En islandais, á n’est pas un a et ó n’est pas un o : ce sont des diphtongues, qui s’entendent sur deux temps. Presque chaque voyelle de cette langue se lit autrement que sa forme ne le laisse croire.
La première leçon est gratuite sur la plateforme web ou sur l’application mobile — deux abonnements distincts. Les leçons s’écoutent en ligne, et non sur ce site.
C’est le malentendu fondateur : l’islandais s’écrit avec des lettres que nous connaissons, et cela donne à un francophone l’illusion qu’il peut le lire à vue. Il le peut, en effet — de travers, du premier au dernier mot.
La raison est simple et elle est presque entièrement contenue dans les voyelles. Les accents islandais ne modulent pas une voyelle comme nos accents modulent le e de père : ils désignent une autre voyelle, et la plupart du temps une diphtongue, c’est-à-dire un son qui bouge pendant qu’on le prononce. á ne vaut pas « a long » mais quelque chose comme « aou ». ó ne vaut pas « o » mais « o-ou ». La conséquence est brutale : un mot de trois lettres lu à la française peut être méconnaissable.
Le second malentendu porte sur la longueur. L’islandais distingue les voyelles longues des voyelles brèves, et cette différence n’est notée par rien du tout dans l’écriture. Le i de vinur et celui de vinnur ne durent pas le même temps, et il faut savoir pourquoi pour les dire correctement.
Cette page traite donc trois choses : la valeur des huit voyelles simples, celle des diphtongues, et la règle qui décide de la longueur. Elle ne s’occupe ni des lettres comme signes — leur inventaire, leur ordre et leur nom sont à la page de l’alphabet islandais — ni des consonnes, traitées à la page des consonnes. Un avertissement de méthode, enfin : les équivalences françaises données ci-dessous sont des approximations destinées à vous mettre sur la piste, pas des définitions. Aucune ne remplace une écoute.
Huit sons de voyelle simple, pour dix lettres — parce que deux paires de lettres notent le même son, comme on le verra plus loin.
| Lettre | Valeur approchée | Exemple |
|---|---|---|
| a | le a de patte | fara — « aller » |
| e | le è de père | gera — « faire » |
| i | un i relâché, entre notre i et notre é | vinur — « l’ami » |
| y | identique à i | yfir — « au-dessus de » |
| í | le i de lit, net | líf — « la vie » |
| ý | identique à í | nýr — « neuf, nouveau » |
| o | le o ouvert de sort | sofa — « dormir » |
| u | une voyelle arrondie entre notre u et notre eu, plus relâchée que le u de mur | sumar — « l’été » |
| ú | le ou de cour | hús houss — « la maison » |
| ö | le eu de peur | öxl — « l’épaule » |
Deux lignes de ce tableau demandent un mot de plus, parce qu’elles concentrent l’essentiel des erreurs.
La lettre ú note ce qu’un francophone appelle spontanément « ou ». La lettre u, elle, note une voyelle arrondie et relâchée qui ne correspond à aucun son français exactement : partez du u de mur, détendez les lèvres, ouvrez très légèrement, et vous n’en serez pas loin. Lire u comme « ou » est l’erreur la plus répandue, et elle est d’autant plus tenace que les terminaisons islandaises en sont pleines.
Voilà, pour une fois, une bonne nouvelle : la lettre ö se prononce à peu près comme le eu de peur, et les francophones la réussissent d’emblée là où les anglophones s’y cassent les dents. Gardez-la en réserve : elle sert aussi de point de départ à la diphtongue au, la plus difficile de la langue.
Une diphtongue est un son de voyelle qui se déplace : la bouche part d’une position et arrive à une autre, sans qu’il y ait pour autant deux voyelles. En islandais, quatre lettres simples et trois groupes de lettres en notent une.
| Graphie | Valeur approchée | Exemples |
|---|---|---|
| á | aou, en une seule émission | ár « l’année », átta « huit » |
| ó | o-ou, notre o fermé suivi d’un léger ou | sól « le soleil », stór « grand » |
| æ | aï, comme aille dans paille | læra « apprendre », sæti « le siège » |
| au | eu-i : partir du eu de peur et glisser vers un i arrondi | haust heust « l’automne », laun « le salaire » |
| ei | éi, notre é suivi d’un i | einn « un », heima « à la maison » |
| ey | identique à ei | heyra « entendre », eyra « l’oreille » |
| é | yè : un y consonne suivi du è de père | hér « ici », vél « la machine » |
Toutes les autres se laissent approcher par un son français. Pas celle-ci. Le groupe au ne se prononce en aucune façon comme notre au de eau : il commence sur le eu de peur et glisse vers un i dit les lèvres arrondies. C’est le son qui trahit immédiatement un débutant, parce que la graphie nous tire vers un o et que le o est précisément ce qu’il ne faut pas faire.
