Pour dire « j’ai froid », l’islandais ne dit pas « je » mais « à moi ». Dans ces phrases, très courantes, aucun mot n’est au nominatif et le verbe ne s’accorde avec personne.
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« J’ai froid » se dit en islandais mér er kalt, mot à mot « à moi est froid ». Le mot qui désigne la personne n’est pas au nominatif : il est au datif, comme s’il était un complément, et il n’y a nulle part dans la phrase de sujet au sens où nous l’entendons.
Ce n’est pas une curiosité de coin de grammaire. Ces constructions couvrent une partie énorme de ce qu’on dit tous les jours : avoir froid, aller bien, aimer quelque chose, trouver quelque chose bon, avoir envie, avoir besoin, s’ennuyer, réussir. Un francophone qui les ignore construit mécaniquement ses phrases avec ég, « je », et produit alors des énoncés que personne ne dit, parfois même le contraire de ce qu’il voulait dire.
Le mécanisme, pris en lui-même, est simple : la personne concernée passe au datif et se place en tête, et le verbe reste immobile. Le difficile n’est pas de comprendre la règle, c’est de savoir quels verbes la suivent, parce que le français ne donne aucun indice. « J’ai froid » et « je suis fatigué » se ressemblent en français ; en islandais, le premier prend un datif et le second se construit normalement, avec un nominatif : ég er þreyttur.
Une précision de périmètre. Cette page traite les phrases où un datif ou un accusatif occupe la place du sujet. Le datif employé comme véritable complément, celui que réclament un verbe ou une préposition, est décrit sur la page du datif, et il ne faut pas confondre les deux : dans mér er kalt, le datif n’est le complément de rien.
Le modèle de base est le plus utile de tous. Un datif, le verbe vera, « être », à la troisième personne du singulier, et un adjectif.
L’adjectif ne s’accorde avec rien. Il reste au neutre singulier : kalt, heitt, illt, quel que soit celui qui parle, homme ou femme, seul ou à plusieurs. C’est logique, puisqu’il n’y a aucun nominatif avec lequel s’accorder — mais cela demande un effort, car le francophone voudrait faire varier quelque chose.
Et surtout, ne remplacez pas ce tour par un nominatif. Ég er kaldur est une phrase islandaise correcte, mais elle dit autre chose : elle décrit la personne elle-même, un corps froid au toucher ou un caractère distant, et non la sensation qu’elle éprouve. C’est l’erreur la plus visible de tout ce chapitre, et elle prête à sourire. Pour parler de ce que l’on ressent, il faut le datif.
Le début de phrase change selon la personne, et rien d’autre ne bouge. Le tableau ci-dessous est la même phrase, sept fois. Les formes employées sont celles du datif des pronoms, dont la déclinaison complète figure sur la page des pronoms personnels.
| Personne | Islandais | Français |
|---|---|---|
| moi | mér er kalt | j’ai froid |
| toi | þér er kalt | tu as froid |
| lui | honum er kalt | il a froid |
| elle | henni er kalt | elle a froid |
| nous | okkur er kalt | nous avons froid |
| vous | ykkur er kalt | vous avez froid |
| eux, elles | þeim er kalt | ils ont froid |
Regardez la colonne du milieu : er ne change jamais, pas même à la première personne du pluriel. C’est le trait le plus dépaysant de ces phrases, et le plus reposant une fois accepté.
Deux verbes suivent le même modèle et vous serviront dès la première conversation. Líða dit comment on se porte, líka dit ce qu’on aime.
La question « comment vas-tu ? » se dit Hvernig líður þér?, mot à mot « comment va-t-il à toi ? ». La réponse suit exactement la même structure, et il n’y a aucun moyen de la construire avec un nominatif : ég líð vel n’est pas une phrase que l’on dit.
Avec líka, notez ce que devient la chose aimée : elle n’est pas un complément d’objet. Dans mér líkar þetta, c’est þetta, « cela », qui est au nominatif, et le datif mér occupe la place de tête. La phrase est donc construite à l’envers de la française : ce que vous aimez est le seul élément qui ressemble à un sujet, et vous n’êtes, grammaticalement, qu’un bénéficiaire.
