pleut, je reste », ce qui ___ en turc.
  12. Pour « ou », l’écrit préfère veya et l’oral ___.
  13. Yoksa signifie ___.
  14. Oysa et halbuki servent à ___.
  15. Le couple hem… hem rend ___.
  16. Le couple ister… ister exprime ___.
  17. Avec le couple ne… ne, le verbe reste ___.
  18. La conjonction ki place la subordonnée ___.

Toute la grammaire turque, chapitre par chapitre

Cinquante-neuf pages qui se répondent — de l’harmonie vocalique à l’ordre des suffixes du verbe, des six cas au discours rapporté, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue où tout se colle au bout du mot, dans un ordre qui ne varie jamais.

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Questions fréquentes

Pourquoi dit-on que les conjonctions turques sont empruntées ?

Parce que ce petit ensemble fermé — ve, ama, fakat, çünkü, veya, ki — vient pour l’essentiel de l’arabe et du persan. Le turc, lui, relie normalement ses propositions par un suffixe.

Quelle différence entre ama, fakat et ancak ?

Le registre. Ama est le « mais » de tous les jours, fakat appartient plutôt à l’écrit, et ancak est le plus formel des trois — il signifie aussi « seulement ».

Où se place la proposition introduite par çünkü ?

Après la principale, toujours. « Parce qu’il pleut, je reste » ne se transpose pas : il faut d’abord dire qu’on reste, puis donner la raison. C’est l’erreur francophone la plus fréquente sur cette page.

Pourquoi le verbe reste-t-il affirmatif après ne… ne ?

Parce que la négation est déjà portée par les deux ne du couple. Ne annem ne babam geldi : mot à mot « ni ma mère ni mon père est venu ». La forme négative s’entend à l’oral, mais se corrige à l’écrit.

Faut-il une virgule devant ve ?

Non, et c’est un détail qui trahit un débutant. Aucune virgule devant ve, ile ni veya. Dans une énumération, le turc juxtapose souvent sans rien mettre du tout.

Faut-il employer beaucoup de conjonctions en turc ?

Non. Une phrase bourrée de ve et de ki se reconnaît comme du français traduit. Un locuteur cultivé enchaîne par des suffixes et réserve les conjonctions à ce qu’elles font mieux : opposer, choisir, expliquer brièvement.

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