Deux graphies, une seule prononciation, celle d’un é qui glisse vers un i. Le choix entre les deux est une affaire d’orthographe et d’histoire du mot, jamais de son : rien dans la prononciation ne vous dira laquelle écrire, et il faut donc retenir la graphie avec le mot.
C’est la diphtongue la plus discrète et la plus facile à rater : é ne se prononce pas comme notre é. Elle commence par un y de consonne, puis ouvre sur un è. hér « ici » s’entend donc à peu près comme « yèr », et non comme « ér ».
Voici un point qui allège considérablement le travail, et qui en complique un autre. Les lettres i et y se prononcent exactement de la même façon. Il en va de même de í et de ý. Pour l’oreille, il n’y a donc rien à distinguer : yfir s’entend comme si l’on avait écrit « ifir », et nýr comme si l’on avait écrit « nír ».
Ce qui est simple à dire est en revanche difficile à écrire. Le choix entre les deux lettres remonte à l’histoire du mot et ne se déduit d’aucune prononciation : les écoliers islandais apprennent des règles d’orthographe pour cela, et les adultes s’y trompent encore. Pour vous, la conséquence est pratique : chaque mot doit être retenu avec sa graphie, parce que l’oreille ne vous la donnera jamais.
Ne confondez pas cette identité-là avec autre chose : i et í ne sont, eux, absolument pas le même son, pas plus que y et ý. L’accent n’est jamais décoratif en islandais. litur « la couleur » et lítur « il regarde » sont deux mots différents, et le seul écart tient à cette voyelle.
Rien dans l’orthographe ne marque la durée d’une voyelle. La règle se lit sur ce qui suit la voyelle, dans la syllabe accentuée — celle que la page des noms de lieux examine en détail.
| Ce qui suit la voyelle | Durée | Exemples |
|---|---|---|
| rien, en fin de mot | longue | þú, sjá, nú |
| une seule consonne | longue | fara, vera, hús, sól |
| deux consonnes ou plus | brève | hestur, mynd, kalla, haust |
La paire la plus parlante tient à une seule lettre doublée. Dans vinur « l’ami », le i est long parce qu’un seul n le suit. Dans vinnur « il travaille », le même i est bref parce qu’il y en a deux. Même chose avec bíll « la voiture », où le í est bref devant le double l, contre bílar « les voitures », où il est long. La voyelle change de durée alors que la lettre, elle, n’a pas bougé.
Un petit groupe de suites échappe à la règle et laisse la voyelle longue malgré ses deux consonnes : celles où p, t, k ou s sont suivis de j, r ou v. C’est le cas de sitja « être assis » et de vekja « réveiller », dont la première voyelle est longue.
Notez enfin que les diphtongues obéissent à la même règle. Elles ont elles aussi une version longue et une version brève : le á de ár est long, celui de átta est bref, et les deux restent la même diphtongue. Une diphtongue brève n’est pas une voyelle simple.
Voici la règle qui surprend le plus, parce qu’elle ne touche pas la durée mais la qualité même du son. Devant les groupes ng et nk, une voyelle prend la valeur de sa correspondante accentuée. Autrement dit a s’entend comme á, e comme ei, i et y comme í, et u comme ú.
Cette règle explique à elle seule une bonne part de l’écart entre un nom islandais lu et le même nom entendu. Elle vaut pour tous les mots, y compris les plus fréquents, et elle n’est jamais signalée par l’orthographe.
Cinq réflexes français à désamorcer. Ce ne sont pas des subtilités de fin de parcours : ils portent sur les mots des premières minutes.
Lire l’accent comme une simple longueur. C’est l’erreur mère, celle qui produit toutes les autres. hattur « le chapeau » et háttur « la manière, le mode » ont tous les deux une voyelle brève : ce qui les sépare n’est pas la durée, c’est que l’un a un a et l’autre une diphtongue. Un accent islandais change le son, pas le tempo.