Cette inversion a une conséquence que l’on entend tout de suite. Quand la chose aimée est au pluriel, c’est elle qui commande le verbe :
Le datif mér ne fait rien bouger, mais un nominatif pluriel, lui, tire le verbe au pluriel. C’est le point le plus délicat de la page, et il faut le tenir avec soin : certaines de ces phrases n’ont vraiment aucun nominatif, et alors le verbe ne bouge jamais ; d’autres en contiennent un, et alors le verbe s’aligne sur lui.
Pour dire ce que l’on pense de quelque chose, l’islandais emploie le même moule. Ce sont, avec líka, les tournures que vous entendrez le plus dans une discussion.
Trois choses à remarquer dans cette petite série.
L’adjectif s’accorde ici, contrairement à mér er kalt. Dans mér finnst íslenska erfið, l’adjectif prend la forme du féminin parce qu’il qualifie íslenska, « la langue islandaise », qui est au nominatif. La règle n’est pas contradictoire : l’adjectif s’accorde quand il y a un nominatif à qualifier, et reste au neutre quand il n’y en a pas.
Mér þykir það leitt est la formule d’excuse ordinaire. Elle s’apprend comme un bloc, sans la démonter, et elle sert à dire « je suis désolé » aussi bien pour une maladresse que par compassion. Même remarque pour mér þykir vænt um þig, qui exprime l’attachement : ici la personne aimée est à l’accusatif, après um, et le tour entier se mémorise tel quel.
Finnst ressemble à un passif, et n’en est pas un. Sa terminaison en -st appartient à une forme verbale particulière de l’islandais, décrite sur la page du moyen en -st. Ce qui vous occupe ici n’est pas sa fabrication mais sa construction : un datif devant, un nominatif derrière.
Quelques verbes construits sur le même principe mettent la personne à l’accusatif au lieu du datif. Le sens de la construction est identique, seule la forme du pronom change : mig au lieu de mér, þig au lieu de þér, hana au lieu de henni.
Ces phrases n’ont, elles, aucun nominatif du tout : dans mig vantar peninga, les deux mots qui entourent le verbe sont à l’accusatif, et le verbe reste donc figé. C’est le cas le plus pur de la construction décrite ici.
Le français dispose d’ailleurs du même tour avec « manquer » : « il me manque de l’argent ». La différence est que l’islandais n’a pas de « il » pour combler la place vide — il se contente de ne rien y mettre. La question de savoir quand l’islandais place un mot vide en tête de phrase relève de l’ordre des mots, et ce n’est pas ce qui se passe ici.
Attention à un détail d’usage : mig langar exprime l’envie et mig vantar le manque ou le besoin. Pour le besoin impérieux, l’islandais a aussi ég þarf, qui, lui, se construit avec un nominatif tout à fait ordinaire. Trois façons de dire une chose voisine, et deux grammaires différentes : c’est exactement le genre de détail qui s’installe par l’écoute et non par le raisonnement.
Voici les tournures les plus fréquentes, rassemblées. La deuxième colonne indique le cas de la personne : c’est la seule chose à mémoriser avec le verbe, et rien ne permet de la deviner.
| Verbe | Cas de la personne | Exemple | Sens |
|---|---|---|---|
| vera + adjectif | datif | mér er kalt | j’ai froid |
| líða | datif | mér líður vel | je vais bien |
| líka | datif | mér líkar þetta | j’aime ça |
| finnast | datif | mér finnst þetta gott | je trouve ça bon |
| þykja | datif | mér þykir það leitt | je suis désolé |
| leiðast | datif | mér leiðist | je m’ennuie |
| sýnast | datif | mér sýnist það | il me semble bien |
| takast | datif | mér tekst það | j’y arrive |
| detta í hug | datif | mér datt í hug | il m’est venu à l’esprit |
| vanta | accusatif | mig vantar hjálp | j’ai besoin d’aide |
| langa | accusatif | mig langar í kaffi | j’ai envie d’un café |
| dreyma | accusatif | mig dreymdi | j’ai rêvé |
La place du datif. Il ouvre la phrase parce que c’est de lui qu’on parle, mais il n’est pas cloué là. Dès qu’un autre élément prend la tête, le datif passe derrière le verbe : Í dag er mér kalt, « aujourd’hui, j’ai froid ». Dans une question, le verbe passe devant : Er þér kalt?, Hvernig líður þér?. Le datif garde donc sa fonction où qu’il soit ; ce qui le déplace, c’est la mécanique générale de la phrase islandaise.
La þágufallssýki, ou « maladie du datif ». Le mot est islandais, il désigne une tendance bien identifiée de la langue parlée, et il vaut la peine de la connaître avant de l’entendre. Certains locuteurs remplacent l’accusatif de ces constructions par un datif, et disent mér vantar au lieu de mig vantar, mér langar au lieu de mig langar. L’école et les puristes islandais combattent ce glissement depuis longtemps, et le nom même qu’ils lui ont donné indique assez ce qu’ils en pensent.
La conduite à tenir est simple. Dites mig vantar et mig langar, qui sont les formes tenues pour correctes partout et que personne ne vous reprochera. Mais ne vous étonnez pas d’entendre les autres, y compris de la bouche d’Islandais instruits : vous n’aurez pas mal entendu, et ce n’est pas une variante régionale qu’il faudrait imiter.
Ces phrases ne se calculent pas, elles se reconnaissent. Aucun Islandais ne se demande si vanta prend un accusatif : il a entendu mig vantar des milliers de fois et l’autre forme lui écorche l’oreille. C’est le pari du cours d’islandais, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes : les tournures de ce genre y reviennent dans des dialogues, à l’endroit où on les emploie vraiment. La première leçon est gratuite, la suite se poursuit par abonnement. Et pour les constructions jumelles à l’accusatif, la page de l’accusatif décrit les emplois réguliers de ce cas.
Choisissez la forme qui occupe la place du sujet, ou la forme du verbe et de l’adjectif qui convient à ces constructions. Touchez une réponse, puis Correction.
Trente-six pages qui vont des lettres ð et þ aux quatre cas, de la déclinaison des noms au moyen en -st, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue germanique restée médiévale : le nom se décline, l’article se colle à sa fin, et rien ne se prononce comme cela s’écrit.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Parce que les deux phrases ne disent pas la même chose. Mér er kalt décrit ce que vous ressentez ; ég er kaldur décrit ce que vous êtes, un corps froid au toucher ou un caractère distant. Pour la sensation, la personne passe au datif et l’adjectif reste au neutre.
On ne le devine pas : cela s’apprend avec le verbe, comme le genre s’apprend avec le nom. Líða, líka, finnast et þykja demandent un datif ; vanta, langa et dreyma demandent un accusatif. Ils sont assez peu nombreux pour être mémorisés en bloc.
Il y a deux cas de figure. Quand la phrase ne contient aucun nominatif, comme mér er kalt ou mig vantar hjálp, le verbe ne bouge jamais. Quand elle en contient un, c’est lui qui commande l’accord : mér líkar þessi bók au singulier, mér líka þessar bækur au pluriel.
Littéralement la « maladie du datif ». C’est le nom que les Islandais donnent à la tendance à remplacer l’accusatif de ces constructions par un datif : mér vantar pour mig vantar. L’école la corrige, et vous l’entendrez malgré tout. Mieux vaut employer les formes tenues pour correctes, mig vantar et mig langar.
Par mér líður vel, « je vais bien », ou mér líður illa si cela va mal. La réponse garde la structure de la question : un datif, puis le verbe au singulier. La tournure avec un nominatif, ég líð vel, ne se dit pas.
Très fréquentes, et impossibles à éviter. Elles couvrent les sensations, la santé, le goût, l’opinion, l’envie et le besoin, c’est-à-dire l’essentiel d’une conversation ordinaire. C’est la raison pour laquelle elles méritent d’être travaillées tôt, avant même les tableaux de déclinaison.
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