Prononcer au comme notre au. Le groupe est trop familier à l’œil pour qu’on s’en méfie, et pourtant aucun o n’y a sa place. Tant que haust sonne comme « oste », le mot reste inaudible pour un Islandais.
Nasaliser les voyelles devant n et m. Le français transforme vin en une voyelle nasale et fait disparaître la consonne. L’islandais ne connaît pas ce phénomène : la voyelle reste orale et le n s’entend distinctement.
Lire u comme ou. Le piège est permanent, parce que les terminaisons islandaises sont bourrées de u. Comparez le u de hundur et le ú de hús : ce sont deux voyelles sans rapport, et confondre les deux brouille la fin de presque chaque mot.
Escamoter les voyelles finales. Le français avale ses fins de mots ; l’islandais les prononce. Le a final de fara et le i final de sæti s’entendent tous les deux, brefs mais nets. C’est d’autant plus important que ces voyelles finales portent, en islandais, une information grammaticale.
Les terminaisons ne comptent que trois voyelles. Voilà une économie inattendue : dans les syllabes non accentuées, et donc dans presque toutes les terminaisons, on ne rencontre que a, i et u, toujours brefs et légèrement relâchés. Les formes qui défilent dans les tableaux de la grammaire islandaise se terminent donc presque toutes par l’une de ces trois voyelles, seules ou suivies d’une consonne. Une fois ces trois sons stabilisés, une grande partie du système se laisse entendre.
Reste le versant consonantique, qui réserve d’autres surprises : les groupes qui font apparaître une consonne absente de l’écriture sont traités à la page des consonnes, et le souffle particulier des p, t, k à la page de la préaspiration.
Ces sons ne s’apprennent pas dans un tableau. Un tableau vous dit où viser ; il ne vous fait pas entendre la cible. C’est le parti pris du cours d’islandais, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes : les voyelles arrivent dans des phrases entières dites par des locuteurs, et non dans des listes lues lettre à lettre. La première leçon est en accès libre.
Dix-huit questions sur la valeur des voyelles islandaises et sur leur durée. Touchez une réponse, puis Correction.
Trente-six pages qui vont des lettres ð et þ aux quatre cas, de la déclinaison des noms au moyen en -st, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue germanique restée médiévale : le nom se décline, l’article se colle à sa fin, et rien ne se prononce comme cela s’écrit.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Huit voyelles simples, notées par dix lettres — parce que i et y se prononcent pareil, ainsi que í et ý — auxquelles s’ajoutent les diphtongues notées par á, ó, æ, é et par les groupes au, ei et ey.
Non, et c’est le contresens le plus coûteux. Un accent désigne une autre voyelle, généralement une diphtongue : á vaut à peu près « aou », ó à peu près « o-ou ». La longueur, elle, ne s’écrit pas du tout : elle dépend du nombre de consonnes qui suivent.
En regardant ce qui la suit dans la syllabe accentuée. Une seule consonne, ou rien du tout, et la voyelle est longue : fara, hús, þú. Deux consonnes ou plus, et elle est brève : hestur, vinnur, bíll. Quelques suites comme tj ou kj font exception et laissent la voyelle longue.
Parce que la distinction est historique et non sonore : elle remonte à un état ancien de la langue où les deux voyelles se distinguaient. Aujourd’hui la graphie se retient avec le mot, exactement comme nous devons retenir lequel de fin et de faim s’écrit comment, alors que rien ne les distingue à l’oreille.
Jamais, et c’est la diphtongue la plus difficile de la langue. Elle part du eu de peur et glisse vers un i prononcé les lèvres arrondies. haust « l’automne » ne contient aucun o, malgré ce que la graphie suggère à un œil français.
Elles se travaillent en parlant, et non avant. Les valeurs données ici servent à comprendre pourquoi un mot lu ne ressemble pas au mot entendu ; l’ajustement, lui, se fait par imitation. C’est pourquoi le cours d’islandais fait tout passer par l’oreille avant l’écrit.
Plus de 10 000 personnes ont appris avec la méthode LIMBA depuis sa création. 9,99 € par mois, annulable à tout moment. La première leçon reste gratuite, sans carte bancaire. Rappel : les deux formules sont indépendantes l’une de l’autre, et les leçons s’écoutent en ligne.
Toutes les langues depuis votre navigateur. Rien à installer. Annulable à tout moment. Ne donne pas accès aux applications mobiles.
Accéder à la plateforme →